Lettres et allocutions (1909-1912) · Saint Pie X
Discours du 17 avril 1910 aux pèlerins hongrois
De tous les sentiments que Dieu nous a donnés, aucun n'est aussi fort que celui de la reconnaissance, par lequel nous sentons vivement le besoin de remercier quiconque nous a fait du bien. Cependant, tandis que ce sentiment s'impose impérieusement entre les hommes, il est bien souvent oublié quand il s'agit de le montrer au Seigneur, et le fait des dix lépreux mentionnés dans le saint Evangile, dont un seul revient manifester sa reconnaissance, obligeant le divin Rédempteur à se lamenter avec ces mots : Et novem ubi sunt? se renouvelle, hélas! tous les jours.
C'est pourquoi je dois vous féliciter, chers fils de la Hongrie. Bien que neuf siècles se soient écoulés depuis le jour où saint Etienne inaugura son gouvernement en demandant au pape Sylvestre II, par l'entremise des légats, sa bénédiction, et en lui soumettant ses entreprises, vous avez voulu, pour rappeler les bienfaits dont a joui votre nation grâce à la Bénédiction apostolique, commémorer pour toujours votre reconnaissance par un monument. Et ce monument élevé sur le tombeau de Sylvestre II rappellera aux générations à venir que saint Etienne, décoré pour sa piété, par le Pontife, du titre de roi apostolique et honoré du diadème et des autres insignes royaux, fut, grâce à la bénédiction du Pape, un sage législateur et un généreux bienfaiteur de son peuple; il fonda, outre le monastère de Panon, quatre autres abbayes de Bénédictins, établit et organisa dans tout le royaume les diocèses, appela des prêtres missionnaires de l'Allemagne, de la Bohême et de l'Italie (parmi eux, il m'est doux de rappeler le moine vénitien saint Gérard, qui fut le premier évêque et martyr de Csanad). Afin de rendre plus aisées les communications de son peuple avec le reste de la chrétienté, il favorisa les pèlerinages, et pour être utile aux Hongrois il fonda des hospices de moines à Jérusalem, à Rome, à Ravenne, à Constantinople. Ainsi, en quarante ans et plus de règne, il contribua admirablement, pour le triomphe de la foi, à la paix et à la prospérité de ses sujets.
Et comme la reconnaissance encourage le bienfaiteur à continuer ses bienfaits, je suis sûr que par votre souvenir reconnaissant vous mériterez que le Seigneur continue à regarder avec un œil bienveillant votre patrie, afin que chacun puisse vivre tranquillement dans l'observation fidèle de ses lois et dans la concorde des esprits.
Que si la bénédiction du Pape peut contribuer à cela, bien que successeur indigne de Sylvestre II, de tout cœur j'appelle l'abondance des grâces divines sur l'auguste successeur de saint Etienne, le roi apostolique François-Joseph, à qui le Seigneur a donné la longueur des jours, afin que, par sa vertu et par l'admirable exemple qu'il donne de son dévouement à l'Eglise" catholique, il contribue au triomphe de la religion et au bien de ses sujets. Que la bénédiction descende avec largesse sur mes chers Fils les deux cardinaux et sur Nos Vénérables Frères les archevêques et évêques de Hongrie, afin que par leur apostolat ils recueillent des fruits de salut abondants; sur le clergé séculier et régulier, pour qu'il coopère par son zèle au bien des âmes et que par sa vertu il donne au peuple un salutaire exemple; sur tous les fidèles, afin qu'ils correspondent aux grâces divines et arrivent à la récompense que le Seigneur réserve aux bons.
[Rome, 8 mai 1910.1
EPISTOLA
üdRm P. D. Josephum Beruaz, Lausanensium et Genevenslum episcopum, sexagesimum sacerdoti/ sui anni-
versarium e xpiente m gratulationis ergo.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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