Du Symbole · Augustin d'Hippone
Chapitre II : LE FILS DE DIEU, NOTRE-SEIGNEUR, EST VÉRITABLEMENT DIEU ET TOUT-PUISSANT
Nous croyons donc également en Jésus-Christ Notre-Seigneur, le Fils unique de Dieu, Père tout-puissant. Quand vous entendez parler du Fils unique de Dieu, reconnaissez qu’il est Dieu. En effet le Fils unique de Dieu ne saurait ne pas être Dieu. Le Père engendre ce qu’il est, quoiqu’il ne soit pas celui qu’il engendre. Si donc la personne engendrée est véritablement le Fils de Dieu, elle est ce qu’est le Père lui-même ; si elle n’était pas, quant à la nature, ce qu’est le Père lui-même, elle ne serait pas le vrai Fils de Dieu. Jetez les yeux sur les créatures mortelles et terrestres ; toute créature engendre toujours ce qu’elle est. L’homme n’engendre pas un bœuf ; la brebis n’engendre pas un chien, et réciproquement. Tout être engendre donc toujours ce qu’il est. Aussi, croyez fortement, fermement, fidèlement ; que Dieu le Père engendre ce qu’il est lui-même, lui tout-puissant. Les créatures mortelles engendrent par la corruption. Est-ce donc ainsi que Dieu engendre ? Un être mortel engendre ce qu’il est ; il en est de même de l’être immortel ; l’être corruptible engendre un être corruptible ; et l’être incorruptible engendre un être incorruptible. L’être corruptible engendre par la corruption, l’être incorruptible engendre sans corruption ; et il engendre tellement ce qu’il est, qu’étant un, son Fils est un aussi et par conséquent Fils unique : Vous savez les termes dans lesquels je me suis exprimé et que j’ai imposés à votre foi, en formulant devant vous le Symbole : « Nous croyons en Dieu le Père tout-puissant et en Jésus-Christ son Fils unique ». Puisque Jésus-Christ est le Fils unique de Dieu, croyez donc qu’il est tout-puissant ; Dieu le Père ferait-il ce qu’il veut, tandis que Dieu le Fils ne pourrait pas faire ce qu’il veut ? Dans le Père et le Fils il n’y a qu’une seule et même volonté, puisqu’il n’y a qu’une seule et même nature. La volonté du Fils ne peut donc en aucune manière être séparée de la volonté du Père. Le Père est Dieu, le Fils est Dieu ; tous deux ne font qu’un seul Dieu ; le Père est tout-puissant, le Fils est tout-puissant, tous deux ne sont qu’un seul tout-puissant.
Nous n’admettons pas deux dieux comme le font certains impies qui disent : Dieu le Père et Dieu le Fils, en sorte que Dieu le Père soit plus grand, et Dieu le Fils plus petit. Que sont-ils tous deux ? Deux dieux ? Vous rougiriez de le dire, rougissez donc de le croire. Vous dites : le Seigneur Dieu le Père, et le Seigneur Dieu le Fils ; et voici que le Fils lui-même déclare : « Personne ne peut servir deux maîtres ». Dans la famille chrétienne, comme dans une grande maison où le père a un fils, nous serions donc obligés de dire Le grand maître et le petit maître ? Ayons horreur d’une semblable pensée. Si vous l’aviez conçue dans votre cœur, c’est à des idoles que vous auriez consacré votre âme. Brisez immédiatement ces idoles. Croyez d’abord, et ensuite comprenez. S’il arrive à quelqu’un de comprendre aussitôt qu’il croit, une telle faveur ne peut lui venir que de Dieu, la fragilité humaine n’y est pour rien. Toutefois si vous ne comprenez pas encore, du moins croyez qu’il n’y a qu’un seul Dieu, Dieu le Père et Jésus-Christ son Fils. Tous deux que sont-ils ? Un seul Dieu. Et comment tous deux ne sont-ils qu’un seul Dieu ? Comment ? Vous vous étonnez ? Ne lisons-nous pas dans les Actes des Apôtres : « Et la multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme ? » De toutes ces âmes, la foi n’en avait fait qu’une seule. Il y en avait plusieurs milliers, mais elles s’aimaient et la charité n’en avait fait qu’une seule âme ; elles aiment Dieu dans le feu de la charité et cette multitude offrait le spectacle d’une ravissante unité. Si la charité a pu ne faire qu’une seule âme de toutes ces âmes ; que ne peut pas faire la charité en Dieu, car là du moins elle ne rencontre aucune diversité, mais une égalité parfaite ? Sur la terre et parmi les hommes, si la charité a pu s’élever au point de ne faire qu’une seule âme de toutes ces âmes ; là où le Père est essentiellement inséparable du Fils et le Fils du Père, se peut-il que le Père et le Fils ne soient pas un seul Dieu ? De ces âmes dont nous parlons on pouvait dire qu’elles étaient plusieurs âmes et une seule âme ; mais en Dieu il se trouve une union ineffable et souveraine : voilà pourquoi il ne peut y avoir qu’un seul Dieu et non pas deux dieux.
Le Père fait ce qu’il veut, le Fils fait ce qu’il veut. Gardez-vous de croire que le Père soit tout-puissant et que le Fils ne soit pas tout-puissant ; ce serait là une grossière erreur, rejetez-la loin de vous, qu’elle ne laisse aucune trace dans votre mémoire, qu’elle ne pénètre point dans votre foi, et si déjà elle y avait pénétré pour quelques-uns, rejetez-la avec dégoût. Le Père est tout-puissant, le Fils est tout-puissant. Si le tout-puissant n’a pas engendré le tout-puissant, ce n’est pas son véritable Fils qu’il a engendré. Disons-nous, mes Frères, que le Père plus grand a engendré un Fils plus petit ? Que veut dire ce mot : il a engendré ? Parmi nous, sans doute, le père qui engendre est plus grand que le fils engendré ; mais ensuite ne voyons-nous pas ce père décroître par la vieillesse et le fils grandir avec l’âge et parvenir à la grandeur de son père ? Or le Fils de Dieu ne croit pas, parce que Dieu ne peut vieillir ; il est engendré dans toute sa perfection. Puisqu’il ne grandit pas et qu’il n’est pas plus petit que le Père, il est donc engendré dans un état parfait et absolument égal à son Père. Pour mieux vous convaincre que le Père tout-puissant engendre un Fils tout-puissant, écoutez celui qui est la Vérité même. Le témoignage que la vérité rend d’elle-même ne saurait être que véritable. Or, que dit la Vérité ? Que dit le Fils qui est la vérité ? « Tout ce que fait le Père, le Fils le fait également ». En faisant tout ce qu’il veut, le Fils est donc tout-puissant. Car, si le Père fait quelque chose que le Fils ne peut pas faire, le Fils nous a trompés quand il a dit : « Tout ce que fait le Père, le Fils le fait également ». Si donc le Fils a dit la vérité, croyez fermement que « tout ce que fait le Père, le Fils le fait également », et en le croyant, vous croyez que le Fils est tout-puissant. Quoique cette parole ne soit pas formellement exprimée dans le symbole, cependant vous la formulez implicitement quand vous croyez en un seul Dieu. Le Père a-t-il quelque chose que n’ait pas le Fils ? Les hérétiques Ariens l’affirment dans leurs blasphèmes, mais je soutiens qu’ils sont dans l’erreur. J’ajoute que si le Père a quelque chose que n’ait pas le Fils, le Fils nous trompe quand il nous dit : « Tout ce qui est à mon Père est à moi ». On pourrait citer d’innombrables témoignages pour prouver que le vrai Fils de Dieu est le Fils du Père, que Dieu le Père engendre Dieu le Fils et que le Père et le Fils sont un seul Dieu.
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