L'évangile avec les Pères
Jn 15, 26-27 ; 16, 12-15
- Pentecôte, année B · Dimanche 16 mai 2027
L'évangile
26Lorsque le Consolateur que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, sera venu, il rendra témoignage de moi. 27Et vous aussi, vous me rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi dès le commencement. »
12J’ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez les porter à présent. 13Quand le Consolateur, l’Esprit de vérité, sera venu, il vous guidera dans toute la vérité. Car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. 14Celui-ci me glorifiera, parce qu’il recevra de ce qui est à moi, et il vous l’annoncera. 15Tout ce que le Père a est à moi. C’est pourquoi j’ai dit qu’il recevra ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera.
Bible Crampon (1923).
Ce qu'en disent les Pères
Réunis par saint Thomas d'Aquin dans La Chaîne d'Or sur saint Jean, traduction de l'abbé Péronne (1868).
Jn 15, 26-27
S. Chrys. (hom. 77 sur S. Jean). Les disciples pouvaient dire au Sauveur : S’ils ont entendu de votre bouche des paroles que nul autre n’a dites, s’ils ont vu des prodiges que personne autre n’a faits, sans en retirer la moindre utilité ; si au contraire ils n’ont eu que de la haine pour votre Père et pour vous, pourquoi donc nous envoyer, et comment espérer que nous soyons dignes de foi ? Notre-Seigneur dissipe la crainte que pouvaient faire naître ces pensées, en leur faisant cette promesse consolante : « Lorsque sera venu le Paraclet que je vous enverrai du sein du Père, etc., il rendra témoignage de moi ». - S. Aug. (Tr. 92 sur S. Jean). C’est-à-dire, les Juifs m’ont haï et m’ont mis à mort, bien qu’ils aient vu de leurs yeux les œuvres que j’ai faites, mais le Paraclet rendra de moi un si éclatant témoignage, qu’il fera croire en moi ceux mêmes qui n’auront pu me voir. (Traité 93). En même temps que l’Esprit de vérité me rendra témoignage, vous aussi me rendrez témoignage, lui dans les cœurs, et vous par vos paroles, lui par ses inspirations, vous par vos prédications. (Traité 92). Vous pourrez alors prêcher hautement ce que vous connaissez, vous qui avez été avec moi dès le commencement, ce que vous ne pouvez faire maintenant, parce que vous n’avez pas encore reçu la plénitude de l’Esprit saint ; car c’est dans la charité qui a été répandue dans vos cœurs par l’Esprit saint qui vous a été donnée (Rm 5,5), que vous puiserez le courage nécessaire pour me rendre témoignage. L’Esprit saint, en effet, en rendant lui-même témoignage, et en inspirant à ces nouveaux témoins un courage à toute épreuve, a banni complètement la crainte du cœur des amis de Jésus-Christ, et a converti en amour la haine de ses ennemis.
Didyme. (de l’Esprit saint, 2) Le Sauveur donne à l’Esprit saint le nom de consolateur, nom significatif de ce qu’il produit dans les âmes, parce que, non seulement il affranchit de toute espèce de trouble ceux qu’il en trouve dignes, mais il les remplit encore d’une joie ineffable ; car les cœurs où l’Esprit saint fixe son séjour, jouissent d’une joie éternelle. Cet Esprit consolateur est envoyé par le Fils, non comme Dieu envoyait les anges, les prophètes ou les Apôtres, mais comme il convenait à la sagesse et à la vérité d’envoyer l’Esprit de Dieu qui a une nature indivisible avec cette même sagesse et cette même vérité. En effet, le Fils qui est envoyé par le Père, n’en est pour cela ni séparé, ni divisé, il demeure dans son Père, et son Père demeure en lui. Ainsi l’Esprit saint envoyé par le Fils, sort du Père, sans aller d’un lieu dans un autre ; car de même que le Père ne peut être contenu dans un espace limité, puisque son infinité s’étend au-delà de tous les espaces matériels, ainsi l’Esprit de vérité ne peut être circonscrit par aucune limite, parce qu’il est incorporel et qu’il est au-dessus de toutes les créatures raisonnables.
S. Chrys. Notre-Seigneur l’appelle, non l’Esprit saint, mais l’Esprit de vérité, pour montrer combien son témoignage est digne de foi. Il déclare qu’il procède du Père, c’est-à-dire, qu’il sait toutes choses avec une entière certitude, comme le Sauveur dit de lui-même dans un autre endroit : « Je sais d’où je viens et où je vais ». - Didyme. Il aurait pu dire qu’il procédait de Dieu ou du Tout-Puissant, il laisse ces dénominations et choisit de préférence celle du Père, non sans doute que le Père soit différent du Dieu tout-puissant ; mais parce que l’Esprit de vérité sort de lui en vertu de cette propriété et de cette intelligence qui est propre au Père. Or, en même temps que le Fils envoie l’Esprit de vérité, le Père l’envoie également, puisqu’il vient par un seul et même acte de la volonté du Père et du Fils. - Théophyl. Nous voyons ailleurs que le Père envoie l’Esprit saint, ici le Sauveur, en déclarant qu’il l’enverra lui-même, prouve qu’il a une même puissance avec le Père. Et afin qu’on ne crût pas qu’il était opposé au Père, et qu’il envoyait l’Esprit saint en vertu d’une puissance différente, il ajoute : « Qui procède du Père », pour nous apprendre que non seulement le Père consent à cette mission, mais qu’il la donne lui-même. Lorsque vous entendez dire que l’Esprit saint procède, n’allez pas croire que cette procession soit une mission extérieure comme celle qui est donnée aux esprits qui servent le Seigneur (He 1,14) ; cette procession est une propriété toute différente, attribut exclusif de cet esprit principal. La procession du Saint-Esprit n’est autre que l’origine de son être, il ne faut donc pas prendre la procession pour la mission, car la procession est l’acte en vertu duquel l’Esprit reçoit du Père sa nature divine.
S. Aug. (Traité 96). On nous fera peut-être ici cette question : L’Esprit saint procède-t-il aussi du Fils ? Le Fils est Fils du Père seulement, et le Père est exclusivement le Père du Fils ; or, l’Esprit saint n’est pas l’Esprit d’une seule des deux premières personnes divines, il est l’Esprit des deux, puisque Jésus-Christ dit expressément : « L’Esprit de votre Père qui parle en vous » (Mt 10,20), et que l’Apôtre nous dit de son côté : « Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans vos cœurs » (Ga 4,6). Et je ne vois pas d’autre raison pour laquelle on lui donne le nom d’Esprit, car si on nous interroge sur ce que nous pensons de chacune des autres personnes, il n’y a que le Père et le Fils à qui nous puissions donner ce nom d’Esprit. Or, ce nom qui est le nom commun des deux premières personnes, a dû être donné proprement à celui qui n’est pas l’Esprit de l’un d’eux, mais qui est le principe d’union des deux personnes divines. Pourquoi donc n’admettrions-nous pas que l’Esprit saint procède du Fils, puisqu’il est aussi l’Esprit du Fils ? S’il ne procédait pas de lui, le Fils de Dieu n’aurait pas soufflé sur ses disciples après sa résurrection, en leur disant : « Recevez le Saint-Esprit » (Jn 20,22) ; c’est aussi de cette vertu de l’Esprit saint que l’Évangéliste veut parler, quand il dit : « Une vertu sortait de lui et les guérissait tous » (Lc 6,19). Mais si l’Esprit saint procède du Père et du Fils, pourquoi le Fils déclare-t-il qu’il procède du Père ? C’est parce qu’il a coutume de rapporter tous ses attributs divins à celui de qui vient sa nature divine. C’est dans ce même sens qu’il dit ailleurs : Ma doctrine n’est pas ma doctrine, mais la doctrine de celui qui m’a envoyé (Jn 7,16). Si donc on doit regarder comme sa doctrine la doctrine qu’il déclare être non la sienne, mais celle de son Père, à plus forte raison doit-on entendre que l’Esprit saint procède de lui, lorsqu’il dit : « Qui procède du Père », et non : Il procède de moi. C’est du Père que le Fils a reçu d’être Dieu, c’est du Père aussi qu’il a reçu d’être le principe d’où procède l’Esprit saint. C’est ce qui nous explique aussi pourquoi on ne dit pas de l’Esprit saint qu’il est né mais qu’il procède ; car s’il était appelé Fils, il faudrait dire qu’il est le Fils des deux personnes divines, ce qui serait une absurdité, car on ne peut être le Fils de deux personnes, que lorsque ces deux personnes sont le père et la mère ; or, loin de nous de supposer quelque chose de semblable entre Dieu le Père et Dieu le Fils. Disons plus, même parmi les hommes, le fils ne procède pas en même temps du père et de la mère, car au moment où il procède du père dans la mère, il ne procède pas de la mère. Quant à l’Esprit saint, il ne procède pas du Père dans le Fils et du Fils dans les créatures qu’il sanctifie, il procède en même temps du Père et du Fils, car nous ne pouvons dire que l’Esprit saint ne soit pas la vie, puisque le Père est la vie, et que le Fils aussi est la vie, et ainsi de même que le Père qui a la vie en lui-même, a donné au Fils d’avoir la vie en lui-même (Jn 5,26), ainsi a-t-il donné au Fils que la vie procède de lui, comme elle procède du Père.
Jn 16, 12-15
Théophyl. Notre-Seigneur développe les paroles qu’il vient de leur dire : « Il vous est utile que je m’en aille », en ajoutant : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant ». Jn 16,12 - S. Aug. (Traité 97 sur S. Jean). Tous les hérétiques se sont efforcés d’étayer sur ces paroles de l’Évangile leurs audacieuses inventions que la raison repousse avec horreur, comme si ces inventions étaient justement les vérités que les disciples ne pouvaient porter, et que l’Esprit saint leur eut enseigné ce que l’esprit immonde rougit d’enseigner et de prêcher en public. (Tr. 96) Mais on ne peut établir de comparaison entre les infamies qu’aucune pudeur humaine ne peut supporter, et les vérités salutaires que la faiblesse de l’esprit humain n’est pas capable de comprendre. Les unes ne se trouvent que dans les corps livrés à l’impureté, les autres sont au-dessus de toute nature corporelle et sensible. (Même Traité). Mais qui de nous se croira capable de comprendre les vérités que les disciples ne pouvaient porter alors ? Il ne faut donc point s’attendre à ce que je les explique. On me dira peut-être, il en est beaucoup maintenant qui pourraient comprendre ce que saint Pierre ne pouvait pas, de même qu’il en est beaucoup qui sont aujourd’hui capables de recevoir la couronne du martyre dont Pierre n’était pas alors capable, surtout depuis qu’ils ont reçu l’Esprit saint qui, alors n’avait pas encore été envoyé. J’accorde qu’il en soit beaucoup qui, depuis la venue du l’Esprit saint, puissent porter les vérités dont les disciples étaient incapables avant de l’avoir reçu. Est-ce une raison pour que nous sachions ce qu’il n’a pas voulu dire ? Et puisqu’il a cru devoir les taire, qui de nous entreprendra de les dire ? (Plus bas). Savons-nous pour cela les vérités qu’il n’a pas cru devoir révéler ? Il est également de la dernière absurdité de dire que les disciples étaient alors incapables de porter les hautes vérités que renferment leurs Epîtres écrites beaucoup plus tard, et dont on ne voit pas que le Seigneur leur ait parlé. Ces hommes qui appartiennent à des sectes perverses et corrompues, comme les Manichéens, les Sabelliens, les Ariens, ne peuvent supporter les vérités de la foi catholique qui se trouvent dans les saintes Écritures et condamnent leurs erreurs, de même que nous ne pouvons supporter leurs mensonges sacrilèges. Qu’est-ce, en effet, que de ne pouvoir supporter quelque chose ? C’est ne pouvoir l’envisager avec un esprit égal et tranquille. Mais quel est le fidèle, quel est même le catéchumène qui, avant d’avoir reçu avec le baptême le Saint-Esprit, ne lise pas ou n’entende pas d’un esprit égal, bien qu’il ne les comprenne pas, les vérités qui n’ont été écrites qu’après l’ascension du Sauveur ? (Traité 97 vers la fin). On me dira encore : Est-ce que les hommes versés dans la spiritualité n’ont pas dans leur doctrine des vérités qu’ils taisent aux hommes charnels, et qu’ils font connaître à ceux qui se conduisent selon l’esprit ? (Traité 98, avant le milieu). Il n’y a aucune nécessité de taire aux fidèles qui ne font que commencer les secrets de la doctrine chrétienne, pour les exposer en particulier aux âmes plus avancées. (Le milieu). Les hommes spirituels ne doivent pas garder devant les chrétiens même charnels, un secret absolu sur les vérités spirituelles, parce qu’elles font partie de la foi catholique qui doit être annoncée à tous les hommes. Cependant, dans l’exposé qu’ils en font, ils doivent prendre garde qu’en voulant faire entrer ces vérités dans l’esprit de ceux qui n’en sont pas capables, ils leur inspirent le dégoût pour la parole de vérité plutôt que de leur en donner l’intelligence. (Même traité après le commencement). Ne soupçonnons donc pas dans ces paroles du Seigneur, je ne sais quelles vérités secrètes qui pourraient être dites par celui qui enseigne, mais que ne pourrait supporter son disciple ; mais comprenons que pour les choses mêmes qui, dans la doctrine chrétienne, font partie de l’enseignement commun des fidèles, si Jésus-Christ voulait nous les expliquer comme il les développe à ses anges, quels sont ceux qui pourraient supporter cette révélation, fussent-ils des plus avancés dans la spiritualité, ce que n’étaient pas encore les Apôtres ? Certainement tout ce qu’on peut savoir de la créature est au-dessous du Créateur, et cependant qui garde le silence sur le Créateur ? Dans quel endroit du monde n’est-il pas connu de tous les hommes ? Et cependant alors que tous parlent de lui, quel est celui qui le comprend comme il doit être compris ? (Traité 96). Et quel est celui qui, pendant cette vie, peut connaître toute la vérité ? Est-ce que l’Apôtre ne dit pas : « Nous ne connaissons maintenant qu’imparfaitement ? » (1Co 13,9) Disons donc que comme l’Esprit Saint nous conduit à cette plénitude de vérité dont parle le même Apôtre, en ajoutant : « Mais alors nous le verrons face à face » (1Co 13,12) ; ce n’est pas seulement ce qui doit se faire en cette vie, mais la révélation pleine et entière qui doit avoir lieu dans la vie future que Notre-Seigneur nous promet par ces paroles : « Lorsque l’Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité », ou : « Il vous fera parvenir à toute vérité ». Ces paroles nous font comprendre que la plénitude de la vérité nous est réservée pour l’autre vie, et que dans celle-ci l’Esprit saint enseigne aux fidèles les choses spirituelles d’une manière proportionnée à leurs dispositions, tout en excitant dans leur cœur un désir de plus en plus vif pour ces mêmes vérités. - Didyme. (de l’Esprit saint, 2) Ou bien Notre-Seigneur veut dire que ses disciples ne savaient pas encore tout ce qu’ils auraient à souffrir dans la suite pour son nom ; il ne leur en faisait connaître qu’une partie, réservant pour plus tard la connaissance des épreuves plus grandes qu’ils ne pouvaient porter alors, avant que leur chef leur en eut donné l’exemple par l’enseignement de sa croix. Ils étaient encore asservis aux figures, à l’ombre et aux images de la loi, et ils ne pouvaient regarder la vérité dont la loi n’était que l’ombre. Mais lorsque l’Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité ; et par sa doctrine et par son enseignement, il vous fera passer de la mort de la lettre à l’esprit de vie dans lequel seul se trouve la vérité de toutes les Écritures.
S. Chrys. (hom. 78). Ces paroles : « Vous ne pouvez porter maintenant ces vérités » (Jn 16,12), (mais vous le pourrez plus tard) et ces autres : « L’Esprit saint vous conduira à toute vérité » (Jn 16,13), pouvaient donner aux Apôtres la pensée que l’Esprit saint était plus grand que lui, il se hâte donc d’ajouter : « Car il ne parlera pas de lui-même » (Jn 16,13), etc. - S. Aug. (Traité 99 sur S. Jean). Ces paroles sont semblables à celles que le Sauveur dit de lui-même : « Je ne puis faire rien de moi-même, mais je juge suivant ce que j’entends » (Jn 5,30), toutefois il parlait ainsi en tant qu’homme. - Or, comme l’Esprit saint n’est pas devenu créature par son union à un être créé, comment entendre en lui ces paroles de Notre-Seigneur ? Nous devons les entendre dans ce sens que l’Esprit saint n’existe point par lui-même, car le Fils est né du Père, et l’Esprit saint procède du Père ; or quelle différence entre procéder et naître, c’est ce qui demanderait de longues discussions et ce qu’il serait téméraire de définir. Entendre pour l’Esprit-Saint, c’est savoir, et savoir, c’est être. Puisque donc l’Esprit saint n’existe pas de lui-même, mais par celui de qui il procède, il reçoit la science et la propriété d’entendre de celui duquel il reçoit l’être. L’Esprit saint entend donc toujours parce qu’il sait toujours ; c’est donc de celui qui lui a donné l’être qu’il a entendu, qu’il entend et qu’il entendra.
Didyme. (De l’Esprit saint). Notre-Seigneur dit donc : « Il ne parlera pas de lui-même » (Jn 16,13), c’est-à-dire sans la volonté de mon Père et la mienne ; parce qu’il tire son existence de mon Père et de moi, et c’est de mon Père et de moi qu’il a reçu d’être, et de parler. Pour moi, je dis la vérité, c’est-à-dire je lui inspire ce que je dis, car il est l’Esprit de vérité. Lorsqu’il s’agit de la Trinité, il ne faut point entendre ces expressions dire et parler dans leur signification ordinaire, mais dans le sens qui seul peut convenir aux natures incorporelles, et surtout à la Trinité qui inspire sa volonté dans le cœur des fidèles et de ceux qui sont dignes d’entendre sa voix. Pour le Père parler, et pour le Fils entendre, est le signe d’une entière égalité de nature, et d’une parfaite unité de volonté. Quant à l’Esprit-Saint, qui est l’Esprit de vérité, l’Esprit de sagesse, lorsque le Fils parle, on ne peut dire qu’il entend ce qu’il ne sait pas, puisqu’il est lui-même ce qui sort du Fils, la vérité qui procède de la vérité, le consolateur qui émane du consolateur, le Dieu esprit de vérité qui procède de Dieu. Et afin que personne ne lui attribuât une volonté différente de celle du Père et du Fils, Notre-Seigneur ajoute : « Ce qu’il entendra, il le dira ».
S. Aug. (De la Trin., 2, 43) On ne peut conclure de là que l’Esprit saint soit inférieur au Père et au Fils, car ces paroles doivent s’entendre de lui en tant qu’il procède du Père. - S. Aug. (Traité 99 sur S. Jean). Il ne faut pas s’étonner que le verbe « il entendra » soit au futur, le Saint-Esprit entend de toute éternité parce qu’il sait de toute éternité. Or quand il s’agit d’un être éternel sans commencement comme sans fin, quel que soit le temps qu’on emploie, il n’est pas contraire à la vérité. Quoique cette nature immuable ne soit pas susceptible de passé et de futur, mais seulement du présent, cependant on ne parle point contre la vérité en disant : « Il a été, il est, et il sera » ; il a été, car il n’a jamais cessé d’être ; il sera, parce que son existence n’aura jamais de fin ; il est, parce qu’il existe toujours.
Didyme. (De l’Esprit saint). C’est encore par l’Esprit de vérité que la science certaine de l’avenir est accordée à de saints personnages, c’est sous l’inspiration de cet Esprit dont ils étaient remplis que les prophètes prédisaient, et voyaient comme présents des événements qui ne devaient arriver que bien longtemps après : « Et il vous annoncera les choses à venir ». - Bède. Il est certain qu’un grand nombre de saints personnages remplis de la grâce de l’Esprit saint ont connu et annoncé les événements à venir. Mais comme il en est un grand nombre aussi en qui brille l’éclat des plus pures vertus, et à qui la science des choses à venir n’est point donnée, on peut entendre ces paroles : « Il vous annoncera les choses à venir » dans ce sens qu’il vous remettra en mémoire les joies de la céleste patrie. L’Esprit saint fait connaître encore aux apôtres les épreuves qu’ils devaient endurer pour le nom de Jésus-Christ, et les biens qui devaient être la récompense de ces mêmes épreuves.
S. Chrys. (hom. 78). C’est ainsi que Notre-Seigneur élève l’esprit et les pensées de ses disciples, car rien n’excite à un plus haut degré la curiosité et les désirs de la nature humaine, comme la connaissance de l’avenir. Il les délivre donc de cette sollicitude en leur révélant les épreuves qui les attendent, afin qu’ils n’y tombent point sans y être préparés. Il leur explique ensuite quelle est cette vérité dont il a dit : « L’Esprit saint vous enseignera toute vérité », en ajoutant : « Il me glorifiera », etc. - S. Aug. (Traité 6 sur S. Jean). C’est-à-dire qu’en répandant la charité dans les meurs des fidèles, et en les rendant des hommes spirituels, l’Esprit saint leur a fait connaître que le Fils était égal au Père, lui qu’ils ne connaissaient auparavant que selon la chair, et que dans leurs pensées tout humaines, ils ne considéraient que comme un homme. Ou bien encore : « Il me glorifiera », parce que la charité remplissant les apôtres de confiance, et bannissant la crainte de leurs cœurs, ils ont annoncé Jésus-Christ aux hommes, et répandu la connaissance de son nom dans tout l’univers, car le Sauveur attribue ici à l’Esprit Saint ce que les apôtres devaient faire sous son inspiration. - S. Chrys. Et comme il leur avait dit précédemment : « Vous n’avez qu’un seul maître, qui est le Christ » (Mt 23,10) ; pour les disposer à recevoir les leçons de l’Esprit saint, il ajoute : « Il recevra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera ». - Didyme. Il faut entendre ce mot recevoir dans un sens qui puisse convenir à la nature divine ; car de même que le Fils en donnant, ne perd point ce qu’il donne, et n’éprouve aucun dommage de ce qu’il accorde aux autres ; ainsi l’Esprit saint ne reçoit point ce qu’il n’avait pas auparavant, car s’il a reçu ce qu’il n’avait pas, en communiquant lui-même cette même grâce à un autre, il s’est appauvri de ce qu’il donnait. Comprenons donc que l’Esprit saint a reçu du Fils ce qui était propre à sa nature, qu’il n’y a point ici une personne qui donne et une personne qui reçoit, mais une seule et même nature, car le Fils lui-même reçoit du Père les propriétés qui font sa nature ; en effet, le Fils n’est rien en dehors de ce qui lui est donné par son Père, de même qu’on ne peut concevoir la nature de l’Esprit saint en dehors de ce qui lui est donné par le Fils.
S. Aug. (Traité 6 sur S. Jean). Il ne faut point toutefois penser, comme l’ont fait quelques hérétiques, que l’Esprit saint soit moindre que le Fils, parce que le Fils reçoit du Père, et que le Saint-Esprit reçoit du Fils en suivant certains degrés qui établiraient une différence entre leurs natures, aussi le Sauveur se hâte de résoudre cette difficulté et d’expliquer ces paroles en ajoutant : « Tout ce qu’a mon Père est à moi. - Didyme. C’est-à-dire, quoique l’Esprit de vérité procède du Père, cependant, comme tout ce qui est à mon Père est à moi, l’Esprit du Père est le mien, et il recevra de ce qui est à moi. Gardez-vous, en entendant ces paroles de soupçonner ici une chose ou une propriété quelconque qui serait possédée par le Père et par le fils ; tout ce que le Père a dans sa nature, c’est-à-dire dans son éternité, dans son immutabilité, dans sa bonté, le Fils l’a également. Rejetons donc bien loin tous ces filets des raisonneurs et des sophistes qui viennent nous dire : « Donc le Père est le Fils » ; s’il avait dit : Tout ce qu’a Dieu est à moi, leur impiété pourrait y trouver matière à ces inventions sacrilèges, mais comme il a dit : « Tout ce qu’a mon Père est à moi », en proclamant le nom de son Père, il déclare lui-même qu’il est Fils, et il se garde bien, lui qui est le Fils, d’usurper la paternité, bien que par la grâce de l’adoption, il soit lui-même le Père d’un grand nombre de saints.
S. Hil. (De la Trin., 8) Notre-Seigneur n’a donc point laissé dans l’incertitude si le Saint-Esprit venait du Père ou du Fils ; il a reçu du Fils d’être envoyé, et il procède du Père. Mais je demande si c’est une même chose pour l’Esprit saint de recevoir du Fils et de procéder du Père ? On devra certainement reconnaître que c’est une seule et même chose de recevoir du Fils et de recevoir du Père ; car lorsque Notre-Seigneur dit : « Tout ce qu’a mon Père est à moi », et qu’il dit en même temps que l’Esprit saint recevra de ce qui est à lui, il enseigne par la-même qu’il doit recevoir également du Père. Il dit cependant qu’il recevra de ce qui est à lui, parce que tout ce qui est à son Père est à lui. Cette unité ne peut donc admettre de différence, peu importe de qui on reçoit, puisque ce qui est donné par le Père est considéré comme donné par le Fils.