De la virginité · Saint Jean Chrysostome
Les hérétiques observant la virginité sont plus infortunés que les grecs
4 Comme vous êtes plus infortunés encore que les Grecs ! Les Grecs en effet, même si les horreurs de la géhenne les attendent, jouissent du moins de l’agrément de la vie : ils se marient, éprouvent les joies de la fortune et de toutes les douceurs de l’existence. Mais pour vous, ce sont tourments et souffrances des deux côtés, dans ce monde volontairement, dans l’autre malgré vous. Les Grecs, pour prix du jeûne et de la virginité, ne recevront de récompense ni ne subiront de châtiment ; vous au contraire, pour cet acte dont vous attendiez des louanges infinies, vous endurerez le châtiment suprême et, mêlés aux autres, vous entendrez ces mots : "Éloignez-vous de moi, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges", ( Mt 25,41 ) parce que vous avez observé le jeûne et la virginité. Car le jeûne et la virginité ne sont pas un bien ou un mal en eux-mêmes, ils le deviennent l’un et l’autre par l’intention de ceux qui les pratiquent. Pour les Grecs, une telle vertu est stérile : ils en écartent d’eux la récompense parce qu’ils la pratiquent sans être inspirés par la crainte de Dieu. Mais vous, c’est en livrant bataille à Dieu et en calomniant ses oeuvres ; aussi, non seulement vous ne recueillerez pas votre récompense, mais encore vous serez châtiés. Pour la doctrine, vous serez rangés aux côtés des païens, puisqu’à leur exemple vous avez rejeté le vrai Dieu et admis plusieurs dieux ; pour la réalité de la vie, leur sort sera préférable au vôtre : pour eux en effet le châtiment se limitera à ne recevoir aucun avantage, vous, vous aurez en plus des maux à subir ; et s’ils ont eu le loisir, eux, de jouir de tout pendant cette vie, vous, vous serez privés de ces biens comme des autres.
Est-il châtiment plus terrible que de n’avoir pour prix de ses travaux et de ses sueurs, que des tourments ! L’adultère, le cupide, le profiteur du bien d’autrui, le voleur de son prochain éprouvent au moins une certaine consolation, bien courte en vérité, mais ils l’éprouvent : ils seront punis pour des fautes dont ils ont profité ici-bas. Mais l’homme qui a embrassé volontairement la pauvreté pour être riche dans l’autre monde, les épreuves de la virginité pour prendre part là-haut aux choeurs des anges, cet homme qui, soudain et contre toute attente, se voit châtié pour cette conduite dont il espérait la jouissance de biens innombrables, il est impossible d’exprimer la souffrance qu’il endure à subir ce sort contraire à ses espérances. Autant que le feu, je crois, sa conscience le tourmente, quand il réalise que ceux qui ont supporté des épreuves semblables aux siennes sont aux côtés du Christ, tandis qu’il subit le châtiment suprême pour des actes qui sont pour eux source de biens ineffables, et qu’une vie d’austérité réserve un sort plus rigoureux que celui dévolu aux débauchés et aux fornicateurs.
Source du texte : Biblia Clerus