L'évangile avec les Pères
Mc 3, 20-35
- 10ème dimanche du Temps Ordinaire, année B · Dimanche 6 juin 2027
L'évangile
20Ils revinrent à la maison, et la foule s’y assembla de nouveau, de sorte qu’ils ne pouvaient pas même prendre leur repas. 21Ce que ses parents ayant appris, ils vinrent pour se saisir de lui, car ils disaient : « Il est hors de sens. » 22Mais les Scribes, qui étaient venus de Jérusalem, disaient : « Il est possédé de Béelzébub ; et c’est par le prince des démons qu’il chasse les démons. » 23Jésus les appela et leur dit en parabole : « Comment Satan peut-il chasser Satan ? 24Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne saurait subsister ; 25et si une maison est divisée contre elle-même, cette maison ne saurait subsister. 26Si donc Satan s’élève contre lui-même, il est divisé, il ne pourra subsister, et sa puissance touche à sa fin. 27Nul ne peut entrer dans la maison du fort et enlever ses meubles, si auparavant il ne l’enchaîne ; et alors il pillera sa maison. 28En vérité, je vous le dis, tous les péchés seront remis aux enfants des hommes, même les blasphèmes qu’ils auront proférés. 29Mais celui qui aura blasphémé contre l’Esprit-Saint n’obtiendra jamais de pardon ; il est coupable d’un péché éternel. » 30Jésus parla ainsi, parce qu’ils disaient : « Il est possédé d’un esprit impur. » 31Sa mère et ses frères étant venus, ils se tinrent dehors et l’envoyèrent appeler. 32Or le peuple était assis autour de lui, et on lui dit : « Votre mère et vos frères sont là dehors, qui vous cherchent. » 33Il répondit : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? » 34Puis, promenant ses regards sur ceux qui étaient assis autour de lui : « Voici, dit-il, ma mère et mes frères. 35Car quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, et ma sœur et ma mère. »
Bible Crampon (1923).
Ce qu'en disent les Pères
Réunis par saint Thomas d'Aquin dans La Chaîne d'Or sur saint Marc, traduction de l'abbé Péronne (1868).
Mc 3, 20-22
Bède. Le Seigneur ramène à la maison ceux qu’il avait choisis sur la montagne, comme pour leur apprendre qu’après avoir reçu la dignité de l’apostolat ils devaient rentrer dans leur conscience. « Et ils vinrent à la maison, et la foule s’y assembla de nouveau, de sorte qu’ils ne pouvaient pas même prendre leur repas ». - S. Chrys. Les chefs de la nation étaient pleins d’une superbe ingratitude, et ne pouvaient, à cause de leur orgueil, parvenir à la connaissance de la vérité. Mais la multitude du peuple, pleine de reconnaissance, vient à Jésus. - Bède. Et combien est heureuse cette foule qui afflue vers Jésus, et qui a tellement à cœur d’obtenir son salut qu’elle ne laisse ni à celui qui en est l’auteur, ni à ses disciples le temps de prendre leur nourriture. Toutefois, remarquons que celui que la foule extérieure recherche et fréquente ne recueille de la part de ses proches qu’une médiocre estime. Ecoutez l’Évangéliste : « Ce que les siens ayant appris », etc. En effet, ils ne comprenaient pas la profondeur de la sagesse qu’il leur enseignait, et ils s’imaginaient que son langage était dépourvu de sens. Ils disaient donc : « Il a perdu l’esprit ». - Théoph. C’est-à-dire qu’il est possédé du démon et qu’il est furieux. Ils voulaient se saisir de lui, pour l’enfermer comme un démoniaque ; et c’étaient les siens qui voulaient prendre cette mesure, c’est-à-dire ses proches, peut-être ses compatriotes ou ses frères. - Victor d’Antioche. N’était-ce pas une inconcevable folie de traiter d’insensé l’auteur de si grands miracles, et Celui qui enseignait une doctrine toute céleste, ou plutôt les oracles de la divine sagesse ?
Bède. Il y a du reste une grande différence entre ceux qui ne comprennent point la parole de Dieu, par suite de la lenteur de leur intelligence, tels qu’étaient ceux dont il est ici question, et ceux qui comprenant très-bien cette divine parole, la poursuivent sciemment de leurs blasphèmes, comme le firent ceux dont l’Évangéliste ajoute : « Et les scribes qui étaient venus de Jérusalem », etc. Ils s’efforcent en effet de dénaturer par une interprétation maligne les faits qu’ils ne pouvaient nier, comme si ces faits n’étaient pas l’œuvre de la divinité, mais qu’ils eussent pour auteur le plus immonde des esprits, Béelzébub, qui était le dieu d’Accaron ; car Beel a le même sens que Baal, et zébub signifie mouche. Béelzébub signifie donc l’homme des mouches, à cause des souillures qu’elles laissaient sur le sang immolé à ce faux dieu. Cette infâme dénomination de prince des démons, ils la donnaient à Notre-Seigneur lui-même, en ajoutant : « Il chasse les démons au nom du prince des démons ».
S. Jér. Dans le sens mystique, cette maison à laquelle ils viennent, c’est la primitive Eglise. La foule qui empêche de manger le pain, ce sont les péchés et les vices : car celui qui mange ce pain indignement, mange et boit sa condamnation (1Co 11,29). - Bède. Les scribes qui viennent de Jérusalem blasphèment, mais la foule qui en vient également suit le Seigneur aussi bien que les Juifs, et les Gentils qui vinrent des autres contrées. C’est ce qu’on devait voir encore au temps de la passion, où le peuple juif le conduirait en triomphe à Jérusalem des palmes dans les mains et en célébrant ses louanges, les Gentils demanderaient à le voir, tandis que les scribes et les pharisiens machineraient sa mort.
Mc 3, 23-30
S. Chrys. (hom. 42 sur S. Matth. et dans l’Ouvrage imparfait, hom. 29). Le Seigneur, relevant ce blasphème des scribes, leur montre l’impossibilité du fait qu’ils avancent et confirme sa démonstration par un exemple : « Et les ayant assemblés, il leur disait en parabole : Comment Satan peut-il chasser Satan ? » C’est-à-dire : Un royaume divisé contre lui-même par une guerre intestine sera nécessairement entraîné à sa ruine ; c’est ce qui arrive aussi bien dans une famille que dans une cité. Si donc le royaume de Satan est divisé contre lui-même, de sorte que Satan chasse Satan du milieu des hommes, la ruine du royaume des démons est imminente. Or, le règne des démons consiste à tenir les hommes asservis à leur tyrannie. Si donc ils sont chassés loin des hommes, dès lors leur empire est détruit ; mais, s’ils conservent encore leur pouvoir sur les hommes, il est évident que le royaume de ce malin esprit est encore debout, et qu’il n’est point divisé contre lui-même. - La Glose. Après avoir démontré par cet exemple que le démon ne peut chasser le démon, Jésus enseigne la manière de le chasser : « Personne, dit-il, ne peut enlever les armes du fort armé, à moins qu’il ne l’ait enchaîné auparavant », etc. - Théophyl. Voici le sens de cette comparaison : le fort, c’est le démon ; ces armes, ce sont les hommes où il fait sa demeure. À moins donc qu’on n’ait auparavant vaincu et enchaîné Satan, comment lui ravir ses armes, c’est-à-dire les infortunés qu’il possède ? C’est ainsi que moi, qui lui ravis ses armes, c’est-à-dire qui délivre les hommes de la possession du démon, je commence par enchaîner et vaincre ces esprits de ténèbres et je me constitue leur ennemi. Comment donc pouvez-vous dire que je suis possédé par Béelzébub et que je suis l’ami des démons, moi qui les chasse et les mets en fuite ? - Bède. Le Seigneur a aussi enchaîné le fort, c’est-à-dire le démon, en paralysant les moyens de séduction qu’il emploie contre les élus. Et étant entré dans la maison, c’est-à-dire dans le monde, il a pillé sa maison et ravi ses meubles, c’est-à-dire les hommes qu’il soustrait aux pièges de Satan et incorpore à son Eglise. Ou bien encore, il a pillé sa maison parce que les diverses parties du monde où dominait cet antique ennemi du genre humain ont été données en partage à ses Apôtres et à leurs successeurs, pour ramener tous ces peuples dans la voie de la vie. Le Seigneur leur montre l’énormité du crime qu’ils commettaient en osant attribuer au démon ce qu’ils savaient très bien être l’œuvre de Dieu. Il ajoute donc : « Je vous le dis en vérité, tous les péchés seront remis », etc. Et en effet, tous les péchés, les blasphèmes ne sont pas indifféremment remis à tous les hommes ; mais seulement à ceux qui font ici-bas une digne pénitence de leurs égarements. Ainsi il ne faut admettre ni l’erreur de Novatien, qui refusait le pardon aux martyrs qui étaient tombés, malgré leur repentir ; ni l’erreur d’Origène, qui prétend qu’après le jugement universel, après les innombrables évolutions des siècles, les pécheurs obtiendront le pardon de leurs péchés. Notre-Seigneur combat cette erreur dans les paroles suivantes : « Celui qui aura blasphémé contre le Saint-Esprit ne recevra jamais son pardon ». - S. Chrys. Jésus-Christ déclare que le blasphème contre sa personne trouvera son pardon, parce qu’il avait paru sur la terre comme un homme méprisé et de basse extraction ; mais l’outrage contre Dieu n’a point de pardon à espérer. Or, le blasphème contre le Saint-Esprit s’adresse directement à Dieu même. Car le règne de Dieu est l’œuvre de l’Esprit saint, et c’est pour cela que Jésus-Christ déclare que le blasphème contre le Saint-Esprit ne sera jamais pardonné. Au lieu de ces paroles : « Mais il sera coupable d’un crime éternel », un autre Évangéliste dit : « Il ne sera remis ni en ce monde ni en l’autre » (Mt 12,32). Il faut entendre par là le jugement prescrit par la loi juive, et le jugement futur. La loi juive, en effet, condamnait à mort celui qui blasphémait contre Dieu (Lv 24,15), et aux yeux de la loi nouvelle il est également sans excuse. Or, quiconque reçoit le baptême est par là même placé en dehors du siècle présent, et cette vertu du baptême qui remet les péchés était ignorée des Juifs. Celui donc qui attribue au démon les miracles et l’expulsion des démons qui sont l’œuvre propre de l’Esprit saint tout seul, celui-là ne peut excuser son blasphème, et un blasphème aussi énorme ne peut être remis, parce qu’il est contre le Saint-Esprit. Or voici en quoi consistait ce blasphème : « Et ils disaient : Il est possédé de l’esprit immonde ».
Théophyl. Il faut entendre qu’ils n’obtiendront pas leur pardon à moins qu’ils ne se repentent et ne fassent pénitence. Lorsqu’ils se scandalisaient des humiliations qui étaient la conséquence de l’incarnation du Christ, même sans repentir, ils étaient tant soit peu excusables et obtenaient quelque chose du pardon de leur crime. - S. Jér. Ou bien ces paroles signifient que celui qui, reconnaissant Jésus pour le Christ, ose l’appeler le prince des démons, ne méritera point de faire pénitence, ni d’obtenir par là son pardon. - Bède. Toutefois, ceux qui ne croient pas à la divinité du Saint-Esprit ne sont pas coupables de ce blasphème irrémissible, parce que cette erreur est l’effet non point d’une malice diabolique, mais bien plutôt de l’ignorance humaine. - S. Aug. (serm. 11, chap. 12 sur les paroles du Seign). Ou bien encore, cette impénitence elle-même est le blasphème contre le Saint-Esprit, blasphème qui sera irrémissible. Car celui dont le cœur impénitent s’amasse un trésor de colère (Rm 2) se rend coupable de blasphème contre le Saint-Esprit, soit par ses pensées, soit par ses discours. L’Évangéliste ajoute : « Parce qu’ils disaient : Il est possédé d’un esprit immonde ». Il veut montrer par là que Jésus-Christ prononce cet anathème contre les Juifs, parce qu’ils l’accusaient de chasser les démons au nom de Béelzébub. Ce n’est pas que ce fût là un blasphème absolument irrémissible, puisqu’on peut en obtenir le pardon par un repentir sincère ; mais le Seigneur proféra cette terrible sentence, parce qu’ils l’accusaient de recourir à l’intervention de l’esprit immonde, et il leur démontre qu’il serait ainsi divisé contre lui-même, tandis que le Saint-Esprit unit par un lien indivisible ceux qu’il rassemble en pardonnant les péchés, qui de leur nature sont des principes de division intestine. Or il n’y a, pour rejeter ce don de la miséricorde divine, que celui dont le cœur est endurci par l’impénitence. En effet, dans un autre endroit, les Juifs accusèrent Jésus d’être possédé du démon (Jn 7,20 Jn 8,48), et cependant il ne les accuse point de blasphème contre le Saint-Esprit. C’est qu’alors ils ne mirent point en avant l’esprit immonde, et ne fournirent pas au Sauveur l’occasion de leur démontrer, par leur propre témoignage, qu’il serait divisé contre lui-même, comme le serait Béelzébub par la puissance duquel ils prétendaient que les démons pouvaient être chassés.
Mc 3, 31-35
Théophyl. Comme les parents du Sauveur, qui le croyaient atteints de folie, étaient venus pour s’emparer de sa personne, sa mère, conduite par son amour, vint le trouver. « Et sa mère et ses frères, dit l’Évangile, vinrent à lui ». - S. Chrys. Ces paroles prouvent évidemment que sa mère et ses frères n’étaient pas toujours avec lui. Mais comme ils l’aimaient tendrement, ils viennent le trouver, conduits par le respect et l’affection, et ils l’attendent au dehors, « car toute la foule était assise autour de lui ». - Bède. Les frères du Seigneur, dont il est ici question, ne sont pas, comme le prétend Helvidius, les fils de Marie, qui est restée toujours vierge, ni les fils de Joseph, qu’il aurait eus d’une autre épouse, selon l’opinion de quelques autres, mais simplement ses parents. - S. Chrys. Un autre Évangéliste dit que ses frères ne croyaient pas encore en lui (Jn 7,5), ce qui se rapporte parfaitement à ce qui est dit ici, qu’ils le cherchaient et l’attendaient au dehors. Aussi, se conformant à leurs dispositions, il semble ne pas se souvenir qu’ils sont ses parents, et il répond : « Quelle est ma mère et qui sont mes frères ? » En parlant de la sorte, il ne renie ni sa mère, ni ses frères, mais il montre qu’il faut placer l’estime qu’on doit faire de son âme bien au-dessus de tous les liens du sang, et il donne cette leçon à ceux qui recherchaient la conversation de leurs proches, comme une chose plus utile que la doctrine du salut.
Bède. Malgré leurs instances, il n’en continue pas moins la prédication de la divine parole, non qu’il oubliât les devoirs de la piété filiale, mais afin de montrer qu’il se devait bien plus aux mystères de son Père qu’aux devoirs de la tendresse filiale envers sa mère. Il ne témoigne aucun mépris pour ses frères, mais il préfère les œuvres spirituelles aux liens de la parenté, et il nous enseigne que le lien qui unit les cœurs est plus sacré que celui qui ne fait qu’unir les corps. « Et regardant ceux qui étaient assis autour de lui : Voici, dit-il, ma mère et mes frères ». - S. Chrys. Notre-Seigneur nous apprend encore ici qu’il faut honorer plus que nos proches ceux qui nous sont unis par la foi. On devient la mère de Jésus par la prédication, car on lui donne une sorte de naissance en l’enfantant dans le cœur de ceux qu’on est chargé d’enseigner. - S. Jér. Or, sachons que nous sommes les frères et les sœurs de Jésus, à cette condition que nous accomplirons la volonté de son Père, afin d’être un jour ses cohéritiers, car Jésus discerne ses frères et ses sœurs d’après leurs actes et non d’après la différence des sexes. « Celui qui fait la volonté de mon Père est mon frère, etc ». - Théoph. Il ne refuse pas à sa mère ce titre glorieux, mais il montre qu’elle est digne de le porter, non seulement parce qu’elle a enfanté le Christ, mais encore parce qu’elle est un modèle accompli de toutes les vertus.
Bède. Dans le sens mystique, la mère et le frère de Jésus sont la synagogue et le peuple juif, qui lui aussi est sorti de la synagogue. Ils ne peuvent entrer dans l’intérieur de la maison pendant que Jésus y enseigne, parce qu’ils ne s’appliquent point à entendre, dans le sens spirituel, ses divins oracles. Mais la foule prévient les Juifs et parvient jusqu’à Jésus, c’est-à-dire que, tandis que la nation juive ne s’empresse nullement de venir à Jésus, les Gentils affluent vers lui de toutes parts. Les parents de Jésus, qui se tiennent dehors, et qui veulent le voir, ce sont les Juifs, qui, se tenant dehors, se constituent gardiens de la lettre, et qui aiment mieux presser Jésus de sortir, pour leur donner un enseignement tout charnel, plutôt que d’entrer, pour recueillir sa doctrine toute spirituelle. Si donc, par cela seul qu’ils se tiennent dehors, Jésus ne voulut point reconnaître ses parents, comment nous reconnaîtra-t-il si nous restons dehors, car c’est au dedans qu’est le Verbe, c’est au dedans qu’est la lumière.