Des mœurs divines, ou de la manière d'être de Dieu · Saint Thomas d'Aquin
De la justice de Dieu
Il y a en Dieu une autre manière d’être, c’est que, de son côté, jamais personne n’a à souffrir de la méchanceté d’autrui. La chute de Lucifer n'est en effet préjudiciable en rien à saint Michel ; la malice de Juda ne diminue nullement non plus l’amour de Pierre : mais, hélas ! nous malheureux que nous sommes, nous rejetons sur une communauté tout entière l’excès d’un seul religieux, et même, ce qui est plus, nous l’imputons à l’ordre tout entier, nous condamnons sans exception tous les religieux pour le péché d’un seul, et si un de nos ennemis nous offense, nous poursuivons de toute notre haine sa postérité tout entière, nous poursuivons un grand nombre de pauvres innocents, ses amis, ses familiers sont aussi les victimes de notre haine, selon que nous le permettent nos forces, nous les molestons sans raison, et c’est ce que le Seigneur nous défend dans la loi, lorsqu’il dit : «. Le fils ne portera pas le péché de son père, chacun portera le poids de sa propre faute, » dit l’Apôtre, Gai., chap. VI. Hélas! combien de fois arrive-t-il, lorsque quelqu’un est troublé, que Dieu lui-même, quoique ce soit très-injustement, en soit outragé, parce qu’alors il ne veut pas chanter, il ne veut pas étudier, il ne veut pas lire, il ne veut pas prier.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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