La dévotion au très saint Cœur de la très précieuse Vierge Marie Mère de Dieu · Saint Jean Eudes
IV : Plusieurs moyens d'honorer le Cœur de la Mère de Dieu
D'honorer le très digne Coeur de la Mère de Dieu.
Ce petit livre vous en fournira quatre ou cinq. Car premièrement, vous y trouverez un petit Office dressé en l'honneur de ce très saint Coeur, qui est un abrégé d'un autre grand Office pour le même sujet, qui est approuvé, comme il a été dit, de plusieurs grands prélats et de plusieurs docteurs de Sorbonne.
Secondement, vous y trouverez des Litanies, composées de plusieurs excellentes qualités qui sont très honorables à ce saint Coeur de notre divine Mère, et pleines de consolation pour nous, comme celles qui nous déclarent: Que c'est une fontaine de lait et de miel, et de toute consolation;--que c'est le trône de la Miséricorde;--que c'est une fournaise d'amour, un prodige de charité, le centre de la mansuétude, un abîme d'humilité, le trésor de l'Église, et un trésor infini de toutes sortes de biens; --que c'est l'astre dominant et dirigeant au regard des coeurs qui aiment Dieu: Sidus amantium - que c'est la règle des coeurs consacrés à Dieu;--que c'est le Roi de nos coeurs; --que c'est la consolation de notre exil;-- que c'est une maison d'or que Dieu a donnée à nos coeurs pour y faire leur demeure;--que c'est notre tour et notre forteresse, pour nous mettre à couvert contre tous les ennemis de notre salut;--que c'est l'asile, le refuge, la défense, le paradis, la joie, le coeur, l'amour et les délices de nos coeurs.
Troisièmement, vous y trouverez un Chapelet en l'honneur de ce même Coeur, qui est fort court, et qui néanmoins ne peut être que très agréable à la Reine des coeurs consacrés à Jésus, et très utile à ceux qui le disent avec dévotion, ainsi que vous le verrez si vous prenez la peine de lire avec attention ce qui est écrit ci-après touchant la manière de dire ce chapelet. C'est pourquoi vous ferez bien de le dire quelquefois, pour le moins une fois la semaine, plus ou moins, selon votre commodité.
Quatrièmement, vous y trouverez une Salutation à ce bienheureux Coeur, qui contient ce que Notre-Seigneur a dit à sainte Mechtilde, ainsi qu'il est rapporté ci-dessus, touchant la manière de saluer le Coeur de sa très digne Mère. Vous ne pouvez pas douter que cette Salutation ne plaise beaucoup au Fils unique de Marie, et par conséquent à la Mère de Jésus: puisque ce même Jésus a voulu l'enseigner lui-même de sa propre bouche à cette grande Sainte. C'est pourquoi je vous exhorte et vous conseille de la dire tous les jours, pour saluer et honorer par ce moyen le Coeur tout aimable de notre divine Mère, et pour lui offrir notre coeur au même temps, et la supplier d'y imprimer une image vivante des divines qualités et des saintes vertus dont le sien est orné, et qui sont marquées dans cette Salutation. Vous pouvez faire cela en tout temps, mais spécialement après la sainte communion. Car cette Salutation s'adresse conjointement au divin Coeur de Jésus et au sacré Coeur de Marie, qui ne sont qu'un même Coeur, ces deux Coeurs ayant toujours été animés d'un même esprit, et remplis des mêmes sentiments et affections. Or après la sainte communion vous avez dans votre poitrine et dans vos entrailles ce Coeur adorable de Jésus; et par conséquent vous avez aussi en quelque manière le Coeur aimable de Marie: puisque ces deux Coeurs ne sont qu'un Coeur, et que Jésus est tellement vivant et régnant en Marie, qu'il est l'âme de son âme, l'esprit de son esprit et le Coeur de son Coeur. C'est pourquoi, lorsque après la sainte Communion vous direz cette Salutation, et qu'en saluant le sacré Coeur de Jésus et de Marie, vous penserez que ce même Coeur est réellement et véritablement dans notre poitrine, cela nous excitera puissamment à lui offrir et donner notre coeur, comme aussi les coeurs de tous nos frères et soeurs avec lesquels vous ne devez avoir qu'un coeur et une âme; et à le supplier qu'il détruise dans ce coeur ce qui lui déplaît, et qu'il y imprime une participation et une image parfaite de la sainteté, de la douceur, de l'humilité, de la pureté, de la dévotion, de la patience, de la sagesse, de l'obéissance, de la fidélité, de la vigilance, de la miséricorde, de l'amour, de la charité et des autres vertus qui règnent dans ce divin Coeur, et qui sont exprimées dans cette même Salutation.
Au reste, mon cher Lecteur, lorsque dans cette Salutation qui s'adresse au Coeur adorable du Sauveur et au Coeur vénérable de sa Mère, vous trouverez ces paroles: Adoramus te, «nous vous adorons », vous n'en serez pas surpris. Car vous savez trop bien qu'il y a trois sortes d'adoration: l'adoration de latrie, c'est-à-dire un honneur souverain qui n'est dû qu'à Dieu seul; l'adoration d'hyperdulie, c'est-à-dire une vénération singulière qui appartient à la Mère de Dieu, comme à celle qui n'a rien au-dessus d'elle que Dieu, et qui voit au-dessous d'elle tout ce qui n'est point Dieu; et l'adoration de dulie, c'est-à-dire l'honneur et le respect qui doit être rendu aux serviteurs de Dieu. Or vous ne croirez pas qu'en disant ces paroles: Adoramus te, on veuille adorer le Coeur du Fils de Dieu et celui de sa sainte Mère d'une même adoration. O Dieu, nullement, mon très cher Frère; mais on prétend rendre au Coeur divin du Fils de Marie une adoration souveraine, et au Coeur sacré de la Mère de Jésus une vénération singulière 1. Voilà plusieurs moyens pour honorer le Coeur très auguste de notre Reine. Mais en voici un qui passe tous les autres, c'est l'imitation. Car la plus excellente de toutes les dévotions, dit saint Augustin, c'est d'imiter les chose que nous honorons: Summa devotio est imitari quod colimus. Si donc vous désirez avoir une vraie et parfaite dévotion au très digne Coeur de la Mère du Sauveur, il est nécessaire d'appliquer votre esprit et votre coeur à considérer attentivement, à méditer profondément et à étudier soigneusement les perfections et les vertus de ce même Coeur: afin de vous exciter par ce moyen à en imprimer une vive ressemblance dans votre coeur par une fidèle imitation. Pour nous aider à cela, je mettrai plusieurs méditations sur ce sujet vers la fin de ce livre.
Finalement vous y trouverez un cantique à la louange de ce Coeur virginal, que vous pourrez chanter quelquefois au temps de votre récréation; et si vous en considérez bien les termes et le sens, vous le chanterez avec dévotion. Car il contient les qualités les plus avantageuses et les mystères les plus profonds du Coeur admirable de la Mère d'un Dieu.
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Ces paroles sont une réponse aux attaques dirigées contre la salutation aux Sacrés Coeurs par certains adversaires du Vénérable. Voici un échantillon de ces attaques. «Le P. Eudes veut que l'on adore le Coeur de la Vierge conjointement avec le Coeur de Jésus, par une même et unique adoration de latrie: Ave, Cor sanctissimum Jesu et Mariae, te adoramus. Or notre symbole nous apprend que l'on adore le Saint-Esprit, conjointement avec le Père et le Fils: Qui cum Patre et Filio simul adoraur, d'où l'on conclut nécessairement que le Saint-Esprit est Dieu. Aussi puisque le P. Eudes veut que l'on adore le Coeur de Jésus et de la Vierge par un même acte d'adoration, qui doit être celui de latrie, il faut nécessairement qu'il prenne le Coeur de la Vierge pour un Dieu». «Le P. Eudes unit le Coeur de la Vierge à celui de Jésus-Christ pour le faire adorer. La belle adresse!» Textes cités par le R.P. LeDoré, Les Sacrés Coeurs, tome I, p. 391, Cf. même ouvrage, p. 398.
Je supplie le Fils et la Mère, par leur très saint Coeur et par l'amour très parfait qu'ils se portent réciproquement, de prendre une pleine et absolue possession des coeurs de ceux qui auront dévotion à ce très aimable Coeur, et qui se serviront des moyens qui sont contenus dans ce livre pour l'honorer, et de les remplir d'un désir très ardent de se purifier de plus en plus de toute sorte de péchés, afin d'être plus capables de recevoir les dons, les grâces et les bénédictions divines qu'il désire leur communiquer.
Je les supplie aussi d'accomplir leurs promesses, et d'envoyer des étincelles de cette fournaise ardente qui embrase leur divin Coeur, dans les coeurs de ceux qui célébreront tous les Ans, le huitième jour de Février, la fête de ce même Coeur de la Mère de Dieu, qui se solennise en beaucoup de lieux: afin de les échauffer, s'ils sont froids; de les enflammer, s'ils sont échauffés; et, s'ils sont enflammés, de les embraser de plus en plus du feu sacré de l'amour divin.
O Jésus, Fils de Marie, ô Marie, Mère de Jésus, j'ai confiance en la très grande bonté de votre Coeur très bénin, que vous accomplirez ces choses pour l'honneur et la gloire de votre saint Nom.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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