De la patience · Augustin d'Hippone
Chapitre IV : LES HOMMES VAINS LOUENT CETTE PATIENCE
En effet, l’avarice, l’ambition, la luxure, et tout le cortège des vains amusements sont réputés choses innocentes, dès qu’on ne se les procure pas par quelque crime ou forfait défendu par les lois humaines. Il y a plus : dès qu’on ne fait tort à personne, celui-ci peut acquérir une fortune ou augmenter la sienne, celui-là ambitionner les honneurs et se maintenir au faîte, cet autre lutter dans l’arène ou s’adonner à des choses dangereuses, cet autre encore rechercher les applaudissements sur la scène, et tous pour atteindre leur but endureront peines et fatigues de toutes sortes : le populaire, ami des vanités, se garde bien de leur infliger le moindre blâme ; loin de là, il les élève jusqu’aux nues. Et ainsi, selon la parole de l’Ecriture, « le pécheur est loué à cause des désirs de son âme ». La violence de ces désirs fait supporter les travaux et les douleurs ; et en effet, personne ne subit volontiers des tourments, sinon pour arriver au plaisir. Mais, comme je le disais, ces passions que veulent satisfaire ceux qui en sont dévorés, au prix de tant de fatigues et d’amertumes endurées avec tant de patience, sont regardées comme permises et tolérées par les lois.
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