L'évangile avec les Pères

    Lc 21, 5-19

    • 33ème dimanche du Temps Ordinaire, année C

    L'évangile

    5Quelques-uns disant que le temple était orné de belles pierres et de riches offrandes, Jésus dit : 6« Des jours viendront où, de tout ce que vous regardez-là, il ne restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée. » 7Alors ils lui demandèrent : « Maître, quand ces choses arriveront-elles, et à quel signe connaîtra-t-on qu’elles sont près de s’accomplir ? » 8Jésus répondit : « Prenez garde qu’on ne vous séduise ; car plusieurs viendront sous mon nom, disant : Je suis le Christ, et le temps est proche. Ne les suivez donc point. 9Et quand vous entendrez parler de guerres et de séditions, ne soyez pas effrayés ; il faut que ces choses arrivent d’abord ; mais la fin ne viendra pas sitôt. » 10Il leur dit alors : « Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume. 11Il y aura de grands tremblements de terre, des pestes et des famines en divers lieux, et dans le ciel d’effrayantes apparitions et des signes extraordinaires. 12Mais, avant tout cela, on mettra les main sur vous, et l’on vous persécutera ; on vous traînera dans les synagogues et dans les prisons, on vous traduira devant les rois et les gouverneurs, à cause de mon nom. 13Cela vous arrivera, afin que vous me rendiez témoignage. 14Mettez donc dans vos cœurs de ne point songer d’avance à votre défense ; 15car je vous donnerai moi-même une bouche et une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront ni répondre, ni résister. 16Vous serez livrés même par vos parents, par vos frères, par vos proches et par vos amis, et ils feront mourir plusieurs d’entre vous. 17Vous serez en haine à tous à cause de mon nom. 18Cependant pas un cheveu de votre tête ne se perdra ; 19par votre constance, vous sauverez vos âmes.

    Bible Crampon (1923).

    Ce qu'en disent les Pères

    Réunis par saint Thomas d'Aquin dans La Chaîne d'Or sur saint Luc, traduction de l'abbé Péronne (1868).

    Lc 21, 5-9

    Eusèbe ou Théophane. (Ch. des Pèr. gr). L’histoire nous atteste quelle était la magnificence des constructions du temple, et ce qui en reste encore aujourd’hui nous fait comprendre quelle devaient être la grandeur et la richesse de cet édifice. Or, comme ses disciples admiraient les constructions du temple, Notre-Seigneur leur déclare qu’il n’en restera pas pierre sur pierre : « Quelques-uns lui faisant remarquer la beauté des pierres du temple, et les riches offrandes dont il était orné, il dit : Il ne restera pas pierre sur pierre ». Il était juste, en effet, que ce lieu fût entièrement détruit, pour punir l’insolence audacieuse de ceux qui venaient y accomplir les cérémonies de leur culte. - Bède. Ce fut encore par un dessein particulier de la Providence divine que la ville et le temple furent voués à une entière destruction, car il était à craindre que des chrétiens, faibles encore dans la foi, voyant la ville et le temple debout, et considérant avec étonnement les sacrifices qu’on y offrait, ne fussent comme ébranlés par le spectacle de ces rites si différents. - S. Ambr. Ce que le Sauveur prédisait de la destruction future de ce temple bâti par les hommes, était vrai, car tout ce qui est construit de main d’homme, ou périt nécessairement de vétusté, ou est renversé par la force, ou est consumé par le feu. Il y a cependant un autre temple (la synagogue), dont l’antique édifice devait s’écrouler à la naissance de l’Église. Nous avons tous aussi un temple au-dedans de nous, qui s’écroule lorsque la foi s’affaiblit, et surtout lorsqu’on affecte par hypocrisie de paraître extérieurement chrétien pour se déclarer plus facilement contre Jésus-Christ dans l’intérieur de son âme.

    S. Cyr. Les disciples ne comprenaient point le sens de ces paroles, ils s’imaginaient que le Sauveur voulait parler de la fin du monde, c’est pourquoi ils lui demandent quand cette destruction devait avoir lieu : « Alors ils lui demandèrent : Maître, quand cela arrivera-t-il ? Et à quel signe connaîtra-t-on que ces choses sont prêtes à s’accomplir ? » - S. Ambr. Saint Matthieu ajoute une troisième question, c’est-à-dire, que les disciples demandent à la fois le temps de la destruction du temple, les signes de l’avènement du Sauveur, et ceux qui doivent précéder la fin du monde. Or, Notre-Seigneur, interrogé sur le temps de la destruction du temple et sur les signes de son avènement, s’explique sur cette dernière question, mais ne répond pas à la première : « Il leur dit : Prenez garde d’être séduits ». - S. Athan. (Disc. 4 contr. les Ar). Dieu nous a donné des grâces et fait connaître des vérités qui appartiennent à l’ordre surnaturel (par exemple les règles de la vie céleste, la puissance contre les démons, l’adoption, la connaissance du Père et du Fils, et le don de l’Esprit saint) ; aussi le démon, notre ennemi, rôde sans cesse autour de nous pour nous ravir la semence de la parole divine. Dieu donc, pour conserver en nous les dons précieux qu’il nous a faits et les enseignements qu’il nous a donnés, nous prémunit contre la séduction. Le Verbe de Dieu nous a fait une grâce extraordinaire, c’est non seulement de ne pas nous laisser tromper par les choses apparentes, mais encore de discerner, à l’aide de la grâce de l’Esprit saint celles qui sont cachées. Le démon, auteur de tout mal, sait l’horreur qu’il inspire, il cache donc avec soin ce qu’il est, et se couvre astucieusement d’un nom qu’il sait être cher à tous. Il fait comme celui qui veut gagner des enfants en l’absence de leurs parents, il prend leur extérieur et simule leur voix pour tromper l’amour de ces enfants. Ainsi donc, dans toutes les hérésies, le démon se déguise et dit : Je suis le Christ, la vérité est avec moi : « Plusieurs viendront en mon nom et diront : C’est moi, et le temps approche ». - S. Cyr. Avant que Jésus-Christ descende du ciel, il en viendra plusieurs qu’il faudra se garder de suivre, ce qui sera facile, car si le premier avènement du Verbe, Fils unique de Dieu, venant pour sauver le monde, a été obscur et caché, parce qu’il voulait souffrir pour nous la mort de la croix ; son second avènement, au contraire, sera éclatant et terrible, car il descendra environné de la gloire de Dieu le Père, au milieu des anges, qui seront ses ministres, pour juger le monde dans la justice ; ne les suivez donc point, nous dit-il. - Tite de Bostr. Peut-être ne veut-il point parler ici de des faux christs qui viendront avant la fin du monde, mais de ceux qui parurent au temps des Apôtres. - Bède. En effet, peu de temps avant la ruine de Jérusalem, on vit paraître plusieurs chefs de sédition, qui affirmaient qu’ils étaient le Christ, et annonçaient l’approche de l’ère de l’affranchissement et de la liberté. On vit aussi dans l’Église, des hérésiarques, que l’Apôtre a condamnés (2Th 2,2), et qui annonçaient que le jour du Seigneur approchait. Il parut aussi plusieurs antéchrists, qui déclaraient venir au nom du Christ ; le premier d’entre eux fut Simon le magicien, qui disait de lui-même : « Celui-ci est la grande vertu de Dieu (Ac 8,10) ».

    Lc 21, 9-11

    S. Grég. (hom. 35 sur les Evang). Notre-Seigneur prédit les calamités qui doivent précéder la fin du monde, pour diminuer par cette prédiction le trouble qu’elles produiront quand elles seront arrivées, car les coups qui sont prévus se font moins sentir. Il commence donc ainsi : « Et lorsque vous entendrez parler de guerres et de séditions », etc. Les guerres viendront des ennemis, les séditions des concitoyens entre eux, et le Sauveur prend soin de distinguer ce que nous aurons à souffrir des ennemis extérieurs et de nos propres frères, pour nous faire comprendre que nous serons en proie au trouble et à l’affliction tout à la fois au dedans et au dehors. - S. Ambr. Qui peut mieux attester la vérité de ces paroles divines que nous-mêmes, qui devons être les témoins de la fin du monde ? Quelles guerres avons-nous apprises, et quels bruits de combats avons-nous entendus !

    S. Grég. (hom. 35). Mais la fin du monde ne doit pas suivre immédiatement ces calamités, qui en seront comme les signes précurseurs. Aussi Notre-Seigneur ajoute : « Il faut d’abord que ces choses arrivent, mais la fin ne viendra pas immédiatement après ». La dernière tribulation sera précédée par beaucoup d’autres tribulations, car Dieu veut que le malheur qui n’aura point de fin soit précédé et annoncé par des calamités sans nombre : « Alors, ajouta-t-il, on verra se soulever peuple contre peuple et royaume contre royaume ». Les maux que nous aurons à souffrir nous viendront, les uns du ciel, les autres de la terre, ceux-ci des éléments, ceux-là des hommes, et Notre-Seigneur commence par ces derniers. Il ajoute : « Il y aura en divers lieux de grands tremblements de terre ». Voilà les effets de la colère céleste. - S. Chrys. (hom 2 sur les Actes). Les tremblements de terre sont quelquefois les effets de la colère de Dieu, comme lorsque le Sauveur fut crucifié ; quelquefois, ils sont un signe de la grâce et des faveurs divines, c’est ainsi que le lieu où les Apôtres étaient réunis pour prier, trembla lorsque l’Esprit saint descendit sur eux : « Et des pestes ». - S. Grég. (hom. 35). Voilà la perturbation des corps : « Et les famines » ; c’est la stérilité de la terre : « Il paraîtra des signes épouvantables et des signes extraordinaires dans le ciel », c’est la perturbation dans les airs. Il faut entendre ces paroles des tempêtes qui viennent en dehors des lois ordinaires de la nature, car pour celles qui suivent ses lois, elles ne sont point des signes. Nous avons détourné à des usages coupables, ce que nous avions reçu pour les besoins de notre vie ; Dieu, à son tour, fera servir à notre châtiment toutes les créatures dont nous aurons fait des instruments d’iniquité.

    S. Ambr. La fin du monde sera donc précédée de divers fléaux qui en seront comme les maladies, c’est-à-dire, la famine, la peste et la persécution. - Théophyl. Suivant quelques interprètes, ces prédictions n’ont pas seulement pour objet les événements qui doivent précéder la fin du monde, mais elles ont reçu leur accomplissement au temps du siège et de la ruine de Jérusalem. C’est à juste titre, en effet, que les Juifs qui avaient mis à mort l’auteur de la paix, virent éclater parmi eux les guerres et les séditions. La guerre à son tour fut suivie de la peste et de la famine, comme conséquence, la première, de l’air infecté par les cadavres ; la seconde, des champs restés sans culture. L’historien Josèphe rapporte les effroyables extrémités dont cette famine fut la cause ; nous voyons dans les Actes, que sous le règne de l’empereur Claude, la Judée fut en proie à une grande famine (Ac 11,28), et le même Josèphe raconte beaucoup d’autres terribles fléaux, qui annonçaient la prise de Jérusalem.

    S. Chrys. Notre-Seigneur prédit que la prise et la ruine de la ville ne suivront pas immédiatement ces signes précurseurs, mais qu’elles n’auront lieu qu’après de longs et nombreux combats. - Bède. Notre-Seigneur veut aussi avertir les Apôtres, de ne pas s’effrayer de ces signes précurseurs, et de ne quitter ni Jérusalem ni la Judée. On peut voir encore dans ces royaumes soulevés les uns contre les autres, dans ces pestes, les doctrines pestilentielles qui s’étendent et rongent comme un cancer (2Tm 2,16) ; dans ces famines, la faim d’entendre la parole de Dieu ; dans ce tremblement de toute la terre, la séparation de la vraie foi même dans les hérétiques qui, en luttant les uns contre les autres, contribuent ainsi au triomphe de l’Église. - S. Ambr. Il y a encore d’autres guerres que doit soutenir un chrétien, ce sont les combats contre les passions multipliées et contre les désirs coupables qui naissent en nous, et ces ennemis domestiques sont mille fois plus redoutables que ceux du dehors.

    Lc 21, 12-19

    S. Grég. (hom. 35 sur les Evang). Comme les calamités que le Sauveur vient de prédire ne viennent pas de l’injustice de Dieu qui les envoie, mais sont un juste châtiment des crimes du monde, Notre-Seigneur fait connaître ces attentats des hommes pervers : « Avant que toutes ces choses arrivent, ils se saisiront de vous », etc., c’est-à-dire, le trouble s’emparera des cœurs des hommes avant qu’il s’étende aux éléments ; on saura ainsi, lorsque l’ordre de la nature sera bouleversé, quelle tribulation en est la cause, car bien que la fin du monde soit une conséquence des éléments qui le composent, le Sauveur nous fait connaître que les hommes qui vivront alors seront justement écrasés sous ses ruines en punition de leurs crimes énormes. - S. Cyr. Ou encore, Notre-Seigneur veut parler ici des persécutions que ses disciples eurent à souffrir des Juifs, qui les jetèrent en prison et les traînèrent devant les tribunaux avant la prise de Jérusalem par les Romains. C’est ainsi que saint Paul fut envoyé à Rome pour être jugé par César, et qu’il comparut devant Festus et Agrippa.

    « Et ce sera pour vous une occasion de rendre témoignage ». Le grec porte : « Pour le martyre (åéò ìáñôõñéïí), c’est-à-dire, d’obtenir la gloire du martyre. - S. Grég. (hom. 35). Ou bien encore, pour être en témoignage contre eux, parce qu’ils vous ont persécutés et mis à mort, ou parce qu’ils n’ont pas imité dans leur vie les exemples que vous leur avez donnés, ou parce que ces exemples qui ont été pour les élus un principe de vie, sont devenus pour les méchants une cause de mort sans excuse. Mais ces terribles prédictions pouvaient jeter le trouble dans le cœur de ceux qui les entendaient, le Sauveur ajoute donc pour les consoler : « Gravez cette pensée dans vos cœurs, de ne point préméditer ce que vous devrez répondre ». - Théophyl. Comme les Apôtres étaient sans instruction et sans lettres, Notre-Seigneur leur recommande de ne point se troubler lorsqu’ils sont appelés à rendre compte de leur conduite devant les sages du monde, et il en donne la raison : « Car je mettrai moi-même sur vos lèvres des paroles et une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront résister et qu’ils ne pourront contredire », c’est-à-dire, vous recevrez à l’instant de moi l’éloquence et la sagesse, de sorte que tous vos ennemis, quand ils réuniraient tous leurs efforts, ne pourront vous résister, ni par leur sagesse (c’est-à-dire, par la force des raisonnements), ni par l’éloquence et par l’élégance du langage. Il en est beaucoup, en effet, qui ont un grand fond de sagesse, mais qui, faciles à troubler, voient se confondre toutes leurs idées lorsque le moment est venu de les exposer. Tels ne furent point les Apôtres, qui reçurent le double don de la sagesse et de la parole. - S. Grég. Le Sauveur semble leur dire : Ne vous effrayez pas, vous marchez au combat, mais c’est moi qui combats pour vous ; vous prononcez les paroles, mais c’est moi qui les forme sur vos lèvres. - S. Ambr. Tantôt c’est Jésus-Christ qui parle par la bouche de ses disciples, tantôt c’est le Père (Mt 16,17), tantôt enfin l’Esprit saint (Mt 10,20) Ces divers passages, loin de se contredire, s’accordent parfaitement, car ce que l’un dit, les trois le disent également, parce que la Trinité n’a qu’une seule et même voix.

    Théophyl. Après leur avoir ainsi parlé, pour dissiper la crainte que pouvait leur inspirer leur ignorance, il les prémunit contre un autre danger non moins important, qui aurait pu aussi jeter le trouble dans leurs cœurs, s’il les avait surpris à l’improviste : « Vous serez même trahis et livrés par vos pères, par vos frères, par vos amis, et on en fera mourir plusieurs d’entre vous ». - S. Grég. (hom. 35). Les épreuves les plus cruelles nous viennent de ceux sur l’affection desquels nous croyions pouvoir compter, parce qu’aux souffrances extérieures viennent se joindre alors la douleur de l’affection que nous avons perdue. - S. Grég. de Nysse. Considérons quelle était alors la situation de la société. Dans toutes les familles divisées par la différence de religion, on était suspect les uns aux autres. Le fils encore idolâtre trahissait ses parents devenus chrétiens ; le père, obstiné dans son infidélité, devenait l’accusateur de son fils qui avait embrassé la foi. Tous les âges étaient exposés à la persécution, et les femmes elles-mêmes n’en étaient pas à l’abri par la faiblesse naturelle de leur sexe.

    Théophyl. Notre-Seigneur leur prédit ensuite la haine universelle dont ils seront l’objet : « Et vous serez haïs de tout le monde à cause de mon nom ». - S. Grég. (Hom. 35). Mais comme ces prédictions qui leur montrent une mort cruelle en perspective ont quelque chose d’effrayant et de redoutable, il les console aussitôt par l’espérance des joies de la résurrection : « Cependant il ne se perdra pas un seul cheveu de votre tête », c’est-à-dire : Pourquoi craindriez-vous de voir périr ce que vous ne pouvez perdre sans douleur, puisque même ce qui peut vous être retranché sans vous causer aucune souffrance, ne peut périr ? - Bède. Ou bien encore : Il ne périra pas un seul cheveu de la tête des disciples, parce que non seulement les grandes actions et les paroles des saints, mais encore leurs moindres pensées recevront de Dieu leur juste récompense.

    S. Grég. (Moral., 5, 13). Celui qui pratique la patience dans l’adversité, puise sa force contre toutes les tribulations, par le même principe qui lui fait remporter la victoire sur lui-même : « Vous posséderez vos âmes dans la patience ». Qu’est-ce que posséder son âme, c’est mener une vie entièrement irréprochable, et comme du haut d’une forteresse, dominer par la vertu tous les mouvements de son cœur. - S. Grég. (hom. 35). Ainsi nous possédons nos âmes par la patience, parce qu’en nous dominant nous-mêmes, nous commençons à être les maîtres de ce que nous sommes. La possession de l’âme dépend de la vertu de patience, parce que la patience est la racine et la gardienne de toutes les vertus. Or, la patience consiste à supporter avec calme les épreuves qui nous viennent d’autrui, et à ne nourrir aucun ressentiment contre ceux qui en sont la cause.

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