L'évangile avec les Pères
Jn 1, 35-42
- 2ème dimanche du Temps Ordinaire, année B · Dimanche 17 janvier 2027
L'évangile
35Le lendemain, Jean se trouvait encore là, avec deux de ses disciples. 36Et ayant regardé Jésus qui passait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu. » 37Les deux disciples l’entendirent parler, et ils suivirent Jésus. 38Jésus s’étant retourné, et voyant qu’ils le suivaient, leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi (ce qui signifie Maître), où demeurez-vous ? » 39Il leur dit : « Venez et vous verrez. » Ils allèrent, et virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. Or, c’était environ la dixième heure. 40Or, André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux qui avaient entendu la parole de Jean, et qui avaient suivi Jésus. 41Il rencontra d’abord son frère Simon, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie (ce qui se traduit Christ). » 42Et il l’amena à Jésus. Jésus, l’ayant regardé dit : « Toi, tu es Simon, fils de Jean ; tu seras appelé Céphas (ce qui se traduit Pierre). »
Bible Crampon (1923).
Ce qu'en disent les Pères
Réunis par saint Thomas d'Aquin dans La Chaîne d'Or sur saint Jean, traduction de l'abbé Péronne (1868).
Jn 1, 35-36
S. Chrys. (Hom. 17 sur S. Jean). Plusieurs peut-être n’avaient pas prêté grande attention aux premiers discours de Jean-Baptiste, il multiplie donc coup sur coup les témoignages pour les rendre plus attentifs : « Le lendemain, dit l’Évangéliste, Jean était encore là avec deux de ses disciples ». - Bède. (hom. pour la vigil. de S. And). Jean se tenait encore là, parce qu’il s’était élevé dans la pratique des vertus à une telle hauteur, qu’il ne pouvait en être renversé par aucune tentation, par aucune épreuve. Ses disciples étaient avec lui, parce qu’ils suivaient les enseignements de leur Maître avec un cœur plein de docilité et de constance.
S. Chrys. (hom. précéd). Mais pourquoi Jean-Baptiste, au lieu de parcourir toute la Judée pour annoncer Jésus en tous lieux, se tient-il sur les bords du Jourdain, attendant pour le faire connaître, que le Sauveur vienne le trouver ? Parce qu’il réservait cette mission aux œuvres mêmes de Jésus-Christ. Considérez d’ailleurs combien cette conduite fut plus utile à l’édification des âmes. Jean-Baptiste ne fit que jeter une petite étincelle, et on vit aussitôt s’allumer un grand incendie. Si un autre eût parcouru la Judée pour annoncer Jésus-Christ, on eût pu l’accuser d’agir par un motif tout humain, et sa prédication eût donné lieu à mille soupçons. C’est pour cette raison que les prophètes et les Apôtres ont annoncé Jésus-Christ lorsqu’il n’était pas présent, les uns avant son avènement et son incarnation, les autres après son ascension. Mais voyez comme Jean-Baptiste rend témoignage non seulement de la voix, mais des yeux : « Et regardant Jésus qui s’avançait, il dit : Voici l’Agneau de Dieu ». - Théophyl. Il regarde Jésus, comme pour exprimer par son regard les sentiments de joie et d’admiration que lui fait éprouver la présence de Jésus-Christ.
S. Aug. (Traité 7 sur S. Jean). Jean était l’ami de l’Epoux, il ne cherchait point sa propre gloire, mais rendait témoignage à la vérité, aussi ne voulut-il point retenir près de lui ses disciples et les empêcher de suivre le Seigneur, et c’est lui, au contraire, qui leur montre celui qu’ils devaient suivre en leur disant : « Voici l’Agneau de Dieu ». - S. Chrys. (hom. 17 sur S. Jean). Il ne leur fait pas de longs discours, il n’a qu’une chose en vue, c’est de les amener et de les unir à Jésus-Christ, il savait que pour le reste, ils n’auraient pas besoin de son témoignage. Pourquoi encore Jean-Baptiste ne s’adresse-t-il pas à ses disciples en particulier, mais leur dit-il publiquement devant tout le peuple : « Voici l’Agneau de Dieu » ? En se déterminant à suivre Jésus-Christ, par suite d’un enseignement qui s’adressait à tous, leur résolution fut beaucoup plus ferme et plus constante, et ce ne fut pas en considération de leur Maître, mais dans leur intérêt, qu’ils s’attachèrent au Sauveur. Remarquons encore que le discours de Jean-Baptiste ne contient aucune prière, aucune instance, il se contenta d’exprimer son admiration à la vue de Jésus-Christ, de faire connaître la grâce qu’il apporte au monde, et de quelle manière il doit purifier les âmes, deux choses que signifie le nom d’Agneau. Il l’appelle l’Agneau avec l’article défini, c’est-à-dire l’Agneau par excellence. - S. Aug. (Traité 7 sur S. Jean). Le Sauveur est en effet l’Agneau proprement dit, le seul qui soit sans péché, dont on n’a pas eu besoin de laver les souillures, mais qui a été sans souillure aucune. Il est par excellence l’Agneau de Dieu, parce que ce n’est que par le sang de cet Agneau, que les hommes ont pu être rachetés. C’est cet Agneau que redoutent les loups, et qui a donné la mort au lion après que lui-même avait été mis à mort. - Bède. Il s’appelle encore Agneau, parce qu’il devait nous laisser en don gratuit sa toison pour nous en faire une robe nuptiale, c’est-à-dire qu’il a voulu nous laisser les exemples de sa vie, pour nous communiquer les saintes ardeurs de la charité. Alcuin. Dans le sens figuré, Jean s’arrête, c’est-à-dire que la loi cesse, et Jésus vient, c’est-à-dire la grâce de l’Évangile, à laquelle la loi elle-même rend témoignage. Jésus se met en marche pour réunir ses disciples. - Bède. Cette marche de Jésus représente la divine économie de l’incarnation, par laquelle il a daigné venir jusqu’à nous, et nous laisser les exemples d’une vie sainte.
Jn 1, 37-41
Alcuin. Les disciples de Jean ayant entendu le témoignage qu’il rendait à Jésus, qu’il était l’Agneau de Dieu, se montrèrent dociles à ses conseils et suivirent Jésus : « Les deux disciples l’entendirent parler ainsi, et suivirent Jésus ».
S. Chrys. (hom. 17 sur S. Jean). Remarquez que lorsque Jean-Baptiste se contentait de dire : « Celui qui vient après moi, est avant moi, et je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sa chaussure », il n’a pris ni gagné personne ; mais aussitôt qu’il parle de son incarnation et par là même de ses humiliations, en disant : « Voici l’Agneau de Dieu », ses disciples se mettent aussitôt à la suite de Jésus. Il en est un très grand nombre qui se sentent moins attirés à Dieu par les considérations élevées sur sa nature divine, que par l’exposé de sa bonté, de sa miséricorde et de ce qu’il a fait pour le salut des hommes. Remarquez que tandis que Jean-Baptiste prononce ces paroles : « Voici l’Agneau de Dieu », Jésus ne dit rien. En effet, d’après les usages reçus, l’époux reste dans le silence, d’autres lui amènent l’épouse, et la lui remettent entre les mains ; mais aussitôt qu’il l’a prise pour épouse, il lui témoigne tant d’affection, qu’elle ne se souvient plus de ceux qui l’ont conduite à son époux. Ainsi lorsque Jésus-Christ vient pour épouser l’Eglise, il ne dit rien non plus, Jean-Baptiste, son ami, s’approche seul, lui présente la main droite de son épouse, lorsque par ses discours il remet comme entre ses mains les âmes des hommes. Jésus les accueille et leur témoigne aussi tant d’amour qu’elles ne retournent plus à Jean-Baptiste. Remarquons encore que dans la célébration des noces, ce n’est pas la jeune fille qui va au-devant de son époux, c’est lui-même qui vient la trouver (quand ce serait un fils de roi qui épouserait une humble servante) ; Notre-Seigneur Jésus-Christ a fait de même ; la nature humaine n’est point montée dans les cieux, c’est le Fils de Dieu qui est venu la trouver et qui l’a conduite dans la maison paternelle. Il y eut sans doute d’autres disciples de Jean, qui non seulement ne suivirent point Jésus-Christ, mais qui nourrirent contre lui des sentiments d’envie, et se montrèrent jaloux de sa gloire. Mais ceux dont les dispositions étaient meilleures s’attachèrent à Jésus aussitôt qu’ils l’eurent connu, non par mépris de leur premier maître, mais par la persuasion où ils étaient d’après les enseignements du Précurseur, que Jésus-Christ les baptiserait dans l’Esprit saint. Considérez dans ces disciples un saint empressement mêlé d’une sage réserve. En se mettant à la suite de Jésus, ils ne se hâtent pas de l’interroger sur les grandes vérités du salut, et ce n’est pas en public, mais en particulier, qu’ils cherchent à lui parler : « Alors Jésus s’étant retourné, et les voyant qui le suivaient, leur dit : Que cherchez-vous ? » Ces paroles nous apprennent que lorsque nous commençons sincèrement à vouloir le bien, Dieu nous prodigue les occasions de salut. Jésus interroge ses disciples, non pour en apprendre quelque chose, mais pour se les rendre plus familiers, leur inspirer une plus grande confiance, et leur montrer qu’ils sont vraiment dignes de ses divins enseignements.
Théophyl. Considérez ici que Notre-Seigneur se tourne vers ceux qui le suivent, et abaisse sur eux ses regards ; c’est qu’en effet, si vous ne marchez à sa suite par la pratique des bonnes œuvres, vous ne parviendrez jamais à voir sa face adorable, ni à entrer dans sa maison. - Alcuin. Ces deux disciples suivaient donc Jésus par derrière, dans l’intention de le voir, mais sans pouvoir y parvenir. Aussi, que fait Jésus ? il se retourne, et descend, pour ainsi dire, des hauteurs de sa majesté, afin que ses disciples puissent contempler sa face adorable. - Orig. (Traité 7 sur S. Jean). Peut-être n’est-ce pas sans raison qu’après le sixième témoignage, Jean-Baptiste cesse de parler de Jésus à ses disciples, et c’est Jésus lui-même qui se rend pour ainsi dire un septième témoignage en leur demandant : « Que cherchez-vous ? » - S. Chrys. (hom. 18 sur S. Jean). Ces deux disciples font paraître leur amour pour Jésus-Christ, non seulement par leur empressement à le suivre, mais par la question qu’ils lui adressent : « Et ils demandèrent : Maître, où habitez-vous ? » Jésus ne leur a encore rien appris, et ils lui donnent le nom de Maître pour se ranger d’eux-mêmes au nombre de ses disciples, et lui faire connaître la raison qui les a déterminés à s’attacher à lui.
Orig. Après avoir été convaincus et amenés à Jésus par le témoignage de Jean, les deux disciples, par cette question, reconnaissent Jésus pour leur docteur, et expriment le désir de voir l’habitation du Fils de Dieu. - Alcuin. Car ce n’est pas en passant qu’ils veulent profiter de ses divins enseignements, ils lui demandent où il demeure, afin de pouvoir se pénétrer de ses paroles dans le secret, visiter plus souvent le Sauveur, et en recevoir une instruction plus parfaite. Dans le sens mystique, ils demandent à Jésus-Christ dans quelles âmes il daigne habiter, afin qu’en imitant leurs exemples, ils puissent mériter la même faveur. Ou bien encore, ils virent Jésus marcher, et lui demandent aussitôt où il demeure ; et il nous enseigne par là, lorsque nous méditons intérieurement sur l’incarnation du Fils de Dieu, à le prier avec instance et ferveur de nous faire connaître le lieu de son éternelle demeure. Jésus approuve la légitimité de leur demande, et leur ouvre volontiers ses secrets : « Et il leur dit : Venez et voyez ». C’est-à-dire : Ce n’est point par des paroles, mais par des œuvres, que vous pouvez apprendre quelle est mon habitation. Venez donc par la foi et par les œuvres, et vous verrez par l’intelligence qui vous sera donnée. - Orig. Ou bien encore, par cette parole : « Venez », il les invite à la vie active, et par cette autre : « Voyez », à la vie contemplative.
S. Chrys. (hom. 18 sur S. Jean). Jésus ne leur indique ni la maison ni le lieu qu’il habitait, mais il les attire à sa suite, et leur montre ainsi qu’il les accepte pour ses disciples. Il ne leur dit pas : « Il n’est pas temps encore, demain vous apprendrez ce que vous désirez savoir, mais il leur parle comme à des amis et à des familiers qui auraient depuis longtemps déjà vécu avec lui. Mais comment concilier ce que le Sauveur dit ailleurs : « Le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête » (Mt 8,20 Lc 9) avec ce qu’il dit ici : « Venez et voyez quelle est ma demeure ? » Ces paroles : « Le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête », veulent simplement dire qu’il n’avait pas de demeure en propre, et non pas qu’il n’habitait pas dans une maison. Voilà pourquoi l’Évangéliste ajoute : « Ils vinrent et virent où il demeurait, et ils restèrent près de lui ce jour-là. Il ne dit pas le motif qui les retint près de lui, il est évident que c’était pour entendre ses divines leçons.
S. Aug. (Traité 7 sur S. Jean). Quel heureux jour pour ces disciples, quelle heureuse nuit ! Construisons donc nous-mêmes aussi dans notre cœur, et élevons une maison où Jésus vienne habiter et où il nous instruise.
Théophyl. Ce n’est pas sans raison que l’Évangéliste nous indique quelle heure il était alors : « Or, il était environ, la dixième heure » ; il voulait apprendre aux docteurs comme aux disciples, qu’on ne doit point négliger le soin de la doctrine sous prétexte de l’heure avancée. - S. Chrys. (hom. précéd). Ces disciples montraient un grand zèle pour s’instruire, puisqu’ils n’étaient point arrêtés par l’heure avancée qui touchait presque au coucher du soleil. La plupart des hommes, esclaves des besoins de la chair, ne peuvent dans le temps qui suit le repas appliquer leur esprit aux choses nécessaires, parce que leur corps est appesanti par la nourriture. Mais tel n’était pas Jean-Baptiste, qui avait formé ces disciples, et il pratiquait le soir une sobriété beaucoup plus grande que n’est la nôtre le matin.
S. Aug. (Traité précéd). La dixième heure est encore ici le symbole de la loi qui a été donnée en dix préceptes. Le temps était venu d’accomplir par l’amour cette loi que les Juifs ne pouvaient accomplir par la crainte ; aussi est-ce à la dixième heure que Notre-Seigneur s’entend donner le nom de Maître ; car il n’y a de véritable maître de la loi, que celui qui en est l’auteur.
« André, frère de Simon Pierre, était un de ceux qui avaient entendu le témoignage de Jean, et qui avaient suivi Jésus ». - S. Chrys. (hom. 17 sur S. Jean). Pourquoi l’Évangéliste ne nous fait-il pas connaître le nom de l’autre disciple ? Il en est qui donnent pour raison que saint Jean était lui-même ce disciple ; d’autres, que ce disciple n’était pas autrement important à connaître. Il n’y avait donc aucune utilité à nous apprendre son nom. L’Évangéliste ne nous a pas donné non plus le nom des soixante-douze disciples. - Alcuin. On peut dire encore que ces deux disciples étaient André et Philippe.
Jn 1, 41-43
S. Chrys. (hom. 19 sur S. Jean). André ne garda pas pour lui seul ce qu’il venait d’apprendre de Jésus, il s’empresse de courir vers son frère pour lui faire part des grâces qu’il vient de recevoir : « Or, il rencontra d’abord son frère Simon, et lui dit : Nous avons trouvé le Messie (c’est-à-dire le Christ) ». - Bède. (hom. pour la vig. de S. And). Oui, c’est bien avoir trouvé le Seigneur, que d’être embrasé pour lui d’un amour véritable, et plein de zèle pour le salut de ses frères.
S. Chrys. (hom. 19 sur S. Jean). L’Évangéliste ne nous a pas rapporté l’entretien de Jésus-Christ avec ces deux disciples, mais il nous est permis de conjecturer quel en fut l’objet, par ce qu’André dit à son frère, et ce peu de paroles nous en donne comme l’abrégé. Nous y trouvons, en effet, la puissance du Maître qui avait porté la persuasion dans leurs âmes, et la vivacité des désirs dont leur cœur était depuis longtemps animé. En effet, cette parole : « Nous avons trouvé », exprime le travail de l’enfantement d’une âme qui soupirait ardemment après la présence du Messie, et qui tressaille de joie d’avoir enfin trouvé l’objet de ses désirs. - S. Aug. Le mot Messie en hébreu, Christ en grec, veut dire oint en latin ; car le mot chrisma signifie onction. Tous les chrétiens reçoivent l’onction, d’après ces paroles : « Votre Dieu vous a sacré d’une onction de joie, qui vous élève au-dessus de tous ceux qui doivent la partager ; » (Ps 44) tous les saints, en effet, entrent en participation des dons du Christ, mais le Christ lui-même est le saint par excellence, et a reçu par lui-même une onction plus parfaite. - S. Chrys. (hom. précéd). Aussi André ne l’appelle-t-il pas simplement Messie, mais le Messie avec l’article. Remarquez comme tout d’abord Pierre avait un esprit docile, il accourt aussitôt sans tarder, sans hésiter : « Et il l’amena à Jésus ». N’accusons pas et ne condamnons pas cette promptitude qui, sans plus d’informations, le fait ajouter foi aux paroles de son frère. On peut supposer raisonnablement qu’André prit soin de lui développer la grande vérité qu’il lui annonçait ; mais c’est la coutume des Évangélistes d’omettre un grand nombre de choses pour abréger leur récit. D’ailleurs, il n’est pas dit que Pierre crut immédiatement, mais que son frère l’amena à Jésus et le lui confia pour qu’il apprit de lui toutes les vérités nécessaires. Or, le Seigneur commence à lui révéler lui-même les secrets de sa divinité, et à confirmer cette révélation par les prédictions qu’il fait de l’avenir. En effet, les prophéties sont une preuve non moins forte que les miracles, elles sont même plus particulièrement l’œuvre de Dieu, que les démons ne peuvent imiter. Dans les miracles, l’illusion est possible, et on peut être trompé par l’apparence. Mais il n’appartient qu’à la nature divine et incorruptible de prédire l’avenir d’une manière certaine. C’est ce que fait ici Jésus : « Et Jésus, l’ayant regardé, lui dit : Vous êtes Simon, fils de Jonas, vous serez appelé Céphas, c’est-à-dire Pierre ».
Bède. Jésus le considère non seulement des yeux du corps, mais c’est du regard éternel de sa divinité, qu’il voit la simplicité de son cœur et l’élévation de son âme qui devaient lui mériter d’être placé un jour à la tête de toute l’Eglise. Il ne faut pas chercher une autre signification du mot Pierre dans l’hébreu ou dans le syriaque ; car le mot Pierre a en grec et en latin la même signification que le mot Céphas en syriaque, et dans les deux langues, ce nom dérive du mot Pierre. Or, cet Apôtre est appelé Pierre, à cause de la fermeté de la foi avec laquelle il s’attacha à cette pierre, dont l’Apôtre a dit : « Or, la pierre était Jésus-Christ », (1Co 10,4) qui délivre des embûches de l’ennemi ceux qui espèrent en lui, et qui répand sur eux, comme un fleuve, l’abondance de ses grâces spirituelles.
S. Aug. (Traité précéd). Il n’y a rien d’étonnant à ce que le Seigneur ait dit de qui Simon était fils. Il savait, en effet, le nom de tous les saints qu’il avait prédestinés avant la création du monde. Mais ce qui est vraiment extraordinaire, c’est qu’il ait changé son nom et l’ait appelé Pierre au lieu de Simon. Le nom de Pierre vient du mot petra, pierre, et la pierre, c’est l’Eglise, donc le nom de Pierre est la figure de l’Eglise. Le Seigneur veut exciter ici votre attention. Si Pierre avait porté ce nom auparavant, vous n’auriez pas aussi bien remarqué le mystère qu’il renferme, et vous auriez pu croire que ce nom vient du hasard plutôt que d’une disposition providentielle. C’est pour cela que Dieu a voulu qu’il portât auparavant un autre nom, pour faire ressortir plus vivement dans le nom qui lui fut substitué la force du mystère qu’il renfermait.
S. Chrys. (hom. 19). Jésus a changé encore le nom de cet Apôtre, comme preuve qu’il était l’auteur de l’Ancien Testament, et que c’était lui-même qui avait changé les noms des patriarches, et appelé Abram, Abraham ; Sarai, Sara (Gn 17), et Jacob, Israël. (Gn 32) Pour plusieurs, il leur a donné leurs noms dès leur naissance, par exemple à Isaac (Gn 17), et à Samson. (Jg 13) Pour d’autres, au contraire, il a changé les noms que leurs parents leur avaient donnés, c’est ce qu’il a fait ici pour Pierre, et plus tard pour les fils de Zébédée (Mc 3). Ceux dont la vertu devait jeter un vif éclat dès leurs premières années, ont reçu alors leur nom, tandis que ceux dont le mérite et la vertu ne devaient se produire que plus tard, n’ont reçu aussi que plus tard le nom que Dieu leur destinait.
S. Aug. (de l’acc. des Evang., 2, 17). Saint Jean raconte ici que c’est sur les bords du Jourdain (avant que Jésus se rendit en Galilée), que, sur le témoignage de Jean-Baptiste, deux de ses disciples, dont l’un, qui s’appelait André, amena son frère Simon à Jésus, se mirent à la suite du Sauveur, et que ce fut alors que Simon reçut le nom de Pierre. Or, il y a ce semble une assez grave contradiction entre ce récit et celui des autres évangélistes, d’après lesquels Jésus rencontra André et Simon qui prêchaient dans la Galilée, et les appela alors pour en faire ses disciples. Cette contradiction disparaît, en admettant que ces deux frères ne s’attachèrent pas au Sauveur inséparablement et d’une manière définitive, lorsqu’ils le rencontrèrent sur les bords du Jourdain. Ils connurent seulement alors qui il était, et ils retournèrent à leurs occupations. Que personne cependant n’aille penser que Pierre ne reçut son nom que dans la circonstance solennelle où Jésus lui dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » (Mt 16,18). Il reçut ce nom, lorsque le Sauveur lui dit : « Tu t’appelleras Céphas, c’est-à-dire, Pierre » (Jn 1,42). - Alcuin. On peut dire encore que Jésus ne lui donne pas ici le nom de Pierre, mais qu’il ne fait que présager qu’il lui sera donné plus tard, lorsqu’il lui dira : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » (Mt 16,18). Mais au moment même de changer son nom, Jésus voulut faire ressortir la signification mystérieuse du nom même qu’il avait reçu de ses parents. En effet Simon veut dire, qui est obéissant, Joanna, signifie grâce, et Jona, colombe. Le Sauveur semble donc lui dire : Vous êtes docile et obéissant, vous êtes le fils de la grâce ou le fils de la colombe, c’est-à-dire, de l’Esprit saint, car c’est l’Esprit saint qui vous a inspiré cette humilité, qui vous fait venir à moi sur la parole d’André votre frère ; vous n’avez pas dédaigné, vous son aîné, de suivre celui qui était plus jeune que vous, car le mérite de la foi l’emporte sur les prérogatives de l’âge.