Mes résolutions · Saint Léonard de Port-Maurice
L'oraison mentale et jaculatoire
VI. Pour ce qui est de l'Oraison mentale, je tâcherai de me la rendre familière, afin qu'elle soit mon pain quotidien. Ainsi je n'omettrai jamais de faire les trois heures d'oraison prescrites par l'Institut ; et si je ne puis les faire de jour à cause des occupations, j'y suppléerai pendant la nuit; et lorsque les devoirs imposés par l'obéissance m'en empêcheront et que je me trouverai hors du couvent, en voyage ou appliqué à d'autres affaires, je garderai le silence, je m'entretiendrai dans le recueillement intérieur, et, étant seul avec mon compagnon, je le prierai de ne me point distraire. C'est ce que je me propose d'observer sans faute avec le secours de la grâce, sachant trop bien que sans l'aliment intérieur de l'oraison, je n'observerai aucune de ces saintes résolutions.
Dans les missions je n'omettrai jamais la méditation d'usage et j'en lirai le sujet d'avance. Je ferai attention aux heures où il est de règle de vaquer à l'oraison dans les couvents, afin d'entrer alors dans le recueillement intérieur dont j'ai parlé, et de produire divers actes au fond du cœur, soit que j'étudie, soit que je traite différentes affaires, soit même que je prêche.
Bien plus, j'emploierai tout le temps qui me restera après mes occupations ordinaires, tant au couvent, qu'en mission, même les moindres instants, à l'exercice de l'oraison, conversant ainsi toujours avec Dieu et me tenant recueilli intérieurement en sa divine présence. Je produirai alors divers actes intérieurs, conformément à ce que j'ai dit plus haut; ou bien par un simple regard, mais intime et amoureux, je jouirai des douceurs de sa conversation.
Dans ce but, j'éviterai les entretiens avec les laïques, à moins que des raisons toutes spéciales ne m'obligent de traiter avec eux. Et si je passe pour sauvage et impoli en me dispensant de leur rendre visite et en n'entretenant point de relation avec eux, je ne m'en mettrai nullement en peine, leur préférant toujours ma cellule ou un petit coin du chœur quand je suis au couvent, et ma chambre quand je suis en mission.
La méthode ordinaire de mon oraison consistera à chercher Dieu au-dedans de moi-même; je commencerai, selon mon habitude, par quelque trait de la passion de Notre-Seigneur, et particulièrement de son crucifiement, et après avoir disposé mon cœur à des actes d'humilité, de contrition et d'amour, je pénétrerai dans l'intérieur du cœur de Jésus crucifié, où mon âme trouve son repos ; j'y contemplerai les grandeurs de ses divins attributs, les parcourant l'un après l'autre, et après diverses entrées et sorties intérieures, je m'arrêterai à une notion générale de Dieu propre k exciter dans la partie supérieure de l'âme un ardent amour. Tenir mon cœur continuellement occupé à aimer, tel sera le but de mon oraison; or, je ne trouve point de meilleur moyen pour y arriver qu'un recueillement intime, dans le silence et l'éloignement de toutes les créatures. Je prie Dieu de m'ôter la vie plutôt que de priver mon âme de ce commerce familier avec lui, commerce qui fait mon petit paradis sur la terre. Et si je manquais à ces délicieux entretiens, en y mettant obstacle par ma tiédeur ou par quelque petite attache aux créatures et aux choses de la terre, je m'en repentirai immédiatement, je m'en humilierai et j'en ferai l'aveu à mon père spirituel, pour y apporter remède.
VII. Quant à l'oraison de demande à l'effet d'obtenir le secours de Dieu (Voyez ci-dessus, § I), pour la pratiquer je me rendrai- familière et même très-familière l'oraison jaculatoire : Mon Jésus, miséricorde, ayant fait déjà avec Dieu la convention que toutes les fois que je proférerai ces saintes paroles, j'entends lui demander la grâce efficace de l'aimer, et renouveler l'intention de lui plaire en toutes choses et d'accomplir fidèlement son adorable volonté. C'est pourquoi je répéterai cette invocation mille fois le jour, soit mentalement, soit vocalement. Ce sera encore là un excellent moyen de tenir mon cœur constamment occupé de Dieu, et d'entretenir cet amoureux commerce de mon âme avec lui, ce qui est l'affaire par excellence.
Pour le rendre plus facile, je reconnais qu'il faut réformer, autant que possible, les trois puissances de l'âme : l'intelligence, la mémoire et la volonté, par les trois vertus théologales : la Foi, l'Espérance et la Charité.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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