Réflexions sur la vérité de la révélation divine contre les principales objections des déistes · Alphonse de Liguori
Chapitre III : La révélation divine ne s’oppose pas toujours à la tranquillité publique
XLIV. Le plus, les incrédules disent, que la révélation divine est contraire à la tranquillité des états ; puisque défendant à l'Église de toléier toute religion, qui ne suit pas la révélation, elle est cause de mille séditions, et de discordes parmi les peuples.C’est pourquoi, ils ne peuvent supporter ce dogme évangélique: Hors de l’Église catholique point de salut Voici ce qu’en dit Rousseau (Emi. tom. iii. pag. 172.) s A Dieu ne plaise, que je prêche jamais aux hommes les dogmes cruels de l'intolérance, et que je les porte à détester le prochain, en disant aux autres : Vous serez damnés.» Et dans le même endroit il ajoute : « L’intolérance est un dogme horrible qui arme les hommes les uns contre le» autres, et les rend ennemis du genre humain, En sorte que le»déistes voudraient, que notre Église catholique vint à permettre une tolérance ecclésiastique, par laquelle on fit croire aux peuples, que tous les hommes de bien, quelle que toit leur religion, peuvent se sauver. C'est ainsi que parle Rousseau, dans sa lettre citée page 86.
XLV. Ils disent qu'on ne doit considérer la i eligió» ¿¡uc comme une loi nationale, une loi de pure politique extérieure, (comme le dit Rousseau, dans sa lettre que nous venons de citer) qui, eu conséquence, n'impose d’obligations que taut qu'on est dans le pays où est en vigueur une loi pareille. La belle règle de foi et de conduite ! Il s’ensuivrait, qu'un cliré'.ion tant qu'il habite au milieu des chrétiens, doit croire que Jésus-Christ est fils de Dieu et Sauveur du monde. Mais s’il va parmi les Turcs, il doit croire que Jésus-Christ n’esl qu'un persécuteur de Mahomet; s’il est parmi les Juifs, il croira que le Rédempteur n’est qu’un imposteur, un séducteur. Qui ne voit que cette croyance ne serait qu’extérieure ; puisque, selon les déistes, chacun peut croire intérieurement ce que bon lui semble : et voilà, que par le dogme de la tolérance on ouvrirait une école publique d’hypocrisie, ce qu’avaient en horreur les païens eux-mêmes; car, après avoir forcé par les tourments les chrétiens à renoncer à la foi, ils se moquaient d’eux et les méprisaient, si, par faiblesse, ils la reniaient. En outre, la tolérance, selon les déistes, étant fondée sur l’intérêt des états, et sur la police des gouvernements, il en découle-t-il la conséquence que les raisons d’intérêt et de police étant changées, le dogme de la tolérance devrait changer aussi; de sorte que ce qu’on devait tolérer auparavant, ne pourrait plus ensuite être toléré. Ainsi, le dogme que les incrédules jugent essentiel à la religion pour le bien commun, sera-t-il avec le temps une loi variable? Les dogmes essentiels à la religion sont-ils donc aussi variables ?
XLVI. Mais il est incontestable, répliquent-ils, que bon nombre de guerres et de séditions qui sont arrivées spécialement dans plusieurs royaumes d’Europe. eurent lieu, parce que l’Église catholique ne voulut pas tolérer ceux qui professaient une autre religion. Mais qui en a été la cause, leur demanderons-nous? Est-ce Jésus-Christ pour avoir réprouvé la tolérance « comme il fit expressément, lorsqu’il ordonna à ses apôtres de prêcher (’Évangile par toute la terre,déclarant que celui qui u’y croirait point, serait condamné. Prêchez l’Évangile à toute créature, leur avait-il dit, celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé,celui qui r:e croira pas sera condamné. Prcedicate Evangelium omni creaturis. Qui crediderit et baptizatus fuerit, salvui erit ; qui non crediderit coude mnabitur. (Marc. xvi. 16.) Lorsqu’il ordonna qu’on regardât comme infidèle celui qui ne reconnaîtrait pas l’Église : Si Ecctesiam non attdierit, sit tibi tanquam ethnicus et puùticanus ? (Matth. xvm. 17.) Non, ce n’est ni Jésus-Christ ni l’Église qui furent la cause de ces g'.ierreà et de ces séditions mais ce furent les ennemis de la vérité,enseignée pai l’Église,en voulant se séparer d’elle et de ses doctrines. La religion que notre Église professe en prohibant le péché et en ramenant aux bonnes m œ urs, favorise aussi la paix commune. C’est «ne vérité que l’expérience nous démontre clairement : dans les royaumes, où o r observe le plus la soumission à l’Église, on y voit régner davantage la tranquillité. Rousseau nous l’avoue ( Hmil. tom. m. pag. 182.) en disant : «Nos gouvernements sont redevables incontestablement au christianisme, si leur autorité est plus affermie, si les révolutions »ont moins fréquentes, et s’ils sont devenus eux-mêmes moins sanguinaires. Ceci se prouve par le fait, en comparant nos gouvernements modernes aux gouvernements anciens. La religion mieux connue, en faisant disparaître le fanatisme, a donné plus de douceur aux moeurs chrétiennes. Ce changement n’est pas l’effet de la littérature, puisque là où elle a été le plus florissante, l’humanité n’a pas été la plus respectée; la cruauté des Athéniens, des Égyptiens, des empereurs de Rome et de la Chine en fait pleinement foi. Que d'œuvres de miséricorde n’a pas opéré l’Évangile ? que de restitutions, que de réparations la confession fait faire parmi les catholiques ? » Qu’on ajoute à l’aveu de Rousseau, l’aveu de l’auteur de l’Esprit des Lois (lib. xxiv. chap. 8. ) Chose admirable ! la religion chrétienne- qui ne semble avoir d'objet que la félicité de l’autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci ! Il est étonnant, que cet auteur (Montesquieu) avoue cette maxime de l’Évangile, puisqu’il dit dans son ouvrage (lib. xxiv. part. 10.) que les stoïciens n'étaient que les athées, et qu’ensuite il ajoute, que la destruction des stoïciens fut un malheur pour le genre humain : par conséquent, la destruction des athées a été un malheur pour le genre humain!
XLVII. Mais pensent les déistes : la religion révélée n’est pas nécessaire au maintien de la tranquillité publique; il suffît simplement de fixer chacun dans ses devoirs. Mais par quel moyen, demanderai-je, fixe-t-on chacun dans ses devoirs? la religion naturelle avec ses seules lumières ne le peut pas, ainsi que nous l'avons démontré au commencement, dans le paragraphe 1 er, parce qu’elle ne suffît pas même à faire connaître à l’homme ses devoirs, à cause du péché, qui a obscurci tellement notre esprit, que lorsque nous ne sommes pas éclairés par la lumière de la révélation, il nous arrive très-souvent de nous tromper sur nos obligations, et quand même nous les connaissons, les tentations et les passions nous font préférer presque toujours le mal au bien. C'est pour cela qu'il nous faut la grâce divine, afin que nous connaissions avant tout nos devoirs, et qu’ensuite avec le secours de la grâce, nous puissions les accomplir. Si la religion révélée ne produisait d’autre résultat que celui de conduire l’homme à un genre de vie bien réglée, le seul motif de cet effet admirable pour la paix publique, devrait la faire embrasser par tous les hommes. D’où viennent les calamités des états, si ce n’est du désordre des particuliers ? Par la raison que chacun n’a d’autre but que son intérêt et ses plaisirs, il ne se trouve personne qui veuille procurer le bien commun : de là l’agitation générale. La religion révélée produit la tranquillité publique, parce qu’elle met l’ordre dans toutes les conditions des personnes.
XLVIII. Les déistes répliquent qu'il existe des moyens naturels, tels que les lois, les supplices, et la police, qui suffisent pour mettre un frein à l’audace des méchants. Mais ils se trompent,car sans le frein de la religion, aucun de ces moyens n’a assez de force pour obtenir la correction des vicieux, et spécialement des incrédules : ceux-ci n'écoutent que leurs appétits, et lorsque l’occasion de les satisfaire se présente, ils méprisent tout, les lois, les supplices et les souverains. Les lois servent sans doute à conserver les bonnes mœurs des hommes qui les possèdent déjà ; iua»s elles ne les forment pas chez les hommes corrompus ; la religion révélée seule forme les bonnes n.œ nrs, et fait ensuite que les lois sont observées par tous. Le clergé protestant lui-même nous dit que s’il n’y avait pas de religion, pour nous apprendre qu’il existe un juge souverain, vengeur des infidélités, rarement les hommes tiendraient leurs promesses, de sorte que les impies deviendraient de plus en plus redoutables s’ils n’étaient pas retenus par cette crainte.
XLIX. Les supplices dont les lois menacent ne sont pas suffisants pour modérer l’insolence des méchants qui troublent la paix publique ; car, il arrive souvent que les crimes restent impunis, ou parce qu’il ne sont pas connus, ou parce qu’.m manque de preuves assez fortes pour pouvoir les punir; et il arrive très-souvent que, lors même que les crimes sont prouvés, les coupables évitent par la faite les peines qu’ils ont méritées. Ce même clergé protestant écrit en propres termes que « La plus grande partie des hommes ne a ont pas capables de Lien agir dans le seul but du, bien public, l’intérêt particulier est presque toujours en opposition avec l’intérêt général : la crainte des châtiments divins est la seule qui mette un frein aux dit ordres. C’est pourquoi, dit Barbayrac, les Sadducéens, qui ne croyaient pas à l’immortalité de l’âme, étaient ennemis de la société.
L. Q uanta la police des princes, il n'y a aucun doute qu’elle ne contribue beaucoup au bonheur des peuples; mais c’est la religion seule qui établit le bonheur général; parce qu’elle seule établit, un juste équilibre entre les souverains et les sujets ; et c’est cet équilibre, qui ensuite produit la tranquillité publique. La religion fait comprendre aux sujets que tout pouvoir vient de Dieu : Non est enim potestas nini d Deo. ( Rom. xiii. 1. ) Ainsi les princes sont les ministres delà divinité. Ministri enim Dei sv.n', in hoc ipsum servientea. ( Ibid. veis. 6. ) Par cette raison, les sujets sont obligés de leur obéir, non seulement par la crainte des punitions, mais aussi parce que la conscience leur en fait une obligation : Ideò necessitate su beili e&tote, non solùm propter iram, sed etiam propt ir conscienliam. ( vers. 5. ) St.-Pierre ajoute qu'ils ne doivent pas seulement obéir aux bons souverains, mais aussi aux méchants et aux infidelles. Serviteurs, dit-il, soyez soumis à vos maîtres, avec toute sorte de respect; non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais même à ceux qui sont rudes et fâcheux : Servi subditi estate la omni timore domints, non tantùm bonis el modestis, sed etiam discolis. ( 1. Petr. n. 18. ) D'un nuire côté, la religion fait savoir aux souverains, que s'ils abusent de leur autorité dans le gouvernement des peuples, ils devront en rendre un compte très-sévère à Dieu : Quoniam data est d Domino potestas vobis.... qui inierrogabit opera vest*a, et cogitatioms srratabiï.v. ( Sag. vi. 4. ) Et leur jugement sera très-rigoureux : Quoniam judicium durissimum his, qui prosa un t, fu i. ( Ibid. vers. 6. ) En sorte que la religion exige l'obéissance el la fidélité des sujets, et qu'elle met un frein L la cupidité et à la tyrannie des souverains. Les incrédules, par leurs maximes pernicieuses, s'opposent et à la modération des princes dans l’exercice de leur pouvoir, et à la soumission des sujets dans leur obéissance ; parce que ne faisant aucun cas de Dieu, ils en font encore moins des souverains. Voici ce que dit cet impie J. J. Rousseau, de sa montagne, dans son Érvjile, en parlant de la subordination due aux souverains : « Quand il n’y aurait pas de roi», les choses n’en iraient pas plus mal ; parce que la multitude sera toujours sacrifice au petit nombre ( je veux dire des princes ) et l’intérêt public à l'intérêt particulier; cl toujours ces noms rpëcioux de justice et do subordination serviront d'instrument à la violence) d'armes à l'iniquité, d’où il suit que ces rangs distingués qui prétendent être utiles aux autres, ne sont effectivement utiles qu’à eux-mêmes et à charge aux autres, » Il ajoute : « La suprême puissance vient de Dieu, comme toute maladie pestilentielle provient de Dieu : ainsi les hommes sont obligés à éloigner la première, comme ils font pour se préserver de la dernière. » En outre il dit : «La principauté ne sert à autre chose qu’à dépouiller cruellement l'homme de ce qu’il a reçu de mieux de la nature, puisque de libre qu’il était en venant au monde, il est misérablement mis dans les fers. Le prince est utile au peuple, comme le loup l’est aux troupeaux : il est bon à le dévorer. « Il termine en disant : « Le catholicisme est vicieux en ce qu’il est trop favorable à la tyrannie. » Ce livre infáme fut condamné par l'archevêque de Paris, dans son édit de 1762. Mais il est bon de faire voir ici l’esprit téméraire de liberté et de séduction que les déistes souillent parmi les peuples, contre l’obéissance qu’ils doivent à leurs souverains. Ils prétendent établir la tranquillité publique, en induisant les sujets à se soustraire à l’obéissance des princes et de leurs lois.
LI. De plus, les incrédules disent, que pour établir le bonheur commun parmi les peuples, il faudrait admettre l’égalité des biens. Mais, en rendant tous les hommes égaux dans la possession des biens, leur demanderai-je, en résulterait-il le bonheur général? Je sontiens qu'il en arriverait un malheur général, et je le prouve. Si tous les hommes étaient égaux en richesses et en honneurs, ils seraient, tous malheureux; car le riche n’aurait personne pour le servir dans ses besoins : comment pourrait-il se pourvoir d’habillements, d’aliments, de meubles et de tant d’autres choses nécessaires à la vie P Chacun devrait connaître tous les états, pour pouvoir se les procurer. Et si chacun devait travailler manuellement pour se nourrir, pour s’habiller, et pour tout ce qui lui serait nécessaire, qui pourrait s’appliquer aux études, qui pourrait écrire sur les sciences nécessaires pour bien vivre, et pour comprendre les saintes Écritures ? Qui pourrait s’occuper à examiner et à juger les procès dans les tribunaux P Quel est l’homme qui voudrait s’assujettir à servir un autre homme, s’il avait autant de biens, autant d’honneurs que lui ? Ainsi, l’ignorant ne trouverait personne pour l’instruire, le malade personne pour le soigner ; et si par malheur, quelqu’un perdait ses biens, personne ne l’aiderait ; il devrait recourir au princo, p c procurer les moyens d’obtenir sa faveur; en attendant comment ferait-il ? C’est la religion qui, en m ettant de l’ordre dans tous les besoins des hommes, fait que le riche aide le pauvre, que le pauvre prête ses services au riche, que le savant instruit l’ignorant. De cette manière, chacun est aidé dans ses nécessités; il a de l’ordre dans toutes les inégalités ; car ces secours réciproques composent suffisamment la distribution inégale des biens, et assurent la tranquillité publique. Que ceci soit dit en passant; revenons maintenant sur l’article de l’intolérance.
LU. Nous avons déjà prouvé que ce n’est pas l’intolérance qui est cause des guerres et des séditions : mais supposé un instant qu’il est vrai, comme cependant en réalité il est faux, que l'intolérance à l’égard des religions séparées de la catholique, produise des discordes; l’Eglise devrait-elle pour cela approuver l’erreur, et avoir communication avec ceux qui repoussent la véritable religion ? S’il y a un Dieu, il faut qu'il y ail aussi une véritable religion, qui nous apprenne la foi véritable, et par laquelle Dieu nous fasse connaître les vérités que nous devons croire, et les préceptes que nous de\ons observer. Et si Dieu existe (eu que les déistes r.e rient pas, parce que la raison naturelle môme nous le démontre),ce Dieu étant l’Être suprême et. infiniment parfait, il ne peut être qu’un seul, et par conséquent la foi, ne peut être qu’une seule, selon cette parole de St.-Paul : Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. Unus Dominus, una fides, unum baptisma. (lïphes. iv. 5.) Par conséquent, les différentes religions, qui ont des dogmes de foi tout-à-fait opposés entre eux, ne peuvent être toutes véritables ; une seule doit être vraie, parce que la vérité ne peut êlre qu’une. Or, si la révélation divine, qui ne se conserve que dans la religion chrétienne, est absolument nécessaire à notre salut, ( comme nous venons de le prouver ) comment pouvons-nous tolérer d’autres religions, telles que la païenne, la mahométanc, la judaïque, et toute autre, qui nie la révélation divine ?
L ïïl. Et nous catholiques, qui croyons que parmi les religions chrétiennes la catholique seule es* la vraie, par la raison invincible et évidente, que Dieu l’assiste, parce que (selon ce que j’ai écrit dans mon ouvrage de la P cri té dri lu Fei¡ part. ni. chap. vi. n. 5. et dans la partie dogmatique contre les réformés ¡Hv&iX. xm. pour tout), l’Église catholique a été la première église fondée par Jésus-Christ ( ce que les novateurs mêmes ne nient pas ), et parce que le Sauveur même lui a promis son assistance jusqu’à la fin du monde ; Et ecce ego vobiscum in omnibus diebus utquc ad covsunimuüotiem srveuli ( Matth. xxxvui. 20. ) et a déclaré qu’elle ne sera jamais renversée par les portes de l'enfer, pur lesquelles il a voulu indiquer l’hérésie : Portée inferi non prtvoaUbunt adversiîs mm ( Matth. xvi. 18. ) Par ces raisons, comment notre religion catholique pourra-t-elle donc tolérer les autres; qui enseignent des doctrines tout-à-fait opposées à celles qu’elle professe? Qu’un athée tolère toutes les religions, cela se comprend, car n’en croyant aucune, il n’en réprouve aucune ; mais celui qui croit à la religion révélée de Dieu, ne peut jamais tolérer aucune erreur réprouvée par elle.
LIV. Pour éluder la force de cette vérité, les réformés, guidés par Jurieu, ont inventé la distinction des articles fondamentaux et non fondamentaux. Nous ne nions pas que les questions théologiques sur les vérités surnaturelles ne sont po ; ■ toutes fondamentales; plusieurs d’entre elles sont encore en discussion parmi les docteurs, et tant que l’Église ne les aura pas admises comme des points fondamentaux, nous ne sommes pas tenus de prendre un parti. Les points fondamentaux sont donc ceux, qui déjà on* été décidés par l’Églisc, laquelle, d’après l’Apôtrc, est la colonne inébranlable de la vérité : Scia? qaomodà oporieat te in domo Dei conrersuri, quæ est Ecclesia Dei vivi, columna et firmamentum veritutis. ( 1. Timoth. m. 15. ) Nous sommes obligés de tenir pour certains ces points fondamentaux, qui déjà ont été décidés. Sous l’ancienne alliance on pouvait se sauver hors de l’Église judaïque,cn observant les préceptes naturels, comme on croit que Job se sauva, ainsi que plusieurs autres personnages,en croyant à un Dieu rémunérateur ; et avec la foi, au moins implicite, au Rédempteur à venir ; niais Jésus-Christ, dans la nouvelle Alliance, a établi pour tous la même foi, qu’on doit avoir pour obtenir le salut éternel ; c’est en Jésus-Christ seul qu’on trouve le salut : Non est in alio aliquo salus. (Act. iv. 12. ) En sorte qu'il n’y a que l’Église de Jésus-Christ qui soit véritable : Hors d’elle point de salut.
LV. l.es déistes, et même les protestants tolèrent au contraire toutes les religions, excepté la catholique; et île cette façon, ils n’en admettent aucune, et se déclarent ennemis de Jésus-Christ, qui a dit : Celui qui n'est point avec moi, est contre moi ; et celui qui n’amasse point avec moi, dissipe au lieu d’amasser. Qui non est mecum, contra me est : et qui non colligit mecum r dispergit. (Luc. xi. 23.) C’est par cette raison que l'Apôtre avertissait ses disciples de rejeter toute doctrine opposée à celle qu’il leur avait apprise, quand même un ange serait descendu du ciel pour la leur annoncer : Sed licet vos, a ut angelus de cœlo evangelizel vobis prœlerqudm quod evangelizavimus vobis, anathemasit. (Gai. i. 8. ) Parce que cette doctrine, il l’avait apprise par la révélation de Jésus-Christ. Je ne l'ai point reçue ni apprise d’aucun homme, disait-il, mais par la révélation de Jésus-Christ. Neque enim ego ab homine ac.cepi illud, neque didici, sed per revelaiinncm Jrm Cfn'isti. (vers. 12.) St.-Jean écrivait de même : Si quelqu’un vient vers vous et ne fait pas profession de cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison et ne le saluez point. Si quis venit ad vos, et hanc doctrinal n. non a/fert, nolite recipere eum in domum, nec ave dixeritis.(%. Epist. xi. 10.) Comment donc, peut-on juger déraisonnable l'intolérance de l’-Église catholique romaine, qui sépare de sa communion ceux qui suivent une autre doctrine ? Mais pourquoi, disent-ils, l’Église romaine condamne-t-elle ceux qui ne sont pas de sa communion? L’Église ne les condamne pas, mais, par l’excommunication, elle les sépare à juste titre d’avec son corps, pour obéir à Jésus-Christ, qui ordonne de regarder comme un païen et un publicain, celui qui n'aura pas voulu écouter son Église. Si autem Ecclesiam non auulierit, sit tibi sicut ethnicus et pubticanus. (Matth. xvm. 17.)
LVI. Mais Dieu, disent-ils, veut la paix générale. Je suis de votre avis; mais il la veut sans qu’on blesse sa foi ; lui, qui est le prince de la paix, il la veut, et il nous et donne de la conserver entre nous et avec les autres: Inquirepacem, etperseque^e eam. (Psalm. xxxiii. 15.) Mais de quelle paix Dieu veut-il parler ? Il parle de la paix véritable, qu’on acquiert et que Ton conserve par l’exercice de la vertu : Fiat pax in virtute tuâ. (Oseæ vi. 7. ) Il parle île cette paix qu’on obtient par l’union avec Dieu et avec le prochain ; de celle qui nous conduit à la félicité éternelle. Il ne parle pas de cette paix fausse, que l’on suppose obtenir en tolérant ceux qui veulent croire et agir à leur gré, en opposition à la révélation divine : une telle paix est la paix des impies qui dorment dans leur perdition : et le Seigneur ne veut pas de cette paix de mort ; au contraire, il est venu l’expulser de la terre : Ne pensez pas, dit-il, que je sois venu apporter la paix sur la terre, je ne suis pas venu y apporter la paix, mais l'épée. Nolite arbitrari quid pacem veuerim mittere in terram : non veni pacem mittere, sed gladium. ( Matth* x. 54.) St.-Luc (xii. 51.) au lieu de gladium, épie, dit, separationem ; la division. Ainsi Jésus-Christ est venu séparer les infidèles d’avec les fidèles, afin que ceux-ci ne se perdent pas en communiquant avec les autres, comme nous l'explique St.-Luc (xii. 58.) Lorsque vous allez avec voire adversaire devant le magistrat, tachez de vous dégager de lui pendant que vous êtes encore dans le chemin, de peur qu'il ne vous entraîne devart le juge, et que le juge ne vous livre au sergent, et que le scigcnt ne vous mène en prison. Câm aident vadls cmn adversario tuo eut principem, in viâ da operam liberari ab illo, ne foril iraliat le ad judicem, et judex tradat le exur.lori, el exaclot m ittat te in carcerem. Voilà le précipice oh nous conduit la tolérance de vouloir communiquer avec les ennemis de la foi.
I. VII. Jean Léonard Froereiscn, dans une oraison prononcée et imprimée à Argentine, en 1743, étant recteur de cette université, déplore l’état de plusieurs églises de la communion d'Augsbourg, en disant : Notre communion ressemble d une armée où chacun voudrait commander ; c’est un serpent coupé en plusieurs morceaux qui tirent, mais qui perdront bientôt leur vie. Voilà la belle tranquillité que la tolérance produit I En outre, qu’est-il résulté de la tolérance, que les réformés ont tant prêchée dans leurs ouvrages P qu’on a oublié le dogme, et que le déisme et l’athéisme se sont ensuite introduits; car il est très-facile de passer du déisme à l’athéisme, les réformés ont tâché d’écrire avec beaucoup de chaleur contre l’athéisme, mais ils doivent avouer qu’ils on creusé la petite qui conduit à ce précipice, lorsqu’ils ont voulu proclamer la liberté de penser, en matière de religion : et maintenant, malgré tous leurs efforts, ils ne peuvent plus y porter remède.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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