Mes résolutions · Saint Léonard de Port-Maurice
L'office divin
IV. Quant a l'Office divin, je ferai en sorte que le chœur soit le lieu de mes délices. Ainsi, en y entrant, je me prosternerai la face contre terre et j'adorerai le très-saint Sacrement, en disant l'antienne : O sacrum convivium avec l'oraison ; puis, m'étant rendu à ma place, je me mettrai tout de suite en la présence de Dieu, me recueillant en moi-même et excitant ma foi; je contemplerai la très-sainte Trinité, présente dans le fond de mon âme, je l'adorerai très-humblement, me servant à cet effet de la mémoire locale et des doigts de la main ainsi que je vais le marquer. Je remuerai mon petit doigt, lequel représentera mon âme, et je ferai un acte de défiance de moi-même en me considérant comme un arbre stérile sans le secours de la grâce ; je m'abîmerai par la pensée dans la profondeur de l'enfer, me considérant comme pire que les démons, indigne non-seulement de louer Dieu dans la compagnie des religieux, mais même de paraître en sa sainte présence. Ensuite, remuant l'autre doigt qui me figure mon ange gardien et mes saints patrons, je les supplierai de louer pour moi, d'aimer, de remercier et de bénir le Dieu de toute bonté, me reconnaissant trop indigne de le faire moi-même. En remuant le doigt du milieu, qui me rappelle le souvenir de la très-sainte Vierge, je la supplierai de louer, d'aimer, de remercier et de bénir pour moi le Seigneur mon Dieu. Puis remuant l'index, je prierai mon doux Jésus de louer hautement, d'aimer et de bénir le Père éternel. Enfin remuant le pouce, je m'élèverai par un acte de confiance jusqu'à l'adorable Trinité, en protestant de la vouloir à jamais louer, aimer, remercier et bénir, en union des louanges, des bénédictions et des remerciements que lui rendent dans le ciel les Cœurs do Jésus et de Marie, avec tous les anges et tous les saints. Tout ce que je viens de dire, je le ferai rapidement, pendant le temps que mettent les religieux à se réunir. Quand je réciterai l'office hors du chœur, je ferai aussi tous ces actes implicitement, en remuant les doigts de la manière indiquée.
V. L'Office commencé, je ferai en sorte que cette prière vocale, instituée par l'Eglise pour louer Dieu, soit une prière mixte, c'est-à-dire à la fois vocale et mentale; et pour me tenir dans le recueillement et éviter les distractions, je distribuerai les principales circonstances de la passion entre les diverses parties de l'Office, pour les méditer de la manière suivante.
Au premier Nocturne, je méditerai sur le lavement des pieds; au second, sur l'institution du très-saint Sacrement; au troisième, sur l'oraison de Notre-Seigneur au jardin des olives. Au premier psaume des Laudes, je me rappellerai Jésus allant à la rencontre des soldats et leur adressant les mots : Ego sum, par lesquels il les terrassa tous; au second, je le considérerai garrotté ; au troisième, traîné devant les tribunaux, accablé d'outrages; au quatrième, conduit devant Pilate et gardant un silence admirable; au cinquième enfin, je me le représenterai incarcéré, et moi m'entretenant seul à seul avec lui dans sa prison.
Au Te Deum et au Benedictus, je porterai mes regards sur l'adorable Trinité, en adressant des actes d'amour et de félicitation à ce Dieu infiniment digne de louanges.
A Prime, je méditerai la flagellation ; à Tierce, le couronnement d'épines; à Sexte, le portement de la croix ; à Nom, le crucifiement; à Vêpres, la mort de Jésus en croix, en contemplant pendant les cinq psaumes les cinq plaies du Sauveur; à Complies, sa descente de la croix et sa sépulture.
Toutes les fois qu'on dira le Gloria Patri, j'adorerai la très-sainte Trinité et je ferai un acte explicite de foi, d'espérance, d'amour, de remerciement et de contrition, avec ses motifs, sachant par expérience que je le puis aisément en y employant le temps où les acolytes disent les antiennes. Quand je dirai l'office hors du chœur, ou quand je le dirai tout bas, et que je n'aurai pas le temps nécessaire, je me contenterai de faire ces actes implicitement, en disant : je crois, j'espère, j'aime, je me repens et je rends grâces, ayant l'intention par là de faire ces mêmes actes d'une manière explicite.
Lorsque je réciterai l'office hors du chœur, je le réciterai toujours à genoux par terre, en méditant sur les points de la passion indiqués plus haut, afin d'éviter de cette manière les égarements de l'imagination, et de louer Dieu dans un esprit intérieur. Si je manque à cette pratique, j'en dirai ma coulpe avec une vive douleur, et quoique je ne pourrai point méditer ces mystères comme si j'étais au chœur, au moins je leur donnerai un regard du cœur.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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