Directoire des choses spirituelles pour les sœurs de Notre-Dame de Charité · Saint Jean Eudes

    Article VI : De la Réfection

    Que les Soeurs n'aillent pas au Réfectoire seulement pour manger, ains pour obéir à Dieu et à la Règle, ouïr la sainte lecture, dire les coulpes, recevoir les avertissements, et faire les mortifications qui y sont pour l'ordinaire pratiquées. Qu'elles y entrent avec gravité et modestie, les robes abattues, et les yeux en terre, fassent l'inclination au crucifix, et se rangent de choeur en choeur. Trois se pourront mettre à genoux devant la table de la Supérieure, pour dire chacune une coulpe courtement et clairement, parlant médiocrement haut, afin qu'elles puissent être aisément entendues.

    Actes rédigés dans l'édition de 1737.

    La Supérieure dira le Bénédicité, etc., devant sa place; les Soeurs tiendront les mains jointes et s'inclineront durant la Bénédiction, et devant que de s'aller asseoir.

    La Lectrice étant debout, les mains jointes, s'inclinant avec celle qui doit servir à table, dira: Jube, Domna, benedicere. La Supérieure répondra, Mensae, etc. La Lectrice montera en chaire, où étant debout, les mains jointes, dira: In nomine Domini Jesu Christi. Les Soeurs répondront Amen.

    Elle commencera sa lecture. La Supérieure donnera le signe, disant: Au nom de Dieu; et les Soeurs déploieront leurs serviettes. Elles ne laisseront point de places vides, sinon aux deux bouts pour celles qui manquent, lesquelles baiseront la terre au milieu du Réfectoire devant que de s'asseoir, si c'est par négligence qu'elles viennent tard.

    S'il y en a quelqu'une qui soit trop délicate ou trop avide à manger, qu'elle fasse, en entrant, une bonne résolution, en invoquant la grâce de Notre-Seigneur, afin de se surmonter courageusement. Que la douillette considère le fiel qui fut présenté à Notre-Seigneur, au fort de ses plus amères douleurs. Que celle qui est trop avide pense aux abstinences et jeûnes rigoureux des Pères du désert, et de tant d'autres Saints qui ont si puissamment surmonté leur sensualité.

    Qu'elles ne sortent point de table sans s'être mortifiées en quelque chose; et que néanmoins elles usent sans scrupule ni cérémonie, des viandes qui leur seront données pour le soulagement de leurs infirmités, prenant indifféremment de la main de Notre-Seigneur, tant en viandes comme en toutes autres choses, ce qu'elles aimeront, comme ce qu'elles n'aimeront pas, voire même à l'infirmerie; et recevront ce qui leur sera donné avec actions de grâces, reconnaissant qu'elles ne méritent pas un si doux et charitable traitement.

    Quand on fait les mortifications usitées (ce n'est que quatre ou cinq à la fois), les Soeurs à qui on baise les pieds, en avanceront un, s'inclinant un peu, et se tiendront debout, et courbées quand c'est la Supérieure. A la fin, celles qui les auront baisés, retourneront au milieu du Réfectoire baiser la terre, et retourneront en leurs places. Celles qui mangent à terre, ayant achevé, se tiendront à genoux ou assises en la même place jusques au signe, lequel étant donné, elles baiseront la terre, et se tiendront en leur rang. Les jours de Fêtes et Chapitres, et en l'absence de la Supérieure, Assistante ou Commise, on ne dira point de coulpes ni d'avertissements.

    Celle qui servira troussera sa robe, et ses grandes manches jusques au coude, ceindra un devantier, et prendra sur la fenêtre du service l'ais chargé des portions. Elle fera l'enclin au milieu du Réfectoire, puis à la Supérieure, lui présentant sa portion, et toutes les fois qu'elle passera devant elle. Elle donnera la portion de l'Assistante, et poursuivra le choeur de la Supérieure, puis celui de l'Assistante. Chacune prendra sa portion sans choix; elles ne s'enverront rien de l'une à l'autre, excepté la Supérieure quand elle le jugera à propos.

    Celle qui servira prendra garde que rien ne manque aux Soeurs. A la fin de la première table, elle mettra les potages de la seconde. Les Soeurs seront fort tranquilles et propres au Réfectoire. Durant le repas, on lira une fois l'année le Coutumier et Directoire, excepté celui de la Directrice et les mortifications, et ce devant le temps de la visite; et une autre fois dans la même année, la Préface des Règles, et une fois l'année les entretiens et les sermons selon les Fêtes qui échoient.

    Après le repas, la Supérieure donnera le signe pour finir. La lectrice dira: Tu autem Domine miserere nobis, et toutes répondront: Deo gratias. Elle viendra avec celle qui aura servi, laquelle abattra ses manches et sa robe, et baiseront la terre au milieu du Réfectoire, feront l'enclin à la Supérieure, et s'iront mettre à table.

    La Supérieure commencera les grâces du Bréviaire, selon le temps, devant sa place, et les Soeurs rangées comme au Bénédicité, répondront.

    Après cela on fera les avertissements.

    Les Soeurs domestiques et dépensières qui disent leurs coulpes, se mettront à genoux devant la Supérieure, puis se retireront après les avoir dites.

    La Semainière commencera le De Profundis, que les Soeurs poursuivront alternativement, et s'approchant deux à deux, une de chaque choeur, feront l'enclin à la Supérieure et s'en iront, ayant La Lectrice de la seconde table commencera et finira la lecture comme à la première, sans relire ce qui aura été lu. A la collation on ne dira que l'Ave Maria, avec le signe de la croix, pour Bénédicité et grâces. L'on donnera environ trois onces de pain, avec un peu de fruit cuit ou cru, et fera-t-on la lecture tout au long.

    Les Dimanches, toutes se mettront à genoux pour recevoir la bénédiction de la Supérieure, après celle de la Lectrice.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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