Des unions adultères · Augustin d'Hippone
Livre I
Chapitre V : RÉFUTATION
Quelle autre réponse pourrai-je faire, que celle-ci : Vous ne saisissez pas bien le sens de l’Apôtre ? En ordonnant à la femme, qui se sépare de son mari, de rester dans la continence, il s’adresse à la femme qui a le pouvoir de s’en séparer ou qui s’en sépare légitimement, c’est-à-dire pour cause de fornication. Il est vrai qu’il ne mentionne pas ici ce motif, mais c’est uniquement parce qu’il est trop connu. C’est là, en effet, la seule cause mentionnée par le Sauveur ; quand il parlait de la séparation des époux, il laissa tirer la conclusion facile que le sort de la femme n’était pas différent de celui du mari, puisque chacun des deux époux a cessé d’avoir droit sur son propre corps, pour avoir droit sur le corps de son époux. Voici donc que vous ne pouvez convaincre votre mari du crime de fornication, et vous pensez qu’en vous abstenant de contracter un nouveau mariage, vous justifiez pleinement votre séparation d’avec un mari qu’il vous est absolument défendu de quitter ? En entendant notre réponse, je pense bien que vous ne souffrirez pas que cette femme nous objecte, qu’elle demeure dans la continence, parce qu’elle s’est séparée de son mari, sans aucune cause de fornication ; car ce serait lui donner le droit d’ajouter que si son mari eût commis la fornication, non seulement elle aurait pu se séparer, mais encore contracter un nouveau mariage.
Source du texte : Wikisource