L'évangile avec les Pères

    Mt 10, 37-42

    • 13ème dimanche du Temps Ordinaire, année A · Dimanche 28 juin 2026

    L'évangile

    37Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi ; et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi, n’est pas digne de moi. 38Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n’est pas digne de moi. 39Celui qui sauvera sa vie, la perdra ; et celui qui perdra sa vie à cause de moi, la sauvera. 40Celui qui vous reçoit, me reçoit, et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé. 41Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète, recevra une récompense de prophète ; et celui qui reçoit un juste en qualité de juste, recevra une récompense de juste. 42Et quiconque donnera seulement un verre d’eau fraîche à l’un de ces petits parce qu’il est de mes disciples, je vous le dis en vérité, il ne perdra point sa récompense. »

    Bible Crampon (1923).

    Ce qu'en disent les Pères

    Réunis par saint Thomas d'Aquin dans La Chaîne d'Or sur saint Matthieu, traduction de l'abbé Péronne (1868).

    Mt 10, 37-39

    S. Jér. Après avoir dit : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive, et séparer l’homme d’avec son père, d’avec sa mère, d’avec sa belle-mère », Notre-Seigneur, ne voulant pas que les sentiments naturels l’emportent jamais sur la religion, ajoute : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ». Nous lisons dans le Cantique des Cantiques : « Il a réglé en moi la charité » (Ct 2). Dans toute affection nous devons conserver cet ordre. Aimez après Dieu votre père et votre mère, aimez après lui vos enfants. Mais si la nécessité vous force de mettre en présence l’amour de vos parents et de vos enfants, et que vous ne puissiez satisfaire en même temps à l’un et à l’autre, rappelez-vous qu’alors la haine pour les siens devient un véritable amour de Dieu. Il ne défend donc pas d’aimer son père ou sa mère, mais il ajoute d’une manière expressive : « plus que moi ». - S. Hil. (can. 10 sur S. Matth). Ceux en effet qui donneront la préférence à ces affections sur l’amour de Dieu se rendront indignes de l’héritage des biens futurs.

    S. Chrys. (hom. 36). Ne soyez pas étonné si d’ailleurs, saint Paul fait un commandement exprès d’obéir en tout à ses parents : il ne veut parler que de l’obéissance dans les choses qui ne sont pas contraires à la religion ; et c’est en effet un devoir sacré que de rendre alors à nos parents toute sorte d’honneur ; mais s’ils exigent au-delà de ce qui leur est dû, il faut s’y refuser. Cette doctrine est conforme à l’Ancien Testament, où Dieu ordonne non seulement de haïr, mais même de lapider ceux qui adoraient les idoles (Lv 20). Nous lisons encore dans le Deutéronome : « Celui qui dira à son père et à sa mère : Je ne vous connais pas, et à ses frères : Je vous ignore, ceux-là auront gardé votre parole ». - La Glose. On voit souvent les parents aimer leurs enfants plus qu’ils n’en sont aimés ; aussi Notre-Seigneur va-t-il par degrés, et après avoir enseigné que son amour doit passer avant l’amour des parents, il enseigne naturellement qu’il doit aussi l’emporter sur l’amour des enfants, en ajoutant : « Et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ». - Rab. Ce qui signifie qu’on est indigne de toute union avec Dieu quand on préfère les affections de la chair et du sang à l’amour spirituel qu’on doit avoir pour Dieu.

    S. Chrys. (hom. 36). Ces paroles pouvaient blesser ceux dont l’amour se trouve ainsi sacrifié à l’amour de Dieu ; Notre-Seigneur, pour leur faire supporter patiemment ce sacrifice, tient un langage plus élevé. En effet, rien n’est plus intime à l’homme que son âme, et cependant si vous ne haïssez votre âme, les plus grands maux vous attendent. Et il ne vous ordonne pas seulement de haïr votre âme, mais encore de la livrer à la mort et aux supplices les plus sanglants. Ainsi nous enseigne-t-il qu’il ne suffit pas d’être prêt à subir une mort quelconque, mais qu’il faut être disposé à souffrir la mort la plus violente, la plus ignominieuse, c’est-à-dire la mort de la croix, et c’est pour cela qu’il ajoute : « Et celui qui ne prend pas sa croix ». Il ne leur a pas encore parlé de sa passion, mais de temps en temps il les prépare à recevoir ce qu’il doit plus tard leur en dire. - S. Hil. (can. 10 sur S. Matth). Ou bien encore, ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié leur corps avec ses vices et ses convoitises (Ga 5), et on est indigne de Jésus-Christ quand on ne marche pas à sa suite en prenant sa croix (par laquelle nous souffrons avec lui, nous mourons avec lui, nous sommes ensevelis avec lui, nous ressuscitons avec lui), pour vivre par ce mystère de la foi dans une sainte nouveauté d’esprit. - S. Grég. (hom. 35). Le mot croix vient d’un mot latin (cruciatus) qui signifie tourment ; or nous portons la croix du Seigneur de deux manières, ou bien en mortifiant notre corps par la privation, ou par un sentiment de compassion qui nous fait regarder comme nôtres les misères du prochain. Mais il en est quelques-uns qui font profession de mortifier leur chair, non pour plaire à Dieu, mais par un sentiment de vaine gloire ; et d’autres qui témoignent à leur prochain une compassion qui n’a rien de spirituel, mais qui est toute charnelle, et qui, loin de les porter à la vertu, favorise par ce sentiment de fausse pitié leur penchant au vice. Ils semblent porter leurs croix, mais ils ne suivent pas le Seigneur, et c’est pour cela qu’il ajoute : « Et qui me suit ».

    S. Chrys. (hom. 36). Les commandements qu’il fait ici pouvaient paraître accablants ; il en fait donc ressortir les avantages immenses : « Celui qui conserve sa vie le perdra ; et celui qui aura perdu sa vie pour l’amour de moi, la retrouvera ». Comme s’il disait : « Non seulement ces sacrifices que je vous impose ne vous causeront aucun tort, mais vous en recueillerez les fruits les plus précieux, tandis qu’une conduite opposée vous serait infiniment nuisible. Ici comme partout, le Sauveur prend ses inductions dans ce que les hommes désirent le plus. Pourquoi refusez-vous de faire peu de cas de votre vie ? semble-t-il leur dire. Parce que vous l’aimez. Mais c’est justement pour cela que vous devez la sacrifier, si vous voulez lui procurer les plus grands avantages. - S. Remi. L’âme ne signifie pas ici la substance même de l’âme, mais la vie présente, et tel est le sens de ces paroles : « Celui qui cherche son âme en cette vie, c’est-à-dire celui qui désire cette vie avec ses attachements et ses plaisirs, et qui cherche à la trouver toujours, parce qu’il veut la conserver toujours, la perdra, c’est-à-dire qu’il prépare son âme à la damnation éternelle. - Rab. Ou bien encore, celui qui cherche à sauver son âme pour l’éternité, n’hésitera pas à la perdre, c’est-à-dire à s’exposer à la mort. Ce qui suit est également favorable à l’un et à l’autre sens. « Et celui qui aura perdu sa vie pour moi la trouvera ». - Remi. C’est-à-dire, celui qui au temps de la persécution s’exposera, pour confesser mon nom, à perdre cette vie mortelle, ses affections et ses plaisirs, trouvera le salut éternel de son âme.

    S. Hil. C’est ainsi qu’on perd sa vie en voulant la sauver, et qu’on la sauve en consentant à la perdre, car le sacrifice d’une vie qui passe si rapidement nous met en possession d’une vie qui ne finira jamais.

    Mt 10, 40-42

    S. Jér. Notre-Seigneur, en envoyant ses disciples prêcher l’Évangile, leur apprend à ne craindre aucun danger, et à sacrifier toutes leurs affections aux devoirs de sa religion. Déjà, il s’en est déclaré, il ne veut pas d’or, il ne veut pas d’argent dans leurs bourses : c’est une condition bien dure que celle des Évangélistes. Mais comment pourvoir aux dépenses nécessaires, à la nourriture, aux choses nécessaires à la vie ? Notre-Seigneur adoucit donc la sévérité de ses préceptes par l’espérance des promesses. « Celui qui vous reçoit, leur dit-il, me reçoit ». Ainsi chaque fidèle doit être persuadé qu’il a reçu Jésus-Christ en recevant ses Apôtres. - S. Chrys. (hom. 36). Ce qui précède suffisait pour produire cette persuasion dans ceux qui devaient recevoir les Apôtres. Car en voyant ces hommes héroïques qui méprisaient tout ce qui les concernait pour sauver leurs frères, qui ne les aurait accueillis avec le plus vif empressement ? Plus haut, Notre-Seigneur a menacé de punir ceux qui ne les recevraient point ; ici il promet de récompenser ceux qui les recevront. Et d’abord il leur promet cet honneur insigne de recevoir dans la personne des Apôtres Jésus-Christ et même son Père. « Et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé ». Que peut-on comparer à cet honneur de recevoir Dieu le Père et le Fils ? - S. Hil. (can. 10 sur S. Matth). Ces paroles nous apprennent en même temps son office de médiateur, car après que nous l’avons reçu, lui qui est sorti de Dieu, il nous fait entrer en communication avec Dieu lui-même, et d’après cet ordre que suit la grâce, recevoir les Apôtres, c’est recevoir Dieu, parce que le Christ est en eux, et que Dieu est dans le Christ.

    S. Chrys. (hom. 36). A cette récompense qu’il promet il en ajoute une autre : « Celui qui reçoit un prophète au nom du prophète, recevra la récompense du prophète, et celui qui reçoit le juste », etc. Il ne dit pas simplement : Celui qui reçoit un prophète, ou celui qui reçoit un juste, mais : Celui qui reçoit un prophète, un juste, au nom du prophète, au nom du juste, c’est-à-dire parce qu’il est prophète, parce qu’il est juste, et non pas à cause de la dignité dont il peut être revêtu en ce monde, ou en vue de quelque autre avantage temporel. Ou bien dans un autre sens, comme il avait recommandé aux disciples de recevoir les maîtres qui les enseignent, les fidèles pouvaient lui faire secrètement cette réponse : Nous devons donc recevoir les faux prophètes et Judas le traître ? Le Seigneur prend donc soin de leur rappeler qu’ils ne doivent pas considérer les personnes, mais les noms qu’elles portent, et qu’on ne perdra pas sa récompense parce que celui qu’on aurait reçu en serait indigne. - S. Chrys. (hom. 30). Notre-Seigneur dit : « Il recevra la récompense du prophète et la récompense du juste », c’est-à-dire la récompense qui convient à celui qui reçoit le prophète ou le juste, ou celle que le prophète et le juste devront recevoir eux-mêmes. - S. Grég. (homél. 20 sur les Evang). Il ne dit pas : C’est des mains du juste ou du prophète qu’ils recevront la récompense, mais : « la récompense du prophète et du juste » ; peut-être celui qu’ils reçoivent est-il juste, et plus il est dépouillé de tout en ce monde, plus grande aussi sera sa fermeté à défendre les intérêts de la justice. Or celui qui possède les biens de la terre et qui pourvoit aux besoins du prophète et du juste, participera au mérite de son indépendance, et partagera la récompense de justice de celui qu’il a secouru et nourri sur la terre. Cet apôtre est plein de l’esprit de prophétie, mais son corps a besoin d’aliments, et si ses forces ne sont pas réparées, il est certain que la voix lui fera défaut. Or celui qui pourvoit à la nourriture du prophète, lui donne la force de parler : il recevra donc avec le prophète la récompense du prophète, parce qu’il a subvenu à ses besoins dans l’intention de plaire à Dieu.

    S. Jér. Dans le sens mystique, celui qui reçoit le prophète comme prophète, et qui comprend ce qu’il lui enseigne des choses futures, partagera sa récompense. Les Juifs donc, qui ne comprenaient les prophètes que dans un sens charnel, ne recevront pas la récompense des prophètes. - Remi. Dans ce prophète et dans ce juste, quelques-uns veulent voir Notre-Seigneur Jésus-Christ, de qui Moïse a dit : « Dieu vous suscitera un prophète », etc. (Dt 18), et qui est juste aussi d’une manière incomparable. Celui donc qui recevra le prophète et le juste au nom du prophète et du juste, recevra la récompense des mains de celui pour l’amour duquel il a fait cette action.

    S. Jér. Mais on pouvait lui alléguer cette excuse : Ma pauvreté me défend de donner l’hospitalité ; il la détruit en nous proposant la chose la moins coûteuse qui soit au monde, c’est-à-dire de donner de tout cœur un verre d’eau froide. « Et celui qui donnera à l’un de ces plus petits, un verre d’eau froide, etc ». Il dit un verre d’eau froide, et non d’eau chaude, de peur que s’il s’agissait d’eau chaude, on ne prétextât encore sa pauvreté et l’impossibilité de se procurer du bois pour la faire chauffer. Remi. Il ajoute : « Au plus petit », c’est-à-dire non pas seulement aux justes ou aux prophètes, mais à l’un des plus petits et des plus misérables. - La Glose. Remarquez ici comme Dieu regarde beaucoup plus à la disposition du cœur qu’à la valeur de la chose que l’on donne. Ou bien les plus petits sont ceux qui ne possèdent rien absolument en cette vie, et qui jugeront un jour le monde avec Jésus-Christ. - S. Hil. (can. 40 sur S. Matth). Ou bien il prévoyait qu’il y en aurait plusieurs dont toute la gloire consisterait dans le nom d’apôtre qu’ils déshonoreraient par tout le reste de leur vie ; il ne veut donc pas priver de récompense l’honneur qui leur est rendu au nom de la religion, car bien qu’ils soient les plus petits de tous, c’est-à-dire les derniers des pécheurs, les services qu’on leur rend, même les plus légers, et qui sont exprimés par ce verre d’eau froide, ne seront pas perdus, car ce n’est pas aux péchés de l’homme, mais à son titre d’apôtre qu’est rendu cet honneur.

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