L'évangile avec les Pères
Lc 5, 1-11
- 5ème dimanche du Temps Ordinaire, année C
L'évangile
1Or, un jour que pressé par la foule qui voulait entendre la parole de Dieu, il se tenait sur le bord du lac de Génésareth, 2il vit deux barques qui stationnaient près du rivage ; les pêcheurs étaient descendus pour laver leurs filets. 3Il monta donc dans une de ces barques, qui était à Simon, et le pria de s’éloigner un peu de terre ; puis, s’étant assis, il enseigna le peuple de dessus la barque. 4Lorsqu’il eut cessé de parler, il dit à Simon : « Avance en pleine mer, et vous jetterez vos filets pour pêcher. » 5Simon lui répondit : « Maître, toute la nuit nous avons travaillé sans rien prendre ; mais, sur votre parole, je jetterai le filet. » 6L’ayant jeté, ils prirent une si grande quantité de poissons, que leur filet se rompait. 7Et ils firent signe à leurs compagnons, qui étaient dans l’autre barque, de venir à leur aide. Ils y vinrent, et ils remplirent les deux barques, au point qu’elles enfonçaient. 8Ce que voyant Simon Pierre tomba aux pieds de Jésus en disant : « Éloignez-vous de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur. » 9Car l’effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui l’accompagnaient, à cause de la capture de poissons qu’ils avaient faite ; 10il en était de même de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Et Jésus dit à Simon : « Ne crains point, car désormais ce sont des hommes que tu prendras. » 11Aussitôt, ramenant leurs barques à terre, ils quittèrent tout et le suivirent.
Bible Crampon (1923).
Ce qu'en disent les Pères
Réunis par saint Thomas d'Aquin dans La Chaîne d'Or sur saint Luc, traduction de l'abbé Péronne (1868).
Lc 5, 1-3
S. Ambr. Après que Notre-Seigneur eut opéré un grand nombre de guérisons, l’empressement du peuple pour recourir à sa puissance salutaire ne put être arrêté ni par le temps, ni par les lieux ; le soir est venu, ils ne cessent de marcher à sa suite, un lac se présente, ils se pressent autour de lui : « Un jour que la foule se précipitait sur lui », etc. - S. Chrys. Ils étaient comme enchaînés à sa divine personne, pleins d’amour et d’admiration pour lui, et ils voulaient le retenir au milieu d’eux. Et, en effet, qui aurait voulu se séparer de lui pendant qu’il opérait de si grands miracles ? Qui aurait refusé de contempler cette face adorable et cette bouche d’où sortaient tant de merveilles. Car le Sauveur n’était pas seulement admirable dans les miracles qu’il opérait, mais son aspect seul était rempli de grâce ; aussi quand il parlait, on l’écoutait dans un profond silence, sans jamais oser l’interrompre : « La foule, se précipitant sur lui pour entendre la parole de Dieu », etc.
« Il était sur le bord du lac de Génésareth ». - Bède. Le lac de Génésareth est le même qui porte le nom de mer de Galilée ou de Tibériade. On l’appelle mer de Galilée, de la province qui est baignée par ses eaux, et mer de Tibériade, de la ville qui en est voisine. Le nom de Génésareth vient de la nature même du lac, dont les ondes, en se ridant, produisent d’elles-mêmes les vents qui agitent ses flots. En effet, le mot Génésareth signifie qui produit de lui-même le vent. Les eaux, au lieu d’être calmes et tranquilles comme celles des autres lacs, sont souvent agitées par le souffle des vents, elles sont douces et agréables à boire. Mais dans la langue hébraïque, toute grande étendue d’eau douce ou salée, reçoit le nom de mer.
Théophyl. Plus la gloire s’attache au Sauveur, plus il cherche à s’y dérober, c’est pourquoi nous le voyons s’éloigner de la foule et monter dans une barque : « Et il vit deux barques arrêtées au bord du lac, et dont les pêcheurs étaient descendus pour laver leurs filets ». - S. Chrys. C’était un signe que les pécheurs se reposaient. Selon saint Matthieu, Jésus les trouva raccommodant leurs filets ; car ils étaient si pauvres qu’ils étaient obligés de réparer leurs filets déchirés, dans l’impossibilité d’en avoir de nouveaux. Il monte dans une barque pour rassembler convenablement toute la multitude, de manière que personne ne fût derrière lui, mais que tous puissent le voir en face : « Montant dans une des barques qui appartenaient à Simon, il le pria », etc. - Théophyl. Voyez l’humilité de Jésus-Christ, qui s’abaisse jusqu’à prier Pierre, et la soumission de Pierre, qui obéit en toutes choses à son divin Maître.
S. Chrys. Après avoir opéré un grand nombre de miracles, il enseigne de nouveau sa doctrine, et tout en étant sur la mer, il prêche ceux qui sont sur la terre : « Et étant assis, il enseignait le peuple de dessus la barque ». - S. Grég. de Nazianze. (disc. 31). Il se montre plein de condescendance pour tous, afin de tirer le poisson de l’abîme, c’est-à-dire l’homme qui nage pour ainsi dire au milieu des choses inconstantes et mobiles, et parmi les violentes tempêtes de cette vie.
Bède. Dans le sens allégorique, ces deux barques figurent les Juifs et les Gentils. Le Seigneur les voit toutes deux, parce qu’il connaît dans chaque peuple ceux qui sont à lui, et en les voyant près du rivage, c’est-à-dire en les visitant dans sa miséricorde, il les conduit au port tranquille de la vie éternelle. Les pêcheurs sont les docteurs de l’Église qui nous prennent dans les filets de la foi, et nous amènent au rivage de la terre des vivants. Ces filets, tantôt les pêcheurs les jettent pour pêcher, tantôt ils les plient après les avoir lavés, parce qu’en effet, tous les temps ne sont pas également propres à la prédication, et que le docteur doit tantôt se livrer à l’enseignement, tantôt s’occuper de lui-même, et prendre soin de son âme. La barque de Simon, c’est l’Église primitive dont saint Paul a dit : « Celui qui a opéré en Pierre pour l’apostolat de la circoncision » (Ga 2,8). Notre-Seigneur monte dans une seule de ces barques, parce que la multitude de ceux qui croyaient n’avait qu’un cœur et qu’une âme (Ac 4,32). - S. Aug. (Quest. évang., 2, 2). De cette barque, il enseignait la foule, car c’est par l’autorité de l’Église que Pierre instruit les nations. Le Seigneur, en montant dans cette barque, prie son disciple de s’éloigner un peu de la terre, pour nous apprendre qu’il faut parler au peuple un langage plein de modération et de réserve, il ne faut pas lui prêcher une doctrine terrestre, mais il faut se garder également de trop l’éloigner de la terre pour le jeter dans les profondeurs insondables des mystères. Cette circonstance peut encore signifier qu’il faut d’abord prêcher l’Évangile aux peuples des pays voisins, de même que bientôt il dira : « Avancez en pleine mer », c’est-à-dire prêchez aux nations plus éloignées.
Lc 5, 4-7
S. Cyr. (Ch. des Pèr. gr). Après avoir donné au peuple les enseignements qu’il jugeait convenables, le Sauveur reprend le cours de ses opérations merveilleuses et divines, et en favorisant à ses disciples l’exercice de la pêche, il les prend lui-même dans ses filets : « Lorsqu’il eut cessé de parler, il dit à Simon : « Avancez en pleine mer, et jetez vos filets pour pêcher ». - S. Chrys. (hom. 6 sur S. Matth). Il s’accommode aux dispositions comme aux diverses occupations des hommes, c’est par une étoile qu’il avait appelé les mages, c’est par le métier de la pêche qu’il appelle à lui les pécheurs. - Théophyl. Pierre ne fait aucune difficulté d’obéir : « Et Simon lui répondit : Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ». Il n’ajoute pas : Je ne me rendrai pas à votre parole, je ne veux pas m’exposer à de nouvelles fatigues. Loin de là, il s’empresse de répondre : « Mais sur votre parole, je jetterai le filet ». C’était de la barque de Pierre que Notre-Seigneur avait enseigné le peuple, il ne veut pas laisser sans récompense le maître de la barque ; et il le récompense doublement, d’abord il lui fait prendre une multitude innombrable de poissons, et en second lieu, il en fait lui-même son disciple : « Et l’ayant jeté, ils prirent une si grande quantité de poissons, que leur filet se rompait ». Pierre prit une telle quantité de poissons, qu’il ne pouvait les tirer hors de l’eau, et qu’il demanda du secours à ses compagnons : « Et ils firent signe à leurs compagnons qui étaient dans l’autre barque de venir », etc. Il les appelle en leur faisant signe ; car l’étonnement que lui causait cette pêche abondante, lui ôtait pour ainsi dire l’usage de la parole. Les autres disciples répondent à son appel : « Et ils vinrent, et ils remplirent les deux barques », etc. L’évangéliste saint Jean paraît raconter un miracle semblable, mais qui est cependant tout autre, et qui eut lieu après la résurrection du Sauveur sur la mer de Tibériade. Ces deux miracles diffèrent et quant au temps, et quant à la nature même du fait. Dans saint Jean, les filets, jetés à la droite de la barque, prennent cent cinquante-trois grands poissons, et l’Évangéliste a soin de dire que, malgré la grandeur des poissons, les filets ne se rompirent pas. Et il avait alors en vue le fait miraculeux raconté par saint Luc, où le filet se rompait sous le poids énorme des poissons qu’il contenait.
S. Ambr. Dans le sens allégorique, la barque de Pierre qui, selon saint Matthieu, est agitée par les flots, et qui, selon saint Luc, est remplie de poissons, figure l’Église jouet des flots à son origine, et dans la suite, se réjouissant de la multitude innombrable de ses enfants. La barque qui porte Pierre n’est point agitée, mais celle qui portait Judas est ballottée par les flots. Pierre, il est vrai, se trouvait dans ces deux barques, mais bien qu’il demeurât ferme dans la conscience de son innocence personnelle, il était cependant agité par suite des crimes d’un autre. Gardons-nous donc de toute société avec les traîtres, il n’en faut qu’un seul pour nous jeter dans l’agitation et le trouble. Là où la foi est faible, il y a nécessairement trouble, là, au contraire, où la charité est parfaite, il y a pleine et entière sécurité. Remarquez enfin que si Notre-Seigneur commande à tous les disciples de jeter leurs filets, c’est à Pierre seul qu’il dit : « Avance en pleine mer », c’est-à-dire dans la profondeur des controverses. Qu’y a-t-il de plus profond que la connaissance du Fils de Dieu ? Mais quels sont ces filets qu’il commande aux Apôtres de jeter, sinon les réseaux des paroles, les détours des discussions et les profondes sinuosités des discours, qui ne laissent point échapper ceux qu’ils ont pris ? Les instruments dont se servent les Apôtres pour cette pêche spirituelle sont justement comparés à des filets qui ne tuent point ceux qu’ils prennent, mais les tiennent en réserve, et qui les retirent des flots agités, pour les transporter jusque dans les cieux. Pierre dit à Jésus : « Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre », parce que ce n’est point ici l’œuvre de l’éloquence humaine, mais un don de la vocation céleste. Aussi ceux dont les efforts avaient été jusque là infructueux, prennent, sur la parole du Seigneur, une grande quantité de poissons. - S. Cyr. C’était la figure de ce qui devait arriver dans la suite aux prédicateurs de l’Évangile ; car ceux qui jetteront le filet de la doctrine évangélique ne travailleront pas inutilement, mais parviendront à réunir la multitude des nations. - S. Aug. (Question évang., 2, 9). Leurs filets se rompaient, et les barques étaient remplies de cette quantité de poissons, au point qu’elles étaient près de couler à fond, figure de cette multitude d’hommes charnels, qui devaient abonder un jour dans l’Église, au point de rompre la paix et de déchirer l’Église par les hérésies et par les schismes. - Bède. Le filet se rompt, mais le poisson ne s’échappe pas, parce que le Seigneur conserve les siens au milieu des scandales de ceux qui les persécutent. - S. Ambr. L’autre barque représente la Judée, dans laquelle Jean et Jacques sont choisis ; ils viennent de la synagogue à la barque de Pierre (c’est-à-dire à l’Église), et ils viennent pour remplir les deux barques, car tous. juifs ou grecs, doivent fléchir le genou au nom de Jésus. - Bède. Ou bien encore, la seconde barque c’est l’Église des Gentils qui, pour suppléer à l’insuffisance de la première est aussi remplie de poissons, qui représentent les élus ; car le Seigneur connaît ceux qui sont à lui (2Tm 2,19), il a déterminé le nombre précis de ses élus ; et comme il n’a pas trouvé dans la Judée autant de fidèles qu’il en avait prédestinés à la vie éternelle, il cherche pour ainsi dire une autre barque pour recevoir les poissons qui sont à lui, et il répand la grâce de la foi dans le cœur des Gentils. Le filet venant à se rompre, on a recours à la barque voisine ; ainsi lorsque Judas le traître, Simon le Magicien, Ananie et Saphire, et un grand nombre de disciples se séparent de l’unité, Paul et Barnabé sont choisis pour exercer l’apostolat parmi les Gentils. - S. Ambr. Nous pouvons encore voir dans cette seconde barque la figure d’une autre Église ; car l’Église de Jésus-Christ qui est une, se divise en plusieurs Églises particulières. - S. Cyr. Pierre fait signe à ses compagnons de venir à son secours, un grand nombre, en effet, se sont associés aux travaux des Apôtres : d’abord ceux qui ont écrit les Évangiles, ensuite les autres évêques ou pasteurs des peuples, et les docteurs versés dans la science de la vérité. - Bède. Ces barques ne cessent de se remplir jusqu’à la fin du monde ; lorsqu’elles sont pleines, elles s’enfoncent, ou plutôt elles sont exposées au danger d’être submergées ; car elles ne le sont jamais en réalité. C’est ce qu’enseigne l’Apôtre, lorsqu’il dit : « Dans les derniers temps, il y aura des temps périlleux, les hommes s’aimeront eux-mêmes » (2Tm 3,1-2), etc. En effet, les barques sont submergées lorsque les hommes que Dieu avait retirés du siècle par la vocation à la foi y sont de nouveau entraînés par la corruption des mœurs.
Lc 5, 8-11
Bède. Pierre était dans l’admiration des dons de Dieu, et plus il avait éprouvé de crainte, moins il était porté à la présomption : « Ce que voyant Simon Pierre, il tomba aux pieds de Jésus, en disant : Éloignez-vous de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur ». - S. Cyr. Rappelant en son souvenir les fautes qu’il avait commises, il est saisi de crainte et d’effroi, il n’ose croire, impur qu’il est, qu’il puisse recevoir celui qui est la pureté même ; car il avait appris de la loi, que ce qui est souillé doit être séparé de ce qui est saint (Lv 10,10 ; cf. Ez 22,26 Ez 44,23). - S. Grég. de Nysse. Dès que Jésus eut ordonné de jeter les filets, on prit le nombre de poissons que lui, le Seigneur de la mer et de la terre, avait déterminé ; car la voix du Verbe est toujours une voix de puissance, et c’est par son commandement que l’origine du monde, la lumière et les autres créatures sortirent du néant. À la vue de ce miracle, Pierre est dans l’admiration : « Il était plongé dans la stupeur, lui et tous ceux qui étaient avec lui ». - S. Aug. (de l’acc. des Evang., 2 17). Saint Luc ne fait point mention d’André, bien qu’il fût dans cette barque, d’après le récit de saint Matthieu et de saint Marc.
« Jésus dit à Simon : Ne craignez point ». - S. Ambr. Et vous aussi, dites à Jésus : Éloignez-vous de moi, parce que je suis un pécheur, et Dieu vous répondra : « Ne craignez point », confessez votre péché au Seigneur qui est disposé à vous pardonner. Vous voyez combien il est bon, lui qui daigne accorder à des hommes le pouvoir de communiquer la vie : « Désormais, dit-il à Simon, vous serez pêcheurs d’hommes ». - Bède. C’est à Pierre que cette prérogative est spécialement accordée ; le Seigneur lui explique le sens mystérieux de cette pêche miraculeuse, c’est-à-dire qu’il prendra un jour des hommes par ses discours, comme il vient de prendre des poissons dans ses filets ; et toute la suite de ce fait miraculeux montre ce qui se fait tous les jours dans l’Église, dont Pierre est ici la figure. - S. Chrys. (Hom. 14 sur S. Matth). Considérez la foi et l’obéissance des Apôtres. Au milieu même des occupations de la pêche (et vous savez combien les pêcheurs sont avides du succès de leur pêche), dès qu’ils entendent l’ordre du Sauveur, sans aucun délai, ils quittent tout, et le suivent. Telle est l’obéissance que Jésus-Christ demande de nous, elle doit être notre premier soin, au milieu même des diverses nécessités de la vie : « Et, aussitôt, ramenant leurs barques à terre ». etc. - S. Aug. (de l’acc. des Evang). Le récit de saint Matthieu et de saint Marc est ici beaucoup plus court que celui de saint Luc, qui raconte le fait dans tous ses détails. Il y a d’ailleurs entre les deux récits cette différence que, d’après saint Luc, c’est à Pierre seul que le Sauveur aurait dit : « Désormais vous serez pécheur d’hommes », tandis que suivant les deux autres Évangélistes, c’est aux deux frères que Jésus aurait adressé ces paroles. Mais Notre-Seigneur a pu très bien les dire d’abord à Pierre seul, surpris et étonné de la grande quantité de poissons qu’on avait pris, comme saint Luc paraît l’insinuer, et les avoir redites ensuite aux deux frères, ainsi que le racontent les deux premiers Évangélistes. Ou bien encore, on peut entendre que la pêche miraculeuse, racontée par saint Luc, arriva en premier lieu, mais sans que les deux disciples fussent dès lors appelés par le Seigneur Jésus. Il se contenta de prédire à Pierre qu’il serait un jour pêcheur d’hommes. On peut donc légitimement supposer qu’ils retournèrent au métier de la pêche, et qu’alors eut lieu le fait raconté par saint Matthieu et saint Marc ; alors, en effet, ils ne ramenèrent pas leurs barques à terre, avec la pensée de retourner à leurs anciennes occupations, mais ils suivirent Jésus en obéissant pleinement à l’ordre qu’il leur avait donné. Une autre difficulté se présente ; si, d’après saint Jean, ce fut sur les bords du Jourdain que Pierre et André se mirent à la suite de Jésus, comment les autres Évangélistes peuvent dire que c’est dans la Galilée qu’il les trouva se livrant à la pêche, et qu’il les appela à l’apostolat ? Nous répondons que lorsqu’ils virent le Seigneur sur les bords du Jourdain, ils ne s’attachèrent pas inséparablement à lui, ils connurent seulement qu’il était le Messie, et pleins d’admiration pour lui, ils retournèrent à leurs occupations.
S. Ambr. Dans le sens allégorique, Pierre, en disant : « Seigneur, éloignez-vous de moi », refuse de reconnaître que ceux qu’il prend dans les filets de ses enseignements soient sa conquête et son butin. Vous aussi, n’hésitez pas à renvoyer à Dieu le bien qui est en vous, puisque c’est Dieu qui vous communique ses propres dons - S. Aug. (Quest. évang). Ou bien dans un autre sens, Pierre représente l’Église remplie d’hommes charnels, quand il dit au Seigneur : « Éloignez-vous de moi, parce que je suis un pécheur ». L’Église, remplie de cette foule d’hommes charnels et presque submergée par leurs mœurs dépravées, semble éloigner d’elle le règne des hommes spirituels (dont la personne de Jésus-Christ est la plus haute représentation). Ce n’est point de bouche que les hommes tiennent ce langage aux vertueux ministres de Dieu pour les éloigner d’eux, c’est par la voix de leurs mœurs et de leurs actions, qu’ils les pressent de se retirer pour se soustraire à la direction des bons. Et leurs instances sont d’autant plus vives, qu’ils leur témoignent en même temps de l’honneur et du respect. Pierre figurait ce respect, en se jetant aux pieds du Seigneur, et leurs mœurs, en disant : « Éloignez-vous de moi ». - Bède. Or, le Seigneur dissipe la crainte des hommes charnels qui, tremblant pour quelques-uns à la vue de leur conscience coupable, ou découragés par le spectacle de l’innocence des autres, redouteraient d’entrer dans la voie de la sainteté. - S. Aug. (Quest. évang). Le Seigneur, en ne se rendant pas à leurs désirs, apprend aux hommes vertueux et spirituels à ne pas se laisser aller au désir d’abandonner le ministère ecclésiastique pour mener une vie plus calme et plus tranquille, parce qu’ils ne peuvent supporter les désordres de la foule. Ils ramènent leurs barques à terre, et quittent tout pour suivre Jésus ; et en cela ils figurent la fin des temps, où ceux qui se seront attachés à Jésus-Christ quitteront pour toujours la mer agitée du monde.