L'évangile avec les Pères

    Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21

    • 3ème dimanche du Temps Ordinaire, année C

    L'évangile

    1Après que plusieurs ont entrepris de composer une relation des choses dont on a parmi nous pleine conviction, 2conformément à ce que nous ont transmis ceux qui ont été dès le commencement, témoins oculaires et ministres de la parole ; 3j’ai résolu moi aussi, après m’être appliqué à connaître exactement toutes choses depuis l’origine, de t’en écrire le récit suivi, excellent Théophile, 4afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus.

    14Alors Jésus retourna en Galilée, dans la puissance de l’Esprit, et sa renommée se répandit dans tout le pays d’alentour. 15Il enseignait dans leurs synagogues, et tous publiaient ses louanges. 16Étant venu à Nazareth, où il avait été élevé, il entra, selon sa coutume, le jour du sabbat dans la synagogue, et se leva pour faire la lecture. 17On lui remit le livre du prophète Isaïe ; et l’ayant déroulé, il trouva l’endroit où il était écrit : 18« L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par son onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres, et il m’a envoyé guérir ceux qui ont le cœur brisé, 19annoncer aux captifs la délivrance, aux aveugles le retour à la vue, pour rendre libres les opprimés, publier l’année favorable du Seigneur. » 20Ayant roulé le livre, il le rendit au ministre et s’assit ; et tous, dans la synagogue, avaient les yeux attachés sur lui. 21Alors, il commença à leur dire : « Aujourd’hui vos oreilles ont entendu l’accomplissement de cet oracle. »

    Bible Crampon (1923).

    Ce qu'en disent les Pères

    Réunis par saint Thomas d'Aquin dans La Chaîne d'Or sur saint Luc, traduction de l'abbé Péronne (1868).

    Lc 1, 1-4

    Eusèbe. (Hist. ecclésiast., 3, 4). Saint Luc commence son récit en nous faisant connaître la raison qui l’a déterminé à écrire son évangile ; c’est que plusieurs avaient eu la prétention téméraire de raconter les choses dont il avait une connaissance plus parfaite : « Plusieurs, dit-il, s’étant efforcé de mettre par ordre l’histoire des choses ». - S. Amb. (Préf. sur S. Luc). Car, de même que chez le peuple juif, un grand nombre de prophètes ont prophétisé sous l’inspiration de l’Esprit saint, tandis que d’autres n’étaient que de faux prophètes, de même aujourd’hui, sous la nouvelle loi, plusieurs ont entrepris d’écrire des évangiles qui ne sont pas de bon aloi ; c’est ainsi qu’on nous donne un évangile, écrit, dit-on, par les douze Apôtres, un évangile que Basilide a eu la prétention d’écrire, un troisième même qui aurait pour auteur saint Mathias. - Bède. (Préf. Sur S. Luc). Lorsque saint Luc dit plusieurs, il a donc moins égard à leur nombre qu’à la diversité des hérésies que professaient ces prétendus évangélistes, qui sans avoir été favorisés des dons de l’Esprit saint et ne s’appuyant que sur leurs vains efforts, ont cherché bien plutôt à composer des récits particuliers qu’à reproduire la vérité historique des faits. S. Amb. (Ibid). Celui qui s’est efforcé de mettre en ordre, n’a dû ses efforts qu’à son travail personnel, et n’en peut espérer aucun résultat ; au contraire, les dons et la grâce de Dieu n’exigent point d’efforts, et quand la grâce se répand dans une âme, elle l’arrose si largement, que l’esprit de l’écrivain loin d’être stérile, devient d’une inépuisable fécondité. C’est donc avec raison que saint Luc ajoute : « Des choses qui se sont accomplies parmi nous », ou dont nous avons une connaissance surabondante, car ce qui est abondant ne fait défaut à personne, comme aussi personne ne doute de ce qui s’est accompli, puisque la foi s’appuie alors sur des faits qui en sont la démonstration la plus claire. - Tite de Bostr. (sur la Préf. de S. Luc). Il ajoute : « Des choses », car ce n’est pas dans un corps simplement apparent, comme le prétendent les hérétiques que Jésus a fait son avènement parmi nous, mais comme il était la vérité, c’est réellement dans la vérité qu’il a accompli son œuvre. - Orig. (Hom. 1 sur S. Luc). Il nous fait connaître qu’elles ont été pour lui les suites de cet avènement, en ajoutant : « Qui se sont accomplies parmi nous », c’est-à-dire qui nous ont été dévoilées dans toute leur clarté, (comme le signifie le mot grec peplhroforhmenwn - p åðëçñïöïñçìåíùí - que le latin ne peut rendre par un seul mot), car la connaissance de ces mystères était chez lui le résultat d’une foi certaine, raisonnée, et qui excluait jusqu’à l’ombre même du doute.

    S. Chrys. (Ch. des Pèr gr). L’Évangéliste ne s’en rapporte pas seulement à son témoignage personnel, mais il s’appuie exclusivement sur celui des Apôtres, pour donner plus de poids à ses paroles : « Ainsi que nous les ont rapportées ceux qui les ont eux-mêmes vues dès le commencement ». - Eusèbe. (Hist. ecclés., 3, 4). Il est donc certain que c’est dans les enseignements de saint Paul ou des autres Apôtres qui ont été attachés dès le commencement à la personne du Sauveur, que saint Luc a puisé la vérité historique de son récit. - S. Chrys. (comme précéd). Il se sert du mot, « ils ont vu », parce que le témoignage de témoins oculaires des faits, est pour nous le plus ferme motif de crédibilité.

    Orig. De l’aveu de tous, l’objet final de certaines sciences est dans ces sciences elles-mêmes, comme la géométrie ; pour d’autres, comme la médecine, cet objet est dans l’application, il en est ainsi de la parole de Dieu ; aussi après nous avoir indiqué la source de la science par ces paroles : « Ils ont vu », il nous en fait connaître les œuvres pratiques en ajoutant : « Et ils ont été ministres de la parole (ou du Verbe). » - S. Ambr. Cette dernière expression ne signifie pas que le ministère de la parole s’adressait plutôt à la vue qu’à l’ouïe ; mais comme ici, ce Verbe n’était pas un Verbe parlé, mais un Verbe substantiel, saint Luc veut nous faire comprendre que ce n’est pas d’une parole ordinaire, mais d’une parole toute céleste, que les Apôtres furent les ministres. - S. Cyril. Saint Jean confirme ce que dit ici saint Luc, que les Apôtres ont vu ce Verbe de leurs yeux par ces paroles : « Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire » (Jn 1,14) ; car c’est par le moyen de la chair que le Verbe s’est rendu visible. - S. Ambr. Mais ce n’est pas seulement comme homme revêtu de notre chair qu’ils ont vu Notre-Seigneur, ils l’ont vu comme Verbe, lorsque avec Moïse et Élie, ils ont été témoins de la gloire du Verbe, qui est resté invisible pour ceux qui n’ont pu voir que son corps. - Orig. Il est écrit dans l’Exode : « Le peuple voyait la voix du Seigneur » (Ex 20,18). Cependant la voix s’entend plutôt qu’elle n’est vue ; mais l’écrivain sacré s’exprime de la sorte pour nous faire comprendre que la voix du Seigneur est visible pour d’autres yeux, que Dieu ouvre à ceux qui en sont dignes. Or, dans l’Évangile, ce n’est pas simplement la voix qui est vue, mais une parole qui est bien supérieure à la voix.

    Théophyl. (préf. sur S. Luc). Nous pouvons conclure logiquement de ces paroles, que saint Luc n’a pas été un des premiers disciples du Sauveur, mais qu’il ne l’est devenu que dans la suite. D’autres se sont attachés à Jésus-Christ dès le commencement, comme Pierre et les fils de Zébédée. - Bède. Et cependant saint Matthieu et saint Jean, pour un grand nombre de faits qu’ils racontent, ont dû nécessairement avoir recours à ceux qui connaissaient les détails de l’enfance de Jésus, de sa jeunesse, de sa généalogie, et qui avaient pu être témoins de ses actions.

    Orig. Saint Luc établit ensuite le droit qu’il avait d’écrire l’Évangile sur la connaissance qu’il en avait acquise, non par des rumeurs incertaines, mais par des traditions qui remontaient à l’origine des faits : « Il m’a semblé bon, après avoir tout appris dès le commencement, cher Théophile, d’en écrire l’histoire avec ordre ». - S. Ambr. En disant : « Il m’a semblé bon », il n’exclut pas le bon plaisir de Dieu ; car c’est Dieu lui-même qui prédispose la volonté de l’homme (Pr 8,35). Or, personne n’ignore que l’Évangile de saint Luc est plus étendu que les autres, aussi saint Luc prend-il soin d’établir solidement la vérité des faits qu’il raconte : « C’est après avoir été très exactement informé, que j’ai cru devoir écrire », non tout ce qu’il avait appris, mais une partie ; car si toutes les choses qu’a faites Jésus étaient rapportées en détail, je ne crois pas, dit saint Jean, que le monde pût contenir les livres où elles seraient écrites (Jn 21,25). Du reste, c’est à dessein qu’il a omis une grande partie des faits racontés par les autres Évangélistes, afin que chaque Évangile dût son caractère particulier à la nature des mystères et des miracles qu’il renferme.

    Théophyl. Il adressa son Évangile à Théophile, c’était un personnage distingué, peut-être même un prince ; car l’épithète d’excellent ne se donnait qu’aux princes et aux gouverneurs, comme nous voyons saint Paul appeler le gouverneur Festus : « Très excellent Festus » (Ac 26,25. - Bède. Théophile signifie qui aime Dieu ou qui est aimé de Dieu ; qui que vous soyez donc, si vous aimez Dieu, ou si vous désirez être aimé de Dieu, regardez cet Évangile comme écrit pour vous, et conservez-le comme un présent qui vous est fait, comme un gage qui vous est confié. Et ce ne sont pas des choses nouvelles, ou des secrets inconnus qu’il doit expliquer à ce même Théophile ; il lui promet de lui exposer la vérité des choses dont il a été instruit, afin, dit-il, de vous faire connaître la vérité des choses qu’on vous a enseignées, c’est-à-dire pour que vous puissiez connaître dans leur ordre naturel, les paroles et les actions du Seigneur, dont le souvenir nous a été conservé. - S. Chrys. Ou encore, afin que vous ayez une certitude inébranlable des vérités que vous avez apprises, en les voyant consignées dans l’Écriture. - Théophyl. Souvent, en effet, nous regardons comme faux des faits qu’on avance dans la conversation, sans qu’on les mette par écrit ; si, au contraire, on prend soin de les écrire, nous y ajoutons foi plus volontiers ; car, pensons-nous, s’il n’était sûr de la vérité de ce qu’il dit, il ne l’écrirait point. - S. Chrys. On peut dire encore que toute cette préface de saint Luc contient deux choses : dans quelles conditions ceux qui l’ont précédé (saint Matthieu et saint Marc) ont écrit l’Évangile, et pour quel motif il a entrepris lui-même de l’écrire. Cette expression : « Ils se sont efforcés », peut donc s’appliquer, et à ceux qui n’ont mis la main à cette œuvre que par présomption, et à ceux qui l’ont entreprise dans les conditions de respect et d’honneur qu’elle réclame. Or, le sens douteux de cette expression se trouve précisé par une double explication que saint Luc nous donne. Premièrement, lorsqu’il dit : « Des choses qui se sont accomplies parmi nous » ; secondement, quand il ajoute : « Ainsi que nous les ont transmises ceux qui les ont eux-mêmes vues dès le commencement ». Ce mot « ils nous ont transmis », me paraît encore renfermer un avertissement donné à ceux qui reçoivent l’Évangile, de travailler eux-mêmes à sa propagation ; car de même que les Apôtres l’ont transmis, ceux qui l’ont reçu doivent à leur tour le transmettre à d’autres. Lorsque les faits évangéliques n’étaient pas encore consignés par écrits, il en résultait bien des inconvénients à mesure qu’on s’éloignait des faits. Aussi ceux qui avaient recueilli ces faits de la bouche des premiers disciples et des ministres du Verbe, agirent-ils sagement en les consignant dans des écrits qui les répandirent dans tout l’univers, dissipèrent les calomnies, prévinrent un fâcheux oubli, et constituèrent ainsi par la tradition l’intégrité des saints Évangiles.

    Lc 4, 14-21

    Orig. (hom. 32). La victoire que Notre-Seigneur venait de remporter sur le tentateur, donna un nouvel accroissement, ou plutôt un nouveau degré de manifestation à sa vertu : « Et Jésus retourna en Galilée dans la vertu de l’Esprit », etc. - Bède. Cette vertu de l’Esprit, c’est la puissance de faire des miracles. - S. Cyr. Le Sauveur ne faisait pas des miracles par une puissance qui lui fut extrinsèque, et comme les autres saints qui agissaient en vertu de la grâce de l’Esprit saint qu’ils avaient reçue ; mais comme il était le Fils de Dieu par nature, et qu’il entrait en participation de tous les attributs du Père, il se sert pour agir de la vertu de l’Esprit saint comme lui appartenant en propre. Il était du reste convenable qu’il se manifestât désormais et qu’il fît éclater aux yeux des enfants d’Israël le mystère de l’incarnation : « Et sa renommée se répandit », etc. - Bède. La sagesse se rapporte à la doctrine, et la puissance aux œuvres, aussi l’Évangéliste réunit ici ces deux attributs : « Et il enseignait dans les synagogues », etc. Le mot synagogue, qui vient du grec, veut dire réunion ; les Juifs appelaient ainsi non seulement l’assemblée du peuple, mais encore le lieu où il se réunissait pour entendre la parole de Dieu. C’est ainsi que nous donnons le nom d’églises aux lieux où se réunissent les fidèles pour chanter les louanges de Dieu. Il y a cependant une différence entre le mot synagogue qui veut dire réunion, et le mot église qui signifie assemblée ; des animaux, ou n’importe quelles autres choses, peuvent former une réunion, tandis qu’une assemblée ne peut se composer que d’êtres doués de raison. C’est pour cela que les docteurs apostoliques ont jugé plus convenable de donner le nom d’Église, plutôt que celui de synagogue aux réunions du peuple, élevé par la grâce à une plus haute dignité. C’est avec raison que tous publiaient ses louanges, lui à qui tous les faits et tous les oracles précédents avaient rendu un si éclatant témoignage : « Et il était exalté par tous ». - Orig. Gardez-vous de penser que ceux-là seuls furent heureux qui eurent le bonheur d’entendre les enseignements du Sauveur, et de croire que vous êtes privé de la même faveur ; car aujourd’hui encore, il enseigne dans tout l’univers par ses organes, et sa gloire est célébrée par un plus grand nombre de voix qu’au temps de sa vie mortelle, où les hommes d’une seule contrée s’assemblaient autour de lui pour recevoir ses divines leçons.

    S. Cyr. Notre-Seigneur se fait connaître à ceux parmi lesquels il a passé les premières années de sa vie mortelle : « Et il vint à Nazareth », etc. - Théophyl. Il nous apprend ainsi à instruire d’abord de préférence nos proches, et à leur faire du bien avant de répandre sur les autres les effets de notre charité. - Bède. Ils se réunissaient en foule le jour du sabbat dans les synagogues, où, libres des préoccupations des affaires du monde, ils pouvaient méditer dans un cœur calme et tranquille les divins enseignements de la loi : « Et il entra, selon sa coutume, le jour du sabbat, dans la synagogue. - S. Ambr. Notre-Seigneur s’est tellement familiarisé avec tous les abaissements, qu’il n’a pas dédaigné l’humble fonction de lecteur : « Et il se leva pour lire, et on lui donna le livre des prophéties d’Isaïe », etc. Il prit le livre pour déclarer que c’était lui qui avait parlé par la bouche des prophètes, et pour écarter cette doctrine sacrilège, qui prétend que le Dieu de l’Ancien Testament n’est pas le même que le Dieu du Nouveau, ou qui ne fait remonter l’origine de Jésus-Christ qu’à sa conception dans le sein de la Vierge ; comment soutenir, en effet, que son existence date seulement de sa conception, lui qui faisait entendre sa voix avant même que la Vierge existât ?

    Orig. Or, ce ne fut point par hasard, mais par un effet de la Providence divine, qu’en déroulant le livre, il tomba sur la prophétie qui prédisait sa venue : « Et l’ayant déroulé, il trouva l’endroit où il était écrit », etc. - S. Athan. (2e discours contre les Ar). Il parle de la sorte pour nous expliquer les causes de son incarnation et de sa manifestation en ce monde ; car de même que lui, qui, comme Fils de Dieu, envoie et donne l’Esprit saint, ne fait pas difficulté d’avouer, comme homme, que c’est par l’Esprit de Dieu qu’il chasse les démons ; de même, en tant qu’il s’est fait homme, il ne craint pas de dire « L’Esprit du Seigneur est sur moi ». - S. Cyr. C’est ainsi que nous confessons qu’il a reçu l’onction comme homme revêtu de notre nature : « C’est pourquoi il m’a consacré par son onction » ; car ce n’est pas la nature divine qui reçoit cette onction, mais la nature qui lui est commune avec la nôtre. Ainsi encore lorsqu’il dit qu’il a été envoyé, il faut l’entendre de son humanité : « Il m’a envoyé évangéliser les pauvres ». - S. Ambr. Vous voyez la Trinité coéternelle et parfaite. L’Écriture proclame que Jésus est Dieu parfait et homme parfait, elle proclame également la divinité du Père et de l’Esprit saint, le coopérateur du Père qui est descendu sur Jésus Christ sous la forme extérieure d’une colombe. - Orig. Les pauvres ici sont toutes les nations pauvres en effet, parce qu’elles étaient dénuées de tout bien, sans Dieu, sans loi, sans prophètes, sans justice, sans aucunes vertus. - S. Ambr. Ou encore, il reçoit dans sa plénitude l’onction de l’huile spirituelle et de la vertu céleste pour enrichir la pauvreté de la nature humaine du trésor de sa résurrection. - Bède. Dieu l’envoie prêcher l’Évangile aux pauvres, et leur dire : « Bienheureux vous qui êtes pauvres, parce que le royaume des cieux est à vous » (Mt 5,3). - S. Cyr. Peut-être veut-il dire par là que de tous les biens dont Jésus-Christ est la source, la meilleure part est donnée aux pauvres en esprit. - Suite. « Guérir les cœurs brisés ». Ces cœurs brisés ce sont les faibles, dont l’âme est fragile, qui ne peuvent résister aux assauts des passions, et à qui il promet le retour à la santé. - S. Bas. Il vient guérir les cœurs brisés, c’est-à-dire ceux dont Satan a comme brisé le cœur par le péché ; car il n’y a rien qui brise et écrase le cœur humain comme le péché. - Bède. Ou bien encore, comme il est écrit que Dieu ne rejette pas un cœur contrit et humilié (Ps 50,19), le Sauveur dit qu’il est envoyé pour guérir ceux dont le cœur est contrit, selon cette parole : « Il guérit ceux dont le cœur est brisé » (Ps 146,3).

    « Et annoncer la délivrance aux captifs ». - S. Chrys. (sur le Ps 125). Le mot captivité a plusieurs significations : il y a une captivité bonne et louable, dont saint Paul a dit : « Réduisant en captivité toute intelligence sous l’obéissance de Jésus-Christ » (2Co 10,5). Mais il y a une captivité mauvaise dont le même Apôtre a dit : « Ils traînent captives de jeunes femmes chargées de péchés ». (2Tm 3,6). La captivité peut être corporelle et venir d’ennemis extérieurs ; mais la plus affreuse est celle de l’âme, dont il est ici question, car le péché exerce sur l’âme la plus dure tyrannie, il lui fait comme une loi du mal, et la couvre de confusion lorsqu’elle lui obéit ; c’est de cette captivité spirituelle que Jésus-Christ nous a délivrés. - Théophyl. On peut encore entendre ces paroles des morts qui étaient aussi captifs, et qui furent délivrés du joug du tyran de l’enfer par la résurrection de Jésus-Christ.

    « Et le bienfait de la vue aux aveugles ». - S. Cyril. Jésus-Christ, le vrai soleil de justice, a dissipé ces ténèbres épaisses que le démon avait amassées dans le cœur des hommes ; ils étaient enfants de la nuit et des ténèbres, il les a faits enfants du jour et de la lumière, au témoignage de l’Apôtre (1Th 5,5) ; car il a fait entrer dans le sentier de la justice ceux qui étaient égarés loin de la véritable voie.

    « Rendre à la liberté ceux qu’écrasent leurs fers ». - Orig. Qu’y avait-il, en effet, de plus brisé, de plus broyé que l’homme, à qui Jésus-Christ est venu rendre la liberté et la guérison ? - Bède. Ou bien encore, il est venu rendre la liberté aux opprimés, c’est-à-dire, à ceux qui étaient comme écrasés sous le fardeau insupportable de la loi.

    Orig. Toutes ces choses qui ont été prédites, la vue rendue aux aveugles, la liberté aux captifs, la guérison à ceux qui étaient blessés, nous amènent naturellement à l’année favorable du Seigneur : « Et publier l’année salutaire du Seigneur ». Quelques-uns, prenant ces paroles dans leur sens le plus simple et le plus littéral, disent que le prophète, en faisant cette prédiction, avait en vue l’année pendant laquelle le Sauveur a prêché l’Évangile dans la Judée. Ou bien encore, cette année favorable du Seigneur, c’est toute la durée de l’existence de l’Église qui voyage loin du Seigneur, tant qu’elle reste dans ce corps mortel (2Co 5,6-8). - Bède. Ce ne fut pas seulement l’année de la prédication du Seigneur, qui fut l’année favorable, mais encore celle où l’Apôtre disait dans ses prédications : « Voici maintenant le temps favorable ». (2Co 6,2). Après l’année favorable du Seigneur, il ajoute : « Et le jour de la rétribution », c’est-à-dire, de la rétribution dernière, où Dieu rendra à chacun selon ses œuvres. - S. Ambr. Ou bien encore, cette année favorable du Seigneur, c’est l’année de l’éternité, qui ne ramènera plus le cercle des travaux de ce monde, et qui donnera aux hommes la jouissance des fruits éternels d’un repos qui ne finira jamais.

    « Ayant replié le livre, il le rendit », etc. Il lut ce livre en présence de ceux qui étaient là pour l’écouter, mais après cette lecture il le rendit au ministre. En effet, tandis qu’il était dans le monde, il parlait publiquement, enseignant dans les synagogues et dans le temple, mais lorsqu’il fut sur le point de remonter vers le ciel, il confia le ministère de la prédication à ceux qui avaient été dès le commencement les témoins de ses actions et les ministres de sa parole. Il se tient debout pour faire cette lecture, parce qu’en nous expliquant les Écritures qui se rapportaient à lui, il daignait agir dans la nature humaine dont il s’était revêtu ; mais il s’asseoit après avoir rendu le livre, parce qu’il rentre alors en possession du trône de son éternel repos. En effet, celui qui agit se tient ordinairement debout, et c’est le propre de celui qui se repose ou qui rend la justice d’être assis. Tel doit être le prédicateur de la parole de Dieu, il doit se tenir debout pour lire, c’est-à-dire, pour agir et pour prêcher ; il doit s’asseoir, c’est-à-dire, attendre le repos pour récompense. Il lut ce livre après l’avoir déroulé, parce qu’il a enseigné à l’Église toute vérité par l’Esprit de vérité qu’il lui a envoyé ; il le rendit au ministre après l’avoir plié, parce que toute doctrine ne peut être enseignée à tous indistinctement, mais les docteurs sont obligés de proportionner leur enseignement à l’intelligence de ceux qui les écoutent.

    « Et tous dans la synagogue avaient les yeux attachés sur lui. - Orig. Et maintenant encore, si nous le voulons, nous pouvons fixer nos regards sur le Sauveur, car si vous dirigez l’intention de votre cœur vers la sagesse, la vérité et la contemplation du Fils unique de Dieu, vos yeux alors s’arrêtent sur Jésus. - S. Cyr. Il attirait sur lui les regards de tous ces hommes étonnés de voir qu’il savait les Écritures sans les avoir apprises. Et comme les Juifs avaient coutume de dire que les prophéties qui concernaient le Christ, avaient reçu leur accomplissement dans quelques -uns de leurs chefs, de leurs rois ou des saints prophètes, Notre-Seigneur leur fait voir en lui l’accomplissement de cette prophétie : « Et il commença à leur dire : C’est aujourd’hui que cette prophétie que vous venez d’entendre est accomplie ».

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