Avantages de la viduité ou lettre à Julienne veuve · Augustin d'Hippone
Chapitre IV : DES SECONDES NOCES PERMISES.
Ainsi la pudeur conjugale et la fidélité matrimoniale sont un don de Dieu ; et si, en dehors de ce qui est nécessaire pour la procréation des enfants, la concupiscence charnelle se procure quelques satisfactions, c’est là un mal, mais ce mal n’excède pas le péché véniel, grâce au lien du mariage. En effet, si les relations matrimoniales n’ont pour but que la formation des enfants, si l’on y observe toutes les règles de la pudeur conjugale, si enfin le sacrement reste indissoluble pendant la vie des deux époux, tout alors est bien dans le mariage. Quand donc l’Apôtre s’écrie : « Je vous dis cela par indulgence et non pour vous exprimer un précepte »10, il n’entend parler que de cet usage immodéré de la chair, qui naît de la faiblesse des époux et que le lien nuptial rend digne d’un facile pardon. Le même Apôtre ajoute : « La femme est liée pendant toute la vie de son mari ; mais après sa mort elle recouvre sa liberté ; qu’elle se marie avec qui il lui plaît, pourvu que ce soit dans le Seigneur : mais elle sera plus heureuse si elle veut suivre mon conseil et rester veuve »11. C’est nous dire clairement que si une veuve se remarie chrétiennement, elle fait une bonne action dans le Seigneur, mais qu’elle en fera encore une meilleure en restant dans le veuvage. Ou bien, pour me servir non plus des paroles de l’Écriture, mais d’un exemple, Ruth est heureuse, mais Anne l’est beaucoup plus.
La première conclusion que vous pouvez tirer, c’est que la viduité, que vous avez embrassée, ne condamne pas les secondes noces, mais les met dans un rang inférieur. De même donc que la virginité vouée par votre fille ne condamne pas votre unique mariage, de même la viduité que vous observez ne condamne pas les secondes noces. De là l’hérésie des Cataphrygiens et des Novatiens, hérésie soutenue par Tertullien avec plus d’éclat que de sagesse, car il se permit de déchirer vivement les secondes noces que l’Apôtre, inspiré par la sagesse, déclare légitimes. Attachez-vous à cette doctrine apostolique, sans vous laisser ébranler par aucune discussion ignorante ou savante. Aimez le bien dont vous jouissez, mais ne l’exaltez pas au point de regarder comme criminelles les personnes qui ne l’ont pas conservé. Soyez d’autant plus heureuse de votre état, que non seulement vous voyez qu’il vous épargne bien des maux, mais aussi qu’il vous élève à un bien supérieur. Quels maux en effet ne sont pas l’adultère et la fornication !
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