Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    De la grandeur de l'âme · Augustin d'Hippone

    Chapitre I : EVODIUS PROPOSE SEPT QUESTIONS AU SUJET DE L’ÂME. — D’OÙ VIENT L’ÂME. — SA PATRIE EST EN DIEU. — L’ÂME EST UNE SUBSTANCE SIMPLE.

    Ev. Te voyant beaucoup de loisirs, je te prie de me répondre sur certaines questions qui me tourmentent, non sans cause et hors de propos, du moins je le crois. Souvent, quand je t’accablais d’une foule de demandes, tu as cru devoir me repousser par je ne sais quelle maxime des Grecs, qui nous défend de rechercher ce qui est au-dessus de nous ; mais aujourd’hui je ne crois pas que nous soyons au-dessus de nous. En t’interrogeant donc au sujet de l’âme, je ne mérite point d’entendre : « Que nous fait ce qui est au-dessus de nous2 ? » mais peut-être mérité-je d’apprendre ce que nous sommes. — Aug. Dis en quelques mots ce que tu veux savoir de l’âme. — Ev. Je le ferai : car depuis longtemps tout est préparé dans ma pensée. Je te demanderai donc d’où vient l’âme, ce qu’elle est, sa grandeur, pourquoi est-elle unie au corps, que devient-elle pendant qu’elle est unie et après l’avoir quitté ?

    Aug. Cette question, d’où vient l’âme, a nécessairement un double sens. Demander, en effet, d’où vient l’homme, quand on veut connaître sa patrie, et demander d’où il vient, quand on recherche de quels éléments, de quelles parties il se compose, sont deux questions d’un sens bien différent. Dans lequel de ces deux sens faut-il te répondre, quand tu demandes d’où vient l’âme ? Veux-tu savoir de quelle région, pour ainsi parler, de quelle patrie elle nous est venue, ou bien quelle est sa substance ? — Ev. En vérité, je voudrais connaître l’un et l’autre, et quant à la question qui doit avoir la priorité, je préfère m’en rapporter à ton jugement. — A. Je crois que l’âme a une certaine habitation, une certaine patrie en Dieu même qui l’a créée. Sa substance, je ne la puis nommer ; car je ne crois point qu’elle soit de ces natures qui entrent dans nos usages et dans nos connaissances, et que nous touchons au moyen de ces sens corporels. L’âme ne me paraît formée ni de terre, ni d’eau, ni d’air, ni de feu, ni de tous ces éléments, ni même d’un mélange de quelques-uns. Si tu me demandais de quoi cet arbre est formé, je nommerais les quatre éléments si connus dont il faut croire qu’il est composé ; mais si tu en venais à me demander encore d’où viennent la terre, l’eau, l’air, le feu, je ne trouverais plus rien à répondre ; ainsi quand tu cherches de quoi est composé l’homme, je puis dire d’une âme et d’un corps ; si, de plus, tu me questionnes en particulier au sujet du corps, j’ai recours à ces quatre éléments, et si c’est au sujet de l’âme, comme elle me paraît être quelque chose de simple et avoir une substance propre, je ne serai pas plus embarrassé que si tu me demandais d’où vient la terre, comme je le disais tout à l’heure. — Ev. Je ne comprends pas que après avoir dit que l’âme est faite par Dieu, tu soutiennes qu’elle a une substance propre. — Aug. Je ne puis nier non plus que la terre soit faite par Dieu, quoiqu’il me soit impossible de dire quels sont, pour m’exprimer ainsi, les autres éléments qui la composent. La terre est un corps simple, par là même qu’elle est terre, et c’est pourquoi elle est appelée un élément de tous ces corps qui se forment des quatre éléments. Il n’y a donc point contradiction à dire que l’âme est faite par Dieu, et qu’elle a une substance propre. Car cette nature qui lui appartient en — propre, c’est Dieu qui l’a faite, comme celle du feu, celle de l’air, celle de l’eau et celle de la terre, qui doivent toutes entrer dans la composition des autres.

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