L'évangile avec les Pères

    Mt 25, 31-46

    • Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l'Univers, année A · Dimanche 22 novembre 2026

    L'évangile

    31« Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, il s’assiéra sur le trône de sa gloire. 32Et, toutes les nations étant rassemblées devant lui, il séparera les uns d’avec les autres, comme le pasteur sépare les brebis d’avec les boucs. 33Et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. 34Alors le Roi dira à ceux qui sont à sa droite : Venez, les bénis de mon Père : prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès l’origine du monde. 35Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli ; 36nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi. 37Les justes lui répondront : Seigneur, quand vous avons-nous vu avoir faim, et vous avons-nous donné à manger ; avoir soif, et vous avons-nous donné à boire ? 38Quand vous avons-nous vu étranger, et vous avons-nous recueilli ; nu, et vous avons-nous vêtu ? 39Quand vous avons-nous vu malade ou en prison, et sommes-nous venus à vous ? 40Et le Roi leur répondra : En vérité, je vous le dis, toutes les fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. 41S’adressant ensuite à ceux qui seront à sa gauche, il dira : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et ses anges. 42Car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; 43j’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli ; nu, et vous ne m’avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité. 44Alors eux aussi lui diront : Seigneur, quand vous avons-nous vu avoir faim ou soif, ou être étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne vous avons-nous pas assisté ? 45Et il leur répondra : En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. 46Et ceux-ci s’en iront à l’éternel supplice, et les justes à la vie éternelle. »

    Bible Crampon (1923).

    Ce qu'en disent les Pères

    Réunis par saint Thomas d'Aquin dans La Chaîne d'Or sur saint Matthieu, traduction de l'abbé Péronne (1868).

    Mt 25, 31-45

    Rab. Après les paraboles qui avaient pour objet la fin du monde, le Seigneur décrit les circonstances du jugement dernier. - S. Chrys. (hom. 79). Cette partie du discours du Sauveur est pleine d’attrait, et nous devons l’avoir sans cesse présente à l’esprit pour la méditer avec empressement et componction ; car Jésus-Christ lui-même traite ce sujet en termes aussi clairs qu’effrayants. Il ne dit plus comme précédemment : « Le royaume de Dieu est semblable », mais il parle de lui-même ouvertement : « Or, quand le Fils de l’homme viendra », etc. - S. Jér. Deux jours après, il devait célébrer la Pâque, être livré au supplice de la croix et aux insultes de ses bourreaux ; c’est donc dans une pensée toute de sagesse qu’il prédit et promet la gloire de son triomphe, pour compenser par la promesse des récompenses à venir le scandale qui devait résulter de sa passion. Et il faut bien remarquer que celui que les hommes contempleront dans sa majesté c’est le Fils de l’homme. - S. Aug. (traité 21 sur S. Jean). Les impies le verront sous une forme humaine, aussi bien que ceux qui seront placés à la droite ; car au jour du jugement il apparaîtra revêtu de notre nature, mais ensuite il se révélera dans sa nature divine, que tous les fidèles désirent ardemment de contempler.

    Remi. Le Sauveur détruit ainsi l’erreur de ceux qui prétendent qu’il n’a point conservé la forme d’esclave qu’il a revêtu ; la majesté dont il parle ici, c’est la divinité qui le rend égal au Père et au Saint-Esprit. - Orig. Ou bien, il veut dire par là qu’il reviendra sur la terre avec cette même gloire dont son corps fut entouré au jour de sa transfiguration sur la montagne. Son trône, ce sont les saints les plus parfaits, dont il est écrit : « Là sont établis les sièges de la justice » (Ps 121,5), ou bien les esprits angéliques, que saint Paul appelle « les Trônes ou les Dominations » (Col 1,16). - S. Aug. (Cité de Dieu 20, 24). Car il descendra avec ses anges qu’il appellera des hauteurs des cieux pour juger les hommes avec lui, c’est pour cela qu’il ajoute : « Et tous ses anges avec lui ». - S. Chrys. (hom. 79). Tous les anges l’accompagneront pour attester tous leurs efforts dans l’exercice du ministère qui leur avait été confié par le Seigneur pour le salut des hommes. - S. Aug. Ou bien, sous le nom d’anges, il veut désigner ici les hommes qui jugeront avec Jésus-Christ ; car les anges sont des envoyés, et nous pouvons donner à juste titre ce nom à tous ceux qui ont été envoyés pour annoncer le salut aux hommes.

    « Et toutes les nations seront rassemblées devant lui », etc. - Remi. Ces paroles établissent la vérité de la résurrection future. - S. Aug. (Cité de Dieu 20, 21). Or, ce rassemblement se fera par le ministère des anges à qui s’adressent ces paroles : « Rassemblez ses saints autour de lui » (Ps 49,5). - Orig. (traité 34 sur S. Matth). Ces paroles peuvent être aussi entendues dans un sens différent d’un rassemblement local, c’est-à-dire que les peuples ne seront plus divisés en une multitude de croyances et d’opinions à l’égard de Jésus-Christ ; car sa divinité éclatera aux yeux de tous les hommes sans exception, aux yeux des pécheurs aussi bien que des justes, et il n’apparaîtra pas dans un endroit à l’exclusion d’un autre, comme il a voulu nous l’apprendre lui-même par la comparaison de l’éclair. Tant que les méchants ne connaissent ni eux-mêmes, ni Jésus-Christ, et tant que les justes ne le voient que comme dans un miroir et sous des images obscures (1Co 13,12), les justes ne sont pas séparés des méchants ; mais lorsque la manifestation éclatante du Fils de l’homme donnera à tous les hommes cette connaissance, alors le Sauveur séparera les bons des méchants : « Et il séparera les uns d’avec les autres », etc. Car d’un côté les pécheurs verront distinctement les suites de leurs péchés ; et les justes, les fruits qu’ont produits les semences de leur justice. Le Sauveur donne le nom de brebis à ceux qui sont sauvés, à cause de la douceur qu’ils ont apprise à l’école de celui qui a dit : « Apprenez de moi que je suis doux » (Mt 11,29), et parce qu’ils ont été disposés à souffrir même la mort, à l’exemple de Jésus-Christ qui a été conduit à la mort comme une brebis (Is 53,7). Les méchants sont appelés des boucs, parce qu’ils gravissent des rochers escarpés et raboteux, et marchent à travers les précipices dont ils sont bordés. - S. Chrys. (hom. 79). Ou bien encore, il appelle les uns des boucs pour montrer leur stérilité ; car les boucs ne produisent pas, et les autres des brebis, pour exprimer leur fécondité spirituelle ; car les brebis produisent en abondance de la laine, du lait et des agneaux. Mais la brebis, dans les saintes Écritures, signifie plus ordinairement l’innocence et la simplicité. Les brebis sont donc ici une figure touchante des élus. - S. Jér. Le bouc est un animal lascif, toujours ardent pour s’unir à sa femelle, et il était toujours offert sous la loi comme victime pour le péché (Lv 4,23 Lv 9,3 Lv 23,19 Nb 7,82 Nb 15,24 Nb 28,22 Nb 29,38, etc.). Il n’est point ici question des chèvres qui peuvent avoir des petits, et qui sortent pures du lavoir après avoir été tondues.

    S. Chrys. (hom. 79). Il les sépare encore en leur donnant une place différente. - Orig. Car les saints, dont les œuvres ont été conformes à la droiture, recevront pour récompense de ces œuvres d’être placés à la droite du Roi, au sein du repos et de la gloire, tandis que les méchants, en punition de leurs œuvres mauvaises et sans droiture, sont tombés à la gauche, c’est-à-dire dans les plus tristes tourments : « Alors le roi dira à ceux qui sont à sa droite : Venez », etc., afin de recevoir en vertu de leur union parfaite avec Jésus-Christ, tout ce qui pouvait leur manquer. Il ajoute : « Les bénis de mon Père », et il fait ainsi ressortir l’excellence de cette bénédiction qu’ils ont reçue auparavant du Dieu qui a fait le ciel et la terre (Ps 113,15). - Rab. Ou bien il les appelle bénis, parce qu’ils ont mérité par leurs bonnes œuvres l’éternelle bénédiction. Il dit : « Le royaume de mon Père », parce qu’il rapporte la puissance royale à celui qui la lui a transmise par l’éternelle génération, et c’est en vertu de cette puissance royale, qui le couvrira seul de gloire dans ce dernier jour, qu’il prononcera la sentence du jugement. Aussi est-ce d’une manière significative qu’il ajoute : « Alors le roi dira ». - S. Chrys. (hom. 79). Remarquez encore qu’il ne dit pas : Recevez, mais : « Possédez », ou bien : « Héritez », comme d’un bien de famille, comme d’un patrimoine, ou de biens qui vous sont acquis depuis longtemps : « Possédez ce royaume qui vous est préparé depuis le commencement du monde ». - S. Jér. Il faut entendre ces paroles d’après les règles de la prescience de Dieu pour qui l’avenir est comme le passé.

    S. Aug. (Cité de Dieu, 20, 1). Indépendamment de ce royaume dont le Sauveur doit dire à la fin du monde : « Prenez possession du royaume qui vous a été préparé », l’Église de la terre est aussi appelée son royaume, quoique dans un sens bien différent, royaume où il faut encore combattre contre les ennemis jusqu’à ce que nous parvenions à ce royaume de paix où nous régnerons sans plus craindre d’ennemis. - S. Aug. (de la Pén., hom. 50). Mais peut-être quelques-uns diront : Je n’ai point l’ambition de régner, il me suffit d’être sauvé. Or, ce qui les trompe d’abord, c’est qu’il n’y a point de salut à espérer pour ceux qui persévèrent dans l’iniquité. En supposant ensuite qu’il y ait une différence entre ceux qui règnent et ceux qui ne règnent pas, il faut, toutefois, que tous les élus fassent partie du même royaume, s’ils ne veulent être comptés parmi les ennemis et les étrangers, et condamnés à périr, alors que tous les autres sont couronnés. Est-ce que tous les Romains ne sont pas en possession de l’empire Romain, bien que tous ne soient pas appelés à le gouverner ?

    S. Chrys. (hom. 79). Notre-Seigneur fait ensuite connaître les œuvres qui auront mérité aux saints les biens du royaume du ciel : « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger », etc. - Remi. Remarquez que le Seigneur fait ici mention de sept œuvres différentes de miséricorde, et celui qui aura mis tous ses soins à les accomplir, méritera de posséder le royaume qui a été préparé aux élus dès le commencement du monde. - Remi. Dans le sens spirituel, ranimer et nourrir du pain de la parole, ou rafraîchir du breuvage de la sagesse ceux qui ont faim et soif de la justice ; recevoir dans le sein de l’Église notre mère ceux qui s’égarent dans les sentiers de l’hérésie et du péché ; supporter ceux qui sont faibles dans la foi, c’est observer les prescriptions de la vraie charité. - S. Grég. (Moral., 24, 26). Ceux qui seront placés à la droite et à qui le souverain juge dira : « J’ai eu faim », etc., sont ceux qui ont été admis au nombre des élus et appelés à régner éternellement, ceux qui ont lavé dans leurs larmes les taches de leur vie, qui ont racheté leurs péchés passés par toute la suite de leurs œuvres, et couvert de leurs aumônes, aux yeux du juste juge, toutes les fautes qu’ils avaient commises. Il en est d’autres qui sont appelés à régner sans être soumis au jugement, ce sont ceux qui ont été bien au-delà des préceptes de la loi par la perfection de leur vertu.

    Orig. Par un profond sentiment d’humilité, ils se déclarent indignes des louanges données à leurs bonnes œuvres, sans toutefois avoir oublié ce qu’ils ont fait, et le Seigneur, par sa réponse, fait éclater toute l’affection qu’il porte aux siens : « Alors les justes lui répondront : Quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim ? » etc. - Rab. S’ils parlent ainsi, ce n’est point qu’ils doutent de la vérité des paroles du Seigneur, mais ils s’étonnent d’une si grande élévation, et de la haute dignité dont il couronne leurs œuvres. Ou bien ils s’expriment de la sorte, parce que le bien qu’ils ont fait leur paraît peu de chose selon ces paroles de l’Apôtre : « Les souffrances de la vie présente n’ont aucune proportion avec cette gloire qui doit un jour éclater en nous » (Rm 8,18).

    « Et le Roi leur répondra : Je vous le dis en vérité, autant de fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». - S. Jér. Nous étions libres d’entendre que Jésus-Christ était nourri, et que sa soif était étanchée dans la personne de tous les pauvres, et ainsi des autres bonnes œuvres ; mais ces paroles : « Autant de fois que vous avez agi ainsi à l’égard d’un de mes frères », etc., ne me paraissent pas devoir s’appliquer à tous les pauvres indistinctement, mais seulement aux pauvres d’esprit qu’il indiquait de la main en disant : « Mes frères sont ceux qui font la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 12,49 Mc 13).

    S. Chrys. (hom. 79) Mais s’ils sont ses frères, pourquoi les appelle-t-il les plus petits ? Parce qu’ils sont humbles, parce qu’ils sont pauvres, parce qu’ils sont délaissés. Or, il veut parler ici non seulement des solitaires qui se sont retirés dans les montagnes, mais de tout fidèle, quel qu’il soit, même de celui qui vit dans le monde ; s’il a faim, ou s’il éprouve quelque besoin semblable, il veut que la miséricorde vienne à son secours, car c’est le baptême et la participation aux mêmes mystères qui établissent cette fraternité.

    « Il dira ensuite à ceux qui seront à la gauche : Retirez-vous », etc. - Orig. De même qu’il avait dit aux justes : « Venez » (Mt 25,34), il dit aux méchants : « Retirez-vous » ; car ceux qui gardent les commandements de Dieu sont près du Verbe, et ils sont appelés à s’en rapprocher encore davantage, tandis que ceux qui n’accomplissent pas ses commandements sont loin de lui, bien qu’ils paraissent en être rapprochés, et il leur dit : « Retirez-vous », pour qu’ils disparaissent entièrement de sa présence. Remarquez aussi que s’il a dit : « Les bénis de mon Père » (Mt 25,34), il ne dit pas ici : « Les maudits de mon Père » ; car le Père est la source de toute bénédiction, mais chacun devient pour soi-même une cause de malédiction, en faisant des œuvres dignes de malédiction. Or, ceux qui s’éloignent de Jésus, tombent dans le feu éternel, feu bien différent de celui qui sert à notre usage ; car il n’y a point sur la terre de feu qui soit éternel, ni même qui dure bien longtemps. Considérez aussi qu’il n’a point dit que le royaume fut préparé pour les anges, tandis qu’il déclare que le feu éternel a été préparé pour le diable et pour ses anges. En effet, Dieu n’a point créé les hommes pour leur perte, mais ce sont les hommes qui, par leurs péchés, unissent leur sort à celui du démon ; et de même que les élus deviennent semblables aux saints anges, ainsi ceux qui persistent pour l’éternité, deviennent semblables aux anges du démon.

    S. Aug. (Cité de Dieu, 21, 10). Nous devons conclure de ce passage, que c’est le même feu qui servira au supplice des hommes et à celui des démons. Mais si le feu doit tourmenter les corps avec lesquels il sera en contact, comment pourra-t-il être le supplice des esprits mauvais, à moins de dire avec quelques-uns que les démons ont une certaine espèce de corps, formés de cet air grossier et humide qui nous entoure. Si l’on prétend, au contraire, que les démons ne sont revêtus d’aucun corps, quel qu’il soit, il est inutile de prolonger la discussion sur cette question. Car pourquoi n’admettrions-nous pas que des esprits incorporels, par des moyens aussi vrais qu’ils sont merveilleux, trouvent leur supplice dans la peine d’un feu matériel, puisque les âmes des hommes, qui sont certainement incorporelles, pourront bien alors être unies à leurs corps par des liens indissolubles, de même qu’elles sont comme enchaînées maintenant dans les corps qu’elles animent. Les démons, bien que d’une nature incorporelle, seront donc comme attachés à ce feu matériel, non pour lui donner la vie, mais pour y trouver leur châtiment. Or, le feu sera corporel, et il sera le tourment tout à la fois des corps des hommes réunis à leurs âmes, et des esprits des démons qui n’ont pas de corps.

    Orig. Ou bien peut-être, la nature de ce feu est de brûler les substances invisibles, parce qu’il est invisible lui-même, selon ces paroles de l’Apôtre : « Les choses visibles sont passagères, mais les invisibles sont éternelles » (2Co 4,18). Or, ne soyez pas surpris qu’un feu invisible devienne un instrument de supplice, puisque vous voyez tous les jours les corps eux-mêmes souffrir horriblement d’une chaleur toute intérieure. « J’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ». Saint Paul écrit aux fidèles de Corinthe : « Vous êtes le corps de Jésus-Christ » (1Co 12,27). De même donc que l’âme, qui est unie au corps, bien qu’elle ne puisse avoir faim dans sa substance incorporelle, éprouve cependant le besoin de la faim pour le corps, parce qu’elle lui est unie ; ainsi le Sauveur ressent toutes les souffrances de l’Église qui est son corps, tout impassible qu’il est lui-même. Remarquez qu’en s’adressant aux justes, il énumère l’un après l’autre toutes leurs bonnes œuvres, tandis qu’en parlant aux méchants, il abrège cette énumération en réunissant leurs fautes contre la charité. « J’ai été malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité ». Il était digne, en effet, de ce juge miséricordieux, d’énumérer avec complaisance, et de rehausser les bonnes œuvres des hommes, et d’abréger, au contraire, l’énumération de leurs mauvaises actions.

    S. Chrys. (hom. 79). Or, considérez que ce n’est point dans une ou deux circonstances, mais dans toutes absolument, qu’ils ont manqué aux devoirs de la miséricorde ; car non seulement ils n’ont pas nourri celui qui avait faim, mais ce qui demandait beaucoup moins de peine, ils n’ont pas visité les malades. Voyez, d’ailleurs, quels devoirs faciles il prescrit. Il ne dit pas : J’étais en prison, et vous ne m’en avez pas fait sortir ; j’étais malade, et vous ne m’avez pas guéri, mais : « Vous ne m’avez pas visité, vous n’êtes pas venus à moi ». Il ne demande pas non plus pour apaiser sa faim une nourriture recherchée, mais ce qui est strictement nécessaire. Tout se réunit donc pour légitimer le supplice qu’il leur inflige. Premièrement, la facilité de donner ce qui leur était demandé, c’était du pain ; secondement, la misère de celui qui leur faisait cette demande, et il était pauvre ; troisièmement, la compassion naturelle qu’ils devaient éprouver pour lui, car il était homme ; quatrièmement, le désir d’obtenir la récompense promise, c’était un royaume ; cinquièmement, la dignité de celui qui recevait ces secours, c’était Dieu dans la personne des pauvres ; sixièmement, l’honneur extraordinaire que Dieu leur faisait, en daignant recevoir de leurs mains ; septièmement, la justice de cette aumône, puisqu’il ne reçoit que ce qui lui appartient. Mais l’avarice rend les hommes aveugles sur toutes choses. - S. Grég. (Moral., 26, 20). Ceux à qui le Sauveur tient ce langage, sont les mauvais chrétiens qui sont jugés avant d’être livrés au supplice, tandis, que les infidèles subissent leur châtiment sans jugement préalable. En effet, on ne discutera pas la cause de ceux qui se présentent devant le tribunal du juge sévère et rigoureux avec la sentence de condamnation que leur a méritée leur infidélité. Ce sont ceux qui ont fait profession de la vraie foi sans en avoir les œuvres, qui auront à subir le jugement avant d’être punis. Ils entendront le souverain juge prononcer leur sentence, parce qu’ils ont au moins conservé la doctrine de la foi, tandis que les infidèles n’entendront même pas la parole du juge éternel prononçant leur condamnation, parce qu’ils n’ont même pas voulu lui rendre hommage par la confession extérieure de sa parole. C’est ainsi qu’un roi de la terre inflige un châtiment différent au citoyen qui se rend coupable dans l’intérieur du royaume, et à l’ennemi qui l’attaque au dehors ; avant de punir le premier, il examine ses droits, tandis qu’il déclare la guerre au second sans s’occuper de ce que la loi renferme sur le châtiment qu’il mérite.

    S. Chrys. (hom. 79). Ainsi convaincus par cette accusation du juste juge, ils lui répondent avec douceur : « Mais, Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim ou soif, et que nous avons manqué à vous assister ? » - Orig. Remarquez que les justes s’arrêtent à chaque parole du Sauveur, tandis que les méchants les effleurent comme en courant ; car un des caractères des justes lorsqu’on déroule sous leurs yeux le tableau de leurs bonnes œuvres, c’est de repousser ces éloges et de les réfuter en détail par un profond sentiment d’humilité ; les méchants, au contraire, qui ne cherchent qu’à s’excuser, nient effrontément leurs crimes, ou en atténuent le nombre et l’énormité. La réponse de Jésus-Christ vient confirmer cette vérité : « Mais il leur répondra : Je vous le dis en vérité, autant de fois que vous avez manqué de le faire à l’un de ces plus petits », etc. Il veut rehausser la grandeur des bonnes œuvres des justes, et dissimuler, au contraire, l’énormité des crimes des méchants, il dit aux justes : « Autant de fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères », tandis qu’en parlant aux méchants, il supprime le mot de frères. Les frères de Jésus sont les chrétiens parfaits, et il est plus agréable à Dieu que nous fassions du bien à ceux qui sont plus avancés dans la perfection qu’à ceux qui le sont moins, de même que nous sommes moins coupables de ne pas assister ceux qui sont d’une sainteté moins éminente.

    S. Aug. (Cité de Dieu, 20, 1). Il s’agit donc maintenant du jugement dernier, alors que Jésus-Christ descendra du ciel pour juger les vivants et les morts ; nous appelons ce jour du jugement, le dernier jour, c’est-à-dire le dernier temps ; car nous ignorons quelle sera la durée de ce jugement, le mot jour étant pris ici pour le temps selon l’habitude des saintes Écritures. Or, nous appelons ce jugement le dernier jugement, parce que Dieu juge dès maintenant, et il a jugé dès le commencement du monde en éloignant nos premiers parents de l’arbre de vie (Gn 3,24), et en punissant les anges prévaricateurs (2P 2,4). Mais dans ce jugement final, les anges seront juges aussi bien que les hommes. Par un effet de la puissance divine, toutes les œuvres bonnes ou mauvaises que les hommes ont faites, seront rappelées au souvenir de chacun d’eux, elles viendront se placer sous les yeux de leur âme avec une étonnante rapidité, pour que leur conscience y trouve le principe de leur condamnation ou de leur justification.

    Mt 25, 46

    S. Aug. (de la foi et des œuvres, chap. 15). Il en est qui cherchent a se tromper eux-mêmes, en soutenant que c’est le feu et non pas le supplice, que Notre-Seigneur déclare être éternel, et c’est en prévision de cette erreur qu’il conclut en ces termes : « Et ceux-ci iront dans le supplice éternel, et les justes dans la vie éternelle ». Remarquez que précédemment ce n’est qu’après avoir dit aux élus : « Venez les bénis de mon Père », qu’il adresse aux réprouvés ces terribles paroles : « Retirez-vous maudits », parce qu’il est dans la nature d’un Dieu bon de se rappeler les bonnes œuvres des justes avant les crimes des méchants ; ici, au contraire, il prédit le supplice des méchants avant la récompense des bons, pour nous faire éviter les malheurs qui doivent nous inspirer d’abord une crainte salutaire avant que nous désirions les biens qui doivent nous combler d’honneur et de gloire. - S. Grég. (Moral., 15, 9). Si le châtiment de celui qui est accusé de n’avoir pas donné son bien est si grand, que sera le supplice infligé à celui qui sera convaincu d’avoir pris le bien des autres ?

    S. Aug. (Cité de Dieu, 19, 11). Or, la vie éternelle est notre souverain bien, et la fin de la Cité de Dieu, dont l’Apôtre a dit : « La fin, c’est la vie éternelle » (Rm 6,22). Mais comme ceux qui ne sont pas familiarisés avec le langage des saintes Écritures pourraient aussi entendre la vie éternelle de la vie des méchants, parce que leur âme est immortelle, ou à cause des supplices sans fin dont leur impiété est punie, on doit, pour être compris de tous, dire que la fin de cette cité dans laquelle on jouira du souverain bien, est la paix dans la vie éternelle, ou la vie éternelle dans la paix. - S. Aug. (de la Trin., 9). Ce que Dieu disait de lui-même à son serviteur Moïse : « Je suis celui qui suis » (Ex 3,14), c’est ce que nous contemplerons en vivant éternellement, comme Notre-Seigneur lui-même le déclare : « La vie éternelle, c’est de vous connaître, vous le seul Dieu véritable » ; car cette vue de Dieu nous est promise comme la fin de toutes nos œuvres, et le complément éternel de toutes nos joies, et c’est d’elle que saint Jean a voulu parler, lorsqu’il disait : « Nous le verrons tel qu’il est » (1Jn 3,2).

    S. Jér. Remarquez, sage lecteur, que les supplices sont éternels, et que la vie éternelle n’a plus à craindre désormais d’épreuves fâcheuses. - S. Grég. (Moral., 34, 16). Mais, dit-on, c’est une simple menace que Dieu fait aux pécheurs pour les arrêter dans le chemin du vice. Si Dieu, répondrons-nous, a menacé de châtiments imaginaires pour retirer les pécheurs de l’iniquité, il a promis également des récompenses mensongères pour exciter à la pratique de la vertu ; et c’est ainsi qu’en s’efforçant de défendre la miséricorde de Dieu, ils ne craignent pas de détruire ouvertement sa vérité. Mais, dira-t-on encore, une faute finie ne peut-être punie par un supplice infini ? Nous répondrons que ce raisonnement serait juste, si le juste juge examinait et pesait seulement les actions des hommes, et non pas leurs cœurs et leurs intentions. La justice fait donc un devoir à ce juge équitable de ne laisser jamais sans supplice des âmes qui, en ce monde, n’ont voulu rester aucunement sans péché. - S. Aug. (Cité de Dieu, chap. 11) Sous aucune législation, la justice ne s’attache à proportionner la durée du châtiment à la durée du crime. Jamais personne n’a soutenu, par exemple, que la peine qui punit l’homicide ou l’adultère, ne dût pas se prolonger au-delà du temps qu’ont duré ces crimes. Lorsqu’un homme est condamné à mort pour quelque grand crime, est-ce que les lois mesurent sa punition sur le temps que dure son supplice ? et n’est-ce pas plutôt parce que la mort le retranche pour toujours de la société humaine ? Et d’ailleurs, la confiscation, la flétrissure, l’exil, l’esclavage, lorsque toutes ces peines sont appliquées dans toute leur rigueur et sans aucun adoucissement, ne sont-elles pas semblables aux peines éternelles, autant qu’elles peuvent l’être en cette vie ? si elles ne sont pas éternelles, c’est que la vie elle-même qu’elles atteignent ne dure pas éternellement. Mais, ajoute-t-on, où est la vérité de cette parole de Jésus-Christ : « Vous serez mesurés avec la même mesure dont vous vous serez servis à l’égard des autres » (Mt 7,2). Si un péché qui n’a duré qu’un instant est puni par un supplice éternel ? Nous répondons qu’en parlant de la sorte, on ne fait pas attention que cette même mesure, dont parle le Sauveur, doit s’entendre non pas d’une peine égale en durée à la faute, mais de la peine elle-même qui, par une juste réciprocité, sera le châtiment du mal qu’on aura fait aux autres. Or, l’homme s’est rendu digne d’un mal éternel pour avoir détruit en lui-même un bien qui le pouvait être.

    S. Grég. (Moral., 34, 46). On fait une nouvelle objection : il n’y a pas d’homme juste qui puisse se complaire dans des cruautés gratuites, et si un maître qui est juste, fait battre de verges son serviteur coupable, c’est pour le corriger de ses vices, mais quel sera le but de ces feux éternels dans lesquels les méchants seront éternellement consumés ? Nous répondons que le Dieu tout-puissant ne peut se repaître des tourments des malheureux, parce qu’il est miséricordieux, ni être apaisé par le supplice des coupables, parce qu’il est juste ; mais une des fins pour lesquelles les méchants seront brûlés éternellement, c’est afin que les justes se reconnaissent éternellement d’autant plus redevables à la grâce divine, en voyant punies pour l’éternité des fautes que le secours de la grâce leur a fait éviter. - S. Aug. (Cité de Dieu, 21, 3). Mais, ajoute-t-on encore, Dieu n’a créé aucun corps qui soit sujet à la souffrance, sans être sujet à la mort. Nous répondons qu’il est nécessaire qu’il vive pour souffrir, mais qu’il n’est pas nécessaire que la souffrance lui ôte la vie. Est-ce que toute souffrance donne actuellement la mort à nos corps qui sont cependant mortels ? Il est en effet des douleurs qui produisent cet effet, mais la cause en est que l’union actuelle de l’âme avec le corps ne peut résister, et cède devant des souffrances excessives. Mais alors, la nature du corps au quel l’âme sera unie, et les liens eux-mêmes qui établiront cette union seront à l’épreuve de toutes les douleurs. On ne peut pas dire qu’il n’y aura plus alors de mort ; mais la mort sera éternelle, parce que l’âme ne pourra vivre privée de Dieu, et qu’elle ne pourra échapper par la mort aux douleurs du corps. Parmi ceux qui ont nié l’éternité des peines de l’enfer, le plus miséricordieux est Origène qui a cru que le démon lui-même et ses anges, après de rigoureux et longs supplices proportionnés à leurs fautes, obtiendraient leur délivrance, et rentreraient dans la société des saints anges. Mais l’Église l’a condamné avec raison pour cette erreur et d’autres encore ; et il perdit jusqu’à ces faux dehors de miséricorde en créant aux saints de véritables souffrances, qui seraient pour eux des châtiments expiatoires, et une félicité mensongère, où leur joie n’aurait aucune sécurité, parce qu’elle ne serait point éternelle. Mais une erreur bien différente, et qui part toujours d’un faux sentiment de compassion, est celle qui prétend que les souffrances des hommes condamnés dans ce jugement n’auront qu’un temps, et qu’après avoir été délivrés tôt ou tard, ils jouiront d’un bonheur éternel. Mais pourquoi cette miséricorde, qui se répand sur toute la nature humaine, se tarit-elle aussitôt qu’elle arrive à la nature angélique ? - S. Grég. (comme précédemment). Mais comment, objecte-t-on encore, peut-on croire à la sainteté de ceux qui ne prieront point pour leurs ennemis qu’ils verront alors la proie des flammes ? Les saints prient pour leurs ennemis, tant que leurs prières peuvent amener leurs cœurs à un repentir utile et salutaire, mais pourquoi prieraient-ils pour ceux qui ne peuvent plus en aucune façon être séparés de l’iniquité ?

    S. Aug. (Cité de Dieu, 19). Il en est d’autres encore qui promettent la délivrance des peines éternelles, non pas à tous les hommes indistinctement, mais seulement à ceux qui ont été justifiés par le baptême de Jésus-Christ, et qui participent à son corps, quelle qu’ait été d’ailleurs leur vie ; et ils se fondent sur les paroles du Seigneur : « Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ». Il en est d’autres qui font cette promesse, non pas à tous ceux qui ont participé au sacrement du Christ, mais aux seuls catholiques, bien que leur vie soit répréhensible, et cela parce qu’ils ont mangé en réalité le corps de Jésus-Christ, en faisant partie de son corps mystique qui est l’Église ; et ils leur garantissent ce bonheur quand même ils se raient tombés plus tard dans l’hérésie ou dans l’idolâtrie. Il en est encore qui s’appuient sur ces paroles du Sauveur : « Celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, sera sauvé » (Mt 24,13), pour promettre exclusivement le bonheur éternel à ceux qui persévéreront dans l’Église catholique, quoiqu’ils y vivent d’une manière déréglée, parce que, disent-ils, en vertu du fondement de la foi qu’ils auront conservée, ils seront sauvés par le feu (1Co 3,15) qui doit devenir le supplice des méchants au dernier jour. Mais l’Apôtre condamne toutes ces erreurs par ces paroles : « Il est aisé de connaître les œuvres de la chair qui sont l’impureté, la fornication, et autres crimes semblables, et je déclare que ceux qui les commettent, ne posséderont pas le royaume de Dieu » (Ga 5,21). Si quelqu’un, en effet, préfère les choses de la terre à Jésus-Christ, bien qu’il paraisse avoir la foi de Jésus-Christ, Jésus-Christ n’est cependant pas le fondement (1Co 3,11) de ses œuvres, puisqu’il lui préfère des biens périssables ; mais s’il fait plus, et qu’il commette l’iniquité, ce n’est plus seulement le second rang, mais le dernier, qu’il donne à Jésus-Christ. J’en ai rencontré aussi qui pensent que la peine des flammes éternelles n’atteindra que ceux qui auront omis d’expier leurs péchés par de dignes aumônes ; c’est pour cela, disent-ils, que le souverain juge n’a voulu rappeler au jugement dernier que les aumônes qui ont été faites ou omises. Mais celui qui expie ses péchés par des aumônes proportionnées à ses fautes, devrait commencer par se faire l’aumône à lui-même ; car c’est une indignité que de se refuser à soi-même ce qu’il accorde à son prochain, lorsqu’il entend le Seigneur lui dire : « Vous aimerez votre prochain comme vous-même », et encore : « Ayez pitié de votre âme, en vous efforçant de plaire à Dieu ». Or, comment peut-on dire qu’il expie dignement ses péchés par ses aumônes, lui qui ne fait point à son âme l’aumône de plaire à Dieu ? Il faut donc faire des aumônes pour nous rendre Dieu favorable lorsque nous le prions de nous pardonner nos péchés passés, mais non pas dans la pensée que nous pouvons persévérer dans ces mêmes péchés, et que nous achetons par nos aumônes la liberté de faire le mal. Et si le Seigneur promet qu’il placera à sa droite ceux qui ont fait l’aumône, et à sa gauche ceux qui ont négligé ce devoir de charité, c’est qu’il veut nous apprendre toute la puissance de l’aumône pour effacer les péchés passés, mais non pas assurer à jamais l’impunité de ceux que l’on pourrait commettre.

    Orig. Ou bien, l’on peut dire que le Seigneur ne récompense pas ici une seule espèce de justice, comme plusieurs le pensent ; car quel que soit le précepte de Jésus-Christ qu’on accomplisse, on apaise la faim et la soif de Jésus-Christ, qui se nourrit et s’abreuve de la justice, et de la vérité des fidèles . De même nous couvrons de vêtements les membres glacés de Jésus-Christ, lorsque nous prenons le tissu de la sagesse, pour enseigner aux autres la saine doctrine et les revêtir des entrailles de la miséricorde. Lorsque nous ornons notre cœur des différentes vertus chrétiennes pour recevoir Jésus-Christ ou ceux qui lui appartiennent, c’est Jésus-Christ voyageur que nous recevons dans la demeure de notre âme. Lorsque nous visitons un frère infirme dans la foi ou dans les bonnes œuvres, soit par la parole qui enseigne, soit par la réprimande, soit par la consolation, c’est Jésus-Christ lui-même que nous visitons. Enfin toute la terre est une véritable prison pour Jésus-Christ et pour ceux qui lui appartiennent, et qui, pendant cette vie, sont comme des prisonniers enchaînés dans les nécessités de la nature humaine. Toutes les fois donc que nous faisons du bien à nos frères, nous les visitons dans leur prison, et Jésus-Christ dans leur personne.

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