Vie et mort de sœur Thérèse-Marie de Liguori · Alphonse de Liguori
VIII : Son humilité
Jalouse de pratiquer la sainte humilité, dès qu’elle eut fait sa profession, on ne l’entendit jamais parler des grands avantages qu’elle avait laissés dans le siècle, ni se vanter de ses autres qualités naturelles ou spirituelles, attentive qu’elle était à se cacher aux yeux de tous. C ’est pourquoi elle s’affligeait quand elle venait à apprendre que les religieuses avaient remarqué en elle quelqu’action vertueuse. Son bonheur était de se dévouer au service de ses sœurs et principalement des m alades, dans tout ce qu’il y avait de plus bas et de plus fatigant, et elle disait qu’une des fins qu'elle s’était proposées en embrassant l’état religieux, était d’y entrer pour servir.
Dieu la favorisa d’un grand nombre de grâces spéciales ; mais elle n’en parla jamais à d’autres qu’à son directeur, et lorsque celui-ci l’obligeait à lui découvrir quelque faveur divine qu’elle avait reçue, elle éprouvait mille angoisses et mille craintes ; c ’est pourquoi elle s’en excusait quelquefois, en disant qu’il ne lui paraissait point nécessaire d'en parler, et d ’autres fois elle ajoutait d’une voix timide et troublée : « Mon père, je ne sais ce que vous me dites, je crains de dire une chose pour l’autre. »
Sœur Thérèse était encore excitée continuellement par sa ferveur, à multiplier ses exercices de piété; mais ne voulant rien faire de sa propre volonté, elle se voyait obligée d’en demander la permission à son directeur ; elle éprouvait alors une telle répugnance et une telle honte, qu’elle ne s’y décidait jamais qu’avec une peine extrême j parce qu’il lui semblait qu’elle montrait à son père spirituel des désirs de perfection, tandis qu’elle s’en voyait si éloignée; aussi, après avoir demandé la permission, elle ajoutait : « Mon père, vous rirez de ces demandes que je vous fais. » Bien souvent, pour l’ é p ro u ver, son directeur la mortifiait par des paroles et des manières dures, se montrant irrité contre elle: sœur Thérèse ne manifesta jamais aucun signe de ressentiment ou de déplaisir; mais, à la grande édification de son directeur, elle se tenait calme et satisfaite de ces humiliations, se regardant toujours comme une malheureuse qui ne faisait rien pour Dieu, et qui méritait bien, par conséquent, les mépris de toutlem on d o : « Pauvre que je suis, disait- « elle, j ’ai le désir de me sanctifier, mais jusqu’ici « je n’ai encore rien fait. »
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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