L'évangile avec les Pères
Mc 4, 26-34
- 11ème dimanche du Temps Ordinaire, année B · Dimanche 13 juin 2027
L'évangile
26Il dit encore : « Il en est du royaume de Dieu comme d’un homme qui jette en terre de la semence. 27Il dort et il se lève, la nuit et le jour, et la semence germe et croît, sans qu’il sache comment. 28Car la terre produit d’elle-même du fruit : d’abord de l’herbe, puis un épi, et l’épi ensuite s’emplit de froment. 29Et quand le fruit est mûr, aussitôt on y met la faucille, parce que c’est le temps de la moisson. » 30Il dit encore : « À quoi comparerons-nous le royaume de Dieu ? ou par quelle parabole le représenterons-nous ? 31Il est semblable à un grain de sénevé qui, lorsqu’on le sème en terre, est la plus petite de toutes les semences qu’il y ait sur la terre ; 32et lorsqu’on l’a semé, il monte et devient plus grand que toutes les plantes potagères, et il étend si loin ses rameaux, que les oiseaux du ciel peuvent s’abriter sous son ombre. » 33Il les enseignait ainsi par diverses paraboles, selon qu’ils étaient capables de l’entendre. 34Il ne leur parlait point sans paraboles, mais, en particulier, il expliquait tout à ses disciples.
Bible Crampon (1923).
Ce qu'en disent les Pères
Réunis par saint Thomas d'Aquin dans La Chaîne d'Or sur saint Marc, traduction de l'abbé Péronne (1868).
Mc 4, 26-29
S. Chrys. Le Sauveur vient d’exposer la parabole de la semence, dont trois parties ont été perdues de diverses manières, et une seule a été conservée ; et il nous a montré dans cette dernière partie trois classes de fidèles, distinguées par des degrés divers de foi et de vie chrétienne. Cette nouvelle parabole n’a pour objet que ceux qui sont sauvés : « Et il disait : Il en est du royaume de Dieu comme d’un homme qui a semé », etc. - S. Jér. Le royaume de Dieu, c’est son Eglise qu’il dirige lui-même, et qui à son tour dirige les hommes et foule aux pieds les vices et les puissances qui s’opposent à son action. - S. Chrys. Ou bien le royaume de Dieu, c’est la foi en Jésus-Christ et le mystère de son incarnation. Il en est de ce royaume comme d’un homme qui jette en terre de la semence, car le Sauveur, Dieu et Fils de Dieu par sa nature, devenu homme sans altération de sa substance divine, a jeté pour nous sa semence sur la terre, c’est-à-dire qu’il a éclairé le monde entier par la parole qui lui a donné la connaissance de Dieu. - S. Jér. La semence, c’est la parole de vie ; la terre qui reçoit la semence, c’est le cœur de l’homme, et le semeur qui se livre au sommeil, c’est la mort du Sauveur. La semence germe et pousse le jour et la nuit ; ainsi le nombre des fidèles, après le sommeil de Jésus-Christ, ne cessa de germer par la foi et de se développer par les œuvres à travers les vicissitudes des événements tour à tour heureux ou malheureux. - S. Chrys. Ou bien, ce semeur qui se lève, c’est Jésus-Christ qui d’abord restait assis, attendant avec une miséricordieuse bienveillance que les âmes qui avaient reçu la semence produisent du fruit. Il se lève ensuite lorsque, par la douce influence de sa parole, il aide notre fécondité par les armes de justice qu’il nous met dans la main droite (2Co 6,7), et dont le jour est le symbole, et dans la main gauche, qui est représentée par la nuit des persécutions ; voilà ce qui fait germer la semence et l’empêche de se dessécher. - Théophyl. Ou bien encore, le Christ dort, c’est-à-dire qu’il monte au ciel, où quoiqu’il paraisse dormir, il se lève, soit la nuit, en nous envoyant des épreuves qui nous rappellent son souvenir, soit le jour, lorsque, exauçant nos prières, il multiplie pour nous les moyens de salut.
S. Jér. Ces paroles : « Sans qu’il sache comment », sont une expression figurée, c’est-à-dire que Jésus-Christ nous laisse ignorer qui de nous portera du fruit jusqu’à la fin. - S. Chrys. Ou bien cette expression : « Sans qu’il le sache » nous apprend la liberté laissée à ceux qui reçoivent la parole. Il confie à notre volonté l’œuvre de notre salut ; il ne produit pas seul tout le bien dans notre âme, afin qu’elle ne paraisse pas l’accomplir involontairement ; aussi ajoute-t-il : « La terre produit d’elle-même », c’est-à-dire notre âme n’est pas contrainte à produire des fruits, et sa volonté concourt à sa fécondité : « Elle produit d’abord de l’herbe ». - S. Jér. Cette herbe, c’est la crainte de Dieu qui est le commencement de la sagesse (Ps 110,10) ; « Puis un épi », c’est-à-dire la pénitence avec ses larmes ; et enfin le blé qui remplit l’épi, c’est-à-dire la charité, car la charité est le parfait accomplissement de la loi (Rm 13,10).
S. Chrys. Ou bien l’herbe qui pousse d’abord, c’est le fruit de la loi de nature qui ne se développe que lentement ; plus tard se montrent les épis qui seront réunis en gerbes et offerts à l’autel du Seigneur sous la loi de Moïse ; enfin sous l’influence de l’Évangile, le fruit parvient à sa maturité. On peut dire encore que nous devons non seulement nous couvrir des feuilles de l’obéissance, mais par la pratique de la prudence nous tenir droits et fermes comme la tige de l’épi, sans aucun souci des vents qui nous agitent. Enfin, nous devons nous appliquer, aidés du secours de la mémoire, à faire produire à notre âme des fruits comme l’épi chargé de grains, c’est-à-dire le développement complet de la vertu. - Théophyl. La semence produit d’abord de l’herbe, c’est le commencement du bien ; puis un épi, c’est la résistance aux tentations ; puis le blé qui remplit l’épi, c’est l’œuvre arrivée à sa perfection.
« Et lorsque la semence a produit son fruit, on y met la faucille ». - S. Jér. La faux, c’est la mort ou le jugement qui tranche tout ; la moisson, c’est la fin et la consommation des siècles. - S. Grég. (hom. 14 sur Ezéch). Ou bien, l’homme qui répand la semence sur la terre, c’est le chrétien qui sème dans son âme une intention sainte ; il semble dormir quand il se repose dans la douce espérance que produit une bonne vie ; et il se lève le jour et la nuit lorsqu’il avance dans la vertu, tant au milieu des épreuves qu’au sein de la prospérité. Le grain germe sans qu’il le sache, car lorsqu’il est incapable d’en mesurer les progrès, la vertu dont il a conçu le désir arrive à son complet développement. Lors donc que nous concevons de bons désirs, nous répandons la semence dans la terre ; lorsque nous commençons à faire le bien, nous produisons de l’herbe ; lorsque nous faisons des progrès dans la pratique des bonnes œuvres, nous devenons un épi ferme et vigoureux ; et si enfin nous parvenons à la perfection de la vertu, nous présentons au regard de Dieu un épi rempli de grains parvenus à la maturité.
Mc 4, 30-34
S. Chrys. Après avoir exposé, dans les paraboles précédentes, comment la semence de l’Évangile fructifie, le Sauveur en ajoute une autre pour faire ressortir la supériorité de la doctrine évangélique sur toutes les autres doctrines. Il disait encore : « A quoi comparerons-nous le royaume de Dieu ? » - Théophyl. Quoi de moins considérable que la parole de la foi : Croyez en Dieu et vous serez sauvés ? Et cependant la prédication de cette parole, répandue et comme semée par toute la terre, y a pris de tels développements qu’elle a offert un abri aux oiseaux du ciel, c’est-à-dire aux âmes contemplatives, aux esprits plongés dans la méditation des grandes vérités. Combien de philosophes, parmi les Gentils, ont abandonné leur vaine sagesse pour venir reposer leur âme sous l’arbre de la prédication évangélique. Et c’est ainsi que cet arbre de la prédication de la foi a surpassé tous les autres. - S. Chrys. Comme cet enseignement si concis est ce que les parfaits appellent la vraie sagesse, il a eu plus de succès que tout autre enseignement, parce que rien n’est comparable à cette parole de vérité. - Théophyl. Cet arbre a étendu au loin ses branches ; les apôtres, comme les rameaux de cet arbre, se sont répandus partout : les uns à Rome, les autres dans l’Inde, les autres dans toutes les autres parties de l’univers. - S. Jér. Ou bien cette semence, petite dans le cœur où règne la crainte, se développe dans la charité qui est la plus grande de toutes les plantes ; car Dieu est charité (1Jn 4,8), et toute chair est comme l’herbe des champs (Is 40,6). Cet arbre a étendu les rameaux de la compassion et de la miséricorde, lorsqu’il a offert aux pauvres de Jésus-Christ, figurés par les oiseaux du ciel, un abri et un doux lieu de repos. - Bède. L’homme qui sème est, suivant les uns, le Sauveur lui-même, suivant les autres, l’âme chrétienne qui répand dans son cœur la semence qui lui a été confiée.
S. Chrys. Saint Marc, qui aime à abréger son récit, ajoute ensuite pour montrer la nature et le but des paraboles : « Il les enseignait ainsi sous diverses paraboles ». - Théophyl. Comme la multitude à laquelle s’adressait le Sauveur était peu instruite, il n’usait que d’expressions et de comparaisons empruntées aux objets ordinaires et connus, et l’Évangéliste nous dit qu’il ne leur parlait pas sans parabole, comme pour les encourager à s’approcher de lui et à l’interroger : « Mais en particulier il expliquait tout à ses disciples ». Le Sauveur n’expliquait pas absolument toutes choses, soit obscures, soit évidentes, mais simplement celles qu’ils ignoraient et dont ils lui demandaient l’explication. - S. Jér. Ils étaient dignes d’entendre en particulier l’explication des mystères dans la retraite profonde de leur amour de la sagesse, eux qui, loin du tumulte des pensées mauvaises, vivaient habituellement dans la solitude silencieuse des vertus ; car c’est dans le repos et le calme du cœur que la sagesse fait entendre ses leçons.