Règlement pour les filles et femmes pénitentes · Saint Jean Eudes
Chapitre IV : Du silence qu’elles garderont
Afin de satisfaire en quelque partie à la divine Justice pour les péchés de paroles qu'elles ont commis, et d'apprendre à mortifier leur langue, laquelle, selon l'apôtre saint Jacques, est la source de toute iniquité, elles s'abstiendront de parler et garderont le silence:
1. Depuis le premier coup de Matines, jusques à la fin de Prime du jour suivant.
2. Depuis une heure après midi jusques à deux.
3. Depuis Complies jusques à la récréation d'après le souper.
Outre cela il ne leur sera point loisible de parler au lieu où elles entendront la sainte Messe, ni au Dortoir et Réfectoire.
On ne leur permettra jamais de parler à personne du dehors, sans Assistante, si ce n'est à leurs pères et mères, et que ce soient eux qui les aient mises dans la maison.
Elles se diront souvent à elles-mêmes, à l'imitation de saint Bernard: Pourquoi es-tu venue ici? et elles considéreront qu'elles y sont venues pour apprendre à connaître, aimer et servir Dieu, et pour commencer une vie toute nouvelle.
Elles sauront qu'il n'y a point d'autre moyen par lequel elles se puissent garantir de la damnation éternelle, et se rendre dignes de voir un jour la sainte face de Dieu, que celui d'une véritable pénitence; et pour cet effet, sitôt qu'elles seront entrées en la maison, elles se prépareront à une confession générale par un bon examen, par plusieurs prières qu'elles feront à Notre-Seigneur, à sa sainte Mère et à tous les Saints, afin d'obtenir de Dieu une vraie contrition de leurs péchés, et la grâce de s'en confesser clairement, humblement et entièrement, et s'en départir pour jamais.
Outre cela, elles s'efforceront autant qu'elles pourront de se rendre agréables à Dieu, et de confondre le diable durant tout le reste de leur vie par prières, par jeûnes et par toutes sortes de saintes actions, spécialement par l'exercice de l'humilité, de l'obéissance, et de la mortification de leurs sens et de leurs inclinations.
Elles jeûneront et prendront la discipline tous les vendredis, excepté la semaine de Pâques 1 7 2, pour maintenir et accroître en elles les saintes vertus, et la crainte d'offenser Dieu.
Elles jeûneront aussi les veilles des Fêtes de la sainte Vierge.
Celles qui seront portées aux austérités extérieures et corporelles, déclareront leurs désirs à leur Maîtresse, laquelle leur en permettra, selon qu'elle le jugera à propos, pour les exercer en la pratique de la pénitence.
Quand il y en aura qui seront attirées à la vraie et parfaite humilité, et autres vertus intérieures, la Mère leur pourra faire la charité de leur faire une petite exhortation, en forme de chapitre, ou elles diront leurs fautes, tout haut, trois ou quatre, l'une après l'autre; sur quoi elle les corrigera et encouragera, selon que le saint-Esprit lui inspirera, et ce tous les vendredis de l'année, si ce n'est quand il arrivera quelque fête remarquable en la semaine, qu'elle avancera ou différera cet exercice comme elle jugera à propos 173.
Elles ne feront rien sans le congé de leur Maîtresse, ni ne boiront, ni ne mangeront hors le repas ordinaire, ni ne se donneront et prêteront aucune chose, sans le même congé.
L'un des principaux assujettissements qu'elles doivent observer, est de ne point sortir de leur ouvrage sans une légitime nécessité et permission.
Les lectures qu'elles feront, ou qu'on leur fera, seront de la Vie des Saints, ou du livre de la grande Guide des pécheurs de Grenade, ou du Mémorial de la vie chrétienne, ou de quelque autre livre qui traite des quatre fins dernières de l'homme, de la Passion de Notre-Seigneur, et autres semblables, lequel sera toujours réglé par la Supérieure.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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