Contre Adimantus, manichéen · Augustin d'Hippone
Chapitre II : LE REPOS DE DIEU.
Nous lisons : « Dieu accomplit le sixième jour toutes les œuvres qu’il avait faites, et il se reposa le septième jour après avoir achevé tous ses ouvrages »6. Ce passage est également attaqué par les Manichéens. Dire avec la Genèse que le septième jour Dieu se reposa après toutes les œuvres qu’il avait faites, c’est évidemment contredire ce mot de l’Évangile : « Mon Père agit jusque maintenant »7. Une telle assertion est une pure calomnie. En effet, dans l’Évangile, le Seigneur réfute l’erreur des Juifs qui croyaient que Dieu se repose tellement depuis le septième jour, qu’il est dans une inactivité absolue. Mais ce repos n’est autre chose que la cessation de l’action créatrice, sans que l’on puisse en conclure aucunement que Dieu ait abandonné l’administration du monde. Il n’est pas dit que Dieu se reposa de ses œuvres de manière à ne plus faire quoi que ce fût ; mais seulement : « Dieu se reposa de toutes les œuvres qu’il avait créées ». L’action de Dieu n’a plus pour objet la création, puisque la création est terminée, mais le gouvernement et la conservation de l’univers ; et telle est l’action continuelle dont Jésus-Christ nous atteste l’existence. Du reste, ce repos ne peut être considéré comme une pause après un travail ; Dieu cesse de créer la nature des choses, mais en exerçant sur elle un travail incessant de gouvernement et de conservation.
C’était donc dénaturer les observances du sabbat, de penser avec les Juifs que l’on devait suspendre même le travail que nécessitent la santé et la conservation de l’homme. Voilà pourquoi, dans d’autres circonstances encore, le Seigneur leur reproche ces exagérations, soit par la parabole du bœuf qui tombe dans un puits, soit par la parabole de l’âne que l’on délie pour le conduire se désaltérer au torrent8. Le sabbat n’a pas été détruit par les chrétiens, seulement il ne fut plus observé charnellement ; les saints, l’interprétant spirituellement, y ont vu l’image du repos auquel le Sauveur nous convie par ces paroles : « Venez à moi, vous qui travaillez et je vous rendrai la force. Prenez mon joug et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos âmes. Car mon joug est doux et mon fardeau est léger »9. C’est ce sabbat ou ce repos que la sainte Écriture symbolisait, et que les Juifs ne comprenaient pas ; ils n’en avaient que l’ombre, tandis que le corps, c’est-à-dire la vérité, devait nous en être révélée. De même donc que ce repos de Dieu nous est mentionné aussitôt après la création du monde, de même ce repos, qui nous est promis, ne nous sera accordé qu’après les travaux de cette vie, si ces travaux sont justes ; nous n’en jouirons qu’au septième jour, c’est-à-dire dans la dernière partie du siècle. Mais il serait trop long de développer cette pensée. Concluons seulement que, loin de contredire l’Ancien Testament, le Seigneur nous place uniquement dans la nécessité de le comprendre ; il ne détruit pas le sabbat au point d’anéantir la figure qui y était renfermée, il nous révèle plutôt le mystère qui y était caché.
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