L'évangile avec les Pères
Mc 14, 1 – 15, 47
- Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur, année B · Dimanche 21 mars 2027
L'évangile
1La Pâque et les Azymes devaient avoir lieu deux jours après ; et les Princes des prêtres et les Scribes cherchaient les moyens de se saisir de Jésus par ruse, afin de le faire mourir. 2« Mais, disaient-ils, que ce ne soit pas pendant la fête, de peur qu’il n’y ait du tumulte parmi le peuple. » 3Comme Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, une femme entra pendant qu’il se trouvait à table. Elle tenait un vase d’albâtre plein d’un parfum de nard pur d’un grand prix ; et ayant brisé le vase, elle répandit le parfum sur sa tête. 4Plusieurs de ceux qui étaient là en témoignaient entre eux leur mécontentement : « Pourquoi perdre ainsi ce parfum ? 5On aurait pu le vendre plus de trois cents deniers, et les donner aux pauvres. » Et ils se fâchaient contre elle. 6Mais Jésus dit : « Laissez-la ; pourquoi lui faites-vous de la peine ? C’est une bonne action qu’elle a faite à mon égard. 7Car vous avez toujours les pauvres avec vous, et toutes les fois que vous voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’avez pas toujours. — 8Cette femme a fait ce qu’elle a pu ; elle a d’avance embaumé mon corps pour la sépulture. 9Je vous le dis, en vérité, partout où sera prêché cet évangile, dans le monde entier, on racontera aussi ce qu’elle a fait, en mémoire d’elle. » 10Or, Judas l’Iscariote, l’un des Douze, alla vers les Princes des prêtres pour livrer Jésus. 11Après l’avoir entendu, ils furent dans la joie et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer. 12Le premier jour des Azymes, où l’on immolait la Pâque, ses disciples dirent à Jésus : « Où voulez-vous que nous allions vous préparer ce qu’il faut pour manger la Pâque ? » 13Et il envoya deux de ses disciples, et leur dit : « Allez à la ville ; vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau, suivez-le. 14Quelque part qu’il entre, dites au propriétaire de la maison : Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ? 15Et il vous montrera un grand cénacle meublé et tout prêt : faites-nous là les préparatifs. » 16Ses disciples partirent et allèrent à la ville ; et ils trouvèrent les choses comme il le leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque. 17Sur le soir, Jésus vint avec les Douze. 18Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus dit : « Je vous le dis en vérité, un de vous me trahira ; celui qui mange avec moi ! » 19Et ils se mirent à s’attrister et à lui dire l’un après l’autre : « Est-ce moi ? » 20Il leur répondit : « C’est un des Douze, qui met avec moi la main dans le plat. 21Pour le Fils de l’homme, il s’en va, ainsi qu’il est écrit de lui ; mais malheur à l’homme par qui le Fils de l’homme est trahi ! Mieux vaudrait pour cet homme qu’il ne fût pas né. » 22Pendant le repas, Jésus prit du pain, et après avoir prononcé une bénédiction, il le rompit, et le leur donna, en disant : « Prenez, ceci est mon corps. » 23Il prit ensuite la coupe, et, ayant rendu grâces, il la leur donna, et ils en burent tous. 24Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, répandu pour la multitude. 25Je vous le dis, en vérité, je ne boirai plus jamais du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai nouveau dans le royaume de Dieu. » 26Après le chant de l’hymne, ils s’en allèrent au mont des Oliviers. 27Alors Jésus leur dit : « Je serai pour vous tous, cette nuit, une occasion de chute, car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis seront dispersées. 28Mais, après que je serai ressuscité, je serai à votre tête, en Galilée. » 29Pierre lui dit : « Quand vous seriez pour tous une occasion de chute, vous ne le seriez jamais pour moi. » 30Jésus lui dit : « Je te le dis, en vérité, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq ait chanté deux fois, trois fois tu me renieras. » 31Mais Pierre insistait encore plus : « Quand il me faudrait mourir avec vous, je ne vous renierai point. » Et tous dirent de même. 32Ils arrivèrent à un domaine appelé Gethsémani, et il dit à ses disciples : « Asseyez-vous ici pendant que je prierai. » 33Et ayant pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, il commença à sentir de la frayeur et de l’abattement. 34Et il leur dit : « Mon âme est triste jusqu’à la mort ; restez ici et veillez. » 35S’étant un peu avancé, il se jeta contre terre ; et il priait que cette heure, s’il se pouvait, s’éloignât de lui. 36Et il disait : « Abba (Père), tout vous est possible, éloignez de moi ce calice ; cependant, non pas ma volonté, mais la vôtre ! » 37Il vint ensuite et trouva ses disciples endormis ; et il dit à Pierre : « Simon, tu dors ! Tu n’as pu veiller une heure ! 38Veillez et priez afin que vous n’entriez point en tentation. L’esprit est prompt, mais la chair est faible. » 39Et, s’éloignant de nouveau, il pria, disant les mêmes paroles. 40Puis, étant revenu, il les trouva encore endormis ; car leurs yeux étaient appesantis, et ils ne savaient que lui répondre. 41Il revint une troisième fois et leur dit : « Dormez, maintenant, et reposez-vous. — C’est assez ! L’heure est venue ; voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. 42Levez-vous, allons ; celui qui me trahit est près d’ici. » 43Au même moment, comme il parlait encore, arrive Judas, l’un des Douze, et avec lui une grande troupe armée d’épées et de bâtons, envoyée par les Princes des prêtres, par les Scribes et par les Anciens. 44Le traître leur avait donné ce signe : « Celui que je baiserai, c’est lui, saisissez-le, et emmenez-le sûrement. » 45Dès qu’il fut arrivé, s’approchant de Jésus, il dit : « Maître ! « et il le baisa. 46Les autres jetèrent les mains sur lui et l’arrêtèrent. 47Un de ceux qui étaient là, tirant l’épée, en frappa le serviteur du grand prêtre, et lui enleva l’oreille. 48Jésus, prenant la parole, leur dit : « Vous êtes venus comme à un brigand, avec des épées et des bâtons pour me prendre. 49Tous les jours j’étais parmi vous, enseignant dans le temple, et vous ne m’avez pas arrêté ; mais c’est afin que les Écritures s’accomplissent. » 50Alors tous ses disciples l’abandonnèrent et prirent la fuite. 51Un jeune homme le suivait, couvert seulement d’un drap ; on se saisit de lui ; 52mais il lâcha le drap, et s’enfuit nu de leurs mains. 53Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre, où s’assemblèrent tous les Princes des prêtres, les Scribes et les Anciens. 54Pierre le suivit de loin, jusque dans l’intérieur de la cour du grand prêtre, et s’étant assis près du feu avec les serviteurs, il se chauffait. 55Cependant les Princes des prêtres et tout le conseil cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mourir, et ils n’en trouvaient point. 56Car plusieurs déposèrent faussement contre lui, mais les dépositions ne s’accordaient pas. 57Enfin quelques-uns se levant, portèrent contre lui ce faux témoignage : 58« Nous l’avons entendu dire : Je détruirai ce temple fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme. » 59Mais sur cela même leurs témoignages ne s’accordaient pas. 60Alors le grand prêtre se leva, et venant au milieu, il interrogea Jésus, disant : « Ne réponds-tu rien à ce que ces hommes déposent contre toi ? » 61Mais Jésus garda le silence et ne répondit rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau et lui dit : « Es-tu le Christ, le Fils de celui qui est Béni ? » 62Jésus lui dit : « Je le suis, et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir environné des nuées du ciel. » 63Alors le grand prêtre déchira ses vêtements et dit : « Qu’avons-nous donc besoin de témoins ? 64Vous avez entendu le blasphème ; que vous en semble ? » Tous prononcèrent qu’il méritait la mort. 65Et quelques-uns se mirent à cracher sur lui, et, lui voilant le visage, ils le frappaient du poing, en lui disant : « Devine » ; et les valets le souffletaient. 66Pendant que Pierre était en bas, dans la cour, il vint une des servantes du grand prêtre ; 67et voyant Pierre qui se chauffait, elle le regarda et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth. » 68Mais il le nia, en disant : « Je ne sais, ni ne comprends ce que tu veux dire. » Puis il s’en alla, gagnant le vestibule ; et le coq chanta. 69La servante l’ayant aperçu de nouveau, se mit à dire aux assistants : « Voilà un de ces gens-là. » 70Et il le nia de nouveau. Un peu après, ceux qui étaient là dirent à Pierre : « Tu es certainement des leurs, car tu es Galiléen. » 71Alors il se mit à faire des imprécations et à dire avec serment : « Je ne connais pas l’homme dont vous parlez. » 72Et aussitôt, pour la seconde fois, le coq chanta. Et Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq ait chanté deux fois, trois fois tu me renieras » ; et il se mit à pleurer.
1Dès le matin, sans retard, les Princes des prêtres tinrent conseil avec les Anciens et les Scribes, et tout le Sanhédrin. Et après avoir lié Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate. 2Pilate l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus lui répondit : « Tu le dis. » 3Comme les Princes des prêtres portaient contre lui diverses accusations, 4Pilate l’interrogea de nouveau, disant : « Tu ne réponds rien ? Vois de combien de choses ils t’accusent. » 5Mais Jésus ne fit plus aucune réponse, de sorte que Pilate était dans l’étonnement. 6Cependant, à chaque fête de Pâque, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient. 7Or, il y avait dans la prison le nommé Barabbas, avec les séditieux ses complices, pour un meurtre qu’ils avaient commis dans la sédition. 8La foule étant montée se mit à réclamer ce qu’il leur accordait toujours. 9Pilate leur répondit : « Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs ? » 10Car il savait que c’était par envie que les Princes des prêtres l’avaient livré. 11Mais les Pontifes excitèrent le peuple, afin d’obtenir qu’il leur relâchât plutôt Barabbas. 12Pilate, reprenant la parole, leur dit : « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? » 13Ils crièrent de nouveau : « Crucifiez-le ! » 14Pilate leur dit : « Mais quel mal a-t-il fait ? » Et ils crièrent encore plus fort : « Crucifiez-le ! » 15Pilate, voulant satisfaire le peuple, leur délivra Barabbas ; et après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour être crucifié. 16Les soldats conduisirent Jésus dans l’intérieur de la cour, c’est-à-dire dans le prétoire, et ils convoquèrent toute la cohorte. 17Et l’ayant revêtu de pourpre, ils ceignirent sa tête d’une couronne d’épines qu’ils avaient tressée. 18Puis ils se mirent à le saluer : « Salut, roi des Juifs ! » 19Et ils lui frappaient la tête avec un roseau, et ils crachaient sur lui, et, fléchissant les genoux, ils lui rendaient hommage. 20Après s’être ainsi joués de lui, ils lui ôtèrent la pourpre, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier. 21Un certain Simon, de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, passant par là en revenant des champs, ils le réquisitionnent pour porter la croix de Jésus, 22qu’ils entraînent au lieu dit Golgotha, ce que l’on interprète : lieu du Crâne. 23Et ils lui donnaient à boire du vin mêlé de myrrhe ; mais il n’en prit pas. 24L’ayant crucifié, ils se partagent ses vêtements, tirant au sort ce que chacun en prendrait. 25Il était la troisième heure lorsqu’on le crucifia. 26L’inscription indiquant la cause de sa condamnation portait : « Le roi des Juifs. » 27Ils crucifièrent avec lui deux brigands, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. 28Ainsi fut accomplie cette parole de l’Écriture : « Et il a été mis au rang des malfaiteurs. » 29Les passants l’insultaient, en branlant la tête et disant : « Ah ! Toi qui détruis le temple et le rebâtis en trois jours, 30sauve-toi toi-même, et descends de la croix. » 31Les Princes des prêtres aussi, avec les Scribes, le raillaient entre eux, et disaient : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut se sauver lui-même. 32Que le Christ, le roi d’Israël, descende maintenant de la croix, afin que nous voyions et que nous croyions. » Ceux même qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient. 33La sixième heure étant arrivée, les ténèbres se répandirent sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. 34Et à la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte : « Eloï, Eloï, lama sabacthani. » Ce qui s’interprète : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? » 35Quelques-uns de ceux qui étaient là, l’ayant entendu, disaient : « Voyez ! Il appelle Élie. » 36Et l’un d’eux courut emplir une éponge de vinaigre, et l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donna à boire, en disant : « Laissez, voyons si Élie viendra le faire descendre. » 37Mais Jésus, ayant jeté un grand cri, expira. 38Et le voile du sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. 39Le centurion qui se tenait en face de Jésus, voyant qu’il avait expiré en jetant un tel cri, dit : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu. » 40Il y avait aussi des femmes qui regardaient de loin, entre autres Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques le Mineur et de Joseph, et Salomé, 41qui le suivaient déjà et le servaient lorsqu’il était en Galilée, et plusieurs autres qui étaient montées à Jérusalem avec lui. 42Le soir étant déjà venu, comme c’était la Préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat, 43arriva Joseph d’Arimathie : c’était un membre du grand conseil fort considéré, qui attendait, lui aussi, le royaume de Dieu. Il était allé hardiment auprès de Pilate, demander le corps de Jésus. 44Mais Pilate, surpris qu’il fût mort si tôt, fit venir le centurion, et lui demanda s’il y avait longtemps que Jésus était mort. 45Sur le rapport du centurion, il accorda le corps à Joseph. 46Alors Joseph, ayant acheté un linceul, descendit Jésus, l’enveloppa du linceul, et le déposa dans un sépulcre, taillé dans le roc ; puis il roula une pierre à l’entrée du sépulcre. 47Or Marie-Madeleine, et Marie, mère de Joseph, observaient où on le déposait.
Bible Crampon (1923).
Ce qu'en disent les Pères
Réunis par saint Thomas d'Aquin dans La Chaîne d'Or sur saint Marc, traduction de l'abbé Péronne (1868).
Mc 14, 1-2
S. Jér. Il nous faut maintenant répandre du sang sur notre livre et sur le seuil de nos demeures, entourer d’un ruban d’écarlate la maison où nous prions, tenir dans la main une bandelette d’écarlate comme Zara, afin de pouvoir raconter le sacrifice de la vache rousse dans la vallée des victimes (Ex 12 Jos 2 Gn 28 Nb 19). L’Évangéliste commence le récit de la passion de Jésus-Christ par ces paroles : « Or, deux jours après était la fête de Pâques », etc. - Bède. La pâque, en hébreu phase, ne tire point son étymologie et sa signification du mot passion, comme plusieurs le pensent, mais du mot passage, parce que l’ange exterminateur, à la vue du sang dont les portes des Israélites étaient marquées, passa sans les frapper (Ex 12) ; ou bien, parce que le Seigneur passa pour ainsi dire au-dessus de son peuple pour lui porter secours (Ex 13). - S. Jér. Ou bien le mot phase veut dire passage, et le mot pascha, immolation. Or, l’immolation de l’agneau pascal, et le passage du peuple à travers la mer Rouge ou l’Egypte, figurent la passion de Jésus-Christ et la rédemption de son peuple délivré de l’enfer, alors que le Seigneur nous visite après deux jours, c’est-à-dire dans la pleine lune de l’âge parfait du Christ, afin que nous puissions manger les chairs de l’Agneau immaculé, qui ôte les péchés du monde dans une même maison, dans l’Eglise catholique, sans aucune partie ténébreuse dans notre âme, avec les chaussures de la charité et les armes de la justice.
Bède. D’après l’Ancien Testament, il y avait cette différence entre la fête de Pâques et celle des azymes, que le nom de Pâques était exclusivement réservé au jour où l’agneau était immolé sur le soir, c’est-à-dire le quatorzième jour de la lune du premier mois. La fête des azymes, instituée en souvenir de la sortie d’Egypte, succédait immédiatement à la fête de Pâques le quinzième jour de la lune, et durait sept jours, c’est-à-dire jusqu’au soir du vingt et unième jour du même mois. Cependant les Évangélistes mettent indifféremment le jour des azymes pour la pâque, et la pâque pour le jour des azymes. Voilà pourquoi saint Marc dit ici : « Or, deux jours après c’était la fête de Pâques et des azymes », parce que la loi commandait de célébrer la pâque avec des pains azymes. Et nous aussi qui célébrons une pâque perpétuelle, nous devons sans cesse nous efforcer de passer de ce monde.
S. Jér. C’est des princes du peuple qu’est sortie l’iniquité dans Babylone, eux dont le devoir était de préparer le temple et les vases sacrés, et de se purifier selon les prescriptions de la loi pour manger l’agneau pascal, « Et les princes des prêtres et les scribes cherchaient comment ils pourraient s’emparer de lui par la ruse et le mettre à mort ». Le chef mort, tout le corps devient sans force. Voilà pourquoi ces misérables s’attaquent à la tête pour la faire périr. Ils veulent éviter ce jour de fête qui se présente à eux, car il n’est point de fête pour ceux qui ont perdu la miséricorde et la vie : « Et ils disaient : Non pas durant la fête, de peur qu’il n’y ait quelque tumulte parmi le peuple ». - Bède. Ces paroles sont claires, ils craignent non pas une sédition, mais que le peuple, venant au secours de Jésus, ne l’arrache de leurs mains. - Théophyl. Cependant c’était Jésus-Christ lui-même qui avait fixé le temps de sa passion, et il voulut être crucifié pendant la fête de Pâques, parce qu’il était lui-même la véritable pâque.
Mc 14, 3-9
Bède. Notre-Seigneur, prêt de souffrir pour le monde tout entier, et de racheter toutes les nations par l’effusion de son sang, s’arrête à Béthanie, c’est-à-dire dans la maison de l’obéissance : « Or, comme il était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux », etc. - S. Jér. Le faon revient toujours à son gîte, ainsi le Fils obéissant à son Père jusqu’à la mort, nous demande à nous aussi une obéissance semblable (Ph 2,8). - Bède. L’Évangéliste dit : « Dans la maison de Simon le lépreux », non qu’il le fût encore ; mais comme le seigneur l’avait guéri précédemment de la lèpre, il lui conserve son ancien nom pour rappeler le souvenir de cette guérison miraculeuse.
Théophyl. Quoique les quatre Évangélistes parlent de cette femme qui répandit son parfum sur la tête du Sauveur, ce n’est pas cependant une seule et même personne, mais il faut en admettre deux, l’une dont parle saint Jean, sœur de Lazare, qui répandit des parfums sur le Seigneur, six jours avant la pâque, l’autre, dont parlent les trois autres Évangélistes. Si vous voulez même y faire plus d’attention, vous trouverez trois femmes distinctes ; saint Jean nous parle de la première, saint Luc de la seconde, et les deux autres Évangélistes de la troisième. En effet, celle dont saint Luc raconte l’action est appelée une femme de mauvaise vie, et vint trouver Jésus vers le milieu de sa vie évangélique. Celle, au contraire, dont parlent saint Matthieu et saint Marc, vint aux approches de la passion, et rien ne nous autorise à croire qu’elle fut une femme pécheresse. - S. Aug. (de l’accord des Evang., 2, 79). Pour moi, je pense qu’il faut nécessairement admettre qu’il n’y a eu qu’une seule femme, Marie la pécheresse, qui vint alors se jeter aux pieds de Jésus, et qui réitéra deux fois cette action, une première fois comme le raconte saint Luc, lorsqu’elle vint le trouver dans les sentiments de l’humilité et de la componction la plus vive, et en obtint le pardon de ses péchés. Saint Jean fait allusion à ce fait, en commençant le récit de la résurrection de Lazare, et avant que Jésus vint à Béthanie : « Marie était celle qui répandit des parfums sur le Seigneur, et qui essuya ses pieds avec ses cheveux, et son frère Lazare était malade » (Jn 11,2). La même action qu’elle réitéra à Béthanie est tout à fait différente de la première, dont parle saint Luc, et se trouve racontée dans les mêmes termes par les trois autres Évangélistes. Saint Matthieu et saint Marc disent, il est vrai que le parfum fut répandu sur la tête du Seigneur, saint Jean sur les pieds ; il nous faut donc entendre tout simplement que cette femme répandit le parfum non seulement sur la tête, mais sur les pieds du Seigneur. Si quelque esprit difficultueux s’appuie sur ce que S. Marc nous dit, que c’est après avoir brisé le vase qu’elle répandit le parfum sur la tête, pour prétendre qu’il ne put en rester assez pour en répandre sur les pieds ; un esprit droit et chrétien lui répondra que ce vase n’était pas tout à fait brisé, et que le parfum ne fut pas entièrement répandu ; ou bien encore, qu’elle répandit le parfum sur les pieds avant que le vase qui contenait le parfum destiné tout entier à la tête, ne fut brisé.
Bède. L’albâtre est une espèce de marbre blanc, veiné de diverses nuances, dont on façonne des vases destinés à contenir des parfums, et qui a la propriété, dit-on, de les préserver de toute altération. Le nard est un arbuste aromatique, dont la racine est très-dense, courte, noire et fragile. Quoiqu’il soit plein de sève, cet arbuste répand une odeur semblable à celle des cyprès, il est amer au goût, ses feuilles sont petites et serrées, le sommet de cet arbuste s’épanouit en épis, aussi les parfumeurs vantent-ils à la fois les épis et les feuilles du nard, et saint Marc spécifie ce parfum en disant que c’était un parfum de nard d’épi très précieux, c’est-à-dire que le parfum que Marie vint offrir au Seigneur, venait non seulement de la racine, mais des épis et des feuilles du nard, ce qui ajoutait à son prix, en augmentant son odeur et ses propriétés. - Théophyl. Ou bien suivant l’étymologie du mot grec p éïôéÞò, c’était un parfum de nard véritable, c’est-à-dire sans aucun mélange étranger, et dans toute la pureté de sa nature première.
S. Aug. (de l’accord des Evang., 2, 78). Il semblerait qu’il y a contradiction entre le récit de saint Matthieu et de saint Marc qui, après avoir dit que la pâque se fera dans deux jours, racontent que Jésus était en Béthanie, où le parfum fut répandu sur lui, et le récit de saint Jean qui rapporte que ce fut six jours avant la pâque que Jésus vint en Béthanie, où eut lieu ce même fait qu’il va raconter. Mais ceux qui se laissent arrêter par cette difficulté ne réfléchissent pas que c’est par récapitulation que saint Matthieu et saint Marc ont rapporté ce fait qui se passa en Béthanie, non pas deux jours, mais six jours avant Pâque.
S. Jér. Au sens mystique, Simon le lépreux est la figure d’abord du monde infidèle, et puis de ce même monde devenu fidèle ; cette femme avec son vase est le symbole de la foi de l’Eglise qui dit : « Le nard répandu sur moi a exhalé son parfum ». (Ct 1,11) Ce nard est véritable et sincère, c’est-à-dire mystique et précieux, la maison qui est remplie de ce parfum, c’est le ciel et la terre ; le vase qui est brisé, ce sont les désirs charnels que l’on brise contre ce chef, par lequel tout le corps est joint et uni avec une si juste proportion (Ep 4,13), alors que ce chef s’assied et s’humilie pour se rendre accessible à la foi de cette femme pécheresse. Elle s’élève des pieds à la tête, et de la tête redescend par la foi jusqu’aux pieds, c’est-à-dire qu’elle va du Christ à ses membres.
« Quelques-uns en furent indignés en eux-mêmes, et ils disaient : Pourquoi cette perte ? » La figure appelée synecdoque emploie indifféremment le singulier pour le pluriel, et le pluriel pour le singulier. L’infortuné Judas trouve ici sa perte dans ce qui devrait être son salut, et le figuier qui porte les fruits de la vie devient pour lui un lacs qui donne la mort. Son avarice couvre un mystère de foi, car notre foi est achetée trois cents deniers par les dix sens soit intérieurs, soit extérieurs, triplés par le corps, l’âme et l’esprit.
Bède. « Et ils murmuraient contre elle », ce que nous devons entendre non des Apôtres dévoués à la personne de Jésus, mais de Judas, dont il est ainsi question au pluriel. - Théophyl. On peut dire que plusieurs des disciples blâmèrent l’action de cette femme, parce qu’ils avaient souvent entendu Jésus-Christ leur recommander le devoir de l’aumône ; mais l’indignation de Judas avait un autre motif, c’était l’amour de l’argent, et une honteuse avarice ; aussi saint Jean ne parle que du reproche que l’avarice hypocrite inspira contre cette femme au perfide disciple, « Ils murmuraient contre elle », c’est-à-dire ils lui faisaient de la peine et la couvraient de reproches et d’injures. Or, le Seigneur reprend à son tour ses disciples qui voulaient mettre obstacle au pieux désir de cette femme. « Jésus leur dit : Laissez-la, pourquoi lui faites-vous de la peine ? » Elle avait fait son offrande, et ils la blâmaient et la repoussaient avec dureté. - Orig. (Traité 25 sur S. Matth). Ils se plaignaient de la perte de ce parfum qu’on pouvait vendre très-cher pour en donner le prix aux pauvres ; plaintes et reproches injustes, car il était convenable que la tête de Jésus-Christ fut parfumée de cette sainte et riche effusion. Aussi que leur répond le Sauveur ? « Ce qu’elle vient de me faire est une bonne œuvre ». L’éloge éclatant qu’il fait de cette action nous invite puissamment à couvrir la tête du Sauveur de parfums odoriférants et précieux, et à mériter aussi qu’on dise de nous que nous avons fait une bonne œuvre à l’égard de Jésus-Christ notre chef. En effet, tant que durera cette vie, nous aurons toujours des pauvres qui auront besoin du secours de ceux qui ont fait des progrès dans la doctrine, et qui sont devenus riches dans la sagesse de Dieu, mais malgré tous nos efforts, nous ne pouvons avoir jour et nuit avec nous le Fils de Dieu, c’est-à-dire le Verbe et la sagesse de Dieu. « Vous aurez toujours des pauvres avec vous, leur dit-il, et lorsque vous voudrez, vous pouvez leur faire du bien, mais vous ne m’aurez pas toujours ». - Bède. Il veut parler ici de sa présence corporelle dont ils ne devaient plus jouir après sa résurrection, comme alors dans l’intimité d’une vie commune. - S. Jér. Il dit encore : « Elle a fait une bonne œuvre à mon égard, parce que la foi de celui qui croit en Dieu lui est imputée à justice (Gn 12,6 Rm 4,3 Ga 3,6 Jc 2,23) ; car autre chose est de croire à Dieu, et autre chose est de croire en Dieu, c’est-à-dire de se jeter entièrement dans ses bras.
« Elle a fait ce qui était en son pouvoir, elle a répandu ses parfums sur mon corps pour me rendre par avance les devoirs de la sépulture ». - Bède. C’est-à-dire vous croyez que ce parfum est perdu, il sert par avance à ma sépulture. - Théophyl. Elle a été comme inspirée de Dieu en répandant des parfums sur mon corps en vue de ma sépulture, paroles propres à confondre le traître disciple, à qui Jésus semble dire : Comment osez-vous accuser cette femme qui embaume mon corps par avance pour ma sépulture, et ne songez-vous point à vous accuser vous-mêmes qui me livrez à la mort ? Le Seigneur fait ensuite deux prédictions distinctes, la première, que son Évangile sera prêché dans tout l’univers ; la seconde, que l’action de cette femme ne cessera de recueillir des éloges. « En vérité, je vous le dis, dans tout l’univers où sera prêché cet Évangile, on racontera à la louange de cette femme ce qu’elle vient de faire », etc. - Bède. Fait digne de remarque ! Marie s’est couverte de gloire dans tout l’univers par l’hommage qu’elle a rendu au Seigneur, tandis que celui qui ose blâmer son action est devenu l’objet de la réprobation universelle. Cependant Notre-Seigneur se contente de donner à l’action de cette femme la louange qu’elle mérite, et se tait sur le châtiment réservé au sacrilège disciple.
Mc 14, 10-11
Bède. L’infortuné Judas veut compenser par le prix qu’il espère de la vente de son Maître, la perte qu’il croyait avoir faite par ce parfum répandu : « Et Judas Iscariote, l’un des douze, s’en alla trouver les princes des prêtres, pour leur livrer Jésus ». - S. Chrys. (serm. sur la passion). Pourquoi me faire connaître sa patrie, plut à Dieu qu’il fut permis d’ignorer jusqu’à son nom ! Mais il y avait un autre disciple, appelé Judas, fils de Jacques ou Zélotes, et c’est pour prévenir la confusion qui aurait pu naître de l’identité de nom, que l’Évangéliste distingue Judas de celui-ci. Toutefois, il ne dit pas : Judas le traître, pour nous apprendre, à son exemple, à éviter tout ce qui peut porter atteinte à la réputation du prochain. Cependant en spécifiant qu’il est l’un des douze, il fait ressortir la conduite abominable de ce traître ; car Jésus avait d’autres disciples, mais ils ne vivaient pas dans son intimité, et n’étaient pas honorés comme Judas de sa confiance. Les douze, au contraire, étaient des disciples éprouvés, c’était comme l’escorte royale, et c’est de ses rangs que sortit ce traître disciple. - S. Jér. Il n’était du reste un des douze que numériquement, et non par ses vertus, il était un des douze par le corps, et non par l’esprit. Aussitôt qu’il fut sorti, il s’en alla vers les princes des prêtres, et Satan entra dans son âme, car tout être animé tend à se réunir à son semblable. - Bède. « Il s’en alla », donc ce n’étaient point les princes des prêtres qui l’appelaient, aucune nécessité ne le pressait, c’est par le libre choix de sa volonté criminelle qu’il forme ce noir dessein. - Théophyl. L’Évangéliste ajoute : « Pour le leur livrer », c’est-à-dire pour leur faire connaître les moments où il était seul ; car ils craignaient de s’emparer de lui quand il enseignait la foule qui aurait pu prendre sa défense. Or, il promet de le leur livrer dans les mêmes termes dont s’était servi autrefois le démon son maître. « Je vous donnerai toute cette puissance » (Lc 4,6). « En l’écoutant, ils eurent beaucoup de joie, et ils promirent de lui donner de l’argent ». Ils promettent de l’argent, et ils perdent la vie, et au moment où il reçoit cet argent, le traître perd lui-même la vie. - S. Chrys. (serm. sur la trahison de Judas). O avarice insensée du traître ! L’avarice est la source de tous les maux, elle retient les âmes captives, elle les étreint de chaînes multipliées, elle efface en eux tout souvenir, et montre jusqu’où l’esprit de l’homme peut porter la folie : Victime de cette passion insensée, Judas a tout oublié : la vie intime avec son divin Maître, la table qui les réunissait, ses enseignements, ses conseils, ses douces persuasions. Ecoutez en effet la suite : « Et il cherchait l’occasion de leur livrer ». - S. Jér. Mais on ne trouve jamais l’occasion d’accomplir une perfidie sans que la vengeance ne la suive d’une manière ou de l’autre. - Bède. Qu’il en est beaucoup aujourd’hui qui sont pleins d’horreur pour le crime abominable à leurs yeux de Judas, qui vend pour une somme d’argent son Seigneur, son Maître et son Dieu ; et qui ne cherchent nullement à l’éviter. Car lorsqu’ils sacrifient à des présents, les droits de la charité et de la vérité, que font-ils autre chose que de trahir Dieu qui est la charité et la vérité par essence ?
Mc 14, 12-16
S. Chrys. (serm. sur la trahison de Judas, comme précéd). Tandis que Judas débattait le prix de sa trahison, les autres disciples étaient préoccupés de la préparation de la pâque (1). « Et le premier jour des azymes », etc.
Bède. Ce premier jour des azymes était le quatorzième jour du premier mois, où les Juifs devaient jeter tout levain, et immoler la pâque, c’est-à-dire l’agneau pascal vers le soir. C’est à cet usage que l’Apôtre fait allusion, lorsqu’il dit : « Jésus-Christ est notre agneau pascal qui a été immolé pour nous ». (1Co 5,7) Il n’a été attaché à la croix que le jour suivant, c’est-à-dire le quinzième jour de la lune, cependant la nuit même du jour où l’agneau pascal était immolé, il a donné à ses disciples, avec le pouvoir de les célébrer, les mystères de son corps et de son sang, il a été saisi et garrotté par les Juifs, et il a ainsi consacré les prémices de son sacrifice. - S. Jér. Les pains azymes que l’on mange avec des choses amères, c’est-à-dire avec des laitues sauvages, sont la figure de notre rédemption, et l’amertume, l’emblème de la passion du Sauveur.
Théophyl. La question des disciples : « Où voulez-vous que nous allions », prouve évidemment que Jésus-Christ n’avait aucun domicile, ni les disciples aucune demeure en propre, car s’ils en avaient eu, ils y auraient conduit le Seigneur. - S. Jér. Cette question : « Où voulez-vous que nous allions ? » nous apprend encore à régler nos pas et nos démarches sur la volonté de Dieu. Notre-Seigneur nous fait aussi connaître avec qui il doit manger la pâque, et selon sa coutume dont nous avons parlé plus haut, il envoie deux de ses disciples : « Il envoya donc deux de ses disciples, et leur dit : Allez dans la ville ». - Théophyl. Il choisit parmi ses disciples Pierre et Jean, comme nous l’apprend saint Luc, et les envoie vers un homme inconnu, nous indiquant ainsi qu’il pourrait éviter sa passion, si telle était sa volonté, car celui qui savait que cet homme inconnu était disposé à recevoir ses disciples, ne pouvait-il pas changer les dispositions de ses ennemis ? Il leur donne même un signe auquel ils reconnaîtront la maison, en ajoutant : « Vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau ». - S. Aug. (de l’acc. des Evang., 2, dern. chap). Le vase que porte cet homme est une cruche, suivant saint Marc, une amphore, suivant saint Luc ; l’un désigne l’espèce, l’autre la forme ; mais l’un et l’autre sont dans la vérité. - Bède. Une preuve manifeste de la présence de la divinité, c’est que Jésus, tout en parlant avec ses disciples, sait ce qui doit se passer ailleurs. « Et ses disciples s’en allèrent, et ils préparèrent la pâque », etc. - S. Chrys. (serm. sur la Trah. de Jud). Ce n’était pas encore notre pâque, mais la pâque des Juifs ; c’était Jésus-Christ, qui non seulement devait établir, mais devenir lui-même notre pâque. Mais pourquoi a-t-il voulu la manger ? Parce qu’il s’est assujetti à la loi pour racheter ceux qui étaient sous la loi (Ga 4,4-5), et mettre lui-même un terme à la loi. Et afin que personne ne soit tenté de dire qu’il n’a détruit la loi que parce que son accomplissement lui paraissait trop dur, trop pénible et au-dessus de ses forces, il a voulu l’accomplir tout d’abord avant de l’annuler.
S. Jér. Au sens mystique, la ville c’est l’Eglise, qui est entourée du mur de la foi ; cet homme que les disciples rencontrent, c’est le premier peuple ; la cruche d’eau, c’est la loi de la lettre. - Bède. Ou bien l’eau est le bain salutaire de la grâce ; la cruche figure la fragilité de ceux qui devaient faire connaître cette grâce au monde. - Théophyl. Celui qui a été baptisé, porte comme un vase plein d’eau, et celui qui porte ainsi son baptême, marche vers le repos en vivant conformément à la raison, et jouit du repos et de la paix comme dans sa maison : « Suivez-le », ajoute Notre-Seigneur. - S. Jér. Suivez celui qui vous conduira sur les hauteurs où Jésus-Christ lui-même devient votre nourriture. Le maître de la maison, c’est l’apôtre saint Pierre, à qui le Sauveur a confié le soin de sa maison, afin qu’il y eût unité de foi sous un seul pasteur (cf. Jn 21,15). Cette grande salle, c’est la grande Eglise de Dieu, où l’on fait connaître le nom du Seigneur, et qui est ornée de la variété des vertus et des diverses langues des peuples. - Bède. Ou bien, cette grande salle, au sens spirituel, est la loi qui, sortant des limites étroites de la lettre, reçoit le Sauveur sur les lieux élevés, c’est-à-dire, sur les parties les plus hautes de l’esprit. C’est avec dessein que le nom soit du porteur d’eau, soit du maître de la maison, est passé sous silence, afin que tous ceux qui veulent célébrer la véritable pâque, c’est-à-dire, recevoir les sacrements de Jésus-Christ, et qui désirent lui offrir l’hospitalité dans leurs cœurs, sachent qu’ils en ont le pouvoir. - Théophyl. Ou bien encore, le maître de la maison c’est l’intellect qui nous montre cette grande salle, c’est-à-dire, les pensées élevées. Cependant tout élevée qu’elle est, elle éloigne de toute vaine gloire et de toute enflure, elle s’abaisse et s’égalise par l’humilité. C’est dans cette salle, c’est-à-dire, dans une âme ainsi disposée que Pierre et Jean, c’est-à-dire, l’action et la contemplation, préparent la pâque à Jésus-Christ.
Mc 14, 17-21
Bède. Après avoir prédit sa passion, le Seigneur prédit également la trahison de Judas, pour lui offrir l’occasion de se repentir (Sg 12,10 Sg 29,21) de son infâme dessein, lorsqu’il verrait que ses pensées étaient découvertes : « Le soir étant venu, il vint avec les douze, et comme ils étaient à table, il leur dit : L’un de vous me trahira ». - S. Chrys. (Serm. sur la trahis, de Jud). Nous voyons ici évidemment que Notre-Seigneur ne découvrait pas à tous indifféremment ce perfide disciple, pour ne pas augmenter son impudence ; mais il ne tait pas non plus complètement son noir dessein, de peur que la persuasion qu’il n’était pas connu ne le rendit plus audacieux pour consommer sa trahison. - Théophyl. Mais comment pouvaient-ils être assis et couchés pour la Cène, puisque la loi commandait de manger la pâque en se tenant debout ? Il est vraisemblable qu’ils avaient commencé par manger la pâque légale, et qu’ils se sont assis ensuite au moment où le Sauveur allait instituer sa propre pâque.
S. Jér. Le soir de ce jour est la figure du soir du monde. C’est vers la onzième heure qu’arrivent les derniers ouvriers qui sont les premiers à recevoir le denier de la vie éternelle (Mt 20,6-9). Tous les disciples sont également touchés par leur maître, et comme les cordes d’une lyre bien accordée, ils répondent avec une harmonie parfaite et d’une voix unanime : « Ils commencèrent à s’attrister, et chacun d’eux lui demandait : Est-ce moi ? » Un seul, comme une corde détendue et imbibée de l’amour de l’argent, lui dit : « Est-ce moi, Seigneur ? » comme nous le lisons dans saint Matthieu. - Théophyl. Les autres Apôtres furent attristés de la parole du Seigneur, car bien qu’étrangers à ce criminel dessein, ils s’en rapportent beaucoup plus à celui qui connaît le cœur de tous les hommes qu’à eux-mêmes.
« Il leur répondit : C’est l’un des douze qui met la main au plat avec moi ». - Bède. C’était Judas qui, tandis que les autres sont attristés et retirent la main, avance la sienne et la porte au plat avec son maître. Le Sauveur venait de dire précédemment : « L’un de vous me trahira ». Le traître disciple persévérant dans son coupable dessein, il le lui reproche plus ouvertement, mais sans le désigner par son nom. - S. Jér. Il dit : « L’un des douze », qui se sépare d’eux, c’est ainsi que le loup sépare des autres la brebis qu’il veut prendre, et la brebis qui sort de la bergerie est exposée sans défense à la dent des loups. Un premier et un second avertissement n’ont pu détourner Judas du sentier de la trahison, Notre-Seigneur lui prédit donc son châtiment, afin que la perspective des supplices qui l’attendent triomphe de celui qui n’a point cédé à la honte d’un si grand crime : « Et pour le Fils de l’homme, il s’en va, comme il est écrit de lui ». - Théophyl. Cette expression : « Il s’en va », prouve que sa mort est toute volontaire et nullement forcée. - S. Jér. Mais comme il en est beaucoup qui, à l’exemple de Judas, font des œuvres dont le résultat est bon, mais absolument sans aucune utilité pour eux, Notre-Seigneur ajoute : « Cependant, malheur à l’homme par lequel le Fils de l’homme sera livré ». - Bède. Aujourd’hui encore, malheur à l’homme qui s’approche indignement de la table du Seigneur ; à l’exemple de Judas, il trahit le Fils de l’homme, et le livre non aux Juifs coupables, mais à ses membres esclaves du péché.
« Il eût mieux valu pour lui qu’il ne fût jamais né ». - S. Jér. Il eut été préférable qu’il restât toujours caché dans le sein de sa mère, car il vaut mieux ne pas exister que d’exister pour une vie de tourments. - Théophyl. Si l’on considère la fin que Dieu s’est proposée, il vaudrait mieux pour lui qu’il existât, s’il n’était pas devenu un traître, car Dieu l’avait créé pour le bien ; mais dès qu’il tombe dans ce profond abîme de malice, il valait mieux pour lui ne point exister.
Mc 14, 22-25
Bède. Toutes les cérémonies de l’ancienne pâque étant terminées, Jésus en vient à la nouvelle ; et à la chair et au sang de l’agneau, il substitue le sacrement de son corps et de son sang : « Et tandis qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain, pour prouver qu’il était celui à qui le Seigneur a dit avec serment (He 5-7) : Vous êtes prêtre pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédech » (Ps 109,4)
« Et l’ayant béni, il le rompit ». - Théophyl. C’est-à-dire qu’il rendit grâces avant de le rompre, c’est ce que nous faisons nous-mêmes, en y ajoutant d’autres prières. - Bède. Il rompt lui-même le pain qu’il présente à ses disciples, pour montrer que la fraction de son corps était la suite d’un plan qu’il avait tracé lui-même. Il bénit le pain, parce qu’en effet, il a, conjointement avec le Père et le Saint-Esprit, rempli d’une vertu divine la nature qu’il a prise pour souffrir. Il bénit le pain et le rompt, et montre ainsi qu’il a daigné soustraire à la mort l’humanité dont il s’est revêtu, faire éclater la puissance d’immortalité qui est en elle, et nous enseigner qu’il la ressusciterait promptement dans sa personne.
« Et il leur dit : Prenez, ceci est mon corps ». - Théophyl. C’est-à-dire ce que je vous donne maintenant, ce que vous recevez de mes mains. Le pain n’est pas seulement la figure du corps de Jésus-Christ, mais il est changé au corps de Jésus-Christ lui-même ; car Notre-Seigneur a dit : « Le pain que je donnerai est ma chair » (Jn 6,51). Cependant nous ne voyons point la chair de Jésus-Christ à cause de notre faiblesse ; le pain et le vin sont des aliments accommodés à notre usage ; si la chair et le sang nous étaient présentés dans leur état naturel, nous n’aurions pu nous résoudre à les prendre. Aussi Notre-Seigneur, pour condescendre à notre faiblesse, conserve les apparences du pain et du vin, mais change le pain et le vin en sa chair et en son sang. - S. Chrys. (serm. sur la trah. de Judas). Et maintenant encore, Jésus-Christ est encore là, c’est lui-même qui a orné cette table, c’est lui encore qui la consacre. Ce n’est point l’homme qui change les dons offerts au corps et au sang de Jésus-Christ, c’est Jésus-Christ lui-même qui a été crucifié pour nous. Les paroles sortent de la bouche du prêtre, mais elles reçoivent leur consécration de la puissance et de la grâce de Dieu. C’est par cette parole : « Ceci est mon corps », que les dons offerts sont consacrés, et de même que ces paroles : « Croissez et multipliez-vous, et remplissez la terre », n’ont été dites qu’une fois (Gn 1,28 Gn 9,1), et produisent cependant leurs effets dans tous les temps pour la génération des êtres par l’intermédiaire de la nature ; ainsi cette parole du Sauveur n’a été dite qu’une fois, et cependant jusqu’à ce jour, et jusqu’à l’avènement du Sauveur, elle donne au sacrifice toute sa force sur tous les autels de l’Eglise catholique.
S. Jér. Au sens mystique, le Seigneur donne à son corps qui est l’Eglise actuelle, la forme de pain. On s’unit à ce corps par la foi, il est béni par la multiplication de ses membres, il est rompu par les souffrances, il est donné dans les exemples de vertu, reçu par l’enseignement, il se change dans le calice au sang de Jésus-Christ mêlé d’eau et de vin, pour nous purifier de nos fautes, et tout à la fois pour nous racheter des supplices que nous avons mérités. C’est par le sang de l’agneau que les maisons des Hébreux sont préservées de l’ange exterminateur, et leurs ennemis sont ensevelis dans les eaux de la mer ; c’étaient des symboles figuratifs de l’Eglise de Jésus-Christ. « Et prenant le calice, il rendit grâces et le leur donna ». C’est par la grâce, en effet, et non point par nos mérites que nous avons été sauvés. - S. Grég. (Mor., 2, 24). Nous le voyons à l’approche de sa passion, prendre du pain et rendre grâces. Celui qui a pris sur lui la peine due aux châtiments des autres, rend grâces à Dieu ; celui dont la vie n’offre pas l’ombre d’une faute, bénit humblement dans sa passion. En supportant avec tant de patience les châtiments dus aux forfaits des autres, il veut nous enseigner comment nous devons supporter les châtiments que méritent nos propres iniquités, et ce que doit faire le serviteur que Dieu châtie, alors que lui, l’égal de son Père, lui rend grâces des souffrances qu’il endure. - Bède. Le vin du calice du Seigneur est mêlé d’eau et figure ainsi que nous devons demeurer en Jésus-Christ, et Jésus-Christ en nous, car au témoignage de saint Jean, les eaux représentent les peuples (Ap 17,15). Il n’est permis à personne d’offrir ou du vin seul, ou de l’eau seule, une telle offrande semblerait vouloir séparer la tête des membres, et signifier ou que Jésus-Christ a pu souffrir sans l’amour de notre rédemption, ou que nous pouvons être sauvés, et mériter d’être offerts à Dieu sans nous unir à sa passion.
« Et ils en burent tous ». - S. Jér. Heureuse ivresse, satiété salutaire, qui daigne communiquer à l’âme une sobriété d’autant plus grande qu’elle est plus abondante. - Théophyl. Quelques auteurs prétendent que Judas n’a point participé aux divins mystères, mais qu’il sortit avant que le Seigneur les eût distribués à ses disciples. D’autres, au contraire, soutiennent qu’il reçut le corps sacré du Sauveur. - S. Chrys. (serm. sur la trah. De Judas) Jésus-Christ offrait son sang à celui-là même qui allait le vendre, afin qu’il pût y puiser la rémission de ses péchés, s’il avait voulu renoncer à son impiété. - S. Jér. Judas but donc à ce calice du salut, mais il ne fut point rassasié et n’éteignit point la soif que produit le feu éternel, parce qu’il reçut indignement les mystères de Jésus-Christ ; car son sacrifice ne peut purifier ceux qui se sont traînés dans le bourbier infect de la cruauté, et que des pensées dépourvues de raison précipitent dans le crime. - S. Chrys. (serm. sur la trah. de Judas). Qu’il n’y ait donc aucun Judas à la table du Seigneur ; ce sacrifice est une nourriture spirituelle. Or, de même que la nourriture corporelle, lorsqu’elle trouve l’estomac chargé d’humeurs contraires, ne fait que le rendre plus malade ; ainsi cette nourriture spirituelle, lorsqu’elle entre dans une âme souillée par le péché, rend sa perte plus certaine, non par l’effet de sa nature, mais par la mauvaise disposition de celui qui la reçoit. Que l’âme soit donc pure de toute souillure, que cette pureté s’étende jusqu’aux pensées, parce que c’est ici le sacrifice de toute pureté.
« Et il leur dit : Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance ». - Bède. Notre-Seigneur établit ici le caractère qui distingue la nouvelle alliance de l’ancienne, qui fut consacrée par le sang des boucs et des taureaux, que Moïse répandait sur le peuple en disant : « Voici le sang de l’alliance que le Seigneur a faite avec vous » (He 9,19-20 ; cf. Ex 24,8). « Qui sera répandu pour plusieurs ». - S. Jér. Car il ne purifie pas tous les hommes de leurs péchés.
« En vérité je vous le dis : Je ne boirai plus », etc. - Théophyl. C’est-à-dire, je ne boirai plus de ce vin jusqu’à la résurrection ; il appelle sa résurrection son royaume, parce que c’est alors qu’il a régné en vainqueur sur la mort. Après sa résurrection, il but et mangea avec ses disciples, leur prouvant ainsi qu’il était bien le même qui avait souffert. Le vin qu’il boit alors est nouveau, c’est-à-dire qu’il le boit d’une manière différente et toute nouvelle ; car il n’a plus un corps passible qui ait besoin de nourriture, son corps est à la fois immortel et incorruptible ; voici donc l’explication de ces paroles : la vigne, c’est le Seigneur lui-même ; le fruit de la vigne, ce sont les mystères, et l’intelligence secrète qu’en donne celui qui enseigne la science à l’homme (Ps 92) Or, dans le royaume de Dieu, c’est-à-dire dans le siècle futur, il boira avec ses disciples les mystères et la sagesse, en nous enseignant, en nous révélant alors des vérités nouvelles dont il nous dérobe ici-bas la connaissance. - Bède. Ou bien dans un autre sens, cette vigne du Seigneur c’est la synagogue au témoignage d’Isaïe : « La vigne du Seigneur des armées, nous dit-il, c’est la maison d’Israël ». (Is 5,7) C’est donc au moment où le Sauveur marche de lui-même au-devant de sa passion, qu’il dit à ses disciples : « Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne », c’est-à-dire en d’autres termes : Je ne me complairai plus dans les cérémonies charnelles de la synagogue, parmi lesquelles l’immolation de l’agneau pascal tenait le premier rang ; car voici venir le temps de ma résurrection, voici venir ce jour où en possession du royaume de Dieu, élevé sur les hauteurs d’une gloire immortelle, je serai avec vous comblé de joie à la vue du salut de ce peuple régénéré aux sources de la grâce spirituelle.
S. Jér. Remarquons que Notre-Seigneur change la nature du sacrifice, mais sans changer le temps où il était offert. Il nous apprend ainsi à ne jamais célébrer la cène du seigneur avant le quatorzième jour de la lune. Celui qui célébrerait la résurrection le quatorzième jour serait obligé de célébrer la cène au onzième, ce qui ne s’est jamais fait ni sous la loi ancienne, ni sous la loi nouvelle.
Mc 14, 26-31
Théophyl. Ils avaient rendu grâces avant de boire le calice du salut, ils rendent grâces après l’avoir bu : « Et après le cantique d’actions de grâces, ils s’en allèrent sur la montagne des Oliviers ». Apprenez ici à rendre aussi grâces à Dieu avant et après vos repas. - S. Jér. Cet hymne est un cantique de louanges au Seigneur, comme il est dit au Psaume 21, 28-32: « Les pauvres mangeront et seront rassasiés, et ceux qui chercheront le Seigneur célébreront ses louanges ». Et encore : « Tous les grands de la terre mangeront et adoreront ». Le Sauveur nous enseigne encore qu’il était doux et désirable pour lui de mourir pour nous, puisqu’au moment d’être livré à ses ennemis, il offre à Dieu un hymne de louanges. Il nous apprend enfin, lorsque nous sommes surpris par l’affliction, à ne point nous laisser aller à la tristesse, mais à rendre grâces à Dieu, qui se sert de la tribulation pour opérer le salut d’un grand nombre. - Bède. On peut encore voir dans cet hymne le cantique d’actions de grâces que rapporte saint Jean, et où le Sauveur élevant les yeux au ciel, priait pour lui, pour ses disciples, et pour tous ceux qui devaient croire en lui (Jn 17).
Théophyl. Jésus se retire sur une montagne, afin que ses ennemis le trouvant seul, pussent s’emparer de lui sans aucun tumulte. Car s’ils s’étaient saisi de lui au milieu de la ville, la multitude aurait pu s’agiter, et ses ennemis auraient trouvé dans cette agitation un juste motif de le mettre à mort, sous le prétexte qu’il cherchait à soulever le peuple. - Bède. Au sens mystique, c’est dans un dessein plein de sagesse que Notre-Seigneur conduit ses disciples sur la montagne des Oliviers, après les avoir nourris et fortifiés des saints mystères ; il nous apprend ainsi qu’après avoir reçu les divins sacrements, nous devons nous élever à des vertus plus hautes, à des grâces plus sublimes de l’Esprit saint, vertus et grâces par lesquelles nos cœurs sont comme consacrés. - S. Jér. Notre-Seigneur Jésus-Christ tombe au pouvoir de ses ennemis sur le mont des Oliviers, du haut duquel il monta au ciel, pour nous apprendre que nous aussi nous montons au ciel du milieu de nos veilles, de nos prières et de nos souffrances, lorsque nous les acceptons sans résistance.
Bède. Le Sauveur prédit à ses disciples l’épreuve qui les attend, afin que quand elle sera venue, ils ne désespèrent point de leur salut, mais qu’ils cherchent leur délivrance dans le repentir : « Et Jésus leur dit : Je vous serai à tous un sujet de scandale pendant cette nuit ». - S. Jér. Tous succombent, mais tous ne restent pas sous le coup de cette chute. Est-ce que celui qui tombe ne se relèvera jamais ? dit le psalmiste (Ps 40) Il est de la nature humaine de tomber, mais il est diabolique de ne point se relever. - Théophyl. Dieu permit cette chute dans ses Apôtres, pour les guérir d’une confiance trop grande en eux-mêmes, et afin que cette prédiction ne parût point reposer sur une simple apparence, il l’appuie sur ce témoignage du prophète Zacharie : « Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées ». Bède. Cette prophétie est conçue en d’autres termes dans Zacharie, et c’est le prophète lui-même qui dit à Dieu : « Frappez le pasteur, et les brebis seront dispersées » (Za 13,7). - S. Jér. Le prophète demande la passion du Seigneur, le Père répond à ces prières : « Je frapperai le Pasteur », le Fils est envoyé par son Père, et il est frappé, c’est-à-dire qu’il est incarné et souffre les douleurs de sa passion. - Théophyl. Le Père dit : « Je frapperai le Pasteur », parce qu’il l’abandonne aux coups de ses ennemis ; il donne le nom de brebis à ses disciples à cause de leur innocence et de leur éloignement de toute malice. Le Sauveur se hâte d’ajouter des prédictions plus consolantes : « Mais après que je serai ressuscité, j’irai avant vous en Galilée ». - S. Jér. Il leur promet donc avec certitude qu’il ressuscitera, pour ne point éteindre toute espérance dans leur cœur, « Or Pierre lui dit : Quand vous seriez pour tous les autres un sujet de scandale, vous ne le serez point pour moi ». Voici un oiseau sans ailes qui veut s’élever dans les airs, mais le corps appesantit l’âme, et donne à la crainte tout humaine de la mort une force qui triomphe de la crainte de Dieu. - Bède. La promesse de Pierre lui était inspirée par l’ardeur de la foi, et la prédiction du Seigneur, par la connaissance qu’il avait de l’avenir : « Et Jésus lui repartit : En vérité je vous le dis », etc.
S. Aug. (De l’accord des Evang., 3, 2). Tous les Évangélistes rapportent la prédiction que le Sauveur fît à Pierre, qu’il le renierait avant que le coq chantât, mais le récit de saint Marc est plus circonstancié. Aussi quelques-uns, faute d’attention sérieuse, prétendent que saint Marc ne peut se concilier ici avec les autres Évangélistes ; car, disent-ils, Pierre a renié trois fois son maître ; et si ce triple renoncement a commencé après le premier chant du coq, le récit des trois Évangélistes n’est pas conforme à la vérité, puisqu’ils rapportent que le Seigneur a déclaré à Pierre, qu’avant que le coq chantât, il le renierait trois fois. Maintenant si les trois renoncements de saint Pierre ont eu lieu avant que le coq ait commencé à chanter, pourquoi Notre-Seigneur aurait-il dit, d’après saint Marc : « Avant que le coq ait chanté deux fois, vous me renierez trois fois ». Nous répondons que le triple renoncement de saint Pierre ayant commencé avant le chant du coq, les trois Évangélistes ont considéré, non pas le moment où il devait être consommé, mais celui où il devait se produire et commencer, c’est-à-dire, avant le chant du coq, bien qu’on puisse dire que dans les dispositions intérieures de Pierre, ce triple renoncement eut lieu tout entier avant le chant du coq ; saint Marc, au contraire, raconte plus en détail ce qui se passa entre chaque renoncement. - Théophyl. Voici donc comme on peut l’entendre : Pierre nia une première fois, et le coq chanta ; puis il nia une seconde et une troisième fois, et le coq chanta pour la seconde fois.
S. Jér. Ce coq, messager de la lumière, figure l’Esprit saint, dont la voix se fait entendre à nous par les prophètes et par les Apôtres, à l’occasion de ce triple renoncement, pour nous appeler à répandre des larmes amères sur nos chutes multipliées, sur nos pensées coupables à l’égard de Dieu, sur nos discours blessants pour le prochain et sur les fautes commises contre nous-mêmes.
Bède. Nous voyons ici la foi de Pierre et la vivacité de son amour pour son divin Maître : « Mais il insistait encore davantage : Quand il me faudrait mourir avec vous, je ne vous renoncerai point ». - Théophyl. Les autres disciples firent preuve de la même ardeur, de la même intrépidité : « Et tous les autres en dirent autant ». Mais en cela ils contredisaient aussi la vérité que Jésus-Christ venait de leur prédire.
Mc 14, 32-42
La Glose. Après nous avoir raconté la prédiction du Seigneur sur le scandale dont il devait être l’occasion pour ses disciples, l’Évangéliste rapporte la prière qu’il fit, on le croit, pour ses disciples. Et tout d’abord il nous décrit le lieu qu’il choisît pour prier : « Ils allèrent ensuite en un lieu appelé Gethsémani ». - Bède. On voit encore aujourd’hui ce lieu de Gethsémani, où le Seigneur fit sa prière. Il est situé au pied du mont des Oliviers, et le mot Gethsémani signifie vallée féconde ou vallée de l’abondance. Notre-Seigneur, en choisissant une montagne pour prier, nous enseigne à quelle sublimité de pensées et d’intentions nous devons nous élever dans la prière ; et en priant dans la vallée de la fécondité, il nous apprend à pratiquer toujours l’humilité dans nos prières et la fécondité de l’amour intérieur ; car c’est en descendant lui-même dans la vallée de l’humilité et en suivant les inspirations de son extrême charité qu’il a souffert la mort pour nous. - S. Jér. C’est aussi dans cette vallée d’abondance qu’il fut assailli par des taureaux chargés de graisse (Ps 31) « Et il dit à ses disciples : Demeurez ici tandis que je prierai ». Il sépare de lui dans la prière ceux qui doivent en être séparés dans sa passion ; il prie, et ils dorment accablés sous le poids de leur cœur.
Théophyl. Notre-Seigneur avait coutume de se retirer seul pour prier, et il nous apprend ainsi à chercher le silence et la solitude lorsque nous devons prier : « Et il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean ». Il prend seulement avec lui les trois disciples qui ont été témoins de sa gloire sur le Thabor, pour associer à ses tristesses ceux qu’il avait associés à sa gloire, et que ces tristesses mêmes fussent pour eux une preuve de la vérité de son humanité : « Et il commença à se troubler et à être accablé d’ennui ». Par là même qu’il avait pris l’humanité tout entière, il en avait pris toutes les passions, la crainte, l’ennui, la tristesse, car les hommes ont un éloignement naturel pour la mort : « Et il leur dit : Mon âme est triste jusqu’à la mort ». - Bède. Tout Dieu qu’il est, il s’est revêtu de notre corps, il fait donc voir en lui la fragilité de la chair, pour détruire par ce seul fait l’impiété de ceux qui refusent de croire au sacrement de l’Incarnation. Dès lors, en effet, qu’il s’est uni à un corps semblable au nôtre, il a dû en prendre toutes les propriétés, toutes les faiblesses naturelles, comme la faim, la soif, les angoisses, la tristesse ; car pour la divinité elle ne peut éprouver la moindre altération de ces diverses impressions. - Théophyl. Il en est qui entendent ces paroles dans ce sens : « Je m’attriste, non de la mort que je dois endurer, mais de ce que les Israélites, mes compatriotes, vont me crucifier, et seront par là même exclus du royaume de Dieu », - S. Jér. Il nous enseigne aussi la crainte et la tristesse dont nous devons être pénétrés en présence du jugement de la mort, car nous ne pouvons dire par nous-mêmes, mais par Jésus-Christ seul : « Le prince de ce monde vient, et il n’a aucun droit sur moi ».
« Demeurez ici et veillez ». Le sommeil auquel il leur défend de se livrer n’est point le sommeil ordinaire dont il ne pouvait être question aux approches du combat, mais le sommeil de l’infidélité et de la langueur de l’esprit. Il s’éloigne un peu de ses disciples et se prosterne la face contre terre, pour faire paraître l’humiliation de son âme jusque dans la posture humiliée du corps : « Et s’en allant un peu plus loin, il se prosterna la face contre terre, priant que s’il était possible, cette heure s’éloignât de lui », etc. - S. Aug. (De l’acc. des Evang., 3, 4). Il ne dit pas à Dieu : Si vous pouvez le faire, mais : « Si cela peut se faire ». Car la volonté de Dieu est la mesure de son pouvoir. Ces paroles : « Si cela est possible », reviennent donc à celles-ci : « Si vous le voulez ». Et afin qu’on ne puisse soupçonner qu’il porte ici atteinte à la puissance de son Père, il nous explique aussitôt quel sens il faut donner aux paroles qui précèdent : « Et il dit : Mon Père, tout vous est possible », preuve évidente qu’il est question, non de l’impuissance du Père, mais de sa volonté dans ces paroles : « Si cela est possible ». Suivant saint Marc, Notre-Seigneur joint au nom de père le mot abba, qui signifie en hébreu Père. Peut-être a-t-il fait usage de ces deux mots dans une intention mystérieuse, et pour nous apprendre qu’il se livrait à cette tristesse, comme représentant de son corps mystique, qui est l’Eglise, dont il est devenu comme la pierre angulaire qui réunit les deux peuples ; les hébreux, au nom desquels il prononce le mot abba, et les gentils qui disent à Dieu : « Père ». - Bède. Il demande à Dieu que ce calice s’éloigne de lui, prouvant ainsi qu’il était véritablement homme : « Détournez de moi ce calice ». Mais se rappelant aussitôt le but de sa mission, il veut accomplir l’œuvre pour laquelle il a été envoyé, et il s’écrie : « Néanmoins que votre volonté s’accomplisse et non la mienne ». Si la mort peut être détruite sans que la nature humaine reçoive en moi le coup de la mort, que ce calice s’éloigne ; mais comme ce triomphe ne peut être obtenu que par ma mort, qu’il soit fait comme vous le voulez et non comme je veux. Il en est beaucoup qui s’attristent aux approches de la mort ; qu’ils aient une grande droiture de cœur, qu’ils évitent la mort dans la mesure du possible ; mais s’ils ne peuvent l’éviter, qu’ils répètent les paroles que Notre-Seigneur n’a prononcées que pour nous. - S. Jér. Le Sauveur nous y enseigne encore à être obéissants à nos parents jusqu’à la fin de notre vie, et à préférer leur volonté à la nôtre, « Et il vint, et il les trouva endormis ». Leur âme est endormie comme leur corps. Cependant le Seigneur qui revient les trouver après sa prière et les trouve tous endormis, n’adresse de reproche qu’à Pierre : « Et il dit à Pierre : Simon, vous dormez ; vous n’avez pu veiller une heure avec moi ? » C’est-à-dire : « Vous qui n’avez pu veiller une heure avec moi, comment pouvez-vous mépriser la mort, vous qui avez promis de mourir avec moi ? » Veillez et priez, afin que vous n’entriez point dans la tentation de me renier. - Bède. Il ne leur dit pas : Priez, afin de ne pas être tentés, mais priez, afin de ne pas entrer en tentation, c’est-à-dire, de ne point succomber à la tentation. - S. Jér. Or celui qui entre en tentation est celui qui néglige de prier.
« L’esprit est prompt, et la chair est faible ». - Théophyl. C’est-à-dire votre esprit rejette avec ardeur la pensée de me renier, et voilà pourquoi vous faites cette promesse ; mais votre chair est si faible, que si Dieu, que vous priez, ne la fortifie, vous succomberez à la tentation. - Bède. Le Sauveur réprime ici la présomption téméraire de ceux qui s’imaginent pouvoir tout ce qui leur vient à l’esprit ; plus, au contraire, l’ardeur de notre âme nous donne de confiance, plus la fragilité de la chair doit nous inspirer de crainte. Tout ce passage est directement opposé à l’erreur de ceux qui ne veulent reconnaître dans le Sauveur qu’une opération et qu’une volonté ; car il établit clairement l’existence des deux volontés, de la volonté humaine qui refuse de souffrir à cause de la faiblesse de la chair, et de la volonté divine, qui marche avec ardeur au-delà des souffrances.
« Et il s’en alla pour la seconde fois, et fît sa prière dans les mêmes termes. - Théophyl. Cette seconde prière prouve qu’il était véritablement homme. « Et étant retourné vers eux, il les trouva endormis ». Cependant il leur adresse de vifs reproches ; « Car leurs yeux étaient appesantis par le sommeil, et ils ne savaient que lui répondre ». Devant ce spectacle de la faiblesse humaine, apprenons à ne pas promettre des choses qui nous sont impossibles, lorsque nous sommes appesantis par le sommeil. Il retourne une troisième fois pour faire la même prière. « Il revint enfin la troisième fois, et il leur dit : Dormez maintenant et reposez-vous ». Il ne s’émeut pas contre eux qui après les premiers reproches ont aggravé leur faute, mais il leur dit avec une espèce d’ironie : « Dormez maintenant et reposez-vous », parce qu’il savait que le traître disciple approchait. Ce qu’il ajoute, prouve évidemment le dessein ironique de ses paroles : « C’en est assez, l’heure est venue, voici que le Fils de l’homme va être livré entre les mains des pécheurs. Il leur reproche ironiquement leur sommeil, et semble leur dire : C’est bien maintenant le temps de dormir au moment où l’ennemi s’approche. « Levez-vous, continue-t-il, marchons, celui qui doit me trahir n’est pas loin ». Ce n’est pas pour leur faire prendre la fuite qu’il leur tient ce langage, mais pour les entraîner avec lui au-devant de ses ennemis. - S. Aug. (de l’accord des Evang., 3, 4). Ou bien encore, comme il avait dit : « Dormez maintenant et reposez-vous », il ajoute : « C’en est assez », et puis il continue : « L’heure est venue, voici que le Fils de l’homme va être livré. Il faut donc admettre qu’après ces paroles : « Dormez et reposez-vous », le Seigneur garda quelque temps le silence pour donner aux Apôtres le temps de dormir, et qu’il leur dit ensuite : « L’heure est venue », après ces autres paroles : « C’est assez », sous-entendez, dormir. - S. Jér. Le sommeil auquel les disciples se laissent aller par trois fois, nous représente les trois morts ressuscites par Notre-Seigneur, le premier dans sa maison ; le second, lorsqu’on le conduisait au tombeau ; le troisième dans le tombeau même.
Mc 14, 43-52
Bède. Après avoir prié une troisième fois, afin d’obtenir pour ses Apôtres, avec la grâce du repentir d’être délivrés de la crainte qui les dominait, Notre-Seigneur, calme et tranquille sur les souffrances qui l’attendent, marche au-devant de ses persécuteurs, dont l’Évangéliste décrit l’arrivée en ces termes : « Il parlait encore, que Judas Iscariote, l’un des douze », etc. - Théophyl. L’Évangéliste relève à dessein cette circonstance pour faire ressortir l’énormité du crime de ce traître qui, faisant partie du premier collège des disciples, s’emporta contre son divin Maître à cet excès de fureur. « Et avec lui une grande troupe de gens armés d’épées et de bâtons, qui avaient été envoyés par les princes des prêtres, par les scribes et les anciens ». - S. Jér. Celui qui désespère du secours de Dieu, cherche à s’appuyer sur la puissance du monde.
Bède. Cependant Judas conserve encore quelque respect du disciple pour son Maître, il ne le livre pas ouvertement, il donne un baiser pour signe à ses ennemis. « Or, le traître leur avait donné ce signal et leur avait dit : Celui que je baiserai », etc. - Théophyl. Voyez jusqu’où va sa folie ; il croit pouvoir tromper Jésus par ce baiser et se faire passer pour son ami. Mais si vous êtes son ami, Judas, pourquoi vous joindre à ses ennemis ? Disons-le, tout cœur livré au mal est sans prévoyance.
« Et étant arrivé, il le baisa », etc. - S. Jér. Judas donne pour signal un baiser empoisonné par la perfidie, à l’exemple de Gain qui offrit à Dieu un sacrifice hypocrite et réprouvé de Dieu. - Bède. C’est avec une âme pleine d’envie et la hardiesse d’un scélérat qu’il appelle Jésus son Maître, et donne un baiser à celui qu’il trahit. Notre-Seigneur reçut cependant ce baiser du traître, non pour nous enseigner la dissimulation, mais pour ne point paraître fuir devant la trahison, et accomplir en même temps ces paroles du Psalmiste : « J’étais pacifique avec ceux qui baissaient la paix » (Ps 119,6).
« Les autres mirent la main sur Jésus ». - S. Jér. Joseph est vendu par ses frères, et le fer a transpercé son âme ».
« Un de ceux qui étaient présents, tirant son épée », etc. - Bède. C’est Pierre, comme le rapporte saint Jean ; il se laisse entraîner ici à son ardeur habituelle ; il savait comment Phinées, pour avoir châtié des sacrilèges, avait reçu, comme récompense de cette juste vengeance, la dignité du sacerdoce qui devait se perpétuer dans sa famille. - Théophyl. Marc tait le nom de Pierre, pour ne point paraître louer son maître d’avoir déployé cette ardeur pour Jésus-Christ. Par cette action, Pierre condamne indirectement la désobéissance et l’incrédulité des Juifs, et leur mépris pour les Écritures ; car s’ils avaient eu les oreilles ouvertes et dociles aux enseignements de l’Ecriture, ils n’auraient point crucifié le Seigneur de la gloire. Pierre coupe l’oreille du serviteur du grand-prêtre, car les princes des prêtres étaient les premiers à transgresser les Écritures, comme s’ils ne les avaient jamais entendues.
« Et Jésus leur dit : Vous êtes venus pour me prendre, armés d’épées et de bâtons, comme si j’étais un voleur ». - Bède. Paroles qui reviennent à ceci : C’est une folie de venir attaquer avec des épées et des bâtons celui qui se livre volontairement entre vos mains, et sous la conduite d’un traître, de poursuivre dans la nuit, comme s’il se dérobait à vos recherches, celui qui enseignait tous les jours dans le temple. - Théophyl. Jésus leur donne ici une preuve de sa divinité ; lorsqu’il enseignait dans le temple, ils n’ont pu s’emparer de lui, bien qu’il fût entre leurs mains, parce que le temps de sa passion n’était pas encore arrivé. Mais lorsque telle fut sa volonté, il se livra lui-même pour accomplir cette prédiction de l’Ecriture : « Il a été conduit comme un agneau à la boucherie » (Is 53), sans pousser aucun cri, aucune plainte, comme un homme qui souffre par son propre choix.
« Alors ses disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous ». - Bède. Nous voyons ici s’accomplir la prédiction de Notre-Seigneur, que tous ses disciples seraient scandalisés à son sujet pendant cette nuit. « Or, il y avait un jeune homme qui le suivait, revêtu seulement d’un linceul, et qui n’avait d’autre vêtement que ce linceul. Ils se saisirent de lui ; mais lui, laissant aller son linceul, s’enfuit tout nu de leurs mains ». Il s’enfuit loin de ceux dont il abhorre la présence et les œuvres, mais non loin du Seigneur, dont tout absent qu’il était, il conserva l’amour profondément gravé dans son âme. - S. Jér. A l’exemple de Joseph qui s’échappa des mains d’une femme impudique (Gn 39), en lui abandonnant son manteau, celui qui veut se dérober aux mains des méchants, doit renoncer intérieurement à toutes les choses du monde, et fuir à la suite de Jésus. - Théophyl. Il est vraisemblable que ce jeune homme faisait partie de la maison où ils avaient mangé la pâque. Quelques-uns prétendent que c’était Jacques, frère du Seigneur, surnommé le juste, et qui, après l’ascension de Jésus-Christ, fut établi par les Apôtres évêque de Jérusalem. - S. Grég. (Moral., 14, 23). Ou bien ce jeune homme était saint Jean, qui revint en effet au pied de la croix pour y entendre les paroles du Sauveur, mais qui s’était d’abord enfui dans un premier mouvement de crainte. - Bède. En effet, il était jeune alors, comme le prouve la longue vie qu’il vécut sur la terre, après la mort de Jésus. On peut donc très-bien supposer qu’il s’échappa pour un moment des mains de ceux qui le tenaient, et qu’il revint ensuite après avoir repris son vêtement, et qu’à la lumière douteuse de la nuit, il se mêla à la troupe de ceux qui emmenaient Notre-Seigneur, comme s’il en eût fait partie lui-même jusqu’à ce qu’on fût arrivé dans la cour du grand-prêtre, comme il le raconte lui-même dans son Évangile. Pierre, qui lave dans les larmes de la pénitence la faute de son renoncement, enseigne à ceux qui ont faibli dans l’épreuve du martyre, comment ils doivent se relever ; ainsi les autres disciples qui s’enfuirent au moment de l’arrestation de leur divin Maître, apprennent à ceux qui ne se sentent pas assez forts pour affronter les supplices, à chercher prudemment leur salut dans la fuite.
Mc 14, 53-60
La Glose. L’Évangéliste vient de nous rapporter comment Jésus fut arrêté par les serviteurs des princes des prêtres, il va maintenant nous raconter sa condamnation à mort dans la maison du grand-prêtre. « Et ils amenèrent Jésus au grand-prêtre ». - Bède. Ce grand-prêtre était Caïphe qui, au témoignage de l’Évangéliste saint Jean, était grand-prêtre pour cette année, fait confirmé par l’historien Josèphe, qui atteste qu’il avait acheté le pontificat à prix d’argent du gouverneur romain.
« Où s’assemblèrent tous les princes des prêtres, les scribes et les anciens ». - S. Jér. C’est alors qu’eut vraiment lieu cette assemblée de taureaux au milieu des vaches des peuples (Ps 68) « Pierre le suivit de loin ». C’est qu’en effet la crainte éloigne, tandis que la charité entraîne. - Bède. L’Évangéliste fait remarquer avec raison que Pierre suivait le Sauveur de loin, lui qui allait bientôt le renier, car jamais il n’en serait venu à cette extrémité, s’il s’était toujours tenu près de son divin Maître.
« S’étant assis auprès du feu avec les serviteurs, il se chauffait ». - S. Jér. Il se chauffe avec les gens du grand-prêtre au foyer allumé dans la cour. Cette cour du grand-prêtre, c’est le monde que l’on peut comparer à un cercle ; les serviteurs sont les démons, dans la compagnie desquels il est impossible de pleurer ses péchés ; le feu, ce sont les désirs de la chair. - Bède. Il y a un autre feu, celui de la charité dont Jésus a dit : « Je suis venu apporter le feu sur la terre » (Lc 12), et qui en descendant sur les fidèles, leur a enseigné à louer Dieu dans les langues si variées qu’ils parlaient. Il y a aussi le feu de la cupidité, dont le prophète a dit : « Ils sont tous adultères, leur cœur est semblable à un four où on a porté la flamme ». (Os 7) Ce feu que le souffle du malin esprit avait allumé dans la cour de Caïphe, excitait la langue de ces hommes perfides à nier et à blasphémer le Seigneur. Ce feu allumé dans la cour, au milieu du froid de la nuit, était la figure de ce que cette assemblée perverse accomplissait dans l’intérieur de la maison, l’iniquité abondait, la charité d’un grand nombre se refroidissait (Mt 24). Saisi pour un moment par le froid, Pierre cherchait à se chauffer au foyer des serviteurs du grand-prêtre, c’est-à-dire qu’il cherchait un soulagement purement extérieur dans la société des méchants.
« Cependant les princes des prêtres, et tout le conseil cherchait des dépositions », etc. - Théophyl. La loi ordonnait qu’il n’y eût jamais qu’un seul grand-prêtre, et il y en avait alors plusieurs, et chaque année le proconsul romain en nommait un nouveau pour remplacer le précédent. Ils ont recours à un simulacre de justice qui devient pour eux le titre même de leur condamnation, et ils cherchent des témoignages qui donnent à la condamnation et à la mort de Jésus une apparence de justice. - S. Jér. Mais l’iniquité s’est menti à elle-même (Ps 26), comme cette princesse qui accusa Joseph (Gn 20), comme les prêtres qui déposèrent contre Suzanne. (Da 13) Or le feu, faute d’être alimenté, s’éteint, « Et ils n’en trouvaient point, continue l’Évangéliste, car plusieurs déposaient faussement contre lui », etc. ; en effet, ce qui manque d’uniformité, manque par là même de certitude, « Quelques-uns se levèrent et portèrent contre lui un faux témoignage en ces termes ». C’est la coutume des hérétiques de tirer l’ombre de la vérité elle-même. Jésus n’a point dit ce qu’ils lui attribuent, mais il a dit quelque chose d’approchant en parlant du temple de son corps qu’il devait ressusciter deux jours après sa mort. - Théophyl. En effet, le Seigneur n’avait pas dit : Je le détruirai, mais : « Détruisez-le » ; il n’a point parlé du temple fait de main d’homme, il a dit simplement : « Détruisez ce temple ». - S. Jér. En ajoutant : « Je le ressusciterai », c’était désigner un être vivant, un temple animé. Or, on est faux témoin quand on rapporte les choses dans un sens différent de celui où elles ont été dites.
Mc 14, 61-65
Bède. Plus Jésus se tait devant ces faux témoins et devant ces prêtres qui ne méritent pas qu’il leur réponde, et plus le grand-prêtre dominé par la fureur, le presse de répondre afin de trouver à tout prix dans ses paroles un sujet d’accusation. « Alors le grand-prêtre se levant au milieu de l’assemblée », etc. Ce prince des prêtres, dont l’impatience égale la colère, irrité de ne trouver aucun chef d’accusation, se lève de son siège pour faire éclater par les mouvements de son corps la rage de son cœur. - S. Jér. Mais le Dieu Sauveur qui a sauvé le monde et si puissamment secouru le genre humain par sa bonté, se laisse conduire sans dire un mot, comme une brebis que l’on conduit à la boucherie (Is 53,7 Ac 8,22). « Il se tient en silence et ne dit pas le bien qu’il pouvait répondre » (Ps 37,3). « Mais Jésus se taisait et ne répondait rien ». Le silence de Jésus expie la défense, c’est-à-dire l’excuse coupable d’Adam. - Théophyl. Il se taisait, parce qu’il savait bien qu’ils ne tiendraient aucun compte de ses paroles ; c’est l’observation qu’il leur fait d’après le récit de saint Luc : « Si je vous le dis, vous ne me croirez point ». - « Le grand-prêtre l’interrogea de nouveau et lui dit : Etes-vous le Christ, le Fils du Dieu béni ? »Le grand-prêtre lui fait cette question, non pour s’instruire et croire, mais pour saisir dans la réponse du Sauveur matière à condamnation. Il lui demande : « Etes-vous le Christ, le Fils du Dieu béni ? » Il y avait beaucoup de christs, c’est-à-dire de personnes qui avaient reçu l’onction, comme les rois et les grands-prêtres, mais aucun d’eux n’était appelé : « Le Fils du Dieu béni », du Dieu loué à jamais.
S. Jér. Ils attendaient pour un avenir éloigné celui qu’ils ne voyaient point si près d’eux ; de même qu’Isaac, dont les yeux obscurcis ne reconnaissaient point Jacob, que ses mains touchaient (Gn 27,23), tout en lui annonçant pour l’avenir de magnifiques destinées : « Jésus lui répondit : Je le suis », afin de leur ôter toute excuse. - Théophyl. Il savait très-bien qu’ils ne croiraient pas en lui ; cependant il répond pour ne point leur donner lieu de dire : « S’il nous avait parlé, nous aurions cru en lui ». Or ce qui les condamne ouvertement, c’est qu’ils l’ont entendu et qu’ils n’ont pas cru en lui. - S. Aug. (De l’acc. des Evang., 3, 6-7). Suivant saint Matthieu, Jésus ne répondit point : Je le suis, mais : « Vous l’avez dit ». Saint Marc, en adoptant la première version : « Je le suis », fait voir qu’elle a le même sens que cette autre : « Vous l’avez dit ».
« Et vous verrez un jour le Fils de l’homme assis à la droite de la Majesté divine, et venant sur les nuées du ciel ». - Théophyl. C’est-à-dire, vous me verrez comme le Fils de l’homme assis à la droite du Père, car ici la puissance signifie le Père. Or le Fils de l’homme ne viendra point sans son corps, mais il apparaîtra au jour du jugement tel qu’il est apparu à ceux qui l’ont crucifié. Si donc, qui que vous soyez, païen, juif ou hérétique, le mépris, l’infirmité et la croix vous paraissent outrageantes pour le Sauveur, rappelez-vous que c’est par là que le Fils de l’homme s’est élevé jusqu’à la droite du Père, et qu’il redescendra dans sa Majesté sur les nuées du ciel. - S. Jér. Le grand-prêtre lui demande s’il est le Fils de Dieu ; Jésus répond qu’il est le Fils de l’homme, pour nous faire comprendre que le Fils de Dieu et le Fils de l’homme sont une seule et même personne, et afin que nous ne soyons pas tentés de faire de la Trinité une quaternité, mais que nous admettions que l’homme est en Dieu et Dieu en l’homme, Jésus dit : « Assis à la droite de la puissance », c’est-à-dire, régnant au sein d’une vie éternelle et d’une puissance toute divine : « Et venant sur les nuées au ciel » il est monté au ciel sur une nuée, il en redescendra sur une nuée, c’est-à-dire, qu’il est monté au ciel revêtu de ce corps qu’il avait pris dans le sein de la Vierge, et qu’il viendra juger le monde avec l’Eglise, qui est son corps, sa plénitude, et qui est si variée dans ses membres.
S. Léon. (serm. 6 sur la Pass). Caïphe, pour faire éclater l’envie que lui inspirent les paroles qu’il vient d’entendre, déchire ses vêtements, et sans savoir ce que signifie cet acte de folie, il se dépouille de l’honneur du sacerdoce, oubliant ce précepte de la loi au grand-prêtre : « Il n’ôtera point la tiare de son front et il ne déchirera point ses vêtements ». (Lv 21,10) « Aussitôt le grand-prêtre, déchirant ses vêtements, leur dit : Qu’avons-nous encore besoin de témoins ? Vous avez entendu le blasphème », etc. - Théophyl. Le grand-prêtre se conforme ici à l’usage des Juifs qui déchiraient leurs vêtements dans toutes les afflictions et les malheurs qui venaient fondre sur eux. C’est donc pour faire ressortir l’énormité du blasphème qu’il attribue à Jésus-Christ que le grand-prêtre déchire ses vêtements.
Bède. Mais c’est par l’effet d’un dessein mystérieux et plus profond que dans la passion du Seigneur, ce grand-prêtre des Juifs déchire ses vêtements, c’est-à-dire l’Ephod (Jg 7,5 Ex 25,7 1S 2,28), tandis que la tunique du Seigneur ne put être partagée par les soldats mêmes qui le crucifièrent. C’était une figure que le sacerdoce des Juifs allait être détruit en punition des crimes des prêtres eux-mêmes, tandis que l’Eglise, souvent appelée la robe du Sauveur, résisterait à tous les efforts que l’on ferait pour la déchirer.
Théophyl. La raison pour laquelle le sacerdoce des Juifs fut retranché et détruit, c’est la condamnation à mort de Jésus-Christ : « Ils le jugèrent tous digne de mort », dit l’Évangéliste. - S. Jér. Ils le condamnent à mort comme un criminel, afin que par cette condamnation il pût expier nos propres crimes, « Alors quelques-uns commencèrent par lui cracher au visage ». Par ces crachats qui couvrent sa face adorable, il lave la face intérieure de notre âme ; le voile qu’ils jettent sur son visage fait disparaître le voile qui couvrait nos cœurs ; les soufflets qu’ils déchargent sur sa tête, guérissent la tête du genre humain, c’est-à-dire Adam ; les soufflets que leurs mains appliquent sur ses joues, nous méritent de pouvoir le louer des mains et des lèvres, selon la prédiction du Roi-prophète : « Nations, frappez toutes des mains » (Ps 46) - Bède. En lui disant : « Prophétise qui t’a frappé » ; ils veulent outrager en lui la qualité de prophète qu’il s’est donnée aux yeux du peuple. - S. Aug. (De l’acc. des Evang., 3, 6). Or, Notre-Seigneur a souffert tous ces outrages jusqu’au matin dans la maison du grand-prêtre où il fut conduit tout d’abord.
Mc 14, 66-72
S. Aug. (De l’acc. des Evang., 3, 6). Tous les Évangélistes ne racontent pas dans le même ordre la tentation et la chute de Pierre qui eut lieu pendant que Jésus était en butte à ces indignes outrages. Saint Luc la place en tête du récit des outrages faits au Sauveur ; saint Jean commence par la chute de Pierre, entre dans le détail de quelques-uns de ces outrages, ajoute que Jésus fut ensuite envoyé au grand-prêtre Caïphe, puis il récapitule pour l’expliquer, la tentation et le renoncement de Pierre. Saint Matthieu et saint Marc racontent d’abord la scène des outrages et puis ensuite la chute de Pierre : « Pendant que Pierre était au bas, dans la cour, une des servantes du grand-prêtre », etc. - Bède. Mais pourquoi Pierre est-il tout d’abord aperçu et découvert par une femme, alors qu’il y avait là un grand nombre d’hommes qui auraient dû bien plutôt le reconnaître ? C’était pour montrer la part que prenait à la mort du Seigneur ce sexe qui devait aussi être racheté par sa passion.
« Mais il le nia en disant : Je ne le connais point et je ne sais point ce que vous dites », etc. - S. Jér. Pierre, avant d’avoir reçu l’Esprit saint, faillit à la voix d’une servante, mais après l’avoir reçu, il résiste courageusement aux rois et aux princes. - Théophyl. C’est par un dessein providentiel que Dieu permit cette chute, afin que Pierre ne fût point tenté de s’enorgueillir, et aussi pour lui inspirer une grande compassion pour les pécheurs, instruit qu’il était par lui-même de la faiblesse humaine.
« Et comme il sortait dehors, dans le vestibule, le coq chanta », etc. - Bède. Les autres Évangélistes passent sous silence ce premier chant du coq, mais sans contester ce fait ; c’est ainsi qu’il est un grand nombre de faits omis par les uns et racontés par les autres.
« Et lorsqu’elle l’eut aperçu de nouveau », etc. - S. Aug. (De l’acc. des Evang., 3, 6). Cette servante n’est pas la même, mais elle est différente de la première, comme le dit expressément saint Matthieu. On peut aussi admettre qu’avant le second renoncement, Pierre fut interpellé par deux personnes, par la servante dont parlent saint Matthieu et saint Marc, et par une autre dont parle saint Luc : « Mais il le nia pour la seconde fois ». Pierre était revenu dans la cour, comme le raconte saint Jean, près du foyer où il allait renoncer son maître pour la seconde fois. Or la servante faisait cette remarque, non pas à lui, mais à ceux qui étaient restés pendant qu’il sortait, de manière cependant à être entendue de Pierre, qui revient alors près du foyer et dément leurs assertions en reniant de nouveau le Sauveur. En effet, en comparant entre eux le récit de tous les Évangélistes, on arrive à cette conclusion certaine, que ce n’est pas devant la porte que Pierre renia Jésus pour la seconde fois, mais dans l’intérieur de la cour et près du foyer. Saint Matthieu et saint Marc, qui rapportent que Pierre sortit dehors, ont passé sous silence, pour abréger, qu’il était rentré dans l’intérieur de la cour.
Bède. Le renoncement de Pierre nous apprend qu’on ne renie pas seulement Jésus-Christ, en soutenant qu’il n’est pas le Christ, mais en niant qu’on soit chrétien, lorsqu’on l’est en réalité. En effet, Notre-Seigneur ne dit pas à Pierre : Vous nierez que vous soyez mon disciple, mais vous me renierez. Il a donc renié Jésus-Christ, lorsqu’il a nié qu’il fût son disciple : « Et peu de temps après, ceux qui étaient présents dirent encore à Pierre : Assurément, vous êtes-de ces gens-là, car vous êtes Galiléen » ; etc. Ce n’est pas que la langue que l’on parlait en Galilée, fût différente de celle que l’on parlait à Jérusalem, puisque de part et d’autre c’était la langue hébraïque ; mais chaque province, chaque contrée avait son dialecte, ses locutions et son accent particulier dont on ne peut jamais se dépouiller.
Théophyl. Pierre saisi, épouvanté de frayeur, oublie les paroles du Seigneur : « Celui qui m’aura confessé devant les hommes, je le confesserai aussi devant mon Père », renie son divin Maître : « Il se mit alors à dire avec imprécation et avec serment », etc. - Bède. Que la société des méchants est funeste ! Pierre, au milieu de ces gens sans foi, nie qu’il connaisse comme homme celui qu’il avait hautement reconnu comme Dieu au milieu des disciples. L’Ecriture sainte détermine souvent le mérite des différentes actions par le temps où elles se sont accomplies. Ainsi Pierre, qui renia le Seigneur au milieu de la nuit, se repentit au chant du coq : « Et aussitôt le coq chanta », etc. - Théophyl. Les larmes de Pierre renouèrent les liens qui l’attachaient au Sauveur. Cet exemple condamne et confond les novatiens, qui prétendent que celui qui pèche après avoir reçu le baptême ne peut être admis à l’espérance du pardon. Voici Pierre qui avait reçu le corps et le sang de Jésus-Christ, et à qui cependant la grâce du repentir est accordée. Les faiblesses des saints ont été écrites pour nous apprendre que si nous venons à tomber par défaut de vigilance, nous devons nous rappeler leur exemple, et mettre toute notre espérance dans la miséricorde de Dieu.
S. Jér. Dans le sens allégorique, la première servante, c’est l’état d’une âme qui chancelle ; la seconde, c’est le consentement ; la troisième personne, c’est l’acte même du crime. C’est ce triple renoncement que le souvenir des paroles de Jésus lave dans les larmes de la pénitence. Le coq nous fait entendre sa voix, lorsqu’un prédicateur excite nos cœurs à la componction et au repentir. Nous commençons à pleurer, lorsqu’une étincelle de la parole vient embraser notre cœur, et nous sortons dehors, lorsque nous rejetons hors de notre âme toutes nos anciennes habitudes.
Mc 15, 1-5
Bède. Les Juifs avaient coutume de livrer au juge, chargé de chaînes, celui qu’ils avaient condamné à mort ; voilà pourquoi après avoir raconté la condamnation du Christ, l’Évangéliste ajoute : « Dès le matin, les princes des prêtres lièrent Jésus », etc. Remarquons cependant que ce ne fut pas la première fois qu’ils le lièrent ; aussitôt qu’ils se furent saisis de lui la nuit, dans le jardin, ils le garrottèrent. - Théophyl. Ils livrèrent Jésus aux Romains, mais ils furent eux-mêmes livrés à ces mêmes Romains, pour accomplir cette parole des Écritures (Is 3,11) : « Rendez-leur selon les œuvres de leurs mains » (Ps 27)
« Pilate l’interrogea », etc. - Bède. Pilate ne l’interroge que sur ce seul chef d’accusation, s’il est le roi des Juifs ; preuve évidente de l’impiété des Juifs qui n’ont même pas pu trouver de faux prétextes pour faire condamner le Sauveur, « Jésus leur répondit : Vous le dites ». Notre-Seigneur répond de la sorte dans l’intérêt de la vérité, et de manière que ses paroles ne pussent donner prise à aucune accusation calomnieuse. - Théophyl. Sa réponse, en effet, est douteuse, car ces paroles : « Vous le dites », peuvent s’entendre de la sorte : C’est vous qui le dites, ce n’est pas moi. Remarquez aussi que Jésus répond en partie à Pilate qui le condamne malgré lui, et qu’il ne dit rien aux prêtres et aux chefs du peuple, parce qu’il les juge indignes de sa réponse.
« Et ils formaient diverses accusations contre lui ». - S. Aug. (de l’accord des Evang,, 3, 8). Saint Luc raconte les crimes supposés dont ils l’accusèrent : « Ils commencèrent à l’accuser en disant : Nous avons trouvé cet homme pervertissant notre nation, et défendant de payer le tribut à César, et se donnant le nom de Christ roi ».
« Pilate l’interrogea de nouveau et lui dit : Vous ne répondez rien, voyez de combien de choses ils vous accusent ». - Bède. C’est un païen qui condamne Jésus, mais il fait remonter la condamnation au peuple juif, « Mais Jésus ne répondit plus rien, de sorte que Pilate en était tout étonné », Le Sauveur ne voulut rien répondre, car en se justifiant de ces fausses accusations, le gouverneur l’eût renvoyé, et les fruits immenses de la croix eussent été différés.
Théophyl. Ce que Pilate admirait, c’est que Jésus, docteur de la loi, dont l’éloquence pouvait d’un seul mot mettre à néant les accusations de ses ennemis, ne répondait rien, mais supportait courageusement leurs calomnies.
Mc 15, 6-15
Bède. Pilate offrit aux Juifs plusieurs moyens de délivrer le Sauveur, d’abord, en mettant un scélérat en regard du juste : « Or, chaque année il avait coutume de leur accorder la délivrance d’un des prisonniers », etc. - La Glose. Cette coutume avait pour but de gagner les bonnes grâces du peuple, surtout à l’occasion de cette grande fête où les Juifs affluaient à Jérusalem de toutes les parties de la Judée. Or, pour mettre dans un plus grand jour ce qu’avait de monstrueux le choix que firent les Juifs, l’Évangéliste nous fait connaître l’énormité du crime commis par ce voleur que les Juifs préférèrent à Jésus-Christ, « Et il y en avait un alors nommé Barrabas, qui avait commis un meurtre dans une sédition ». La gravité de ce crime ressort de la nature même du forfait, il avait commis un homicide ; de la manière de le commettre, c’était au moyen d’une sédition qui avait agité toute la ville ; enfin c’était un crime de notoriété publique, puisqu’on l’avait mis en prison avec les séditieux.
« Le peuple étant donc venu devant le prétoire lui demanda », etc. - S. Aug. (de l’accord des Evang., 3, 8). Que saint Matthieu passe sous silence ce que saint Marc rapporte ici que ce furent les Juifs qui vinrent faire cette demande à Pilate, cela ne peut faire aucune difficulté ; peu importe, en effet, qu’une circonstance racontée par un Évangéliste soit omise par un autre. « Pilate leur répondit : Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs ? » Quelles sont les paroles dont s’est servi Pilate, ou celles que lui prête saint Matthieu ou celles que rapporte ici saint Marc ? Il y a, en effet, une différence entre ce que dit saint Matthieu : « Lequel des deux voulez-vous que je vous délivre, Barrabas, ou Jésus qu’on appelle Christ ? » et ce que nous lisons ici dans saint Marc : « Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs ? » Je réponds que les Juifs appelaient leurs rois christs (1R 2,10), et que celui qui s’est servi de l’un de ces deux termes a voulu évidemment leur demander s’ils voulaient qu’on leur délivrât le roi des Juifs, c’est-à-dire le Christ. Peu importe donc que saint Marc ne dise rien ici de Barrabas, et s’attache exclusivement à ce qui concerne le Sauveur, la réponse des Juifs que cet Évangéliste rapporte, montre clairement celui dont ils demandaient la délivrance : « Les prêtres excitèrent le peuple à demander qu’il leur délivrât plutôt Barrabas ». - Bède. Jusqu’à ce jour, cette demande qu’ils ont faite avec des instances si pressantes s’est comme attachée à eux. Pour avoir préféré, en vertu du choix qui leur était laissé, à Jésus un voleur, au Sauveur un assassin, ils ont justement perdu le salut et la vie ; ils se sont comme dévoués aux brigandages et aux séditions, et ils ont fini par perdre leur patrie et leur royaume qu’ils avaient aimés plus que Jésus-Christ, sans qu’ils aient jamais pu recouvrer la liberté du corps et de l’âme.
Pilate leur offre encore une autre occasion de délivrer le Sauveur. « Pilate leur dit encore : Que voulez-vous donc que je fasse du roi des Juifs ? » - S. Aug. (de l’accord des Evang., 3, 8). On voit ici clairement qu’en appelant Jésus roi des Juifs, saint Marc veut dire la même chose que saint Matthieu, d’après lequel Pilate lui donne le nom de Christ ; car les seuls rois des Juifs portaient le nom de christs. En effet, saint Matthieu, dans l’endroit correspondant, fait dire à Pilate : « Que voulez-vous que je fasse de Jésus qu’on appelle Christ ? »
« Mais ils crièrent de nouveau, et lui dirent : Crucifiez-le ». - Théophyl. Considérez tout à la fois la méchanceté des Juifs et le bon naturel de Pilate, bien qu’il soit coupable de n’avoir point résisté aux injustes exigences du peuple. Ils lui crient : « Crucifiez-le », et Pilate pousse la modération jusqu’à essayer de nouveau d’arracher Jésus à ce jugement inique, « Pilate leur dit : Mais quel mal a-t-il fait ? » Il voulait chercher dans l’innocence du Sauveur un motif pour le délivrer. - Bède. Mais les Juifs, tout entiers à leur fureur insensée, ne répondent même pas à la question du gouverneur, « Et eux criaient encore plus fort : Crucifiez-le ! » accomplissant ainsi cette prophétie de Jérémie : « Mon héritage est devenu pour moi comme le lion dans la forêt, il a élevé sa voix contre moi ». (Jr 12,9).
« Enfin Pilate, voulant complaire au peuple, leur délivra Barrabas, et après que Jésus eut été battu de verges, il le leur livra pour être crucifié ». - Théophyl. Il voulait complaire au peuple, c’est-à-dire faire sa volonté, plutôt que ce que demandaient de lui Dieu et la justice. - S. Jér. Nous voyons ici les deux boucs, l’un mis en liberté et appelé le bouc émissaire est renvoyé dans le désert, couvert des péchés du peuple ; l’autre est immolé comme un agneau pour les péchés de ceux qui recouvrent la liberté. La portion qui appartient au Seigneur est toujours immolée ; celle du démon, qui est leur maître (c’est le sens du mot Barrabas), se précipite dans l’enfer avec une fureur aveugle. - Bède. C’est par les ordres de Pilate seul que Jésus fut flagellé ; saint Jean le dit en termes exprès : « Alors Pilate prit Jésus, et le fit battre de verges » (Jn 19,1). Son dessein en cela était que les Juifs, rassasiés des souffrances et des opprobres de Jésus, cessassent d’avoir soif de son sang et de sa mort.
Mc 15, 16-20
Théophyl. La misérable vanité des soldats qui mettent leur joie dans les opprobres sans mesure dont ils chargent le Sauveur, fait voir ici tout ce dont elle est capable : « Alors les soldats, l’ayant amené dans la salle du prétoire, le revêtirent d’un manteau d’écarlate », etc. - Bède. Comme on l’avait appelé roi des Juifs, et que les scribes et les princes des prêtres lui avaient fait un crime d’avoir voulu s’emparer du pouvoir sur le peuple d’Israël, les soldats font de cette ambition prétendue l’objet de leurs dérisions, ils le dépouillent de ses vêtements ordinaires pour le revêtir de la pourpre, vêtement distinctif des anciens rois. - S. Aug. (De l’acc. Des Evang., 3, 4). Il n’y a aucune contradiction entre saint Matthieu, d’après lequel : « Ils le revêtirent d’un manteau d’écarlate », et saint Marc qui rapporte qu’ils le revêtirent de pourpre ». Les soldats lui jetèrent sur les épaules ce manteau d’écarlate comme une pourpre dérisoire ; et d’ailleurs il est une espèce de pourpre fort semblable à l’écarlate. On peut encore dire que saint Marc parle de pourpre, parce que ce manteau d’écarlate avait une garniture de pourpre (cf. Mt 27,28). - Bède. Pour diadème, ils lui placent sur la tête une couronne d’épines. « Et ils lui mirent sur la tête une couronne d’épines entrelacées », etc. Pour sceptre royal, ils lui donnent un roseau, suivant le récit de saint Matthieu, et ils se prosternent devant lui comme devant leur roi : « Et ils commencèrent à le saluer », etc. Ils ne lui rendaient ces honneurs que pour se moquer de lui, parce qu’il avait voulu faussement se faire passer pour Dieu ; comme le prouvent les paroles suivantes : « Ils lui frappaient la tête avec un roseau ». - S. Jér. Ce sont les opprobres du Sauveur qui nous ont délivrés de nos opprobres ; ses liens ont brisé nos chaînes ; la couronne d’épines qui a ceint son front, nous a mérité le diadème du royaume (Is 53,3), et nous avons été guéris par ses blessures.
S. Aug. (de l’accord des Evang., 3, 9). Il paraît certain que saint Matthieu et saint Marc rapportent ces faits par récapitulation, et non pas comme s’étant passé, lorsque Pilate livra Jésus aux Juifs pour être crucifié, car d’après saint Jean, ils eurent lieu dans la demeure même de Pilate. Quant à cette dernière circonstance : « Et après s’être ainsi joués de lui », etc., il faut la rapporter au moment où ils emmenaient Jésus pour être crucifié.
S. Jér. Dans le sens mystique, Jésus est dépouillé de ses vêtements, c’est-à-dire des Juifs ; il est revêtu de pourpre, c’est-à-dire de l’Eglise formée des Gentils, qu’il a comme recueillie sur les rochers de la mer. Il se dépouille de cette Eglise à la fin du monde à cause de ses scandales, et il se revêt de nouveau du peuple juif ; car « lorsque la plénitude des nations sera entrée, tout Israël sera sauvé ». (Rm 11) - Bède. Ou bien cette pourpre dont le Seigneur est revêtu, c’est sa chair qu’il a exposée aux souffrances, et la couronne d’épines qu’il porte sur sa tête, nos péchés qu’il a pris sur lui. - Théophyl. Revêtons-nous nous-mêmes de cette pourpre royale, car nous devons marcher comme des rois, foulant aux pieds les serpents et les scorpions (Lc 10,19), et triomphant du péché. Car nous sommes appelés chrétiens, c’est-à-dire consacrés par l’onction, comme les rois qui portaient ce même nom. Prenons donc la couronne d’épines, c’est-à-dire hâtons-nous de nous couronner de mortification, d’abstinence, de pureté.
Bède. Ceux-là frappent la tête de Jésus-Christ qui nient qu’il soit le vrai Dieu. Et comme c’est avec un roseau qu’on transcrit ordinairement la sainte Ecriture ; frapper avec un roseau la tête de Jésus-Christ, c’est nier la divinité de Jésus-Christ en s’efforçant d’appuyer son erreur sur l’autorité des saintes Lettres. On crache à la face du Sauveur lorsqu’on rejette la présence de sa grâce par des paroles d’imprécation. Il en est encore aujourd’hui qui adorent Jésus-Christ comme le vrai Dieu dans les sentiments d’une foi certaine, mais qui, par leur vie criminelle, méprisent ses paroles comme dépourvues de vérité, et préfèrent à ses promesses les charmes séducteurs de cette vie. Remarquons d’ailleurs que les soldats agissent ici sans savoir ce qu’ils font, comme Caïphe qui avait prononcé ces paroles, sans en comprendre le sens. « Il faut qu’un homme meure pour le peuple » (Jn 11).
Mc 15, 21-28
La Glose. Après la condamnation de Jésus-Christ, et les outrages faits à ce divin condamné, l’Évangéliste en vient au récit de son crucifiement : « Et ils l’emmenèrent pour le crucifier ». - S. Jér. C’est Abel qui est conduit dans les champs par son frère pour y être mis à mort (Gn 4) ; c’est Isaac portant le bois du sacrifice avec Abraham qui trouve le bélier pris dans un buisson (Gn 22) ; c’est encore Joseph avec la gerbe qu’il vit en songe, et sa tunique teinte de sang (Gn 38) ; c’est Moïse avec sa verge (Ex 7), et le serpent suspendu à un arbre (Nb 21) ; c’est là cette grappe de raisin portée sur un bâton (Nb 13) ; c’est Elisée cherchant le fer de sa cognée tombée dans l’eau, et qui nagea sur l’eau vers le bois (2R 6), figure du genre humain, que le fruit défendu d’un arbre précipita dans l’abîme, mais que le bois de la croix de Jésus-Christ et le baptême de l’eau firent remonter et nager vers le paradis ; c’est enfin Jonas jeté par le sort hors du vaisseau dans la mer, et qui resta trois jours dans le sein de la baleine. (Jon 3)
« Et ils contraignirent un homme, nommé Simon, de porter sa croix », etc. - Théophyl. Saint Jean dit que Jésus portait sa croix, l’un et l’autre sont vrais, Jésus porta d’abord lui-même sa croix jusqu’à ce que les Juifs contraignirent cet homme, qui passait, de la porter avec lui. L’Évangéliste fait connaître le nom des enfants de cet homme pour donner à son récit une marque plus authentique de crédibilité ; car cet homme vivait encore et pouvait affirmer lui-même toutes les circonstances du crucifiement. - S. Jér. Les uns doivent leur renommée aux mérites de leurs parents, les autres aux vertus de leurs enfants. Ce Simon, que les Juifs forcent de porter la croix, semble tirer son illustration de ses enfants qui étaient les disciples de Jésus-Christ. Nous apprenons de là que la sagesse, que les vertus des enfants peuvent être dans cette vie un puissant auxiliaire pour les parents eux-mêmes. C’est ainsi que les mérites des patriarches, des prophètes et des Apôtres ne cessent d’être un titre de gloire pour le peuple juif. Simon qui porte forcément la croix de Jésus, est la figure de celui qui travaille pour la gloire humaine ; les hommes le contraignent de faire ce que ni la crainte ni l’amour de Dieu n’auraient pu obtenir de lui. - Bède. Ou bien encore, ce Simon qui n’est pas de Jérusalem, mais de Cyrène, ville de Lybie, figure le peuple des Gentils qui autrefois étaient complètement étrangers aux alliances, et qui maintenant par leur obéissance sont devenus les héritiers de Dieu et les cohéritiers de Jésus-Christ (Ep 2,12). Il est à remarquer, en effet, que Simon veut dire obéissant et Cyrène héritier. Il revient de sa maison des champs, en grec ðÜãïò, d’ou vient le mot paganus, païen que nous donnons à ceux qui sont étrangers à la cité de Dieu. Simon qui sort de sa maison des champs pour porter la croix après Jésus, est donc le peuple des nations ou des Gentils, qui abandonne les superstitions du paganisme pour s’attacher fidèlement à suivre les traces de la passion du Sauveur, « Et ils le conduisirent jusqu’au lieu appelé Golgotha », etc. En dehors de la ville et au-delà des portes se trouve le lieu où l’on tranche la tête aux condamnés, et c’est delà que lui est venu le nom de Calvaire, ou lieu des décapités. Or, Jésus fut crucifié en ce lieu, pour ériger l’étendard du martyre dans l’endroit même où les condamnés souffraient le dernier supplice. - S. Jér. Suivant une tradition des Juifs, c’est sur cette montagne qu’Abraham immola un bélier à la place de son fils Isaac ; et c’est là aussi que Jésus est comme dépouillé de sa chair, c’est-à-dire séparé de la Judée toute charnelle.
« Et ils lui donnèrent à boire du vin mêlé avec de la myrrhe ». - S. Aug. (de l’acc. des Evang., 3, 11). Saint Matthieu exprime la même pensée en disant : « Du vin mêlé avec du fiel ». Il s’est servi du mot fiel pour signifier l’amertume de ce vin, car le vin mêlé à la myrrhe est fort amer. Il n’est pas impossible, non plus que ce soient le fiel et la myrrhe réunis qui rendirent ce vin fort amer. - Théophyl. Ou bien encore, au milieu de ce désordre et de cette confusion, on apportait une chose pour une autre, les uns du vinaigre et du fiel, les autres du vin avec de la myrrhe. - S. Jér. Ou bien ce vin mêlé avec de la myrrhe est du vinaigre ; et c’est en goûtant ce vin que le Sauveur détruit le suc du fruit qui a donné la mort. - Bède. C’est la vigne amère qui produit le vin amer, dont le Seigneur est abreuvé, pour accomplir cette prophétie : « Ils ont mêlé le fiel à ma nourriture, ils m’ont présenté du vinaigre pour étancher ma soif » (Ps 68) - S. Aug. (de l’acc., des Evang., 3, 11) L’Évangéliste ajoute : « Et il n’en prit point », c’est-à-dire il n’en prit point pour boire, il en goûta seulement, comme le rapporte saint Matthieu, et cette expression : « Il ne voulut point le boire », est la même que celle de saint Marc : « Et il n’en prit point », excepté que ce dernier passe sous silence que le Seigneur en a goûté. - S. Jér. Il n’a point pris non plus ce qui était la cause de ses souffrances, ce qui lui fait dire par la bouche du Roi-prophète : « Je payais alors ce que je n’avais pas pris » (Ps 68)
« Et après l’avoir crucifié », etc. - S. Jér. L’arbre de la croix est pour nous la figure du salut. Le premier arbre fut celui de la science du bien et du mal ; le second est exclusivement l’arbre du bien et de la vie. La main, en s’étendant vers le premier arbre, n’a saisi que la mort ; les mains étendues sur le second ont retrouvé la vie qui était perdue. C’est par la croix que Jésus-Christ nous a délivrés des supplices qui nous étaient dus ; c’est par sa mort qu’il a détruit notre mort. C’est sous la forme d’un serpent qu’il donne la mort à l’antique serpent, de même que c’est par la verge changée en serpent que les autres serpents ont été dévorés (Ex 5,12). Que nous représente aussi la forme de la croix, si ce n’est les quatre parties du monde ? L’Orient brille à son sommet, le Septentrion est figuré par la droite ; le Midi par la gauche ; l’Occident par la base fixée dans le sol ; ce que parait indiquer l’Apôtre dans ces paroles : « Afin que vous sachiez quelle est la hauteur, la largeur, la longueur et la profondeur ». (Ep 3) Lorsque les oiseaux prennent leur vol dans les airs, ils y dessinent la forme d’une croix ; l’homme, en nageant, imite la forme d’une croix pour se soutenir sur les eaux ; le vaisseau reçoit le souffle du vent dans l’antenne qui soutient les voiles, et présente la figure d’une croix ; la lettre T, par sa forme, est aussi l’emblème de la croix et du salut. (Ez 9) - Bède. On peut dire aussi que le bois transversal de la croix où les mains sont clouées, signifie la joie que produit l’espérance ; car les mains sont le symbole des œuvres, et cette largeur de la croix figure la joie qui accompagne les bonnes œuvres ; car la tristesse resserre le cœur. Le haut de la croix où la tête repose, représente l’attente de la récompense que nous réserve la justice sublime de Dieu. La longueur de la croix sur laquelle le reste du corps est étendu, figure la patience, et de là vient qu’on dit de ceux qui sont patients, qu’ils ont de la longanimité. La partie de la croix qui s’enfonce dans la terre est le symbole des profondeurs que renferme ce mystère. Tant que dure pour nos corps le devoir de détruire en eux le corps du péché (Rm 6), c’est pour nous le temps de la croix.
Théophyl. Les soldats jettent au sort ses vêtements, comme si c’étaient des vêtements royaux, nouvelle dérision ajoutée à tant d’autres ; car ces vêtements étaient pauvres et de peu de valeur. - La Glose. D’après saint Jean, qui raconte ce fait plus en détail, les soldats partagèrent en quatre parties, suivant leur nombre, les vêtements du Sauveur, et jetèrent au sort sa tunique sans couture et d’un seul tissu depuis le haut jusqu’en bas. - S. Jér. Les vêtements du Sauveur que les soldats païens se partagent, sont ses commandements, dont son corps, c’est-à-dire l’Eglise est comme enveloppée, et ils sont partagés entre quatre classes de fidèles, unis par une même foi ; les époux, ceux qui pratiquent la continence, les supérieurs et les simples fidèles. La tunique indivisible qui est la paix et l’unité leur est échue à tous par le sort.
« Or, il était la troisième heure du jour », etc. - S. Jer. Cette observation de saint Marc est on ne peut plus conforme à la vérité ; car à la sixième heure, les ténèbres se répandirent sur la terre, et il eût été impossible de faire aucune action. - S. Aug. (de raccord des Evang., 3, 13). Si ce fut à la sixième heure que Pilate, assis sur son tribunal, livra Jésus aux Juifs pour le crucifier, comme le rapporte saint Jean ; comment a-t-il pu être crucifié à la troisième heure, comme quelques-uns le concluent d’une fausse interprétation des paroles de saint Marc ? Examinons d’abord à quelle heure a pu avoir lieu le crucifiement, et nous verrons ensuite pourquoi saint Marc le place à la troisième heure. Il était environ la sixième heure lorsque Pilate, assis sur son tribunal, livra Jésus aux Juifs, comme nous l’avons dit. Or, la sixième heure n’était pas encore tout à fait arrivée ; c’était environ la sixième heure, c’est-à-dire que la cinquième était passée, et qu’une partie de la sixième était commencée. Ainsi la cinquième heure était écoulée, et la sixième commencée, lorsqu’eurent lieu les circonstances du crucifiement ; et aussitôt la sixième heure achevée, pendant que Jésus était attaché à la croix, les ténèbres se répandirent sur toute la terre. Examinons maintenant pourquoi saint Marc s’exprime ainsi : « Il était la troisième heure », etc. Il venait de dire : « Et ceux qui l’avaient crucifié partagèrent ses vêtements », et les autres Évangélistes rapportent également que ce fut après le crucifiement de Jésus, que ses bourreaux se partagèrent ses vêtements. Si saint Marc eut seulement voulu préciser l’heure où ces faits se passèrent, il lui suffisait de dire : « Il était la troisième heure ». Pourquoi donc ajoute-t-il : « Et ils le crucifièrent ? » Ne voulait-il point par une espèce de récapitulation nous indiquer ici, comme objet de nos recherches, une vérité cachée ; alors surtout que son Évangile devait être lu dans des temps où toute l’Eglise savait fort bien à quelle heure Jésus avait été attaché à la croix, ce qui permettait de dissiper sur ce point jusqu’à l’ombre de l’erreur, jusqu’à l’apparence du mensonge. Mais comme il savait parfaitement que ce ne furent pas les Juifs, mais les soldats, qui en réalité attachèrent Jésus-Christ à la croix, comme l’atteste saint Jean (Jn 19,23), il a voulu nous apprendre en termes couverts que les véritables auteurs du crucifiement furent ceux qui demandèrent à grands cris que le Sauveur fût crucifié, plutôt que ceux qui, par le devoir de leur état, ne firent qu’obéir aux ordres de leurs chefs. Ainsi donc, ce fut à la troisième heure que les Juifs demandèrent que Jésus fût crucifié, et eu réalité, ce crime fut dès lors moralement accompli. Or, pendant que Pilate s’efforçait de délivrer le Sauveur, et pendant le tumulte causé par les résistances des Juifs, il se passa un intervalle d’environ deux heures, et il était donc environ la sixième heure qui n’était pas encore écoulée lorsque se passèrent les événements renfermés entre le moment où il livra Jésus aux Juifs, jusqu’à celui où les ténèbres se répandirent sur la terre. Celui donc qui examinera ce passage sans aucun parti pris d’impiété, comprendra facilement que saint Marc a fait mention de la troisième heure dans l’endroit le plus opportun, c’est-à-dire au moment où les soldats crucifièrent Jésus. Afin donc qu’on fit retomber non pas sur les soldats, mais sur les Juifs la pensée d’un si grand crime, il écrit : « Or, il était la troisième heure, et ils le crucifièrent ». Il voulait que pour un lecteur attentif, les véritables auteurs du crucifiement fussent ceux qui l’avaient demandé à grands cris vers la troisième heure, plutôt que les soldats qui n’ont accompli le crime qu’à la sixième heure. - S. Aug. (Quest. sur le Nouv. et l’Anc. Test., chap. 65). Saint Marc a donc voulu nous faire entendre que la sentence qui condamnait Jésus à être crucifié, fut rendue à la troisième heure. En effet, tout homme condamné à mort, est regardé comme mort du moment où la sentence de mort lui a été signifiée. Il établit ainsi d’une manière évidente que ce n’est point précisément en vertu de la sentence du juge que Jésus a été crucifié ; car il serait difficile de prouver l’innocence de celui qui est l’objet d’une condamnation à mort. - S. Aug. (de l’acc. des Evang., 3, 13). Cependant il est des auteurs qui dans ces paroles de saint Jean : « C’était le jour de la préparation de la pâque, vers la sixième heure » (Jn 19,14), ont voulu voir la troisième heure dont parle saint Marc. Ce jour qui était suivi du jour du sabbat, disent-ils, était le jour de la préparation de la pâque des Juifs, parce que la fête des Azymes commençait à ce sabbat. Or, la préparation ou la vigile de la Pâque véritable, non pas de celle des Juifs, mais de celle des chrétiens, qui s’accomplissait dans la passion du Sauveur, avait déjà commencé à partir de la neuvième heure de la nuit, puisque c’est à partir de ce moment que les Juifs se sont préparés à immoler le Sauveur. En effet, le mot parasceve signifie préparation. Ainsi entre la neuvième heure de la nuit jusqu’à celle du crucifiement, vient se placer la sixième heure de la préparation, suivant saint Jean, et la troisième heure du jour d’après saint Marc. Quel fidèle n’adopterait pas cette solution, si quelque chose pouvait nous faire clairement comprendre que c’est à la neuvième heure de la nuit que commença la préparation de notre pâque, c’est- à-dire la préparation de la mort de Jésus-Christ ? Dirons-nous que cette préparation a commencé au moment où Jésus fut pris et garrotté par les Juifs ? Mais on n’était alors qu’à la première partie de la nuit. Est-ce quand le Sauveur fut conduit à la maison de Caïphe, où il fut interrogé par les princes des prêtres ? mais le coq n’avait pas encore chanté. Est-ce quand Jésus fut traduit devant Pilate ? mais l’Évangile dit expressément qu’il était alors grand jour. Il n’est donc plus possible de placer la préparation de la mort du Seigneur qu’au moment où tous les princes des prêtres s’écrièrent : « Il est digne de mort », car rien n’empêche d’admettre qu’il pouvait être alors la neuvième heure de la nuit, à la condition toutefois de placer auparavant le renoncement de Pierre que l’Évangéliste ne raconte qu’après, comme par récapitulation.
« Et le titre de sa condamnation était ainsi écrit », etc. - Théophyl. Ils mirent cette inscription pour apprendre à tous la cause de son crucifiement. Ils condamnaient ainsi publiquement le sentiment de Jésus qui se disait roi, ils étouffaient tout sentiment de compassion dans l’âme des passants, et les excitaient à insulter bien plutôt le Sauveur comme un tyran. - S. Jér. Ils écrivirent cette inscription en trois langues, en hébreu : Maleck Jeoudim ; en grec : Basileus exomologeton ; en latin : Rex confitentium. Ces trois langues furent consacrées dans l’inscription de la croix, afin que la perfidie des Juifs fût publiée dans toutes les langues que ces trois représentaient. - Bède. Cette inscription, placée au haut de la croix, prouve que les Juifs, en mettant Jésus à mort, n’ont pu se délivrer de l’avoir pour roi qui leur rendra selon leurs œuvres.
« Ils crucifièrent aussi avec lui deux voleurs », etc. - Théophyl. Afin de donner ainsi de lui au peuple une mauvaise opinion et de le faire passer pour un voleur et un malfaiteur. Mais Dieu permit ce nouvel outrage pour accomplir l’oracle de l’Ecriture : « Ainsi fut accomplie cette parole de l’Ecriture : Il a été mis au rang des criminels ». - S. Jér. La vérité est confondue avec les scélérats ; elle en laisse un à gauche, elle prend et sauve celui qui est à sa droite ; c’est ce qu’elle doit faire encore au jour du jugement. Quel sort bien différent, après des crimes semblables ? l’un précède Pierre dans le paradis, l’autre Judas dans l’enfer. Une confession rapide obtient à l’un une vie éternelle, et le blasphème qui expire sur les lèvres de l’autre, est puni d’un supplice sans fin.
Bède. Les deux voleurs crucifiés avec Notre-Seigneur sont la figure de ceux qui, pour professer la foi et le nom de Jésus-Christ, se dévouent aux épreuves du martyre, ou embrassent la pratique sévère d’une vie mortifiée. Ceux qui ne se proposent en cela que la gloire éternelle, sont figurés par la foi du voleur qui est à droite ; ceux au contraire qui n’ont en vue que la gloire qui vient des hommes imitent les sentiments et les actes du voleur qui est à gauche. - Théophyl. Ou bien encore, ces deux voleurs représentent les deux peuples, les Juifs et les Gentils, tous deux coupables d’iniquité, pour avoir transgressé, les Gentils, la loi naturelle ; les Juifs, la loi écrite que le Seigneur leur avait donnée. Mais le peuple des Gentils se repent, tandis que le peuple juif blasphème jusqu’à la fin, et c’est au milieu de ces deux peuples que le Seigneur est crucifié, car il est la pierre angulaire qui nous réunit (Ep 2,14).
Mc 15, 29-32
S. Jér. L’ânon de la Judée, étant lié à la vigne, et son manteau rougi dans le sang du raisin, les chevreaux déchirent la vigne, ils blasphèment le Christ et branlent la tête : « Et les passants le blasphémaient en branlant la tête », etc. - Théophyl. Les passants blasphèment Jésus-Christ et l’accablent d’outrages comme un séducteur. C’est le démon qui les poussait à l’engager à descendre de la croix. Il savait que c’est la croix qui devait sauver le monde, il revenait donc tenter de nouveau Jésus-Christ ; s’il descendait de la croix, il serait évident qu’il n’était pas véritablement le Fils de Dieu, et ainsi toute espérance de salut par la croix était anéantie. Mais Jésus, vrai Fils de Dieu, ne descendit pas de la croix. S’il avait dû en descendre il n’y serait pas monté, mais il savait que c’était là le moyen choisi de Dieu pour sauver le monde, il se dévoua donc aux souffrances de la croix et à mille autres outrages pour accomplir son œuvre. « Et les princes des prêtres disaient aussi : Il a sauvé les autres, il ne peut se sauver lui-même », etc. En parlant ainsi, ils voulaient anéantir la vérité de ses miracles et les faire passer pour imaginaires ; car en effet, Jésus avait sauvé un grand nombre par ses miracles. - Bède. Ils sont forcés d’avouer malgré eux qu’il a sauvé les autres. Vous êtes donc condamnés par vos propres paroles, car celui qui a sauvé les autres, peut également se sauver lui-même.
« Que le Christ, le roi d’Israël descende de la croix, afin que nous voyions et que nous croyions ». - S. Jér. Ils virent bientôt sortir du sépulcre celui qu’ils ne croyaient pas pouvoir descendre de la croix. O Juifs ! où ira donc se réfugier votre incrédulité ? Je vous prends à témoins, j’en appelle à votre jugement. N’est-il pas mille fois plus admirable qu’un mort puisse ressusciter, qu’il ne le serait qu’un homme vivant encore voulût descendre de la croix ? Vous avez peu demandé, on vous a donné beaucoup ; mais ces prodiges mille fois plus éclatants que ceux que vous demandez n’ont pu guérir votre incrédulité ; ils se sont tous détournés de la vérité, ils sont devenus inutiles.
« Et ceux qui avaient été crucifiés avec lui l’outrageaient de même ». - S. Aug. (De l’acc. des Evang., 3, 16). Mais comment admettre ici la vérité du récit de saint Marc, alors qu’au témoignage de saint Luc, un seul de ces voleurs outragea le Sauveur, tandis que l’autre voulait l’en empêcher et crut en Dieu. La seule réponse à faire, c’est que saint Matthieu et saint Marc, insistant peu sur ce détail, ont employé le pluriel pour le singulier. - Théophyl. Ou bien tous deux commencèrent par l’accabler d’outrages, et puis l’un d’eux reconnaissant son innocence, reprocha à son compagnon les blasphèmes qu’il vomissait contre lui.
Mc 15, 33-38
Bède. L’astre brillant du jour voila ses rayons pour ne pas voir le Seigneur attaché à la croix, ou pour ne pas laisser jouir de sa lumière ces impies blasphémateurs : « A la sixième heure du jour, les ténèbres se répandirent sur toute la terre jusqu’à la neuvième ». - S. Aug. (De l’acc. des Evang., 3, 17) Saint Luc indique la cause de ces ténèbres, c’est-à-dire l’obscurcissement du soleil. - Théophyl. Si c’eût été le temps régulier pour une éclipse, on pourrait dire que cette obscurité était naturelle, mais on était alors au quatorzième jour de la lune, époque où selon les lois ordinaires, une éclipse n’est pas possible.
« Et à la neuvième heure, Jésus jeta un grand cri, en disant : Ëloï ! Eloï ! » etc. - S. Jér. C’est à la neuvième heure que la maison a été balayée, que la drachme qui était perdue est retrouvée (Lc 15,8). - Bède. Lorsque Adam eut péché, il est écrit (Gn 3) qu’il entendit la voix de Dieu, qui se promenait dans le paradis à l’heure du jour où la brise s’élève ; or, ce fut à l’heure que le premier Adam fit entrer par son péché la mort dans le monde, que le second Adam détruisit par sa mort l’empire de la mort. Il est encore à remarquer que le Seigneur a été crucifié lorsque le soleil s’éloigne du centre du ciel, et qu’il a célébré le mystère de sa résurrection lorsque le soleil se lève, parce qu’il est mort pour nos péchés et qu’il est ressuscité pour notre justification (Rm 4,25). Ne soyez point surpris de l’humilité de ses paroles, de ce qu’il se plaigne d’être abandonné ; la forme de serviteur qu’il a prise, vous le savez, est la cause du scandale de la croix. La faim, la soif, la fatigue, n’étaient pas les propriétés de sa divinité, mais les infirmités de la nature humaine ; ainsi ce cri : « Pourquoi m’avez-vous abandonné » ; c’est la plainte du corps, parce que le corps a une horreur souveraine et naturelle pour sa séparation d’avec la vie qui lui est unie. Sans doute, c’est le Sauveur lui-même qui parle ici, mais eu égard à la faiblesse de son corps, il parle comme homme et laisse la nature humaine en proie à ces agitations qui nous font craindre à nous-mêmes que Dieu nous abandonne au milieu des dangers. - Théophyl. Ou bien, c’est au nom de l’humanité, que le Sauveur crucifié adresse cette plainte à Dieu, car nous autres hommes, nous sommes abandonnés, mais pour, lui, il n’a jamais été abandonné de son Père. Ecoutez, c’est lui-même qui l’atteste : « je ne suis pas seul, mais mon Père est avec moi (Jn 8). Ou bien encore, il parle ici au nom des Juifs qu’il représentait comme juif par sa naissance, et il semble dire : Pourquoi avez-vous abandonné le peuple hébreu, et l’avez-vous laissé crucifier votre Fils ? Nous disons quelquefois : Dieu s’est revêtu de moi, c’est-à-dire, de ma nature humaine ; ainsi nous devons entendre ces paroles : « Pourquoi m’avez-vous abandonné » de la nature humaine ou du peuple juif.
« Quelques-uns de ceux qui étaient présents, l’ayant entendu, disaient : Il appelle Elie ». - Bède. Ce furent, à mon avis, des soldats romains, qui ne comprenaient point la langue hébraïque, et qui entendant crier Eloï, s’imaginèrent qu’il appelait Elie. Si vous voulez au contraire que ce soient les Juifs, ils interprètent ainsi le cri du Sauveur, pour insulter à sa faiblesse, qui implore le secours d’Elie : « Et l’un d’eux courut emplir une éponge de vinaigre », etc. Saint Jean explique plus au long la raison pour laquelle on présenta du vinaigre à Jésus sur la croix : « Afin que les Écritures fussent accomplies, Jésus dit : J’ai soif ; les soldats emplirent une éponge de vinaigre, et la présentèrent à sa bouche » (Jn 19,28-29). - S. Jér. C’est ici un symbole de ce qu’étaient les Juifs ; ils emplissent de vinaigre, c’est-à-dire, de malice et de ruse, une éponge qu’ils placent au bout d’un roseau fragile, sec, destiné au feu. - S. Aug. (De l’acc. des Evang., 3, 17). D’après saint Matthieu, ce n’est pas celui qui présenta l’éponge remplie de vinaigre qui interpréta ainsi les paroles du Seigneur, mais les autres qui étaient présents, d’où nous pouvons conclure que tous ont tenu ce langage.
S. Jér. Au moment où la chair s’affaiblit, la voix divine fait éclater sa puissance, cette voix qui dit par la bouche du Psalmiste : « Ouvrez-moi les portes de la justice » (Ps 117) « Jésus ayant jeté un grand cri, expira ». Nous qui sommes de la terre, nous n’avons en mourant qu’un reste de voix où la parole même expire sur nos lèvres, mais celui qui vient du ciel a jusqu’à la mort toute la puissance de sa voix. - Théophyl. Celui qui tient la mort sous ses lois et qui lui commande, meurt aussi comme le maître de la mort. Or, quel fut ce cri que Jésus fît entendre ? Saint Luc nous l’apprend : « Mon Père, je remets mon âme entre vos mains ». Il a voulu par là nous apprendre que les âmes des saints s’élèvent dans les mains de Dieu, elles qui étaient retenues dans les enfers avant l’avènement de celui qui est venu annoncer aux captifs leur délivrance.
Mc 15, 39-41
La Glose. Après avoir raconté la passion et la mort du Sauveur, l’Évangéliste passe au récit des événements qui suivirent sa mort : « Et le voile du temple se déchira en deux », etc. - S. Jér. Le voile du temple qui se déchire, c’est le ciel qui s’ouvre. - Théophyl. Dieu permit que le voile se déchirât, afin de signifier que la grâce de l’Esprit saint s’éloignait et se séparait du temple pour découvrir aux yeux de tous les secrets du saint des saints, et aussi que le temple serait dans la désolation, lorsque les Juifs déploreront leur malheur et déchireront leurs vêtements. Ce voile est aussi le symbole de ce temple vivant du corps de Jésus-Christ qui, dans sa passion, vit ses vêtements, c’est-à-dire son corps déchiré. Il a encore une autre signification ; notre chair est le voile de notre temple, c’est-à-dire, de notre âme. Or, la puissance de la chair dans la passion de Jésus-Christ, a été déchiré et détruit du haut en bas, c’est-à-dire, depuis Adam jusqu’au dernier rejeton de sa postérité. En effet, Adam est sauvé par la passion de Jésus-Christ, sa chair ne demeure plus sous la malédiction, elle n’est plus sujette à la corruption, mais elle reçoit en même temps le don de l’incorruptibilité.
« Or le centurion voyant », etc. Le centurion est l’officier qui commandait à cent hommes. A la vue de Jésus expirant avec tant de puissance et d’autorité, il est dans l’admiration et confesse sa divinité. - Bède. L’Évangile nous fait connaître clairement la cause de l’étonnement du Centurion, c’est qu’ayant vu le Seigneur mourir de la sorte, il s’écria : « Cet homme était vraiment le Fils de Dieu ». Car le Créateur des âmes a seul, à l’exclusion de tout autre, le pouvoir de remettre son âme. - S. Aug. (De la Trin., 4, 13). Ce qui étonna surtout le Centurion, c’est qu’après ce grand cri qui était comme l’expression figurée de notre péché, il expira aussitôt. L’esprit du Médiateur nous apprenait ainsi que la mort de son corps n’était la suite d’aucun péché, qu’il ne s’en séparait point malgré lui, mais quand il le voulut, parce qu’il était uni au Verbe de Dieu en unité de personne. - S. Jér. Les derniers sont maintenant devenus les premiers, les Gentils confessent Jésus-Christ, les Juifs aveugles le renient, et leur erreur devient pire que la première. - Théophyl. L’ordre naturel se trouve ainsi renversé, les Juifs mettent à mort celui que les Gentils reconnaissent comme Dieu, ses disciples s’enfuient, et les pieuses femmes persévèrent.
« Il y avait aussi là des femmes », etc. Celle qui est appelée Salomé, est la mère des enfants de Zébédée. - Orig. (Traité 35 sur S. Matth). Le récit comparé de saint Matthieu et de saint Marc, m’amène à penser qu’il est ici question de trois femmes principales ; deux d’entre elles sont désignées par les deux Évangélistes, Marie-Madeleine et Marie, mère de Jacques ; la troisième est appelée par saint Matthieu, la mère des enfants de Zébédée, et par saint Marc, Salomé. - Bède. Saint Marc appelle Jacques le Mineur, Jacques, fils d’Alphée, on l’appelait aussi frère du Seigneur, parce qu’il était fils de Marie, tante du Sauveur, dont saint Jean fait mention : « Debout, près de la croix de Jésus, étaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie-Madeleine » (Jn 19). Or, l’une de ces femmes est appelée Marie de Cléophas, ou comme fille de Cléophas, ou du nom de sa famille. Jacques le Mineur est ainsi appelé pour le distinguer de Jacques le Majeur, fils de Zébédée, qui a été un des premiers que le Seigneur a choisi pour ses Apôtres. C’était chez les Juifs une coutume consacrée par les mœurs antiques, et que personne ne songeait à blâmer, que les femmes prissent soin de fournir de leur bien, la nourriture à ceux qui les instruisaient, c’est ce que saint Marc rappelle ici : « Elles le suivaient lorsqu’il était en Galilée, et l’assistaient de leur bien ». Elles assistaient le Seigneur de leur avoir, et lui permettaient ainsi de moissonner leurs biens matériels, alors qu’elles moissonnaient elles-mêmes ses grâces spirituelles. Notre-Seigneur voulait ainsi donner l’exemple à ceux qui devaient enseigner l’Évangile, et leur apprendre à se contenter de la nourriture et du vêtement qu’ils recevraient de leurs disciples. Mais voyons quelles étaient celles qui les accompagnaient : « Et plusieurs autres qui étaient venues avec lui à Jérusalem ». - S. Jér. De même que la femme est associée au salut du monde dans la personne de la Vierge Marie ; ainsi Dieu la rattache à la science du mystère de la croix et de la résurrection dans Marie-Madeleine, qui est veuve, et dans les autres mères qui l’accompagnent.
Mc 15, 42-47
La Glose. Après le récit de la passion et de la mort de Jésus-Christ, l’Évangéliste raconte ce qui concerne sa sépulture : « Le soir étant venu, comme c’était le jour de la préparation », etc. - Bède. Le mot grec parasceve, veut dire en latin proeparatio, préparation. Les Juifs qui habitaient parmi les Grecs, donnaient ce nom au sixième jour de la semaine, parce qu’on préparait dans ce jour tout ce qui était nécessaire pour assurer le repas du jour de sabbat. C’est le sixième jour que l’homme a été créé, et c’est le septième que le Créateur s’est reposé de toutes ses œuvres ; c’est aussi le sixième jour que le Sauveur attaché à la croix, accomplit le mystère de la réparation du genre humain, et le septième il se repose dans le tombeau en attendant sa résurrection qui devait avoir lieu le huitième jour. Ainsi, pendant l’âge actuel de cette vie, nous devons être nous-mêmes crucifiés au monde ; et le septième jour, lorsque chacun de nous aura payé son tribut à la mort, nos corps reposeront dans le tombeau, tandis que nos âmes, après une vie de bonnes œuvres, se reposeront dans la paix intime de Dieu, en attendant qu’au huitième âge nos corps glorifiés avec nos âmes, reçoivent par leur résurrection le don de l’incorruptibilité.
« Joseph d’Arimathie, qui était très-considéré », etc. Il était convenable que ce fût un homme de ce mérite qui ensevelît le corps de Jésus ; qui par la grandeur de ses vertus, fût digne de lui rendre ce devoir, et par le crédit que lui donnait sa haute position dans le monde, pût en obtenir l’autorisation ; c’est pour cela que l’Évangéliste nous fait remarquer que c’était un homme de considération et du grand conseil, et qui lui aussi attendait le royaume de Dieu. On appelait décurion celui qui faisait partie du conseil et qui remplissait les fonctions de conseiller ou de sénateur ; on lui donnait aussi le nom de magistrat municipal, à cause des emplois civils qu’il remplissait. Arimathie est la même ville que Ramata, patrie de Samuel et d’Helcana (1R 1). Arimathie signifie qui détache, et Joseph, qui vint pour détacher le corps de Jésus de la croix, sort de cette ville.
« Il vint hardiment trouver Pilate, et lui demanda le corps de Jésus ». - Théophyl. La demande qu’il fait est aussi digne d’éloges qu’elle est hardie. Il ne se dit pas à lui-même : Je perdrai mes richesses, je serai banni par les Juifs, si je demande le corps de celui qui a été condamné comme un blasphémateur : « Pilate s’étonnant qu’il fût mort si tôt », etc. Il pensait que sa vie devait se prolonger plus longtemps sur la croix comme celle des voleurs qu’on y suspendait et qui ne mouraient pas sitôt : « Il fit donc venir le centenier et lui demanda s’il était déjà mort », c’est-à-dire avant le temps où les autres criminels rendaient ordinairement le dernier soupir : « Le centenier l’en ayant assuré, il donna le corps à Joseph ». - Bède. Un homme inconnu ou dans une position ordinaire, n’aurait pas osé se présenter chez le gouverneur, et n’en aurait pas obtenu le corps d’un crucifié.
« Joseph ayant acheté un linceul, enveloppa le corps », etc. - Théophyl. Il ensevelit dans un linceul de grand prix un corps aussi précieux, car il était disciple du Seigneur, et il savait avec quel honneur il fallait traiter son divin corps. - Bède. Nous pouvons aussi, dans un sens spirituel, conclure de cet exemple que le corps du Seigneur ne doit pas être enveloppé dans l’or, dans les pierres précieuses et dans la soie, mais dans un linge d’une blancheur éclatante. C’est de là qu’est venu l’usage dans l’Eglise, d’offrir le sacrifice de l’autel, non sur la soie, ni sur une étoffe de couleur, mais sur un tissu de lin qui vient de la terre, en souvenir du corps du Seigneur, qui a été enseveli dans un linceul blanc, comme l’a ordonné par un décret pontifical, le bienheureux pape Sylvestre. Joseph, qui enveloppe le corps de Jésus dans un linceul blanc, est aussi la figure de celui qui le reçoit dans un cœur pur : « Et il le mit dans un sépulcre ». Le monument du Sauveur était, dit-on, une cellule de forme ronde, et taillé dans une roche qui se trouvait au-dessous. La hauteur de ce monument était si grande, qu’un homme debout pouvait à peine en toucher la voûte avec la main. On y entrait du côté de l’Orient, et on y roula une grande pierre sur la partie qui regarde le Nord. Le tombeau proprement dit, où fut déposé le corps du Seigneur était creusé dans le même roc, il avait sept pieds de long, s’élevait de trois palmes au-dessus du sol, il était ouvert sur toute sa longueur, non par dessus, mais du côté du Midi, et c’est par cette ouverture que l’on introduisait le corps. La couleur du monument et du tombeau était un mélange de rouge et de blanc. - S. Jér. C’est par la sépulture du Christ que nous ressuscitons, c’est par sa descente aux enfers que nous montons aux cieux ; c’est là que nous trouvons véritablement le miel dans la gueule du lion mort (Jg 14,8).
Théophyl. Imitons nous aussi, la conduite de Joseph en recevant le corps de Jésus-Christ dans le sacrement de l’unité, et déposons-le dans un monument taillé dans le roc, c’est-à-dire, dans une âme qui ne perd jamais le souvenir de Dieu ; une telle âme est comme taillée dans le roc, c’est-à-dire, dans Jésus-Christ, qui est la pierre, parce qu’il est le principe de toute fermeté. Nous devons aussi envelopper ce divin corps dans un linceul blanc, c’est-à-dire, le recevoir dans un corps pur, car le linceul est l’emblème du corps qui est le vêtement de l’âme, et l’honneur dû au corps de Jésus-Christ, exige que nous le recevions, non seulement dans une âme innocente, mais dans un corps exempt de toutes souillures. Il faut de plus envelopper le corps et ne pas le laisser à découvert, c’est un secret qu’il faut tenir soigneusement fermé et caché.
« Cependant Marie-Madeleine et Marie, mère de Joseph, regardaient où on le mettait ». - Bède. Nous lisons dans saint Luc, que tous ceux qui connaissaient Jésus, et les femmes qui l’avaient suivi, regardaient de loin ce qui se passait (Lc 23,49). Or, tandis que les amis de Jésus regagnent leurs demeures après que Jésus fut descendu de la croix, les saintes femmes seules, qui l’avaient aimé plus tendrement, suivent ses funérailles, elles remarquent avec soin le lieu où on le déposait, afin de pouvoir lui offrir, en temps convenable, l’hommage de leur piété. Or, le jour de la préparation de la pâque, les saintes femmes, c’est-à-dire, les âmes humbles, accomplissent le même devoir, lorsque brûlantes d’amour pour le Sauveur, elles suivent fidèlement les traces de sa passion, dans le cours de cette vie où elles préparent le repos de l’éternité. Elles s’appliquent aussi avec une pieuse curiosité à méditer l’ordre et les circonstances de sa passion, afin de voir comment elles peuvent l’imiter. - S. Jér. Tous ces détails de la sépulture du Sauveur peuvent aussi s’appliquer au peuple juif, qui doit embrasser la foi à la fin du monde. Ennobli par la foi, il redevient fils d’Abraham, il recouvre l’espérance, il attend le royaume de Dieu ; il entre dans l’assemblée des chrétiens pour recevoir le baptême, ce qui est figuré par le nom de Pilate (c’est-à-dire, forgeron), qui dompte les peuples les plus durs, et les gouverne avec un sceptre de fer. Il demande le sacrifice qui est donné comme viatique aux pénitents à la fin de leur vie ; il l’enveloppe dans un cœur pur (1Tm 1,5) et mort au péché, il le dépose dans un lieu fortifié par la foi, le recouvre avec l’espérance par les œuvres de la charité (car la fin du précepte est la charité). Cependant les élus qui sont comme les étoiles de la mer, regardent de loin, alors que les élus eux-mêmes seront scandalisés, si cela était possible.