Des mœurs divines, ou de la manière d'être de Dieu · Saint Thomas d'Aquin
Patience de Dieu
Il y a en Dieu une autre manière d’être qui fait que, lorsque tous les saints et toutes les créatures parfois demandent à Dieu vengeance contre le pécheur, comme il est écrit dans l’Apocalypse, ch. VI, que tous crioient : « Jusqu’à quand, Seigneur, vous qui êtes juste et vrai, différerez-vous de juger et de tirer vengeance de notre sang, sur ceux qui sont sur la terre ? » Dieu cependant attend avec patience et miséricorde le pécheur jusqu’à la mort, pour en avoir pitié s’il vient à se convertir de la voie mauvaise où il marche, parce que le Seigneur, qui est miséricordieux, ne se réjouit pas de la perte des vivants : mais nous, dans notre impatience, nous proposons d’ensevelir le pécheur dans l’abîme creusé sous ses pieds ; avant qu’il ne l’ait achevé, nous le maudissons, nous crions vengeance, nous blâmons Dieu de supporter si longtemps la méchanceté des pécheurs; ne tenant pas compte des biens immenses qui résulteront, d’après une sage disposition de Dieu, de la méchanceté des impies, parce que Dieu en est aussi plus digne de louanges, et qu’il y a autant de miséricorde à supporter le méchant dans sa malice, qu’à préserver le monde du péché, ou à l’arracher à ce même péché. Car ceci fait oonnoître et estimer la miséricorde de Dieu. Il ne faut pas en effet une grande puissance pour précipiter le méchant dans l’abîme de l’enfer ; mais Dieu, en l’épargnant, en ayant pitié de lui, manifeste surtout sa miséricorde.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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