L'évangile avec les Pères

    Mt 28, 8-15

    • Lundi dans l'Octave de Pâques
    • Lundi dans l'Octave de Pâques · Lundi 6 avril 2026
    • Lundi dans l'Octave de Pâques · Lundi 29 mars 2027

    L'évangile

    8Aussitôt elles sortirent du sépulcre avec crainte et grande joie, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples. 9Et voilà que Jésus se présenta devant elles et leur dit : « Salut ! » Elles s’approchèrent, et embrassèrent ses pieds, se prosternant devant lui. 10Alors Jésus leur dit : « Ne craignez point ; allez dire à mes frères de se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. » 11Pendant qu’elles étaient en chemin, quelques-uns des gardes vinrent dans la ville et annoncèrent aux Princes des prêtres tout ce qui était arrivé. 12Ceux-ci rassemblèrent les Anciens, et, ayant tenu conseil, ils donnèrent une grosse somme d’argent aux soldats, 13en leur disant : « Publiez que ses disciples sont venus de nuit, et l’ont enlevé pendant que vous dormiez. 14Et si le gouverneur vient à le savoir, nous l’apaiserons, et nous vous mettrons à couvert. » 15Les soldats prirent l’argent, et firent ce qu’on leur avait dit ; et ce bruit qu’ils répandirent se répète encore aujourd’hui parmi les Juifs.

    Bible Crampon (1923).

    Ce qu'en disent les Pères

    Réunis par saint Thomas d'Aquin dans La Chaîne d'Or sur saint Matthieu, traduction de l'abbé Péronne (1868).

    Mt 28, 8-10

    S. Hil. (can. 41) L’ange avait à peine cessé de parler aux saintes femmes que Jésus se présenta devant elles, afin qu’en annonçant aux disciples, qui étaient dans l’attente, la nouvelle de la résurrection, elles pussent leur transmettre ses paroles en même temps que celles de l’ange. - S. Aug. (De l’accord des Evang., 13, 24). L’Évangéliste dit qu’elles sortirent du tombeau, c’est-à-dire de l’enclos en forme de jardin, qui se trouvait devant le sépulcre creusé dans le roc. - S. Jér. Leur âme était partagée entre deux sentiments, la crainte et la joie, produites, l’une par la grandeur du miracle, l’autre par le désir de voir Jésus ressuscité, et ces deux sentiments réunis leur faisaient presser leur marche : « Et elles coururent annoncer cette nouvelle aux disciples ». Elles allaient trouver les Apôtres, afin que la semence de la foi fût répandue par leur ministère. Un zèle aussi ardent, un empressement aussi marqué les rendait dignes que le Seigneur ressuscité vînt à leur rencontre : « En même temps, Jésus se présenta devant elles et leur dit : Je vous salue ». - Rab. Il nous apprend ainsi qu’il va, par sa grâce, au-devant de ceux qui commencent à marcher dans la voie des vertus, et leur donne de parvenir au salut éternel. - S. Jér. Les femmes sont les premières qui méritent d’entendre cette parole : « Le salut soit à vous », et nous sommes ainsi affranchis dans la personne des femmes de la malédiction encourue par Eve la première femme.

    Sév. Nous voyons, dans ces femmes, une figure parfaite de l’Église, car, en s’adressant à ses disciples, Jésus-Christ leur reproche leurs doutes et les rassure contre leurs appréhensions, tandis qu’en venant au-devant de ces saintes femmes, il ne les effraye pas par le spectacle de sa puissance, mais les prévient par l’ardeur de sa charité, car c’est à lui-même qu’il souhaite le salut dans la personne de l’Église, avec laquelle il ne fait qu’un seul corps. - S. Aug. (De l’accord des Evang., 3, 24). Nous concluons de la lecture comparée des Évangélistes que les anges ont adressé deux fois la parole aux saintes femmes dans leur visite au tombeau : la première fois lorsqu’elles virent l’ange dont parle saint Matthieu et saint Marc, et la seconde lorsqu’elles virent les deux dont parlent saint Luc et saint Jean. Le Seigneur leur parla également deux fois, d’abord lorsque Marie le prit pour le jardinier (Jn 20,15), et, une seconde fois, lorsqu’il vint à leur rencontre, dans le chemin, pour affermir leur courage et dissiper toutes leurs craintes par cette seconde manifestation. - Sév. Mais, d’un côté, Jésus ne permet pas à Marie de le toucher, ici, au contraire, il accorde aux saintes femmes, non seulement de le toucher, mais de tenir embrassés ses pieds : « Elles s’approchèrent, et, embrassant ses pieds, elles l’adorèrent ». - Rab. Nous avons dit plus haut qu’il est ressuscité sans ouvrir son tombeau, pour nous apprendre que ce même corps, qui avait été déposé après sa mort dans un tombeau fermé, était revêtu d’immortalité ; il présente maintenant ses pieds aux pieux embrassements des saintes femmes, pour leur prouver qu’il a une véritable chair, qui peut être touchée par les hommes. - Sév. Ces femmes tiennent embrassés les pieds de Jésus-Christ, parce qu’elles sont, dans l’Église, la figure de la prédication évangélique, et qu’elles ont mérité cet honneur par leur pieux empressement ; et elles étreignent ainsi, par la foi, les pieds de leur Sauveur, pour obtenir l’honneur de connaître la divinité toute entière. Celle au contraire qui, sur la terre, pleure le Seigneur, et qui cherche comme mort, dans le sépulcre, celui dont elle ne sait pas qu’il règne dans les cieux avec son Père, entend de sa bouche ces paroles : « Ne me touchez pas » (Jn 20,17). Il n’y a aucune difficulté que ce soit la même Marie, qui, d’un côté, élevée au sommet de la foi, touche les pieds de Jésus-Christ et l’étreint de toute la force d’un saint amour, et qui, de l’autre, abattue sous le poids de l’infirmité de la chair et de la faiblesse naturelle à son sexe, est agitée par le doute et ne mérite point de toucher son Créateur. D’un côté, sa foi est un symbole ; de l’autre, ses doutes viennent de la faiblesse de son sexe. Ici, il faut voir l’action de la grâce divine ; là, l’infériorité de la nature humaine, car, lorsque nous parvenons à la connaissance des choses divines, nous vivons pour Dieu ; mais, lorsque nous avons des goûts terrestres, notre aveuglement vient de nous-mêmes. Ces saintes femmes embrassèrent les pieds du Seigneur, pour apprendre ainsi que, dans un sens figuré, la tête de Jésus-Christ était l’homme, que, pour elles, elles étaient à ses pieds, et qu’elles devaient suivre et non précéder en Jésus-Christ l’homme qui leur était donné. Le Sauveur leur répète ce que l’ange leur avait dit, pour augmenter en elles la confiance que le discours de l’ange leur avait inspirée.

    « Alors Jésus leur dit : Ne craignez point ». - S. Jér. Nous pouvons remarquer, dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, que toutes les fois que Dieu favorise les hommes d’une vision plus auguste, il commence par bannir la crainte, pour que les hommes puissent entendre dans le calme de leur âme les paroles qu’il veut leur adresser. - S. Hil. Nous voyons reproduit ici, mais dans un sens contraire, la marche suivie dans le grand événement qui a été la cause de notre perte ; c’est par une femme que la mort est entrée dans le monde, ce sont des femmes aussi qui, les premières, méritent de voir et d’annoncer la gloire de la résurrection, et c’est pour cela que le Seigneur ajoute : « Allez, et dites à mes frères qu’ils se rendent en Galilée ; c’est là qu’ils me verront ». - Sév. Il appelle ses frères ceux qu’il s’est unis par les liens du corps qu’il a pris ; il appelle ses frères ceux que, dans sa bonté, il a fait ses cohéritiers, lui l’héritier de Dieu ; il appelle ses frères ceux qu’il a adoptés pour les enfants de son Père. - S. Aug. (De l’accord des Evang., 3, 24). Chaque fidèle doit être attentif à rechercher dans quel dessein mystérieux le Seigneur commande, et par l’ange et par lui-même à ses disciples, d’aller pour le voir, non pas dans l’endroit où il devait d’abord se manifester, mais dans la Galilée, où il a été vu plus tard. Le mot Galilée signifie à la fois transmigration et révélation ; or, que nous donne à comprendre la première signification, si ce n’est que la grâce de Jésus-Christ devait passer du peuple d’Israël aux Gentils, auxquels les Apôtres n’auraient jamais confié le dépôt de la prédication évangélique, si le Seigneur lui-même ne leur avait préparé la voie dans le cœur des hommes ? C’est ce que veulent dire ces paroles : « Il vous précédera en Galilée ». Celles qui suivent : « C’est là que vous le verrez », signifient : C’est là que vous trouverez ses membres ; c’est là que vous reconnaîtrez son corps vivant dans la personne de ceux qui vous recevront. Si l’on donne au mot Galilée le sens de révélation, ce mot signifiera qu’il faut comprendre Jésus-Christ, non plus dans la forme de serviteur, mais dans cette nature qui le rend l’égal de son Père. Cette révélation, comme une véritable Galilée, aura lieu « lorsque nous lui serons semblables, et que nous le verrons tel qu’il est » (1Jn 3,2). Ce sera là aussi la plus heureuse transmigration, celle de cette vie à l’éternité.

    Mt 28, 11-15

    S. Chrys. (hom. 90). Parmi les prodiges qui entourèrent la mort et la résurrection de Jésus-Christ, les uns, comme les ténèbres furent communs à tout l’univers, les autres furent particuliers aux soldats qui gardaient le tombeau, comme l’apparition miraculeuse de l’ange et le tremblement de terre que Dieu permit pour les remplir d’effroi et les forcer de rendre témoignage à la vérité. Car la vérité brille d’un plus vif éclat lorsqu’elle est répandue par ses propres adversaires, et c’est ce qui est arrivé ici : « Quand elles furent parties, quelques-uns des gardes vinrent dans la ville, et annoncèrent aux princes des prêtres tout ce qui s’était passé ». - Rab. Souvent la simplicité d’une âme sans instruction, et même une ignorance grossière, révèle la vérité sans artifice et telle qu’elle est, tandis que l’astucieuse malignité s’efforce de faire passer le mensonge pour la vérité, en lui donnant les dehors de la vraisemblance. - S. Jér. Ainsi, les princes des prêtres qui auraient dû se convertir, et chercher eux aussi Jésus ressuscité, persévèrent dans leur malice et se servent de l’argent qui devait être consacré à l’usage du temple pour acheter un mensonge, de même qu’ils ont donné précédemment trente pièces d’argent au traître Judas : « Ceux-ci rassemblèrent les anciens, et, ayant tenu conseil, ils donnèrent une grosse somme d’argent aux soldats ». - Sév. Ce n’est pas assez pour eux d’avoir mis le Maître à mort, ils cherchent encore les moyens de perdre les disciples, et veulent leur faire un crime de la puissance de leur maître. Oui les soldats ont laissé échapper, et les Juifs ont perdu le corps de Jésus ; mais, si les disciples l’ont enlevé, ce n’est point furtivement, mais par la foi ; ce n’est point par fraude, mais par leur vertu ; ce n’est point par un crime, mais par leur sainteté, et ils l’ont enlevé plein de vie, et non comme une victime de la mort. - S. Chrys. (hom. 90). Car comment des hommes pauvres, sans esprit, et qui n’osaient se montrer, auraient-ils osé enlever le corps de leur maître ? Si, lorsqu’ils vivaient encore, ils se sont tous enfui, comment, après sa mort, n’auraient-ils pas craint cette multitude de gens armés ? Et encore, est-ce qu’ils pouvaient renverser la pierre du sépulcre qui ne pouvait être soulevée que par plusieurs bras ? Est-ce que le sceau public n’y avait pas été apposé ? Pourquoi d’ailleurs ne l’ont-ils pas dérobé la première nuit, lorsqu’il n’y avait aucune garde au tombeau ? car ce n’est que le jour du sabbat qu’ils demandèrent une garde à Pilate. Que signifient encore ces suaires que Pierre vit placés dans le sépulcre ? Si les disciples avaient voulu dérober le corps, ils ne l’eussent pas enlevé dépouillé de son linceul, non seulement par respect, mais encore pour ne pas être retardés par cette opération et donner aux soldats les moyens de s’emparer d’eux, d’autant plus que la myrrhe était tellement gluante et collée au corps et au linceul qu’il était fort difficile de le détacher du corps. Tout ce qu’on a dit sur ce vol prétendu n’a donc aucune vraisemblance, et tout ce que les Juifs ont amassé pour obscurcir le fait de la résurrection n’a servi qu’à le rendre plus éclatant, car, en publiant que les disciples ont enlevé le corps de Jésus, ils avouent que le corps n’était plus dans le sépulcre. Or, la crainte dont les Apôtres étaient remplis, et le soin avec lequel les soldats gardaient le tombeau démontrent l’impossibilité de cet enlèvement. - Remi. Mais si d’ailleurs les gardes dormaient, comment purent-ils voir qu’on avait enlevé le corps ? et, s’ils n’ont pu le voir, comment ont-ils pu servir de témoins ? Ils n’ont donc pu atteindre le but qu’ils se proposaient. - La Glose. Ils vont même au-devant de la crainte que les soldats auraient pu avoir que le gouverneur punit leur négligence, s’ils répandaient ce mensonge : « Et si cela vient à la connaissance du gouverneur, nous l’apaiserons et nous vous mettrons à couvert ». - S. Chrys. (hom. 90). Voyez comme la corruption est générale : Pilate s’est laissé gagner, le peuple juif soulever et les soldats corrompre. « Et les soldats ayant reçu l’argent firent ce qu’on leur avait dit ». Puisque l’argent a une telle force sur l’esprit d’un disciple que de lui faire trahir son divin Maître, ne soyez pas surpris de voir des soldats gagnés eux-mêmes à prix d’argent. - S. Hil. C’est à ce prix qu’on achète le silence sur la résurrection et le mensonge de l’enlèvement du corps, parce qu’en effet la gloire du monde, qui consiste dans l’estime et le désir de l’argent, est une négation de la gloire de Jésus-Christ.

    Rab. De même que le crime du sang répandu, qu’ils ont appelé sur eux et sur leurs enfants, les accable du poids énorme de leurs péchés, ainsi ce mensonge qu’ils achètent, et qui a pour but de nier la vérité de la résurrection, les tient enchaînés dans les liens d’un crime qui dure à jamais : « Et ce bruit qu’ils répandirent se répète encore aujourd’hui parmi les Juifs ». - Sév. (comme précéd). Ce bruit s’est répandu parmi les Juifs, mais non parmi les chrétiens, car ce que les Juifs ont voulu obscurcir dans la Judée, à prix d’argent, la foi l’a fait briller du plus vif éclat dans tout l’univers. - S. Hil. Tous ceux qui font abus de l’argent du temple, ou de tout ce qui doit servir à l’usage de l’Église, pour satisfaire leurs désirs ou leurs passions, sont semblables aux scribes et aux prêtres qui achètent à prix d’argent le mensonge et le sang de Jésus-Christ.

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