Traités de morale · Saint Jérôme

    Chapitre 4

    Qo 4

    V. 1. " J’ai porté mon esprit ailleurs : j’ai vu les oppressions qui se font sous le soleil, les larmes des innocents qui n’ont personne pour les consoler, et l’impossibilité où ils sont de résister à la violence, abandonnés qu’ils sont du secours de tout le monde. " Après m’être entretenu, dit l’auteur de ce livre, du bon usage que chacun doit faire de ses biens, j’ai porté ailleurs les veux de l’esprit, et j’ai fait mes réflexions ; et j’ai vu les violences que les grands font aux petits, sans qu’il se trouve personne qui ait compassion des larmes qu’ils versent en abondance pour marquer l’excès de leur douleur, et qui sont toute leur ressource et leur unique soulagement dans leurs calamités. Ce qui les accable encore davantage, c’est de voir que ceux qui les oppriment si injustement sont très puissants dans le monde et qu’ils s’affermissent de plus en plus dans leur méchanceté. C’est ce qui les rend inconsolables et sans espérance de voir la fin de leurs maux. David, dans le psaume soixante-douzième, s’est fort étendu sur cette matière, aussi bien que le prophète Jérémie, qui parle souvent de la prospérité des méchants.

    V. 2 et 3. " Et j’ai préféré l’état des morts à celui des vivants ; et j’ai estimé plus heureux que les uns et les autres celui qui n’a pas encore vu le jour, et qui n’a point connu par expérience les maux qui se font sous le soleil. " En considérant les misères dont les hommes sont accablés dans cette vie, j’ai estimé plus heureux les morts que les vivants ; ce qui s’accorde avec ces paroles de Job où il parle du tombeau " C’est là que les forts, après leur travail et leur lassitude, trouvent leur repos ; c’est là que ceux qui étaient autrefois enchaînés ensemble ne souffrent plus aucun mal, et qu’ils n’entendent plus la voix de ceux qui exigeaient d’eux des travaux insupportables. " L’Ecclésiaste dit donc qu’un homme qui n’est pas encore venu au monde est plus heureux que les morts et les vivants, parce que ceux qui sont encore en ce monde sont sujets à une infinité de maux, et que ceux qui sont morts doivent être regardés comme des gens échappés tout nus du naufrage, au lieu que celui qu’on n’a point encore vu naître est exempt de toutes les peines et de toutes les disgrâces de cette vie ; mais prenez garde qu’il ne dit pas cela pour nous faire croire qu’on est déjà avant de naître : il veut seulement nous faire connaître qu’il est plus avantageux de n’être point, (164) du tout que d’être misérable et de vivre malheureux. C’est ce que notre Seigneur a dit de Judas, en nous avertissant des tourments qui lui étaient préparés : " Il eût été plus avantageux à cet homme de n’être jamais venu au monde. "

    En effet, il aurait été bien plus heureux de n’avoir jamais été que d’être né pour souffrir des supplices éternels.

    Il y en a qui donnent un autre sens à ces paroles de Salomon, et ils disent qu’on doit préférer les morts aux vivants parce que, pendant qu’on vit sur la terre, on est exposé à des tentations et à des combats, et qu’on est comme en prison dans ce corps mortel. Les morts au contraire jouissent du repos ; ils sont hors de tout danger et ne sont plus sujets au péché. L’Ecriture dit aussi de saint Jean-Baptiste, qui a été plus grand que tous ceux qui sont nés des femmes, que le plus petit du royaume du ciel est plus grand que Jean, parce qu’étant mort, il est délivré des misères du corps et qu’il n’a pas besoin de dire avec l’Apôtre : " Misérable homme que je suis ! qui me délivrera de ce corps mortel ? "

    V. 4. " J’ai aussi considéré tous les travaux des hommes et le mérite de leurs actions, et j’ai reconnu que les hommes sont exposés à l’envie de leurs semblables ; et certainement cela même est une grande vanité et une affliction d’esprit. " . J’ai porté encore ailleurs mon esprit, et j’ai considéré les actions vertueuses et la réputation du mérite de ceux qui travaillent dans ce monde, et j’ai reconnu que l’honneur et la gloire des uns fait la peine et la misère des autres ; car les envieux sont déchirés et tourmentés de la félicité des bons, et ceux qui se sont acquis de la réputation par leur mérite sont exposés aux piéges de leurs envieux. Mais est-il rien de plus vain, de plus inconstant et qui sente plus le néant que de voir les hommes dans cette situation où, au lieu de gémir de leurs misères et de pleurer leurs propres péchés, ils s’abandonnent à une lâche envie qui leur fait haïr le mérite de leurs frères ? Quid enim vanius, quid instabilius et sic nihili, quam homines non suas flere miserias, vel propria lugere peccata, sed melioribus invidere ?

    V. 5. " L’insensé met ses mains l’une dans l’autre, et il mange sa propre chair. " C’est l’homme paresseux dont il est parlé dans les Proverbes, qui serre sa poitrine avec ses deux mains. La pauvreté vient fondre sur lui comme un cavalier qui va à toute bride, et il est réduit à manger de sa chair à cause de son extrême faim ; ce qui est dit ici hyperboliquement. Cet insensé s’estime plus heureux d’avoir un peu d’orge dans le creux de la main, en vivant dans l’oisiveté et dans la paresse, que de s’en remplir les deux mains en travaillant. Tout le raisonnement de l’Ecclésiaste aboutit donc à nous montrer que celui qui fait quelque chose de bon dans ce monde est toujours exposé aux traits de l’envie, et que celui qui ne fait rien et qui vit dans l’oisiveté et dans le repos est en danger d’être accablé de misère et de pauvreté. Ainsi l’un et l’autre sont également malheureux : le premier à cause des dangers où ses biens et ses richesses peuvent l’exposer, et le dernier à cause de la pauvreté qui le talonne à tout moment.

    Disons encore que ces paroles regardent en particulier les envieux, puisque celui qui porte envie au bonheur d’un autre, et qui se laisse emporter à la fureur de cette passion, reçoit dans son sein et dans son coeur un vice capital qui dévore son âme et qui tourne sa fureur contre celui qui lui a donné entrée, jusqu’à lui faire dévorer sa propre chair ; car plus il voit de biens et de prospérités dans celui qui est l’objet de son envie, plus est-il tourmenté au dedans de lui-même ; en sorte qu’il se dessèche peu à peu, qu’il se détruit, et qu’il fond comme goutte à goutte par l’amertume de sa jalousie et la violence de sa passion. Et paulatim zelo et livore distillat .

    V. 6. " Un peu dans le creux de la main vaut mieux, avec du repos, que plein les deux mains avec travail et affliction d’esprit." Une juste médiocrité est plus avantageuse aux gens de bien que la possession de toutes les richesses des impies. Nous lisons aussi dans les Proverbes : " Peu, avec la justice, vaut mieux que de grands biens avec l’iniquité ;" ce qui est exprimé d’une manière très belle pour nous faire remarquer que la justice et la vertu sont accompagnées de la paix et du repos, au lieu que l’iniquité porte avec elle le trouble et le travail. Et parce que le nombre singulier est toujours pris en bonne parte le duel en mauvaise part, on ne doit pas s’étonner si un peu dans le creux de la main est suivi de repos et de contentement, ni de voir les deux mains pleines de travaux et d’inquiétudes.

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    V. 7 et 8. "Après avoir jeté la vue sur toutes choses, j’ai trouvé encore une autre vanité sous le soleil : tel est seul et n’a personne avec lui, ni enfant, ni frère, qui néanmoins travaille sans cesse ; ses yeux ne voient jamais assez de richesses, et il ne lui vient point dans l’esprit de se dire à lui-même : "Pour qui est-ce que je travaille, et pourquoi me priver moi-même de l’usage de mes biens ? " C’est là encore une vanité et une affliction très malheureuses." J’ai encore tourné les yeux d’un autre côté, et j’ai remarqué des gens qui se donnent bien des peines et des soins superflus : ils amassent des richesses par toutes sortes de voies justes et injustes, sans qu’ils aient l’esprit de se servir des biens qu’ils ont amassés. Ils possèdent tout ce qu’on peut posséder ; ils couvent leurs trésors ; ils ont toujours les yeux dessus pour les garder, et ne savent pour qui ils les conservent avec un si grand soin ; ils n’ont jamais la satisfaction de jouir eux-mêmes de leurs travaux, car ils n’ont ni enfants, ni frères, ni proches parents, afin de pouvoir dire qu’ils ont eu de justes motifs pour mettre en réserve les richesses qu’ils ont acquises. Je n’ai donc point remarqué de plus grande vanité ni de plus grande misère que celles d’un homme qui amasse des biens et des trésors, et qui ne tonnait pas ceux à qui il doit les laisser.

    Quelques interprètes attribuent à notre Sauveur les paroles suivantes : " Il y en a un seul et qui n’a pas de second ;" parce qu’il est descendu du ciel pour sauver seul le monde ; et quoiqu’il y ait une infinité d’enfants de Dieu qui sont ses frères adoptifs, il ne s’est pourtant associé personne pour travailler avec lui. Ses travaux sont immenses, ayant pris sur luimême les peines dues à nos péchés et à nos crimes, et n’ayant jamais cessé de travailler et d’être affligé pour l’expiation de nos iniquités, animé qu’il était d’un désir ardent de notre salut. Ce qu’il y a encore de plus admirable dans sa conduite est que, plus nous péchons contre lui, plus nous exhorte-t-il à nous convertir et à faire pénitence.

    V. 9 jusqu’au 12. " Il vaut donc mieux être deux ensemble que d’être seul, car ils tirent de l’avantage de leur société : si l’un tombe, l’autre le relève. Malheur à celui qui se trouve seul ! car, lorsqu’il sera tombé, il n’aura personne pour le relever. Si deux dorment ensemble, ils s’échauffent l’un l’autre ; mais comment un seul s’échauffera-t-il ? Si quelqu’un a de l’avantage sur l’un des deux, tous deux lui résistent ; un triple cordon ne se rompt pas aisément. " L’Ecclésiaste vient de parler des inquiétudes et des tortures que se donnent les avares pour acquérir de plus en plus des trésors et des richesses ; mais en cet endroit il veut faire l’éloge de la société et des avantages qu’on en peut retirer ; car, dit-il, lorsque deux amis demeurent ensemble, il n’est point d’accident fâcheux auquel ils ne puissent remédier : si par hasard l’un vient à tomber, l’autre court aussitôt pour le secourir et le relever. On est aussi moins embarrassé de ses affaires domestiques, et l’on repose bien plus tranquillement pendant la nuit quand on sent à son côté un ami fidèle, que quand on se trouve seul et sans compagnon, quoique d’ailleurs environné de biens et de trésors.

    S’il arrive même qu’un ennemi fier et plus fort que l’un des deux se jette sur lui, l’autre viendra à son secours, et tous deux ensemble terrasseront celui qui les aurait vaincus l’un après l’autre. Ainsi , comme deux personnes qui s’entr’aiment véritablement valent beaucoup mieux qu’un homme seul , de même aussi l’union et la société de trois personnes est préférable à celle de deux qui demeurent ensemble ; et, ce qui est bien remarquable, c’est que la vraie charité, et (amour du prochain qui n’est point infecté de la malignité de l’envie, devient plus fort et plus noble à proportion qu’il croit en nombre d’amis et de frères. Vera etenim caritas et à nullo livore violata, quanto augetur numero , tanto crescit et robore . Ce sens est simple et naturel.

    Au reste, comme nous avons déjà remarqué le sentiment de quelques interprètes qui expliquent de Jésus-Christ ces endroits que nous traitons, je crois que nous devons continuer à rapporter leurs expositions dans le même ordre que nous avons fait ci-dessus. " Il vaut mieux être deux ensemble que d’être seul. " Cela veut dire qu’il vaut infiniment mieux avoir Jésus-Christ dans son coeur que d’être exposé seul aux pièges de son adversaire. Cet avantage parait visiblement dans le secours que Jésus-Christ ne manque pas de donner à tous ceux qui sont en société avec lui ; car si quelqu’un de ceux-là vient à tomber par surprise, Jésus-Christ (166) aussitôt accourt à son secours et le relève. " Malheur à celui qui est seul ! " et qui n’a pas présent le Sauveur pour le relever de ses chutes. De même si le sommeil de la mort enlève quelque fidèle de ce monde, comme il porte Jésus-Christ dans son sein, il a en lui-même un principe de vie qui le réchauffera et le fera ressusciter plus promptement au dernier jour. Enfin, si le démon se présente pour attaquer rudement un serviteur de Jésus-Christ, alors il se joindra à celui qui est attaqué, pour résister tous deux ensemble à ce fier ennemi. Ce n’est pas que la vertu seule de Jésus-Christ ne soit toute-puissante contre le démon ; mais c’est pour faire connaître le libre arbitre de l’homme, à qui Dieu le laisse toujours, et pour nous avertir en même temps que Jésus-Christ devient plus fort en ses membres contre le démon lorsque nous concourons à notre propre défense. Non quod solius Christi adversus diabolum virius infirma sit ; sed quod liberum homini relinquatur arbitrium, et annitentibus nobis ipse in praeliando fortior fiat .

    V. 13 jusqu’au 17. " Un enfant pauvre, mais qui est sage, vaut mieux qu’un roi vieux et insensé, qui ne sait rien prévoir pour l’avenir ; car quelquefois tel est dans la prison et dans les fers qui en sort pour être roi, et tel est né roi qui tombe dans une extrême pauvreté. J’ai vu tous les hommes vivants qui marchent sous le soleil avec un second jeune homme, qui doit succéder à son tour. Tous ceux qui ont été avant lui sont un peuple infini en nombre, et ceux qui doivent venir après ne se réjouiront point en lui. Mais cela même est une vanité et une affliction d’esprit. " Mon précepteur dans l’hébreu, que je cite souvent dans cet ouvrage, me dit, un jour qu’il lisait l’Ecclésiaste avec moi, que Baraciba, le plus célèbre de tous les docteurs juifs, expliquait ainsi cet endroit de l’Écriture. L’homme intérieur , qui commence d’agir en nous après l’âge de quatorze ans, ou l’âge de puberté, vaut beaucoup mieux que l’homme extérieur et charnel qui est sorti du ventre de la mère avec un grand penchant pour les vices. Il est sorti du sein de la mère comme d’une prison où les enfants sont enchaînés, et il n’en est sorti que comme un esclave du péché qui règne en lui. Cet homme est tombé dans une extrême pauvreté en la personne de ses descendants, qui commentent toutes sortes de crimes. J’ai donc vu ceux qui ont vécu selon les inclinations du premier homme, et qui dans la suite ont quitté l’enfance pour passer à un âge plus raisonnable, à l’état du second homme, qui se forme en nous peu à peu pendant que le premier se détruit ; et j’ai remarqué que tous avaient péché dans ce premier homme avant que de voir paraître en eux le second, et avant qu’on vit deux hommes contraires en chacun de nous. Mais comme ils se sont tournés du côté du bien et qu’ils ont quitté la gauche de la lettre Y (1), fameuse parmi les philosophes, pour se jeter à droite, je veux dire pour suivre le second homme qui a succédé au premier, ils n’ont point de joie lorsqu’ils se souviennent de ce premier homme qui les a fait pécher. L’Apôtre nous est aussi témoin que nous portons deux hommes en nous-mêmes ; et cette expression suivante du livre du Lévitique semble nous en avertir : " L’homme, l’homme qui voudra faire cela ou ceci, etc. "

    Saint Grégoire, évêque de Pont, disciple d’Origène, a pris ce passage dans le sens suivant, quand il a expliqué l’Ecclésiaste. Pour moi, dit-il, je préfère volontiers un enfant pauvre et sage à un vieux fou qui est assis sur le trône, et qui est incapable de comprendre qu’il n’est pas impossible que quelqu’un de ceux qu’on a mis en prison et chargés de chaînes par ses ordres sorte de là pour être couronné roi, et que lui-même perde toute son autorité et la puissance dont il abuse si injustement ; car il arrive quelquefois que ceux qui ont vécu d’abord sous le règne d’un roi fort vieux trouvent ensuite de grandes douceurs sous la conduite d’un enfant qui gouverne sagement son royaume ; mais ceux qui viendront après eux, n’ayant aucune connaissance des maux passés, ne pourront point louer l’enfant sage qui a succédé à un roi vieux et insensé, parce qu’ils se laisseront emporter par de fausses opinions et par les mouvements impétueux de leurs inclinations opposées à la vertu.

    Apollinaire, évêque de Laodicée, fameux interprète des Ecritures, tâche ici, à son ordinaire, d’expliquer les plus grandes difficultés et de dire de grandes choses en peu de mots. Il prétend

    (1) La lettre Y, qu’on a appelée la lettre de Pythagore, était le symbole de la voie de la vertu et de la voie du vice : le côté droit marquait les gens de bien, le côté gauche les méchants et les vicieux.

    tend que l’Ecclésiaste parle en cet endroit de l’échange imprudent que l’on fait quand on donne de grandes et de bonnes choses pour d’autres moindres et mauvaises. Par là il veut nous donner l’idée de ces hommes insensés qui préfèrent les biens présents et passagers à la félicité des biens futurs et de la vie éternelle qu’ils ne considèrent jamais, ne prenant plaisir que dans la jouissance de ce qui flatte les sens et leurs inclinations brutales. Après qu’il a encore parlé en général de ce qui arrive dans ce monde et des vicissitudes qu’on y remarque, il conclut enfin par la mort, qui est le terme de toutes les fortunes du siècle et de toutes les actions des hommes. On voit donc mourir tous les jours une infinité de personnes dont d’autres occupent aussitôt la place , et ces derniers feront bientôt place à d’autres qui viendront après eux. Cette succession continuelle est la preuve de la vérité des paroles de l’Ecclésiaste.

    Origène et Victorin, qui s’accordent assez, appliquent cet endroit à Jésus-Christ et au démon. Jésus-Christ est l’enfant pauvre et plein de sagesse, et le démon le roi vieux et insensé. L’Ecclésiaste a donc vu par un esprit prophétique tous les hommes qui peuvent être participants des grâces de celui qui dit : " C’est moi qui suis la vie," et qui abandonnent le roi vieux et insensé pour suivre Jésus-Christ. Ou bien ceci est la figure de deux peuples d’Israël, du premier qui a été attaché à Dieu avant la venue de notre Sauveur, et du dernier qui doit recevoir l’Antéchrist pour le véritable Christ. Ce premier peuple n’a pas été entièrement rejeté, puisque la première Eglise de Jésus Christ a été formée en partie du peuple juif d’où les apôtres ont été choisis ; mais les Juifs qui donneront dans l’illusion à la fin du monde n’auront aucun sujet de se réjouir et de se glorifier dans la personne de leur Christ, eux qui mettront, à la place du Messie et de l’oint du Seigneur, un méchant homme et le véritable Antéchrist.

    V. 17. " Considérez où vous mettez les pieds lorsque vous allez en la maison du Seigneur, et approchez en sorte que vous écoutiez ; car l’obéissance vaut mieux que les victimes des insensés, qui ne connaissent pas le mal qu’ils font. " L’Ecclésiaste nous donne ici d’excellents préceptes pour notre conduite. Il nous avertit de prendre garde à ne point faire de faux pas quand nous allons à l’Église ; car on ne se rend point recommandable pour entrer dans la maison du Seigneur ; mais c’est quand on y entre sans l’offenser. D’ailleurs s’il était donné à tous ceux qui sont dans l’Église d’entendre la parole de Dieu, l’auteur de ce livre n’eût point ajouté : " Et approchez-vous afin que vous entendiez." Nous lisons aussi dans le livre de l’Exode que Moïse était le seul qui approchait de Dieu pour l’entendre, pendant que les autres se tenaient loin et ne pouvaient en approcher. Les hommes insensés, qui ignorent que ces maximes sont les vrais remèdes du péché, s’imaginent qu’ils pourront faire satisfaction à Dieu pour leurs offenses, et effacer leurs péchés, pourvu qu’ils fassent des dons et des présents à l’autel. Ils ne comprennent pas que c’est un grand mal et un grand péché de se flatter que, sans obéir aux commandements de Dieu et sans faire de bonnes oeuvres, on peut se convertir, et expier les crimes qu’on a commis par des victimes et des dons qu’on offre à Dieu. Il y a des passages dans l’Écriture qui confirment cette vérité et qui nous disent que" l’obéissance est préférable aux sacrifices ; " et ailleurs encore il est écrit : " C’est la miséricorde que je demande, et non pas des sacrifices."

    Source du texte : Biblia Clerus

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