Lettres et allocutions (1906-1907) · Saint Pie X

    Lettre aux évêques de Bolivie

    A NOS VÉNÉRABLES FRÈRES, L'ARCHEVÊQUE E T L E S É V È Q U E S D E ROLIVIE PIE X PAPE

    VÉNÉRABLES FRÈRES, SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE

    L'affliction que Nous causaient do récentes amertumes Nous aurait engagé à Nous épancher auprès de vous, dans l'espoir d'adoucir Nos inquiétudes et de trouver un soulagement dans votre patrie, comme en un siège bien connu de la religion. Au contraire, Nous apprenons qu'en ce pays aussi et avec une audace qui ne le cède à personne, les citoyens qui gèrent la chose publique et dont le devoir est de favoriser, aussi le bien spirituel, suscitent sans ménagement ni mesure des embarras intimes et ajoutent par là à Nos graves inquiétudes.

    Cette nation, qui, dans sa constitution, reconnaissait le seul culte catholique comme culte public, n'hésite pas aujourd'hui i sanctionner la liberté dite des cultes et dès lors à permettre la pratique de religions fausses, allant jusqu'à abroger le chapitre qui avait trait à la religion du pays.

    De plus, justement respectueuse du caractère sacré jusqu'à ce jour, elle accordait aux clercs l'immunité ecclésiastique judiciaire; tandis que maintenant, par une loi présentée aux assemblées publiques, elle déclare ne vouloir plus reconnaître ce privilège concédé à la hiérarchie catholique.

    Enfin, le mariage chrétien, dont elle honorait le caractère et la dignité; le droit naturel et propre de l'Église sur le mariage des chrétiens, qu'elle entourait de respect, sont l'objet d'iniques tentatives par lesquelles elle s'efforce de ravir à l'Église cette puissance exclu- ' sive, pour accorder, imposer même le mariage dit civil.

    Bien certainement, vous et votre peuple, vous n'êtes pas sans voir combien ces lois sont une injure pour l'Église, une entrave aux bonnes mœurs et à la vertu, et un recul dans le vrai et salutaire progrès des nations et des peuples. Nous avons la conviction que vous n'avez omis aucune démarche pour épargner ces maux à la patrie fit à la religion, et que présentement, soit en corps, soit individuellement, vous protestez contre ces lois et ces projets. Le devoir de Notre charge, qui est de régir toutes les nations, Nous engage aussi vivement à veiller avec soin à ce que la communauté chrétienne ne souffre en aucune façon des tentatives ou oeuvres de qui que ce soit.

    Il Nous appartient donc en premier lieu de rappeler les droits très saints de l'Église, de les confirmer sans crainte de quelque puissance que ce soit, de les recommander et protéger. Comme il y va de l'intérêt suprême du public et des particuliers, et que par là peut être tarie la source de maux très graves pour la société et la famille, Nous croyons surtout devoir exposer la notion du mariage chrétien, d'autant plus qu'elle paraît ignorée et qu'elle a fait place, à de fallacieuses erreurs chez ceux qui ont la charge du gouvernement.

    Il faut, en effet, qu'ils aient oublié le caractère sacré du mariage chrétien et qu'ils soient imbus d'opinions erronées, ceux qui, en proposant des lois pleines d'embûches, s'efforcent d'occuper en maîtres le terrain réservé du mariage.

    Il conste, en effet, pour le peuple chrétien, sans aucun doute possible, que le mariage institué par Dieu comme une fonction de la nature a été élevé à la dignité de sacrement par Jésus, Sauveur et Rédempteur du genre humain, en sorte que le mariage proprement dit des chrétiens ne se sépare pas de la notion de sacrement. Or, l'administration des sacrements, le droit qui les régit, comme d'ailleurs toute autre chose sacrée, sont en la puissance de l'Église, vérité plus claire que le jour, et c'est pourquoi les lois sur le mariage, loin d'être du ressort du gouvernement civil, sont du domaine de l'Église et d'elle seule. Vouloir donc légiférer sur le mariage des chrétiens, de la part de ceux qui président aux affaires civiles, c'est absolument s'attaquer au droit d'autrui et faire un acte entaché de nullité. Dès lors, les chrétiens qui oseraient contracter le mariage civil n'aboutiraient qu'à un simulacre de mariage, ne recevraient pas le sacrement, seul et vrai mariage, et obtiendraient injustement les effets dits civils, attendu que leur principe est nul et de nulle valeur.

    Dans ces conditions, Nous ne pouvons pas, en face de cette injustice et de ce sacrilège, ne pas Nous en affliger, les déplorer, les réprouver et venger autant qu'il est en Nous les droits très saints de l'Église, lésés par un gouvernement qui se donne le nom de catholique.

    Nous n'avons cependant pas perdu tout espoir, confiant dans l'appui et le secours de Dieu, et Nous aimons à croire que le gouvernement de la Bolivie, s'inspirant de meilleurs conseils, rendra à chacun son dû; à l'État ce qui est du domaine civil; à Nous et à l'Église ce qui est du domaine sacré. Puisse-t-il comprendre et se persuader que la prospérité publique découle de la pratique de la justice envers la religion, et que le respect des lois saintes est le plus sûr garant du respect des lois civiles.

    Quant à vous, Vénérables Frères, qui, de façon plus immédiate, avez charge de la nation, Nous vous recommandons d'avoir l'esprit attentif aussi bien à ce qui doit lui profiter qu'à ce qui pourrait lui nuire. Ce qui doit lui profiter, travaillez à l'affermir et à le développer; ce qui pourrait lui nuire, appliquez-vous énergiquement à l'écarter par votre influence, votre zèle et vos prières.

    Comme gage des grâces célestes et témoignage spécial de Notre bienveillance pour vous et la république de Bolivie, Nous vous accordons dans le Seigneur et de tout cœur la bénédiction apostolique.

    Donné â Rome, près Saint-Pierre, le 24 novembre de l'année 1906, de Notre Pontificat la quatrième*

    PIE X, PAPE.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

    Lire la suite de Lettres et allocutions (1906-1907)

    33 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.