L'évangile avec les Pères
Mc 14, 12-16.22-26
- Le Saint Sacrement du corps et du sang du Christ, année B · Dimanche 30 mai 2027
L'évangile
12Le premier jour des Azymes, où l’on immolait la Pâque, ses disciples dirent à Jésus : « Où voulez-vous que nous allions vous préparer ce qu’il faut pour manger la Pâque ? » 13Et il envoya deux de ses disciples, et leur dit : « Allez à la ville ; vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau, suivez-le. 14Quelque part qu’il entre, dites au propriétaire de la maison : Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ? 15Et il vous montrera un grand cénacle meublé et tout prêt : faites-nous là les préparatifs. » 16Ses disciples partirent et allèrent à la ville ; et ils trouvèrent les choses comme il le leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque. 22Pendant le repas, Jésus prit du pain, et après avoir prononcé une bénédiction, il le rompit, et le leur donna, en disant : « Prenez, ceci est mon corps. » 23Il prit ensuite la coupe, et, ayant rendu grâces, il la leur donna, et ils en burent tous. 24Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, répandu pour la multitude. 25Je vous le dis, en vérité, je ne boirai plus jamais du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai nouveau dans le royaume de Dieu. » 26Après le chant de l’hymne, ils s’en allèrent au mont des Oliviers.
Bible Crampon (1923).
Ce qu'en disent les Pères
Réunis par saint Thomas d'Aquin dans La Chaîne d'Or sur saint Marc, traduction de l'abbé Péronne (1868).
Mc 14, 12-16
S. Chrys. (serm. sur la trahison de Judas, comme précéd). Tandis que Judas débattait le prix de sa trahison, les autres disciples étaient préoccupés de la préparation de la pâque (1). « Et le premier jour des azymes », etc.
Bède. Ce premier jour des azymes était le quatorzième jour du premier mois, où les Juifs devaient jeter tout levain, et immoler la pâque, c’est-à-dire l’agneau pascal vers le soir. C’est à cet usage que l’Apôtre fait allusion, lorsqu’il dit : « Jésus-Christ est notre agneau pascal qui a été immolé pour nous ». (1Co 5,7) Il n’a été attaché à la croix que le jour suivant, c’est-à-dire le quinzième jour de la lune, cependant la nuit même du jour où l’agneau pascal était immolé, il a donné à ses disciples, avec le pouvoir de les célébrer, les mystères de son corps et de son sang, il a été saisi et garrotté par les Juifs, et il a ainsi consacré les prémices de son sacrifice. - S. Jér. Les pains azymes que l’on mange avec des choses amères, c’est-à-dire avec des laitues sauvages, sont la figure de notre rédemption, et l’amertume, l’emblème de la passion du Sauveur.
Théophyl. La question des disciples : « Où voulez-vous que nous allions », prouve évidemment que Jésus-Christ n’avait aucun domicile, ni les disciples aucune demeure en propre, car s’ils en avaient eu, ils y auraient conduit le Seigneur. - S. Jér. Cette question : « Où voulez-vous que nous allions ? » nous apprend encore à régler nos pas et nos démarches sur la volonté de Dieu. Notre-Seigneur nous fait aussi connaître avec qui il doit manger la pâque, et selon sa coutume dont nous avons parlé plus haut, il envoie deux de ses disciples : « Il envoya donc deux de ses disciples, et leur dit : Allez dans la ville ». - Théophyl. Il choisit parmi ses disciples Pierre et Jean, comme nous l’apprend saint Luc, et les envoie vers un homme inconnu, nous indiquant ainsi qu’il pourrait éviter sa passion, si telle était sa volonté, car celui qui savait que cet homme inconnu était disposé à recevoir ses disciples, ne pouvait-il pas changer les dispositions de ses ennemis ? Il leur donne même un signe auquel ils reconnaîtront la maison, en ajoutant : « Vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau ». - S. Aug. (de l’acc. des Evang., 2, dern. chap). Le vase que porte cet homme est une cruche, suivant saint Marc, une amphore, suivant saint Luc ; l’un désigne l’espèce, l’autre la forme ; mais l’un et l’autre sont dans la vérité. - Bède. Une preuve manifeste de la présence de la divinité, c’est que Jésus, tout en parlant avec ses disciples, sait ce qui doit se passer ailleurs. « Et ses disciples s’en allèrent, et ils préparèrent la pâque », etc. - S. Chrys. (serm. sur la Trah. de Jud). Ce n’était pas encore notre pâque, mais la pâque des Juifs ; c’était Jésus-Christ, qui non seulement devait établir, mais devenir lui-même notre pâque. Mais pourquoi a-t-il voulu la manger ? Parce qu’il s’est assujetti à la loi pour racheter ceux qui étaient sous la loi (Ga 4,4-5), et mettre lui-même un terme à la loi. Et afin que personne ne soit tenté de dire qu’il n’a détruit la loi que parce que son accomplissement lui paraissait trop dur, trop pénible et au-dessus de ses forces, il a voulu l’accomplir tout d’abord avant de l’annuler.
S. Jér. Au sens mystique, la ville c’est l’Eglise, qui est entourée du mur de la foi ; cet homme que les disciples rencontrent, c’est le premier peuple ; la cruche d’eau, c’est la loi de la lettre. - Bède. Ou bien l’eau est le bain salutaire de la grâce ; la cruche figure la fragilité de ceux qui devaient faire connaître cette grâce au monde. - Théophyl. Celui qui a été baptisé, porte comme un vase plein d’eau, et celui qui porte ainsi son baptême, marche vers le repos en vivant conformément à la raison, et jouit du repos et de la paix comme dans sa maison : « Suivez-le », ajoute Notre-Seigneur. - S. Jér. Suivez celui qui vous conduira sur les hauteurs où Jésus-Christ lui-même devient votre nourriture. Le maître de la maison, c’est l’apôtre saint Pierre, à qui le Sauveur a confié le soin de sa maison, afin qu’il y eût unité de foi sous un seul pasteur (cf. Jn 21,15). Cette grande salle, c’est la grande Eglise de Dieu, où l’on fait connaître le nom du Seigneur, et qui est ornée de la variété des vertus et des diverses langues des peuples. - Bède. Ou bien, cette grande salle, au sens spirituel, est la loi qui, sortant des limites étroites de la lettre, reçoit le Sauveur sur les lieux élevés, c’est-à-dire, sur les parties les plus hautes de l’esprit. C’est avec dessein que le nom soit du porteur d’eau, soit du maître de la maison, est passé sous silence, afin que tous ceux qui veulent célébrer la véritable pâque, c’est-à-dire, recevoir les sacrements de Jésus-Christ, et qui désirent lui offrir l’hospitalité dans leurs cœurs, sachent qu’ils en ont le pouvoir. - Théophyl. Ou bien encore, le maître de la maison c’est l’intellect qui nous montre cette grande salle, c’est-à-dire, les pensées élevées. Cependant tout élevée qu’elle est, elle éloigne de toute vaine gloire et de toute enflure, elle s’abaisse et s’égalise par l’humilité. C’est dans cette salle, c’est-à-dire, dans une âme ainsi disposée que Pierre et Jean, c’est-à-dire, l’action et la contemplation, préparent la pâque à Jésus-Christ.
Mc 14, 22-25
Bède. Toutes les cérémonies de l’ancienne pâque étant terminées, Jésus en vient à la nouvelle ; et à la chair et au sang de l’agneau, il substitue le sacrement de son corps et de son sang : « Et tandis qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain, pour prouver qu’il était celui à qui le Seigneur a dit avec serment (He 5-7) : Vous êtes prêtre pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédech » (Ps 109,4)
« Et l’ayant béni, il le rompit ». - Théophyl. C’est-à-dire qu’il rendit grâces avant de le rompre, c’est ce que nous faisons nous-mêmes, en y ajoutant d’autres prières. - Bède. Il rompt lui-même le pain qu’il présente à ses disciples, pour montrer que la fraction de son corps était la suite d’un plan qu’il avait tracé lui-même. Il bénit le pain, parce qu’en effet, il a, conjointement avec le Père et le Saint-Esprit, rempli d’une vertu divine la nature qu’il a prise pour souffrir. Il bénit le pain et le rompt, et montre ainsi qu’il a daigné soustraire à la mort l’humanité dont il s’est revêtu, faire éclater la puissance d’immortalité qui est en elle, et nous enseigner qu’il la ressusciterait promptement dans sa personne.
« Et il leur dit : Prenez, ceci est mon corps ». - Théophyl. C’est-à-dire ce que je vous donne maintenant, ce que vous recevez de mes mains. Le pain n’est pas seulement la figure du corps de Jésus-Christ, mais il est changé au corps de Jésus-Christ lui-même ; car Notre-Seigneur a dit : « Le pain que je donnerai est ma chair » (Jn 6,51). Cependant nous ne voyons point la chair de Jésus-Christ à cause de notre faiblesse ; le pain et le vin sont des aliments accommodés à notre usage ; si la chair et le sang nous étaient présentés dans leur état naturel, nous n’aurions pu nous résoudre à les prendre. Aussi Notre-Seigneur, pour condescendre à notre faiblesse, conserve les apparences du pain et du vin, mais change le pain et le vin en sa chair et en son sang. - S. Chrys. (serm. sur la trah. de Judas). Et maintenant encore, Jésus-Christ est encore là, c’est lui-même qui a orné cette table, c’est lui encore qui la consacre. Ce n’est point l’homme qui change les dons offerts au corps et au sang de Jésus-Christ, c’est Jésus-Christ lui-même qui a été crucifié pour nous. Les paroles sortent de la bouche du prêtre, mais elles reçoivent leur consécration de la puissance et de la grâce de Dieu. C’est par cette parole : « Ceci est mon corps », que les dons offerts sont consacrés, et de même que ces paroles : « Croissez et multipliez-vous, et remplissez la terre », n’ont été dites qu’une fois (Gn 1,28 Gn 9,1), et produisent cependant leurs effets dans tous les temps pour la génération des êtres par l’intermédiaire de la nature ; ainsi cette parole du Sauveur n’a été dite qu’une fois, et cependant jusqu’à ce jour, et jusqu’à l’avènement du Sauveur, elle donne au sacrifice toute sa force sur tous les autels de l’Eglise catholique.
S. Jér. Au sens mystique, le Seigneur donne à son corps qui est l’Eglise actuelle, la forme de pain. On s’unit à ce corps par la foi, il est béni par la multiplication de ses membres, il est rompu par les souffrances, il est donné dans les exemples de vertu, reçu par l’enseignement, il se change dans le calice au sang de Jésus-Christ mêlé d’eau et de vin, pour nous purifier de nos fautes, et tout à la fois pour nous racheter des supplices que nous avons mérités. C’est par le sang de l’agneau que les maisons des Hébreux sont préservées de l’ange exterminateur, et leurs ennemis sont ensevelis dans les eaux de la mer ; c’étaient des symboles figuratifs de l’Eglise de Jésus-Christ. « Et prenant le calice, il rendit grâces et le leur donna ». C’est par la grâce, en effet, et non point par nos mérites que nous avons été sauvés. - S. Grég. (Mor., 2, 24). Nous le voyons à l’approche de sa passion, prendre du pain et rendre grâces. Celui qui a pris sur lui la peine due aux châtiments des autres, rend grâces à Dieu ; celui dont la vie n’offre pas l’ombre d’une faute, bénit humblement dans sa passion. En supportant avec tant de patience les châtiments dus aux forfaits des autres, il veut nous enseigner comment nous devons supporter les châtiments que méritent nos propres iniquités, et ce que doit faire le serviteur que Dieu châtie, alors que lui, l’égal de son Père, lui rend grâces des souffrances qu’il endure. - Bède. Le vin du calice du Seigneur est mêlé d’eau et figure ainsi que nous devons demeurer en Jésus-Christ, et Jésus-Christ en nous, car au témoignage de saint Jean, les eaux représentent les peuples (Ap 17,15). Il n’est permis à personne d’offrir ou du vin seul, ou de l’eau seule, une telle offrande semblerait vouloir séparer la tête des membres, et signifier ou que Jésus-Christ a pu souffrir sans l’amour de notre rédemption, ou que nous pouvons être sauvés, et mériter d’être offerts à Dieu sans nous unir à sa passion.
« Et ils en burent tous ». - S. Jér. Heureuse ivresse, satiété salutaire, qui daigne communiquer à l’âme une sobriété d’autant plus grande qu’elle est plus abondante. - Théophyl. Quelques auteurs prétendent que Judas n’a point participé aux divins mystères, mais qu’il sortit avant que le Seigneur les eût distribués à ses disciples. D’autres, au contraire, soutiennent qu’il reçut le corps sacré du Sauveur. - S. Chrys. (serm. sur la trah. De Judas) Jésus-Christ offrait son sang à celui-là même qui allait le vendre, afin qu’il pût y puiser la rémission de ses péchés, s’il avait voulu renoncer à son impiété. - S. Jér. Judas but donc à ce calice du salut, mais il ne fut point rassasié et n’éteignit point la soif que produit le feu éternel, parce qu’il reçut indignement les mystères de Jésus-Christ ; car son sacrifice ne peut purifier ceux qui se sont traînés dans le bourbier infect de la cruauté, et que des pensées dépourvues de raison précipitent dans le crime. - S. Chrys. (serm. sur la trah. de Judas). Qu’il n’y ait donc aucun Judas à la table du Seigneur ; ce sacrifice est une nourriture spirituelle. Or, de même que la nourriture corporelle, lorsqu’elle trouve l’estomac chargé d’humeurs contraires, ne fait que le rendre plus malade ; ainsi cette nourriture spirituelle, lorsqu’elle entre dans une âme souillée par le péché, rend sa perte plus certaine, non par l’effet de sa nature, mais par la mauvaise disposition de celui qui la reçoit. Que l’âme soit donc pure de toute souillure, que cette pureté s’étende jusqu’aux pensées, parce que c’est ici le sacrifice de toute pureté.
« Et il leur dit : Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance ». - Bède. Notre-Seigneur établit ici le caractère qui distingue la nouvelle alliance de l’ancienne, qui fut consacrée par le sang des boucs et des taureaux, que Moïse répandait sur le peuple en disant : « Voici le sang de l’alliance que le Seigneur a faite avec vous » (He 9,19-20 ; cf. Ex 24,8). « Qui sera répandu pour plusieurs ». - S. Jér. Car il ne purifie pas tous les hommes de leurs péchés.
« En vérité je vous le dis : Je ne boirai plus », etc. - Théophyl. C’est-à-dire, je ne boirai plus de ce vin jusqu’à la résurrection ; il appelle sa résurrection son royaume, parce que c’est alors qu’il a régné en vainqueur sur la mort. Après sa résurrection, il but et mangea avec ses disciples, leur prouvant ainsi qu’il était bien le même qui avait souffert. Le vin qu’il boit alors est nouveau, c’est-à-dire qu’il le boit d’une manière différente et toute nouvelle ; car il n’a plus un corps passible qui ait besoin de nourriture, son corps est à la fois immortel et incorruptible ; voici donc l’explication de ces paroles : la vigne, c’est le Seigneur lui-même ; le fruit de la vigne, ce sont les mystères, et l’intelligence secrète qu’en donne celui qui enseigne la science à l’homme (Ps 92) Or, dans le royaume de Dieu, c’est-à-dire dans le siècle futur, il boira avec ses disciples les mystères et la sagesse, en nous enseignant, en nous révélant alors des vérités nouvelles dont il nous dérobe ici-bas la connaissance. - Bède. Ou bien dans un autre sens, cette vigne du Seigneur c’est la synagogue au témoignage d’Isaïe : « La vigne du Seigneur des armées, nous dit-il, c’est la maison d’Israël ». (Is 5,7) C’est donc au moment où le Sauveur marche de lui-même au-devant de sa passion, qu’il dit à ses disciples : « Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne », c’est-à-dire en d’autres termes : Je ne me complairai plus dans les cérémonies charnelles de la synagogue, parmi lesquelles l’immolation de l’agneau pascal tenait le premier rang ; car voici venir le temps de ma résurrection, voici venir ce jour où en possession du royaume de Dieu, élevé sur les hauteurs d’une gloire immortelle, je serai avec vous comblé de joie à la vue du salut de ce peuple régénéré aux sources de la grâce spirituelle.
S. Jér. Remarquons que Notre-Seigneur change la nature du sacrifice, mais sans changer le temps où il était offert. Il nous apprend ainsi à ne jamais célébrer la cène du seigneur avant le quatorzième jour de la lune. Celui qui célébrerait la résurrection le quatorzième jour serait obligé de célébrer la cène au onzième, ce qui ne s’est jamais fait ni sous la loi ancienne, ni sous la loi nouvelle.
Mc 14, 26-31
Théophyl. Ils avaient rendu grâces avant de boire le calice du salut, ils rendent grâces après l’avoir bu : « Et après le cantique d’actions de grâces, ils s’en allèrent sur la montagne des Oliviers ». Apprenez ici à rendre aussi grâces à Dieu avant et après vos repas. - S. Jér. Cet hymne est un cantique de louanges au Seigneur, comme il est dit au Psaume 21, 28-32: « Les pauvres mangeront et seront rassasiés, et ceux qui chercheront le Seigneur célébreront ses louanges ». Et encore : « Tous les grands de la terre mangeront et adoreront ». Le Sauveur nous enseigne encore qu’il était doux et désirable pour lui de mourir pour nous, puisqu’au moment d’être livré à ses ennemis, il offre à Dieu un hymne de louanges. Il nous apprend enfin, lorsque nous sommes surpris par l’affliction, à ne point nous laisser aller à la tristesse, mais à rendre grâces à Dieu, qui se sert de la tribulation pour opérer le salut d’un grand nombre. - Bède. On peut encore voir dans cet hymne le cantique d’actions de grâces que rapporte saint Jean, et où le Sauveur élevant les yeux au ciel, priait pour lui, pour ses disciples, et pour tous ceux qui devaient croire en lui (Jn 17).
Théophyl. Jésus se retire sur une montagne, afin que ses ennemis le trouvant seul, pussent s’emparer de lui sans aucun tumulte. Car s’ils s’étaient saisi de lui au milieu de la ville, la multitude aurait pu s’agiter, et ses ennemis auraient trouvé dans cette agitation un juste motif de le mettre à mort, sous le prétexte qu’il cherchait à soulever le peuple. - Bède. Au sens mystique, c’est dans un dessein plein de sagesse que Notre-Seigneur conduit ses disciples sur la montagne des Oliviers, après les avoir nourris et fortifiés des saints mystères ; il nous apprend ainsi qu’après avoir reçu les divins sacrements, nous devons nous élever à des vertus plus hautes, à des grâces plus sublimes de l’Esprit saint, vertus et grâces par lesquelles nos cœurs sont comme consacrés. - S. Jér. Notre-Seigneur Jésus-Christ tombe au pouvoir de ses ennemis sur le mont des Oliviers, du haut duquel il monta au ciel, pour nous apprendre que nous aussi nous montons au ciel du milieu de nos veilles, de nos prières et de nos souffrances, lorsque nous les acceptons sans résistance.
Bède. Le Sauveur prédit à ses disciples l’épreuve qui les attend, afin que quand elle sera venue, ils ne désespèrent point de leur salut, mais qu’ils cherchent leur délivrance dans le repentir : « Et Jésus leur dit : Je vous serai à tous un sujet de scandale pendant cette nuit ». - S. Jér. Tous succombent, mais tous ne restent pas sous le coup de cette chute. Est-ce que celui qui tombe ne se relèvera jamais ? dit le psalmiste (Ps 40) Il est de la nature humaine de tomber, mais il est diabolique de ne point se relever. - Théophyl. Dieu permit cette chute dans ses Apôtres, pour les guérir d’une confiance trop grande en eux-mêmes, et afin que cette prédiction ne parût point reposer sur une simple apparence, il l’appuie sur ce témoignage du prophète Zacharie : « Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées ». Bède. Cette prophétie est conçue en d’autres termes dans Zacharie, et c’est le prophète lui-même qui dit à Dieu : « Frappez le pasteur, et les brebis seront dispersées » (Za 13,7). - S. Jér. Le prophète demande la passion du Seigneur, le Père répond à ces prières : « Je frapperai le Pasteur », le Fils est envoyé par son Père, et il est frappé, c’est-à-dire qu’il est incarné et souffre les douleurs de sa passion. - Théophyl. Le Père dit : « Je frapperai le Pasteur », parce qu’il l’abandonne aux coups de ses ennemis ; il donne le nom de brebis à ses disciples à cause de leur innocence et de leur éloignement de toute malice. Le Sauveur se hâte d’ajouter des prédictions plus consolantes : « Mais après que je serai ressuscité, j’irai avant vous en Galilée ». - S. Jér. Il leur promet donc avec certitude qu’il ressuscitera, pour ne point éteindre toute espérance dans leur cœur, « Or Pierre lui dit : Quand vous seriez pour tous les autres un sujet de scandale, vous ne le serez point pour moi ». Voici un oiseau sans ailes qui veut s’élever dans les airs, mais le corps appesantit l’âme, et donne à la crainte tout humaine de la mort une force qui triomphe de la crainte de Dieu. - Bède. La promesse de Pierre lui était inspirée par l’ardeur de la foi, et la prédiction du Seigneur, par la connaissance qu’il avait de l’avenir : « Et Jésus lui repartit : En vérité je vous le dis », etc.
S. Aug. (De l’accord des Evang., 3, 2). Tous les Évangélistes rapportent la prédiction que le Sauveur fît à Pierre, qu’il le renierait avant que le coq chantât, mais le récit de saint Marc est plus circonstancié. Aussi quelques-uns, faute d’attention sérieuse, prétendent que saint Marc ne peut se concilier ici avec les autres Évangélistes ; car, disent-ils, Pierre a renié trois fois son maître ; et si ce triple renoncement a commencé après le premier chant du coq, le récit des trois Évangélistes n’est pas conforme à la vérité, puisqu’ils rapportent que le Seigneur a déclaré à Pierre, qu’avant que le coq chantât, il le renierait trois fois. Maintenant si les trois renoncements de saint Pierre ont eu lieu avant que le coq ait commencé à chanter, pourquoi Notre-Seigneur aurait-il dit, d’après saint Marc : « Avant que le coq ait chanté deux fois, vous me renierez trois fois ». Nous répondons que le triple renoncement de saint Pierre ayant commencé avant le chant du coq, les trois Évangélistes ont considéré, non pas le moment où il devait être consommé, mais celui où il devait se produire et commencer, c’est-à-dire, avant le chant du coq, bien qu’on puisse dire que dans les dispositions intérieures de Pierre, ce triple renoncement eut lieu tout entier avant le chant du coq ; saint Marc, au contraire, raconte plus en détail ce qui se passa entre chaque renoncement. - Théophyl. Voici donc comme on peut l’entendre : Pierre nia une première fois, et le coq chanta ; puis il nia une seconde et une troisième fois, et le coq chanta pour la seconde fois.
S. Jér. Ce coq, messager de la lumière, figure l’Esprit saint, dont la voix se fait entendre à nous par les prophètes et par les Apôtres, à l’occasion de ce triple renoncement, pour nous appeler à répandre des larmes amères sur nos chutes multipliées, sur nos pensées coupables à l’égard de Dieu, sur nos discours blessants pour le prochain et sur les fautes commises contre nous-mêmes.
Bède. Nous voyons ici la foi de Pierre et la vivacité de son amour pour son divin Maître : « Mais il insistait encore davantage : Quand il me faudrait mourir avec vous, je ne vous renoncerai point ». - Théophyl. Les autres disciples firent preuve de la même ardeur, de la même intrépidité : « Et tous les autres en dirent autant ». Mais en cela ils contredisaient aussi la vérité que Jésus-Christ venait de leur prédire.