L'évangile avec les Pères

    Jn 1, 6-8.19-28

    • 3ème Dimanche de l'Avent, de Gaudete, année B · Dimanche 13 décembre 2026

    L'évangile

    6Il y eut un homme, envoyé de Dieu ; son nom était Jean. 7Celui-ci vint en témoignage, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui : 8non que celui-ci fût la lumière, mais il avait à rendre témoignage à la lumière. 19Et voici le témoignage que rendit Jean, lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui êtes-vous ? » 20Il déclara, et ne le nia point ; il déclara : « Je ne suis point le Christ. » 21Et ils lui demandèrent : « Quoi donc ! Êtes-vous Élie ? » Il dit : « Je ne le suis point — Êtes-vous le prophète ? » Il répondit : « Non. — 22Qui êtes-vous donc, lui dirent-ils, afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dites-vous de vous-même ? » 23Il répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, comme l’a dit le prophète Isaïe. » 24Or ceux qu’on lui avait envoyés étaient des Pharisiens. 25Et ils l’interrogèrent, et lui dirent : « Pourquoi donc baptisez-vous, si vous n’êtes ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? » 26Jean leur répondit : « Moi je baptise dans l’eau ; mais au milieu de vous il y a quelqu’un que vous ne connaissez pas, 27c’est celui qui vient après moi ; je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure. » 28Cela se passait à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait.

    Bible Crampon (1923).

    Ce qu'en disent les Pères

    Réunis par saint Thomas d'Aquin dans La Chaîne d'Or sur saint Jean, traduction de l'abbé Péronne (1868).

    Jn 1, 6-8

    S. Aug. (Traité 2 sur S. Jean). Tout ce qui précède avait pour objet la divinité de Jésus-Christ, qui, en venant à nous, s’est revêtu d’une forme humaine. Mais comme dans le Verbe fait chair, l’humanité cachait un Dieu ; un homme extraordinaire fut envoyé devant lui, pour découvrir en lui, par son témoignage, un caractère supérieur à l’homme. Et quel a été cet envoyé ? « Il y eut un homme ». - Théophyl. Ce ne fut pas un ange, pour détruire les idées qu’un grand nombre s’était faites de la nature de Jean-Baptiste. - S. Aug. Et comment pourra-t-il nous dire la vérité en parlant de Dieu ? « Il fut envoyé de Dieu ». - S. Chrys. (hom. 6 sur S. Jean). Gardez-vous de croire que cet envoyé de Dieu tienne un langage purement humain, ce n’est point de lui-même qu’il vient parler, toutes ses paroles lui sont dictées par celui qui l’a envoyé ; c’est pour cela qu’un prophète lui donne le nom d’ange en parlant de lui : « Voici que j’envoie mon ange » (Ml 3,1), car un ange (ou envoyé), ne dit rien de lui-même, et ne fait que transmettre les ordres de celui qui l’envoie. Ces paroles : « Il fut envoyé », ne signifie pas un acte qui tend à donner l’être, mais qui destine à l’accomplissement d’un ministère. De même qu’Isaïe ne fut pas appelé d’autre part que du monde où il était, et qu’il fut envoyé au peuple du moment qu’il eut vu le Seigneur assis sur un trône sublime et élevé ; ainsi Jean fut envoyé du désert pour baptiser, comme il l’atteste lui-même : « Celui qui m’a envoyé baptiser, m’a dit : Celui sur lequel vous verrez », etc.

    S. Aug. Comment s’appelait-il ? « Son nom était Jean ». - Alcuin. c’est-à-dire, grâce de Dieu ou celui en qui était la grâce de Dieu, c’est-à-dire, celui qui, le premier, a fait connaître Jésus-Christ au monde par son témoignage. Ou bien encore, le nom de Jean signifie il a été donné, parce qu’il lui a été donné par la grâce de Dieu, non seulement d’être le précurseur du Roi des rois, mais de le baptiser.

    S. Aug. Pourquoi fût-il envoyé ? « Il vint comme témoin pour rendre témoignage à la lumière ».

    Orig. (Traité 5 sur S. Jean). Il en est qui cherchent à jeter le blâme sur les témoignages que les prophètes ont rendus à Jésus-Christ, et qui prétendent que le Fils de Dieu n’a pas besoin de témoins, et qu’il présente des motifs suffisants de crédulité, soit dans ses enseignements salutaires, soit dans ses miracles tout divins. Moïse lui-même, disent-ils, ne mérita créance que par ses paroles et ses miracles, sans avoir besoin d’être précédé par des témoins. Nous répondons qu’il est un grand nombre de motifs qui peuvent déterminer la foi, mais que tel motif, malgré sa force apparente, ne produira sur quelques-uns aucune impression, tandis que tel autre sera tout-puissant pour les amener à la foi. Or, Dieu a des moyens à l’infini pour amener les hommes à croire qu’un Dieu a daigné se faire homme pour sauver les hommes. Aussi est-ce un fait certain que les oracles des prophètes en ont forcé un grand nombre à croire à la divinité de Jésus-Christ, étonnés qu’ils étaient de voir que tant de prophètes l’avaient annoncé avant son avènement, et prédit d’une manière précise le lieu de sa naissance, et d’autres circonstances semblables. Il faut encore remarquer que les miracles opérés par Jésus-Christ, avaient plus de force pour amener à la foi ceux qui en étaient témoins ou ses contemporains, mais que plusieurs siècles après ils pouvaient n’avoir plus la même puissance, et passer même aux yeux de quelques-uns pour des fables. Donc, lorsqu’un long espace de temps nous sépare de ces miracles, le motif le plus fort de crédibilité, ce sont les prophéties jointes aux miracles. Disons encore, que par ce témoignage rendu à Dieu, plusieurs se sont couverts de gloire. C’est donc vouloir enlever au chœur des prophètes la grâce signalée qui lui a été faite, que de contester l’utilité des témoignages qu’ils ont rendus à Jésus-Christ. Jean est venu se joindre à ces prophètes, en rendant lui-même témoignage à la lumière. - S. Chrys. (hom. 5 sur S. Jean). Ce n’est pas sans doute que la lumière eût besoin de témoignage, mais l’Évangéliste nous apprend le vrai motif de la mission de Jean, dans les paroles suivantes : « Afin que tous crussent par lui ». Le Fils de Dieu a pris une chair mortelle pour sauver tous les hommes d’une perte inévitable, et c’est par suite du même dessein qu’il envoie devant lui un homme pour précurseur, afin que cette voix d’un de leurs semblables les déterminât plus facilement à venir à lui. - Bède. L’Évangéliste ne dit pas : Afin que tous crussent en lui, (car maudit est l’homme qui met sa confiance dans l’homme Jr 17,5) mais : « Afin que tous crussent par lui », c’est-à-dire, que tous par son témoignage crussent à cette lumière. - Théophyl. Que quelques-uns aient refusé de croire, Jean n’en est pas responsable. Si un homme s’enferme dans une maison obscure, et se prive ainsi de voir les rayons du soleil, la faute n’en est pas au soleil mais bien à lui-même ; ainsi Jean a été envoyé, afin que tous crussent par lui ; si ce but n’a pas été entièrement atteint, le saint précurseur n’en est pas la cause.

    S. Chrys. (hom. 6 sur S. Jean). D’après l’opinion commune, celui qui rend témoignage nous paraît ordinairement supérieur à celui qui est l’objet de son témoignage, et plus digne de foi ; aussi l’Évangéliste se hâte de détruire ici ce préjugé en ajoutant : « Il n’était pas la lumière, mais il était venu pour rendre témoignage à la lumière ». Si telle n’a pas été son intention en répétant ces paroles : « Pour rendre témoignage à la lumière », ce membre de phrase est complètement superflu. Ce n’est pas un développement de la doctrine, c’est une répétition de mots inutiles.

    Théophyl. Mais la conclusion de ces paroles n’est-elle pas que ni Jean-Baptiste, ni aucun autre saint n’ont été ou ne sont la lumière ? Si nous voulons donner à un saint le nom de lumière, il faut employer le mot lumière sans article ; si l’on vous demande, par exemple : Jean est-il la lumière ? répondez qu’il est lumière, sans mettre l’article, mais non pas la lumière avec l’article ; car il n’est pas la lumière par excellence, et il n’est lumière, que parce qu’il est entré en participation de la vraie lumière.

    Jn 1, 19-23

    Orig. (Traité 6 sur S. Jean). C’est ici le second témoignage que nous voyons Jean-Baptiste rendre à Jésus-Christ, puisque le premier commence à ces paroles : « Voici celui dont je disais : celui qui doit venir après eux », etc., et se termine par ces autres : « C’est lui qui l’a raconté ». - Théophyl. On peut dire encore que l’Évangéliste, après avoir rapporté le témoignage rendu par Jean-Baptiste à Jésus-Christ : « Il a été fait plus grand que moi », etc., nous fait connaître l’époque à laquelle le saint précurseur a rendu ce témoignage : « Et tel est le témoignage de Jean, lorsque les Juifs lui envoyèrent », etc. - Orig. (Traité 6). Les Juifs qui envoient cette députation étaient parents de Jean-Baptiste, comme étant eux-mêmes de race sacerdotale, et ils envoient pour demander à Jean qui il était, des prêtres et des lévites de Jérusalem, c’est-à-dire, des hommes élevés au-dessus des autres, et par leur vocation, et par la ville qu’ils habitaient. Ils s’adressent donc à Jean avec les marques du plus grand respect, jamais ils n’agirent de cette manière à l’égard du Sauveur. Mais la démarche qu’ils font aujourd’hui auprès de Jean-Baptiste, le saint précurseur la fit lui-même à l’égard de Jésus-Christ, en envoyant ses propres disciples lui demander : « Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Lc 7,19) - S. Chrys. (hom. 16 sur S. Jean). Jean-Baptiste était à leurs yeux si digne de foi, qu’ils étaient disposés à croire au témoignage qu’il rendrait de lui-même : « Ils envoyèrent pour demander : Qui êtes vous ? » - S. Aug. (Traité 4 sur S. Jean). Ils ne lui auraient pas envoyé cette députation, s’ils n’avaient été frappés du caractère de supériorité qui brillait en sa personne et en vertu duquel il donnait le baptême. - Orig. (Traité 6 sur S. Jean). Jean-Baptiste démêlait dans la question des prêtres et des lévites le doute où ils étaient, s’il n’était pas le Christ qui baptisait, doute qu’ils se gardaient bien de produire au dehors, de crainte de paraître téméraires. Aussi s’empresse-t-il tout d’abord de détruire cette opinion erronée, et de préparer ainsi les voies à la vérité, en déclarant ouvertement qu’il n’est pas le Christ. Ajoutons que le temps où le Christ devait venir était pour le peuple juif un temps d’espérance et de joie dont il jouissait par avance, parce que les docteurs de la loi recueillaient dans les saintes Écritures les témoignages qui attestaient que ce temps était proche ; c’est ce qui explique comment Théodas réunit autour de lui une assez grande multitude de peuple, et après lui Judas, le Galiléen, au temps du dénombrement du peuple (Ac 5,36-37). Comme l’avènement du Christ était alors l’objet des plus ardents désirs et de l’attente universelle, les Juifs envoient demander à Jean : « Qui êtes-vous ? » pour savoir s’il avouerait qu’il était le Christ. Or, en disant : « Je ne suis point le Christ », il ne nie pas, mais au contraire, confesse ouvertement la vérité. - S. Grég. (hom. 7 sur les Evang). Il nie clairement ce qu’il n’est pas, mais il ne nie pas ce qu’il est. Son langage est celui de la vérité, et il mérite ainsi de devenir le membre de celui dont il ne voulait pas usurper injustement le nom.

    S. Chrys. (hom. 16 sur S. Jean). On peut dire encore que les Juifs avaient à l’égard de Jean-Baptiste, des sentiments beaucoup trop humains. Ils regardaient comme indigne de lui d’être inférieur au Christ, à cause de l’éclat extraordinaire qui entourait toutes les circonstances de sa vie, sa naissance illustre (il était fils du prince des prêtres), son éducation austère, et le mépris qu’il faisait des choses humaines. Jésus-Christ, au contraire, paraissait venir d’une famille obscure, comme les Juifs le lui reprochaient : « Est-ce qu’il n’est pas le fils du charpentier ? » (Mt 13,55) et sa manière de se nourrir et de se vêtir n’avait rien qui le distinguât des autres hommes. Or, comme Jean envoyait continuellement à Jésus-Christ, et que les Juifs cependant préféraient l’avoir pour maître, ils lui envoient une députation, dans l’espérance de l’amener par leurs flatteries, à déclarer qu’il était le Christ. Ce ne sont donc point des hommes du peuple qu’ils lui députent (comme lorsqu’ils envoient au Christ des serviteurs et des hérodiens), mais des prêtres et des lévites, et encore n’étaient-ce pas les premiers venus, mais des prêtres de Jérusalem, c’est-à-dire, les plus honorables et les plus distingués d’entre eux. Ils lui envoient donc demander : « Qui êtes-vous ? » non pas qu’ils ignorent ce qu’il est, mais parce qu’ils veulent l’amener à donner une réponse conforme à leurs désirs. Aussi Jean-Baptiste répond à leurs pensées plutôt qu’à leur question : « Il confessa, et il ne le nia point, il confessa : Je ne suis pas le Christ ». Et voyez la sagesse de l’Évangéliste, il répète trois fois à peu près la même expression, pour faire ressortir la vertu de Jean-Baptiste, et la malice insensée des Juifs ; car c’est le devoir d’un serviteur fidèle, non seulement de ne pas ravir la gloire qui appartient à son maître, mais de la rejeter quand elle lui est offerte, même par un grand nombre. C’était par ignorance que le peuple conjecturait que Jean-Baptiste pourrait être le Christ, tandis que c’est avec mauvaise intention que les prêtres et les lévites lui adressent cette question, espérant l’amener par leurs flatteries au résultat qu’ils désiraient. Si telle n’avait pas été leur intention, lorsque Jean leur eut répondu : « Je ne suis pas le Christ », ils se fussent empressés de dire : Nous n’avons jamais eu cette pensée, ce n’est pas ce que nous sommes venus vous demander. Mais honteux de voir leur pensées ainsi dévoilées, ils passent aussitôt à une autre question : « Qui êtes-vous donc, lui dirent-ils ? Etes-vous Elie ? » - S. Aug. (Traité 4 sur S. Jean). Ils savaient qu’Elie devait précéder le Christ, car le nom du Christ n’était ignoré de personne chez les Juifs. Ils ne croyaient pas que Jean-Baptiste fût le Christ, ils n’avaient pas cependant perdu toute espérance de l’avènement prochain du Christ, et avec cette espérance, la venue du Christ fut pour eux comme une véritable pierre de scandale.

    « Et il répondit : Je ne le suis pas ». - S. Grég. (hom. 7). Cette réponse donne lieu à une difficulté assez grande : les disciples de Jésus l’ayant un jour questionné sur l’avènement d’Elie, il leur répondit : « Puisque vous voulez le savoir, c’est Jean lui-même qui est Elie » (Mt 11,4). Ici on demanda à Jean-Baptiste lui-même s’il est Elie, et il répond : « Je ne le suis pas ». Comment peut-il être le prophète de la vérité, si ces paroles sont en désaccord avec celles de la vérité ? - Orig. (Traité précédent). On dira peut-être que Jean-Baptiste ignorait qu’il fût Elie, et c’est l’opinion que soutiennent ceux qui professent la doctrine de la transmigration des âmes dans de nouveaux corps. Les Juifs lui demandent donc par les prêtres et les lévites s’il était Elie, parce qu’ils admettent comme véritable le dogme de la transmigration successive des âmes, dogme conforme à leurs traditions et à leurs doctrines secrètes ; et Jean-Baptiste leur répond : « Je ne suis pas Elie », parce qu’il ignore sa première existence dans un autre corps. Mais comment peut-on supposer raisonnablement que Jean, qui, comme prophète, a été inondé des lumières de l’Esprit saint, et nous a révélé de si grandes vérités sur Dieu et sur son Fils unique, ait pu ignorer que son âme avait autrefois animé le corps d’Elie ? - S. Grég. (hom. 7). Si l’on veut examiner à fond cette difficulté, on trouvera le moyen de concilier cette contradiction apparente. Que dit, en effet, l’ange à Zacharie ? « Il marchera devant lui dans l’esprit et la vertu d’Elie » (Lc 1,17), c’est-à-dire, que Jean-Baptiste devait précéder le premier avènement, comme Elie devra un jour précéder le second ; de même qu’Elie sera le précurseur du Juge, ainsi Jean-Baptiste devait être le précurseur du Rédempteur ; Jean-Baptiste était donc Elie en esprit, mais il ne l’était pas en personne. Ce que le Sauveur affirme de l’esprit d’Elie, Jean le nie de la personne. Il était juste, en effet, que le Seigneur parlât de Jean à ses disciples dans un sens spirituel, tandis que Jean devait répondre au peuple encore grossier, en niant dans le sens littéral, qu’il fût Elie en personne.

    Orig. Jean répondit donc aux prêtres et aux lévites : « Je ne le suis pas », en devinant l’intention qui avait dicté leur demande. Cette question, en effet, avait pour but de savoir, non pas s’il avait le même esprit qu’Elie, mais s’il était en réalité cet Elie, qui avait été enlevé dans les cieux, et qui, sans passer par une nouvelle naissance, apparaissait de nouveau conformément à l’attente des Juifs. Ceux qui croient à la transmigration des âmes dans de nouveaux corps, diront qu’il est invraisemblable que des prêtres et des lévites pussent ignorer la naissance d’un fils, que Zacharie, prêtre si distingué, eut dans sa vieillesse, surtout lorsque saint Luc nous atteste qu’à sa naissance, tous les habitants du voisinage furent remplis de crainte, et que le bruit de ces merveilles se répandit dans tout le pays des montagnes de Judée (Lc 1,65). Peut-être, comme ils savaient qu’Elie viendrait avant Jésus-Christ vers la fin du monde, demandent-ils à Jean-Baptiste, dans le sens figuré : « Est-ce vous qui annoncez l’arrivée du Christ, qui doit venir à la fin du monde ? » Et il répond avec sagesse : « Non, ce n’est pas moi ». Un grand nombre savait que Jésus était né de Marie, mais quelques-uns ne laissaient pas de tomber dans cette erreur qu’il pouvait être Jean-Baptiste, ou Elie, ou quelqu’un des prophètes ; il n’y a donc rien d’étonnant que, tandis que les uns savaient parfaitement que Jean-Baptiste était fils de Zacharie, d’autres fussent dans le doute s’il n’était pas le prophète Elie qu’ils attendaient. Mais comme il avait paru plusieurs prophètes en Israël, l’objet de leur attente était surtout un prophète que Moïse avait annoncé en ces termes : « Dieu vous suscitera un prophète du milieu de vos frères, vous lui obéirez comme à moi » (Dt 18,18). C’est ce qui explique la troisième question qu’ils font à Jean-Baptiste, non pas s’il était simplement prophète, mais s’il était le prophète avec l’article, comme porte le texte grec : « Etes-vous le prophète ? » Le peuple d’Israël savait qu’aucun des prophètes n’avait été celui que Moïse avait annoncé, et qui devait, à l’exemple de ce législateur du peuple de Dieu, être le médiateur entre Dieu et les hommes, et transmettre à ses disciples le testament ou l’alliance qu’il recevait de Dieu (cf. Dt 5,5 Ex 24,7-8). Or, tandis que les Juifs refusaient de reconnaître dans Jésus-Christ ce prophète prédit par Moïse, et voulaient attribuer ce nom à un autre que lui, Jean savait que Jésus était vraiment ce prophète. Aussi répond-il : « Je ne le suis pas ». - S. Aug. (Traité précéd). Peut-être répond-il de la sorte, parce qu’il était plus grand qu’un prophète, les prophètes ayant prédit le Christ longtemps à l’avance, tandis que Jean le montrait présent au milieu des hommes.

    « Ils lui dirent donc : Qui êtes-vous, afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés ? » - S. Chrys. (hom. 16 sur S. Jean). Voyez comme ils insistent et le pressent de nouvelles questions, et comme Jean-Baptiste leur répond avec douceur en détruisant toutes leurs fausses idées et leur faisant connaître ce qu’il était en vérité : « Il répondit : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert ». - S. Aug. (Traité précéd). Cette prophétie d’Isaïe a reçu son accomplissement dans la personne de Jean-Baptiste. - S. Grég. (hom. 7). Vous savez que le Fils unique de Dieu est appelé le Verbe du Père ; or, notre langage nous aide à nous rendre compte de ce fait, que la voix doit retentir d’abord, pour que le verbe ou la parole puisse être entendue. Jean affirme donc qu’il est la voix, parce qu’il précède le Verbe, et que c’est par son ministère que le Verbe du Père a été connu des hommes. - Orig. Héracléon, dans ses réflexions absurdes sur Jean et les prophètes, reconnaît que le Sauveur est bien le Verbe, et que Jean est la voix, parce que tout prophète n’est qu’un son. Nous lui répondrons par ces paroles de l’Apôtre : « Si la trompette ne rend qu’un son confus, qui est-ce qui se préparera au combat ? » (1Co 14) Si donc la voix des prophètes n’est qu’un son, comment le Sauveur nous ordonne-t-il de recourir à cette voix ? « Scrutez les Écritures, nous dit-il » (Jn 5,39). Or, Jean déclare qu’il est non pas la voix qui crie dans le désert, mais « la voix de celui qui crie dans le désert », c’est-à-dire, de celui qui se tenait debout et disait à haute voix : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive » (Jn 7,37). Il parle à haute voix pour se faire entendre de ceux qui étaient éloignés, et aussi pour faire comprendre à ceux qui ont l’ouïe dure, l’importance des vérités qu’il leur enseignait. - Théophyl. Ou bien encore, Jean est la voix, parce qu’il annonce ouvertement la vérité, tandis que sous la loi le langage des prophètes était couvert d’obscurité. - S. Grég. (hom. 7). Ou encore, Jean criait dans le désert, parce qu’il venait annoncer la consolation du Rédempteur à la Judée, semblable à un lieu désert et abandonné. - Orig. (Traité précéd). La voix qui crie dans le désert est nécessaire à l’âme abandonnée de Dieu, pour la ramener dans les voies droites qui conduisent à lui, sans qu’elle s’égare davantage dans les voies tortueuses du serpent mauvais, pour l’élever par la méditation jusqu’à la contemplation de la vérité sans mélange d’erreur, et faire succéder à cette méditation sérieuse la pratique des bonnes œuvres. Voilà le sens de ces paroles : « Rendez droite la voie du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe ». - S. Grég. (hom. 7). La voie du Seigneur va droit au cœur, lorsqu’on écoute avec humilité la parole de vérité ; elle va droit au cœur lorsqu’elle le prépare à l’accomplissement des divins préceptes.

    Jn 1, 24-28

    Orig. (Traité 7 sur S. Jean). Après que Jean-Baptiste eut fait cette réponse aux prêtres et aux lévites, les pharisiens l’interrogèrent de nouveau : « Or, ceux qui avaient été envoyés, étaient des pharisiens. » Autant qu’il est permis de le conjecturer d’après le contexte, ce fut là le troisième témoignage. On peut remarquer que les prêtres et les lévites avaient fait au saint Précurseur une question pleine de convenance et conforme à leur caractère : « Qui êtes-vous ? » Cette question n’est ni insolente ni déplacée, tout y est digne de vrais ministres de Dieu. Mais les pharisiens, justifiant la signification de leurs noms, qui veut dire divisés, importuns et fâcheux, font à Jean-Baptiste, par esprit de division, une question blessante : » Ils l’interrogèrent, et lui dirent : Pourquoi donc baptisez-vous, si vous n’êtes ni le Christ, ni Elie, ni le Prophète ? » Ce n’est point qu’ils désirent eu savoir la raison, ils veulent tout simplement l’empêcher de baptiser. Avec cela, je ne sais quel motif les portait encore à recevoir le baptême de Jean. Pour expliquer cette conduite, il faut dire que les pharisiens venaient recevoir ce baptême sans y croire, par hypocrisie, et par crainte du peuple. - S. Chrys. (hom. 15 sur S, Jean). On peut dire encore que les prêtres et les lévites eux-mêmes étaient du nombre des pharisiens ; ils n’ont pu triompher de Jean par leurs flatteries, ils cherchent donc à l’accuser pour le forcer de faire un aveu contraire à la vérité : « Et ils l’interrogèrent et lui dirent : Pourquoi baptisez-vous, si vous n’êtes ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? » Comme si c’était une témérité impardonnable de baptiser, sans être le Christ, ou son précurseur, ou son héraut, c’est-à-dire un prophète.

    S. Grég. (hom. 7). Mais l’amour de la bonté dans les saints est à l’épreuve même des questions malveillantes qui leur sont adressées. Aussi Jean-Baptiste ne répond à ces paroles dictées par un sentiment de jalousie, que par les enseignements de la vie : « Il leur répondit : Moi, je baptise dans l’eau ». - Orig. (Traité 8 sur S. Jean). Quelle autre réponse convenait-il de faire à cette question : « Pourquoi baptisez-vous ? » que de bien définir la nature de son baptême qui était un baptême purement corporel.

    S. Grég. (hom. 7). En effet, Jean-Baptiste ne baptisait pas dans l’esprit, mais dans l’eau, parce que son baptême ne pouvait effacer les péchés ; ce baptême lavait dans l’eau les corps de ceux qui venaient le recevoir, mais ne purifiait pas les âmes par le pardon. Pourquoi donc baptise-t-il, puisque son baptême ne peut remettre les péchés ? C’était pour remplir encore ici son office de précurseur ; sa propre naissance avait précédé la naissance du Seigneur, son baptême devait aussi précéder le baptême du Sauveur. Il avait été le précurseur du Christ en l’annonçant aux Juifs, il était juste qu’il le fût aussi par un baptême qui était la figure du sacrement do baptême, et qu’en baptisant de la sorte, il annonçât le mystère de la rédemption, et déclarât que le Rédempteur se trouvait au milieu d’eux, sans en être connu : « Mais il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas ». C’est qu’en effet, le Seigneur s’étant manifesté dans un corps sensible, il était visible dans son corps, et invisible dans sa majesté.

    S. Chrys. (hom. 16). Jean-Baptiste parlait de la sorte, parce que le Sauveur était mêlé au peuple, comme un homme ordinaire, pour nous apprendre qu’il voulait en tout pratiquer l’humilité. Ces paroles : « Que vous ne connaissez pas », doivent s’entendre d’une connaissance parfaite, qui s’étendit par conséquent à la nature du Sauveur et à son origine divine. - S. Aug. (Traité 4 sur S. Jean). Son humilité le couvrait comme d’un voile qui ne permettait pas de le voir, c’est pour cela qu’il fallut allumer une lampe. - Théophyl. Ou bien le Seigneur était au milieu des pharisiens sans en être connu, parce qu’ils prétendaient savoir les Écritures ; comme le Seigneur s’y trouve annoncé, il était au milieu d’eux, c’est-à-dire au milieu de leurs cœurs, mais ils ne le connaissaient pas, parce qu’ils ne comprenaient pas les Écritures. Ou bien encore, Jésus-Christ était au milieu des pharisiens, en tant que médiateur de Dieu et des hommes pour les unir à Dieu, mais les pharisiens ne le connaissaient pas.

    Orig. (Traité 7) Ou bien encore, après avoir répondu à la première partie de leur question : « Pourquoi baptisez-vous ? » en leur disant : « Moi, je baptise, dans l’eau », il répond à la seconde partie : « Si vous n’êtes pas le Christ », en faisant l’éloge de la nature supérieure et divine du Christ, dont la puissance est si grande qu’il est invisible dans sa divinité, bien qu’il soit présent partout, et comme répandu dans tout ce vaste univers, ce qu’il veut exprimer par ces paroles : « Il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas ». En effet, il est répandu dans tout cet univers, et en pénètre toutes les parties, tout ce qui est créé ne l’est que par lui ; car toutes choses ont été faites par lui. Il était donc évidemment au milieu de ceux qui demandaient à Jean-Baptiste : « Pourquoi baptisez-vous ? » Ou bien encore, ces paroles : « Il y en a un au milieu de vous », doivent s’entendre de nous tous ; car il est au milieu de nous, en tant que nous sommes des êtres raisonnables, puisque la partie la plus excellente de notre âme, c’est-à-dire notre cœur, se trouve au milieu de notre corps. Ceux donc qui portent le Verbe au milieu d’eux, mais qui ne connaissaient ni sa nature, ni son origine, ni la manière dont il est en eux, ont le Verbe au milieu d’eux, sans le connaître. Mais pour Jean, ils le connaissent, de là ce reproche qu’il leur fait : « Il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas ». Les pharisiens qui attendaient la venue du Christ, n’apercevaient en lui rien d’aussi élevé, et le regardaient simplement comme un homme vertueux, voilà pourquoi Jean-Baptiste leur reproche d’ignorer l’excellence et la supériorité du Sauveur. Il leur dit : « Il est, il se tient au milieu de vous », car de même que le Père reste toujours immuable et au-dessus de toute vicissitude, ainsi le Verbe se tient aussi toujours prêt à nous sauver, c’est dans ce but qu’il s’est incarné, et qu’il se tient au milieu des hommes comme invisible et sans en être connu. Et pour ne pas laisser à penser que celui qui est invisible, qui pénètre le cœur de tous les hommes, et l’univers tout entier, est différent de celui qui s’est incarné et qui s’est manifesté sur la terre, Jean-Baptiste ajoute : « C’est lui qui doit venir après moi », c’est-à-dire qui doit se manifester aux hommes après moi. L’expression après, n’a pas ici le même sens que dans ces paroles où Jésus nous invite à marcher après lui (Mt 16 Lc 9). D’un côté, le Sauveur nous ordonne de le suivre, afin de pouvoir parvenir jusqu’au Père en marchant sur ses traces ; de l’autre, Jean-Baptiste veut nous faire connaître le but et la fin de sa prédication : il est venu pour préparer les hommes, par la foi, à recevoir des enseignements plus parfaits que ceux qu’il leur donnait. - S. Chrys. (hom. précéd). Il leur dit donc : « C’est lui qui doit venir après moi », c’est-à-dire : Ne croyez pas que mon baptême contienne et donne toute perfection, s’il en était ainsi, un autre ne viendrait pas après moi pour donner un baptême différent. Mon baptême en est la préparation, il passera comme une ombre et une image pour faire place à la réalité ; car il faut que celui qui doit annoncer la vérité, vienne après moi. Si mon baptême était parfait, il n’y aurait pas lieu de lui en substituer un second. Aussi a-t-il soin d’ajouter : « Qui a été fait plus grand que moi », c’est-à-dire qui est plus illustre et plus digne d’honneur et de gloire que moi. - S. Grég. Ces paroles : « Il a été fait avant moi », veulent dire, il m’a été préféré. Il vient après moi ; parce que sa naissance a suivi la mienne, mais il a été fait avant moi, parce qu’il a été placé au-dessus de moi.

    S. Chrys. (hom. 16 sur S. Jean). Mais Jean-Baptiste ne veut pas laisser supposer qu’on puisse établir une comparaison entre le Christ et lui, et pour montrer que sa gloire est incomparable, il ajoute : « Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sa chaussure », c’est-à-dire il est tellement élevé au-dessus de moi, que je ne suis pas digne d’être compté au nombre de ses derniers serviteurs, car c’est un des derniers offices, que de dénouer la courroie des chaussures. - S. Aug. (Traité 4 sur S. Jean). Se juger digne seulement de dénouer la courroie de sa chaussure, eût déjà été dans Jean-Baptiste un grand acte d’humilité. - S. Grég. (hom. préc). On peut encore donner cette explication. C’était un usage chez les anciens Juifs, que lorsqu’un homme refusait de prendre pour femme celle que la loi lui faisait un devoir d’épouser, celui qui devait l’épouser alors par ordre de parenté, était la chaussure au premier. Or, sous quel titre Jésus-Christ s’est-il surtout manifesté parmi les hommes ? comme l’Epoux de la sainte Eglise. C’est donc avec raison que Jean-Baptiste se déclare indigne de dénouer la courroie de sa chaussure, comme s’il faisait ouvertement un aveu : Je ne suis pas digne de déchausser les pieds du Rédempteur, parce que je ne veux pas usurper injustement le titre d’époux. On peut encore l’entendre dans un autre sens. Qui ne sait que les chaussures sont faites de la peau des animaux, que l’on dépouille après leur mort ? Or, le Sauveur par son incarnation, apparut comme ayant les pieds couverts d’une chaussure, en unissant sa divinité à notre nature mortelle et corruptible. La courroie de la chaussure est donc comme le lien de cette union mystérieuse. Jean-Baptiste ne peut dénouer la courroie de sa chaussure, parce qu’il ne peut approfondir lui-même le mystère de l’incarnation, et il semble tenir ce langage : Qu’y a-t-il d’étonnant qu’il ait été placé au-dessus de moi, lui qui est né, il est vrai, après moi, mais dont la naissance est pour moi un mystère incompréhensible ? - Orig. Un auteur a donné de ce passage cette interprétation qui a quelque vraisemblance : Je n’ai pas assez d’importance pour que le Fils de Dieu descende pour moi des hauteurs des cieux et se revête d’un corps mortel comme d’une chaussure.

    S. Chrys. (hom. 17 sur S. Jean). Jean-Baptiste prêchait publiquement les prérogatives du Christ avec une indépendance pleine de dignité, et l’Évangéliste désigne le lieu où il faisait entendre sa voix : « Ceci se passa à Béthanie, au-delà du Jourdain, où Jean baptisait ». Ce n’est ni dans l’intérieur d’une maison, ni dans un lieu retiré qu’il annonçait Jésus-Christ, c’était au-delà du Jourdain, au milieu d’une nombreuse multitude, et en présence de ceux qu’il avait baptisés. Quelques exemplaires portent, et peut-être avec plus de raison : « A Bethabara », car Béthanie n’est ni au-delà du Jourdain, ni dans le désert, mais près de Jérusalem. - La Glose. Ou bien, il faut admettre deux endroits du nom de Béthanie, l’un au-delà du Jourdain, et l’autre près de Jérusalem, et où Lazare fut ressuscité. - S. Chrys. (hom. 17). C’est encore pour un autre motif que l’Évangéliste fait connaître le nom du lieu où Jean baptisait. Il racontait des faits dont la date n’était pas éloignée, et remontaient à quelque temps seulement auparavant ; il appelle donc en témoignage de la véracité de son récit ceux qui avaient été les témoins oculaires de ces faits, qu’il confirme par la désignation des lieux où ils se sont passés.

    Alcuin. Béthanie signifie maison d’obéissance, ce qui nous apprend que c’est par l’obéissance de la foi, que tous les hommes doivent parvenir au baptême. - Orig. (Traité 7 sur S. Jean.) Béthanie signifie encore maison de la préparation, et cette signification se rapporte parfaitement au baptême de Jean, qui avait pour fin de préparer au Seigneur un peuple parfait. Le mot Jourdain veut dire leur descente ; or, quel est ce fleuve, si ce n’est notre Sauveur qui purifie tous ceux qui entrent dans le monde, en descendant et en s’humiliant non pour lui-même, mais dans la personne du genre humain. Ce fleuve sépare les terres et les villes données par Moïse, de celles qui ont été données par Josué, et les eaux rapides de ce fleuve portent la joie dans la cité de Dieu (Ps 45,5) De même que le serpent se cache dans le fleuve d’Egypte, ainsi Dieu se cache dans ce fleuve, car le Père est dans le Fils, et ceux qui viennent pour se purifier dans ses eaux, se dépouillent Je l’opprobre de l’Egypte, et se rendent dignes d’avoir part à l’héritage, ils sont purifiés de la lèpre, et ils méritent de recevoir une double grâce et de voir descendre en eux l’Esprit de Dieu, car la colombe spirituelle ne descend point sur un autre fleuve. C’est au-delà du Jourdain que Jean donne son baptême, comme précurseur de celui qui venait appeler non les justes, mais les pécheurs.

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