L'évangile avec les Pères

    Mt 9, 36 – 10, 8

    • 11ème dimanche du Temps Ordinaire, année A · Dimanche 14 juin 2026

    L'évangile

    36Or, en voyant cette multitude d’hommes, il fut ému de compassion pour eux, parce qu’ils étaient harassés et abattus, comme des brebis sans pasteur. 37Alors il dit à ses disciples : « La moisson est grande, mais les ouvriers sont en petit nombre. 38Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson. »

    1Puis, ayant appelé ses douze disciples, il leur donna pouvoir sur les esprits impurs, afin de les chasser et de guérir toute maladie et toute infirmité. 2Or voici les noms des douze Apôtres : le premier est Simon, appelé Pierre, puis André son frère ; Jacques fils de Zébédée, et Jean son frère ; 3Philippe et Barthélemy ; Thomas et Matthieu le publicain ; Jacques, fils d’Alphée et Thaddée ; 4Simon le Zélé, et Judas Iscariote, qui le trahit. 5Tels sont les douze que Jésus envoya, après leur avoir donné ses instructions : « N’allez point, leur dit-il, vers les Gentils, et n’entrez point dans les villes des Samaritains ; 6allez plutôt aux brebis perdues de la maison d’Israël. 7Partout, sur votre chemin, annoncez que le royaume des cieux est proche. 8Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons : vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.

    Bible Crampon (1923).

    Ce qu'en disent les Pères

    Réunis par saint Thomas d'Aquin dans La Chaîne d'Or sur saint Matthieu, traduction de l'abbé Péronne (1868).

    Mt 9, 35-38

    S. Chrys. (hom. 33). Le Seigneur voulut répondre par ses œuvres à cette accusation des pharisiens : « C’est par le prince des démons qu’il chasse les démons ». Car lorsque le démon reçoit un outrage, il se venge non pas en faisant du bien, mais en cherchant à nuire à celui qui le déshonore. Le Seigneur tient une conduite contraire : après les injures et les outrages non seulement il ne punit pas, il ne fait même pas de reproches ; bien plus il répand des bienfaits. C’est ce que l’Évangéliste ajoute : « Et Jésus parcourait toutes les villes et les bourgades ». C’est ainsi qu’il nous apprend à répondre à ceux qui nous accusent non par des accusations semblables, mais par des bienfaits. Celui qui, victime d’une accusation, cesse de faire le bien, montre qu’il n’agissait que pour s’attirer les louanges des hommes. Si au contraire Dieu est le principe du bien que vous faites à vos frères, quoiqu’ils entreprennent contre vous, leur conduite n’interrompra pas le cours de vos bienfaits, et votre récompense n’en sera que plus grande.

    S. Jér. Vous voyez qu’il prêche également l’Évangile dans les villages comme dans les villes et dans les bourgs, c’est-à-dire aux petits comme aux grands ; il ne considère pas la puissance qui vient de la noblesse, il ne voit que le salut de ceux qui croient en lui. L’Évangéliste ajoute : « Il enseignait dans leurs synagogues, accomplissant ainsi l’œuvre que son Père lui avait confiée et satisfaisant la faim qu’il éprouvait de sauver les infidèles par sa parole ». Il enseignait dans les synagogues l’Évangile du royaume, comme le dit expressément le texte sacré : « Et il prêchait l’Évangile du royaume ». - Remi. Par cet évangile du royaume, il faut entendre l’Évangile de Dieu, car si on n’annonce que des biens temporels, ce n’est point là l’Évangile ; c’est pour cela que ce nom n’est pas donné à la loi, parce qu’elle ne promettait à ceux qui l’observaient que des biens temporels, et non ceux de l’éternité.

    S. Jér. Après avoir prêché l’Évangile et enseigné sa doctrine, il guérissait toutes les langueurs et toutes les infirmités, persuadant ainsi par ses œuvres ceux que ses discours n’avaient pu persuader ; c’est ce qu’ajoute l’écrivain sacré : « Guérissant toute langueur et toute infirmité ». Ces paroles lui sont appliquées littéralement, car rien ne lui est impossible. - La Glose. La langueur, ce sont les longues souffrances ; l’infirmité, les maladies les plus légères. - Remi. Remarquez qu’il guérissait intérieurement l’âme de ceux dont il guérissait extérieurement le corps, ce que les autres hommes ne peuvent faire par eux-mêmes, mais seulement par la grâce de Dieu.

    S. Chrys. (hom. 33). La bonté de Jésus-Christ ne s’arrête pas là, il fait preuve à leur égard d’une autre sollicitude, et il ouvre sur eux les entrailles de sa miséricorde. « Et, voyant ces troupes, dit l’Évangéliste, il en eut compassion ». - Remi. Notre-Seigneur nous révèle ici les sentiments d’un bon pasteur si éloignés de ceux du mercenaire. Mais pourquoi cette compassion ? La suite nous l’apprend. - Rab. Ou bien ils étaient tourmentés par diverses erreurs ; ils étaient couchés, c’est-à-dire comme engourdis sans pouvoir se lever, et tout en ayant des pasteurs, ils étaient comme n’en ayant pas. - S. Chrys. (hom. 33). Le crime des princes des Juifs, c’est qu’étant les pasteurs du troupeau, ils se conduisaient à son égard comme des loups ; car non seulement ils ne travaillaient pas à la réforme du peuple, mais encore ils nuisaient à son avancement. Le peuple dans l’admiration s’écriait : « Jamais on n’a rien vu de semblable dans Israël », et à ce témoignage ils opposaient cette calomnie : « C’est par le prince des démons qu’il chasse les démons ».

    Remi. Mais du moment que le Fils de Dieu eut regardé du ciel sur la terre pour entendre les gémissements de ceux qui étaient enchaînés (Ps 102,20-21), la moisson déjà grande devint plus considérable encore ; car jamais la multitude du genre humain ne fût parvenue à la foi, si l’auteur du salut des hommes n’eût jeté du ciel un regard de miséricorde sur la terre, et c’est pour cela que l’Évangéliste ajoute : « Alors il dit à ses disciples : « La moisson est grande, il est vrai, mais les moissonneurs sont peu nombreux. - La Glose. La moisson, ce sont les hommes qui peuvent être moissonnés par les prédicateurs, séparés de la masse de perdition et conservés dans les greniers comme les grains détachés de la paille. - S. Jér. La grande moisson signifie la multitude des peuples, et le petit nombre d’ouvriers, la rareté de ceux qui doivent enseigner. - Remi. Le nombre des Apôtres était bien petit en effet, en comparaison de ces vastes moissons. Or, le Sauveur exhorte ses prédicateurs, c’est-à-dire les Apôtres et leurs successeurs, à demander tous les jours que leur nombre s’augmente. « Priez donc le Maître de la moisson, qu’il envoie des ouvriers dans sa maison. - S. Chrys. (hom. 33). Il déclare ainsi indirectement qu’il est ce Maître dont il parle, car c’est lui-même qui est le Maître de la moisson. En effet, s’il a envoyé les Apôtres moissonner ce qu’ils n’avaient pas semé, il est évident qu’il n’a pu les envoyer recueillir la moisson d’autrui, mais ce que lui-même avait semé par les prophètes (Jn 4,38). Mais comme ce sont les Apôtres qui sont les moissonneurs, il leur dit : « Priez donc le Maître de la moisson qu’il envoie des ouvriers en sa moisson ». Cependant il ne leur adjoignit personne. Ils restèrent douze, et il ne les multiplia qu’en ajoutant non pas à leur nombre, mais à leur puissance. Remi. Ou bien leur nombre a augmenté quand il en a désigné soixante-douze autres, et quand les prédicateurs sont devenus nombreux, l’Esprit Saint descendant sur les croyants. S. Chrys. (hom. 33). Le Sauveur nous apprend quel don précieux c’est que de pouvoir annoncer convenablement la parole de Dieu, en nous recommandant de prier à cet effet. Ces paroles nous rappellent les comparaisons du précurseur, l’aire, le van, la paille et le blé (Mt 3). - S. Hil. Dans le sens mystique, au moment où le salut est donné aux nations, toutes les villes, toutes les bourgades sont éclairées par l’avènement et la vertu du Christ. Le Seigneur a pitié de son peuple tourmenté par la violence tyrannique de l’esprit impur, et fatigué du lourd fardeau de la loi, car il n’avait pas encore de pasteur qui pût lui assurer la garde de l’Esprit saint. Or, le fruit de ce don céleste était on ne peut plus abondant, et sa source féconde ne pouvait être épuisée par la multitude de ceux qui venaient y participer ; car quel que soit leur nombre, sa plénitude se répand toujours de la même manière. Et comme il faut un grand nombre de ministres pour distribuer cette grâce, Notre-Seigneur ordonne de prier le Maître de la moisson d’envoyer un grand nombre de moissonneurs pour recevoir ce don de l’Esprit saint. En effet, c’est par le moyen de la prière que Dieu répand sur nous cette grâce.

    Mt 10, 1-4

    La Glose. Depuis la guérison de la belle-mère de Pierre jusqu’à cet endroit, les miracles opérés par Jésus-Christ sont racontés sans interruption, et ils ont tous eu lieu avant le sermon sur la montagne, ainsi que le prouve jusqu’à l’évidence la vocation de saint Matthieu qui s’y trouve comprise, car saint Matthieu a été un des douze que Jésus a élus sur la montagne pour l’apostolat. Ici l’Évangéliste reprend son récit en suivant l’ordre dans lequel les faits se sont passés, après la guérison du serviteur du centurion. « Et Jésus ayant appelé les douze disciples ». - Remi. L’Évangéliste venait de raconter que Notre-Seigneur avait engagé ses disciples à prier le Maître de la moisson d’envoyer les ouvriers dans sa moisson, et il accomplit lui-même ce qu’il les a engagés à demander. Le nombre douze en effet, est un nombre parfait ; puisqu’il vient du nombre six qui est parfait lui-même, parce qu’il se compose de ses fractions qui sont un, deux et trois. Or, ce nombre six étant doublé, forme le nombre douze. La Glose. Cette multiplication par deux peut signifier ou les deux préceptes de la charité ou les deux Testaments. - Raban. Le nombre douze, composé du nombre trois multiplié par quatre, signifie que les Apôtres prêcheront la foi en la sainte Trinité dans les quatre parties du monde. Ce nombre se trouve aussi figuré par avance de plusieurs manières dans l’Ancien Testament ; dans les douze enfants de Jacob (Gn 35,23-26) ; dans les douze chefs des enfants d’Israël (Nb 1,4-44) ; dans les douze sources d’eau vive d’Hélim (Ex 15,27) ; dans les douze pierres précieuses qui brillaient sur le rational d’Aaron (Ex 39,8-14) ; dans les douze pains de proposition (Lv 24) ; dans les douze hommes envoyés par Moïse pour examiner la terre promise (Nb 13) ; dans les douze pierres qui servirent à élever un autel (1R 18) ; dans les douze autres pierres qui furent retirées du Jourdain (Jos 4) ; dans les douze bœufs qui supportaient la mer d’airain (1R 7) ; et pour le Nouveau Testament, dans les douze étoiles qui forment la couronne de l’épouse (Ap 12) ; dans les douze pierres fondamentales ; dans les douze portes de la Jérusalem céleste qui fut révélée à saint Jean (Ap 21).

    S. Chrys. (hom. 33). Ce n’est pas seulement en leur représentant leur ministère comme une moisson prête à recueillir que le Sauveur inspire à ses Apôtres une vive confiance, mais encore en leur donnant d’exercer ce ministère avec puissance. « Et il leur donna puissance sur les esprits impurs, pour les chasser et pour guérir toutes les langueurs et toutes les infirmités ». - Remi. Nous avons ici une preuve évidente que l’accablement de cette multitude ne venait pas d’une seule cause, mais que leurs infirmités étaient nombreuses et variées, et c’est en donnant à ses disciples le pouvoir de les traiter et de les guérir que Jésus prend pitié d’elles. - S. Jér. Car le Seigneur est plein de bonté et de clémence ; c’est un Maître qui n’est pas jaloux de la puissance de ses serviteurs et de ses disciples ; aussi leur donne-t-il libéralement le même pouvoir qu’il avait exercé de guérir toutes les langueurs et toutes les infirmités. Mais il y a une grande différence entre posséder et accorder aux autres ce qu’on possède soi-même, entre donner et recevoir. Tout ce que fait Jésus-Christ, c’est avec un pouvoir souverain, tandis que les Apôtres, dans toutes leurs œuvres, sont forcés de confesser leur propre faiblesse et la puissance du Seigneur, comme lorsqu’ils disent : « Au nom de Jésus, levez-vous et marchez (Ac 3,6 Ac 20,34). L’Évangéliste nous donne ici le nombre des Apôtres pour en exclure comme faux apôtres ceux qui n’y sont pas compris ; c’est pour cela qu’il ajoute : « Or, voici les noms des douze Apôtres : le premier, Simon qui s’appelle Pierre, et André son frère ». Il n’appartenait qu’à celui qui pénètre le secret des cœurs d’assigner à chacun des Apôtres la place qu’il méritait. Le premier nommé, c’est Simon, et Jésus lui donne le surnom de Pierre pour le distinguer d’un autre Simon, le Chananéen, du bourg de Cana, où Jésus changea l’eau en vin (Jn 2). - Rab. Le nom grec Ðåôñïò, en latin Petrus, correspond au nom syriaque Cephas, dans chacune de ces trois langues, ce nom est dérivé du mot pierre. Or, il est hors de doute que cette pierre est celle dont saint Paul a dit : « La pierre était le Christ » (1Co 10,4).

    Remi. - Quelques-uns ont voulu trouver dans ce nom, qui en grec comme en latin veut dire pierre, la signification d’un mot hébreu qui selon eux signifie dissolvant, ou déchaussant, ou connaissant. Mais cette interprétation a contre elles deux raisons, qui la rendent impossible, la première, c’est que dans la langue hébraïque la lettre P n’existe pas, et qu’elle est remplacée par la lettre F : ainsi on dit Philate ou Filate pour Pilate ; la seconde, c’est l’interprétation de l’Évangéliste qui raconte que le Seigneur dit à Pierre : Tu t’appelleras Cephas, et ajoute de lui-même : « c’est-à-dire Pierre » (Jn 1,42). Or Simon signifie obéissant, car il obéit à la voix d’André, et vint avec lui trouver le Christ (Jn 1). Peut-être aussi est-ce parce qu’il se montra plein d’obéissance pour la volonté divine, et que sur une seule parole du Sauveur il se mit à sa suite (Mt 4). Ce nom, selon quelques autres interprètes, peut encore signifier celui qui dépose son chagrin, et qui entend une chose triste. En effet, à la résurrection du Sauveur, Pierre bannit la tristesse que lui avaient causé la passion du Sauveur et son propre reniement, et il entendit avec tristesse le Sauveur lui dire : « Un autre te ceindra, et te conduira là où tu ne veux pas » (Jn 21,18).

    « Et André son frère ». C’est un grand honneur pour André que cette dénomination. Pierre est désigné par sa vertu, et André par la noblesse qui lui vient d’être le frère de Pierre. Saint Marc, au contraire, ne nomme André qu’après Pierre et Jean, les deux sommités du collège des Apôtres ; et en cela différant de saint Matthieu, il les classe suivant leur dignité. - Remi. André signifie viril, car de même que le mot virilis, en latin, vient du mot vir, ainsi en grec le nom d’André vient d’áíçñ. C’est à juste titre qu’on lui donne le nom de viril, parce qu’il a tout quitté pour suivre le Christ, et qu’il a persévéré avec courage dans la voie de ses commandements.

    S. Jér. L’Évangéliste nous présente les Apôtres associés deux par deux. Il joint ensemble Pierre et André, beaucoup moins unis par les liens du sang que par ceux de l’esprit ; Jacques et Jean qui abandonnèrent leur père selon la nature pour suivre leur véritable Père qui est au ciel (Mt 4). « Jacques, est-il dit, fils de Zébédée, et Jean son frère ». Jacques est ainsi désigné à cause d’un autre Jacques qui est fils d’Alphée. - S. Chrys. (homél. 33). Vous voyez que ce n’est point par rang de dignité qu’il les place, car Jean ne l’emporte pas seulement sur les autres, mais sur son frère. - Remi. Jacques veut dire supplantateur, ou celui qui supplante ; en effet non seulement il supplanta les vices de la chair, mais encore il méprisa cette même chair jusqu’à la livrer au glaive d’Hérode (Ac 12,2). Jean signifie la grâce de Dieu, parce qu’il mérita d’être aimé de Dieu plus que tous les autres, et c’est ce privilège d’amour particulier qui lui valut de reposer pendant la Cène sur la poitrine du Sauveur (Jn 13). Viennent ensuite Philippe et Barthélemy : Philippe signifie l’ouverture de la lampe ou des lampes, parce qu’il s’empressa de répandre sur son frère, par le ministère de la parole, cette lumière dont le Sauveur l’avait éclairé lui-même (Jn 1). Barthélemy est un nom plutôt syriaque qu’hébreu ; il veut dire le fils de celui qui suspend le cours des eaux, c’est-à-dire le fils de Jésus-Christ, qui élève le cœur de ses prédicateurs au-dessus des choses de la terre et les suspend pour ainsi dire aux choses célestes, afin que plus ils pénètrent les secrets du ciel, plus aussi la rosée de leur prédication sainte puisse enivrer et pénétrer les cœurs de ceux qui les entendent.

    « Thomas et Matthieu le publicain ». - S. Jér. Les autres Évangélistes en réunissant les deux noms mettent d’abord celui de Matthieu, ensuite celui de Thomas, et ils suppriment cette épithète de publicain pour éviter l’apparence même de l’outrage à l’égard de saint Matthieu en rappelant son ancienne profession. Mais lui-même se place après saint Thomas, et se dit hautement publicain, pour montrer que la grâce a surabondé là où le péché avait abondé (Rm 5,20). Remi. Le nom de Thomas signifie abîme ou gémeau ; en grec il revient à celui de Didyme. Thomas mérite à la fois le nom d’abîme et de Didyme, car plus ses doutes se prolongèrent, plus aussi furent profondes et sa foi dans les effets de la passion du Seigneur et la connaissance qu’il eut de sa divinité, ce qu’il prouva en s’écriant : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jn 20,28) Matthieu signifie donné, car c’est par la grâce de Dieu que de publicain il devint évangéliste. « Et Jacques fils d’Alphée, et Thadée ». - Raban. Jacques, fils d’Alphée, est celui qui dans l’Évangile et dans l’Épître aux Galates est appelé le frère du Seigneur (Mt 13,55 Mc 5,3), parce que Marie épouse d’Alphée était la sœur de Marie, mère du Seigneur. Saint Jean l’appelle Marie, épouse de Cléophas, ou peut-être parce qu’Alphée portait aussi le nom de Cléophas, ou bien parce qu’après la naissance de Jacques, Marie ayant perdu Alphée, épousa Cléophas en secondes noces. - Remi. Ce n’est pas sans raison qu’il est appelé fils d’Alphée, c’est-à-dire de celui qui est juste ou savant, car non seulement il triompha des vices de la chair, mais encore il méprisa tous les soins qu’elle réclame ; et il eut pour témoins de sa vertu les apôtres qui l’ordonnèrent évêque de l’Église de Jérusalem. L’histoire ecclésiastique raconte de lui, entre autres choses que jamais il ne mangea de viande, et qu’il ne but jamais ni vin ni bière. Il ne faisait point usage de bains, ne portait pas d’habits de lin ; nuit et jour il priait, les genoux en terre. Ses vertus étaient si éclatantes que tous unanimement l’appelaient le Juste. Thaddée est celui que saint Luc appelle Judas de Jacques, c’est-à-dire frère de Jacques. Dans son Épître que l’Église reçoit comme canonique, il s’appelle lui-même frère de Jacques. - S. Aug. (de l’acc. des Evang., 1. 2, ch. 30). Quelques manuscrits lui donnent le nom de Lebbée ; mais qui empêche que le même homme porte simultanément deux ou trois noms différents ? - Remi. Judas signifie celui qui a confessé, parce qu’il a confessé la divinité du Fils de Dieu. - Rab. Thaddée ou Lebbée signifie sensé, ou celui qui s’applique à la culture du cœur.

    « Simon le Chananéen et Judas Iscariote, qui le trahit ». - S. Jér. Simon le Chananéen est celui qui est appelé Zélotés par un autre Évangéliste, parce que Chana signifie zèle. Judas Iscariote est ainsi nommé ou du bourg où il a pris naissance, ou de la tribu d’Issachar, et il semble que ce soit par une espèce de prophétie qu’il soit né pour sa condamnation ; car Issachar signifie récompense, et ce nom semble indiquer le prix de sa trahison. - Remi. Le nom d’Iscariote signifie souvenir du Seigneur, parce qu’il se mit à la suite du Sauveur ; ou bien mémorial de la mort, signification qui se rapporte au dessein prémédité de la mort du Seigneur ; ou bien suffocation, parce qu’il s’étrangla de ses propres mains. Il est à remarquer que ce nom de Judas fut porté par deux des disciples de Jésus, qui sont la figure de tous les chrétiens : Judas frère de Jacques représente tous ceux qui persévèrent dans la foi ; Judas Iscariote, ceux qui abandonnent la foi pour retourner en arrière.

    La Glose. Les Apôtres sont nommés deux par deux, comme témoignage d’approbation de la société conjugale prise dans le sens figuré. - S. Aug. (Cité de Dieu, 18). Jésus les choisit donc pour disciples et donna le nom d’apôtres à ces hommes de naissance obscure, sans distinction, sans instruction, afin que lui seul fût reconnu pour l’unique auteur de ce qui paraîtrait de grand dans leur personne comme dans leurs actions. Parmi ces douze apôtres il s’en trouva un mauvais ; mais Jésus fit servir sa méchanceté même au bien, en accomplissant par elle le mystère de sa passion, et enseignant à son Église à supporter comme lui les méchants dans son sein. - Rab. Le choix de Judas pour apôtre n’est point le résultat d’une imprudence ; le Seigneur nous apprend par là combien grande est la vérité qui ne peut être affaiblie par la trahison même d’un de ses ministres. Il a voulu encore être trahi par un de ses disciples, pour vous apprendre lorsque vous serez trahi vous-même par un de vos amis, à supporter avec patience les suites de votre erreur et la perte de vos bienfaits.

    Mt 10, 5-8

    La Glose. Comme toute manifestation de l’Esprit, d’après l’Apôtre, est donnée pour l’utilité de l’Église, après avoir donné ce pouvoir aux Apôtres, le Sauveur les envoie pour qu’ils puissent l’exercer dans l’intérêt des hommes ; c’est ce que nous indique l’Évangéliste par ces mots : « Jésus envoya ces douze ». - S. Chrys. (hom. 33). Voyez comme Jésus choisit bien le moment pour leur donner cette mission, il les envoie après qu’ils l’ont vu ressusciter un mort, commander à la mer et faire d’autres prodiges semblables, et après qu’il leur a donné par ses paroles et par ses œuvres des preuves suffisantes de sa divinité.

    La Glose. En les envoyant, il leur enseigne où ils devaient aller, ce qu’ils doivent dire, et ce qu’ils doivent faire. Et d’abord où doivent-ils aller ? Il leur donne les instructions suivantes : « Vous n’irez point vers les Gentils, et vous n’entrerez pas dans les villes des Samaritains ; mais allez plutôt aux brebis perdues de la maison d’Israël ». - S. Jér. Ce commandement n’est pas contraire à celui qu’il leur donna plus tard : « Allez, enseignez toutes les nations », car le premier a été donné avant, et le second après la résurrection du Sauveur. Il fallait en effet que l’Évangile fût d’abord annoncé aux Juifs, pour leur ôter cette excuse qu’ils avaient rejeté le Seigneur, parce qu’il avait envoyé ses Apôtres aux Samaritains et aux Gentils. - S. Chrys. (hom. 33). Une autre raison pour laquelle il les envoie d’abord vers les Juifs, c’est pour les préparer dans la Judée comme dans une arène aux combats qu’ils devaient livrer à l’univers entier, et il les excite à prendre leur vol (cf Dt 32) comme de petits oiseaux encore faibles. - S. Grég. (hom. 4 sur les Evang). Ou bien il voulut d’abord être annoncé aux Juifs seuls, et puis ensuite aux Gentils, de manière que la prédication du Rédempteur repoussée par les siens, s’adressât ensuite aux Gentils comme à des étrangers. Il y en avait cependant parmi les Juifs qui devaient être appelés, comme il y en avait parmi les Gentils qui ne devaient avoir part ni à cette vocation, ni au bienfait de la régénération, sans toutefois mériter un jugement sévère pour le mépris qu’ils avaient fait de la prédication évangélique. - S. Hil. (can. 10 sur S. Matth). La loi devait avoir le privilège des prémices de l’Évangile, et l’incrédulité d’Israël devait être d’autant moins excusable, que les avertissements lui avaient été prodigués avec un plus grand zèle. - S. Chrys. (hom. 33). Le Sauveur ne veut pas leur donner à penser qu’il nourrissait contre eux de la haine, parce qu’ils l’accablaient d’outrages et l’appelaient possédé du démon ; il s’applique donc à les rendre meilleurs, et il détourne ses disciples de toute autre occupation pour les leur envoyer comme des médecins et comme des docteurs. Il ne se contente pas de leur défendre de prêcher à d’autres qu’aux Juifs, il ne leur accorde même pas de prendre la route qui les aurait conduits chez les Gentils : « N’allez pas dans la voie qui mène aux nations ». Et parce que les Samaritains étaient les ennemis des Juifs, bien qu’ils fussent plus faciles à convertir à la foi, il ne permet pas à ses disciples de leur annoncer l’Évangile avant de l’avoir prêché aux Juifs. « Vous n’entrerez pas dans les villes des Samaritains ». - La Glose. Les Samaritains étaient des Gentils que le roi d’Assyrie laissa dans la terre d’Israël après en avoir emmené les habitants en captivité. Sous la pression des dangers auxquels ils furent exposés, ils se convertirent au judaïsme (2R 13), se soumirent à la circoncision, admirent les cinq livres de Moïse, mais rejetèrent tout le reste avec horreur, ce qui empêcha les Juifs de se mêler jamais aux Samaritains. - S. Chrys. (hom. 33). Jésus détourne donc ses disciples d’aller vers les Samaritains, et il les envoie aux enfants d’Israël, qu’il appelle des brebis qui périssent, et non pas des brebis qui s’éloignent d’elles-mêmes ; cherchant ainsi par tous les moyens à leur ménager le pardon et à gagner leur cœur. - S. Hil. (can. 40 sur S. Matth). Le Sauveur les appelle des brebis ; mais ils ne s’en déchaînèrent pas moins contre lui avec la méchanceté des vipères et la férocité des loups. - S. Jér. Dans le sens tropologique il nous est ordonné à nous qui portons le nom du Christ, de ne pas suivre la voie des Gentils et des hérétiques, et de ne point imiter la vie de ceux dont la religion nous sépare.

    La Glose. Après leur avoir appris où ils doivent aller, il leur enseigne quel doit être le sujet de leurs prédications. « Allez et prêchez, en disant que le royaume des cieux approche ». - Rab. Notre-Seigneur dit que le royaume des cieux approche, non pas sans doute par aucun mouvement extérieur des éléments, mais par la foi qui nous est donnée au Créateur invisible. C’est à juste titre que les saints sont appelés les cieux parce qu’ils possèdent Dieu par la foi et qu’ils l’aiment par la charité. - S. Chrys. (homél. 33). Vous voyez la sublimité de ce mystère et la dignité des Apôtres ; ce ne sont pas des choses extérieures et sensibles qu’ils doivent annoncer comme Moïse et les prophètes, mais des vérités nouvelles et tout à fait inattendues. Moïse et les prophètes avaient annoncé des biens terrestres ; les Apôtres annoncent le royaume des cieux, et tous les biens qu’ils renferment.

    S. Grég. (hom. 4 sur les Evang). Au ministère sacré de la prédication, le Sauveur ajoute le pouvoir de faire des miracles, afin que la manifestation de cette puissance ouvrît les cœurs à la foi, et qu’une prédication toute nouvelle fût accompagnée d’œuvres d’un ordre tout nouveau. C’est pour cela qu’il leur dit : « Rendez la santé aux malades, ressuscitez les morts, guérissez les lépreux, chassez les démons ». - S. Jér. Dans la crainte que personne ne voulût croire à ces hommes simples et grossiers, sans science, sans lettres, sans éloquence, qui venaient promettre le royaume des cieux, il leur donne le pouvoir d’opérer ces miracles, pour que la grandeur des prodiges fût une preuve de la grandeur des promesses. - S. Hil. (can. 10 sur S. Matth). Le Seigneur communique toute sa puissance, toute sa vertu aux Apôtres, afin que ceux qui avaient été crées à l’image d’Adam et à la ressemblance de Dieu, reçoivent maintenant une ressemblance parfaite avec le Christ, et qu’ils puissent guérir par cette participation à la puissance divine tous les maux dont l’instinct infernal du démon avait frappé le corps d’Adam. - S. Grég. (hom. 29 sur l’Evang). Ces miracles étaient nécessaires alors que l’Église était à son berceau, car pour que la foi pût s’accroître, il fallait la nourrir avec des prodiges. - S. Chrys. Plus tard, ces miracles cessèrent lorsque la foi fut répandue en tous lieux, ou s’il y en eut encore, ce fut en très petit nombre. Car Dieu opère ordinairement ces prodiges lorsque le mal est arrivé à son comble, et c’est alors qu’il fait éclater sa puissance. - S. Grég. (hom. 29 sur l’Evang). Cependant la sainte Église renouvelle tous les jours pour les âmes ces miracles extérieurs et sensibles des Apôtres, miracles d’autant plus grands qu’ils ont pour objet de rendre la vie non pas au corps, mais à l’âme. - Remi. Ces infirmes sont les âmes sans énergie, qui n’ont pas la force de mener une vie chrétienne ; les lépreux ceux qui sont couverts des souillures des œuvres et des plaisirs de la chair ; les morts, ceux qui font des œuvres de mort, les possédés, ceux que le démon a soumis à son empire. - S. Jér. Et parce que les dons spirituels s’avilissent toujours lorsqu’ils deviennent le prix d’une récompense temporelle, Notre-Seigneur condamne cette avarice en ces termes : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ; moi qui suis votre maître et votre Seigneur, je vous ai donné cette grâce sans vous la faire payer ; vous devez la donner de même. - La Glose. Son but ici est de détourner Judas qui portait la bourse de se servir de cette puissance pour amasser de l’argent, et de condamner en même temps la pernicieuse hérésie des Simoniaques. - S. Grég. (homél. 29). Car il prévoyait qu’il y en aurait pour qui les dons de l’Esprit saint seraient un objet de trafic, et qui mettraient le don des miracles au service de leur avarice. - S. Chrys. (hom. 33). Voyez comme le Seigneur, en même temps qu’il sauvegarde la dignité des miracles, prend soin de régler la conduite de la vie en faisant voir que sans une vie réglée les miracles ne sont rien. En effet, il étouffe dans leur cœur tout sentiment d’orgueil par ces paroles : « Vous avez reçu gratuitement » ; et par ces autres : « Donnez gratuitement », il leur commande de se garder purs de toute affection aux richesses. Ou bien en leur disant : « Vous avez reçu gratuitement », il veut leur apprendre qu’ils ne sont pas les auteurs des bienfaits qu’ils répandent ; comme s’il leur disait : « Vous ne donnez rien de ce qui vous appartient », vous ne l’avez reçu ni comme récompense, ni comme prix de votre travail, c’est une grâce que je vous ai accordée, donnez-la donc comme vous l’avez reçue, car jamais vous ne pourrez en trouver un prix qui réponde à sa valeur.

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