De la manière de se confesser et de la pureté de conscience · Saint Thomas d'Aquin
Le nombre
En effet, il y a plus de mal à commettre deux fois qu’une un péché ou du cœur ou des sens; c’est pourquoi, lorsqu’on peut s’en souvenir, il faut spécifier le nombre des mauvaises pensées que l’on a eues, ou des mouvements libidineux que l’on a éprouvés, aussi bien que la volonté de commettre quelque péché, le nombre de regards que l’on a jeté sur quelqu’un par délectation sensuelle; il faut également dire combien de fois on a fait mettre quelqu’un en colère, ou on a murmuré, et ainsi de suite. Si l’on ne peut point se rappeler le nombre, il faut dire avec simplicité et bonne foi qu’on a fait tel péché tant de fois, autant qu’on en peut juger. Il faut noter que les péchés peu graves de pensée ou de parole ne doivent pas être déclarés numériquement, à moins qu’ils n’aient été l’occasion de quelque péché grave ou de quelque faute considérable, ou s’ils étaient de leur nature de l’espèce des péchés capitaux; si néanmoins on étoit longtemps distrait pendant l’oraison ou la psalmodie par quelque pensée légère, je crois qu’il seroit bon de l’expliquer, si on s’en souvenoit, à cause du grand dommage qu’on en éprouve. De même, lorsqu’on s’impatiente quelquefois pour quelque parole légère, ou qu’il peut naître quelque mauvais soupçon, il faut alors spécifier à cause des mauvais effets qui s’ensuivent, de telle sorte qu’il faut spécifier ces paroles oiseuses ou légères quand elles sont cause de quelque péché ou de quelque faute grave, ou une occasion de péché pour quelqu’un. Il suffit donc de dire en gros toutes les distractions que l’on a eues dans l’oraison et dans la récitation de l’office pour des pensées légères, de cette manière : Je m’accuse de toutes les distractions et divagations d’esprit que j’ai eues dans l’oraison, pendant la messe, en disant l’office, à cause des pensées inutiles et oiseuses dont je me suis trop occupé et qui ont fait que je n’ai pas été attentif comme je le devois et le pouvois. Quant aux mauvaises pensées que l’on a accueillies avec plaisir, il faut les expliquer autant que possible sous le rapport de la quantité, de la durée et du nombre, ainsi qu’il a été dit. Pour ce qui est de celles, quelque mauvaises qu’elles soient, que l’on n’a ni recherchées^ ni accueillies avec plaisir, auxquelles on ne s’est pas arrêté et on n’a pas donné occasion par intempérance dans le boire ou le manger, mais qui se sont dissipées après être venues inopinément, qui ont déplu, que l’on a éloignées, autant qu’on l’a pu, ou qu’on a cherché à éloigner, dès qu’on s’en est aperçu, en s’occupant à lire ou à méditer, il n’est pas nécessaire de s’en confesser, parce que non-seulement l’homme n’en est point coupable, mais même il y acquiert du mérite comme athlète combattant et vainqueur. Ce qui fait dire à saint Jérôme : Heureux celui qui dès qu’il lui vient une mauvaise pensée, la détruit immédiatement et l’écrase contre la pierre, c’est-à-dire contre le Christ. Il y en a aujourd’hui qui se confessent de telles pensées pour en tirer vanité et par vaine gloire, afin que leur confesseur les juge avancés dans la spiritualité, tandis qu’il faudrait cacher tout cela et n’en rien dire en confession, parce que le pénitent doit faire connoltre avec simplicité l’état de son ame : aussi de tels pénitents sont des larrons du trésor de Dieu, avides qu’ils sont de vaine gloire, ils doivent donc subir le châtiment des voleurs. Car l’Apôtre dit en parlant de ces mauvaises pensées auxquelles on résiste, Ire Epître aux Cor., X, 13, que « Dieu rend la tentation profitable, » par la raison que la résistance est un moyen de mérites pour l’homme; c’est pourquoi j ’estime dignes d’être remis ceux qui sous prétexte de charité, ou de demander conseil, ou pour tout autre raison, dévoilent, et font connoître malicieusement et par fourberie ce que Dieu seul connoît.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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