De la Genèse au sens littéral, ouvrage inachevé · Augustin d'Hippone
Chapitre I : ABRÉGÉ DE LA FOI CATHOLIQUE.
Si l’on veut parler des mystères de la nature, que nous reconnaissons comme l’ouvrage de la puissance divine, il faut le faire non par voie d’affirmations mais par voie de questions ; quand surtout on les étudie dans les livres que recommande une autorité divine ; car alors l’affirmation téméraire d’une opinion incertaine et douteuse se justifierait difficilement du crime de sacrilège. Le doute cependant ne doit point franchir ici les bornes ni atteindre le domaine de la foi catholique. Et parce que beaucoup d’hérésiarques ont l’habitude de plier à leur sentiment, réprouvé par la doctrine de l’Église universelle, l’exposition des divines Écritures ; avant de venir à l’objet particulier de ce livre, il est bon de présenter en peu de mots la foi catholique.
La voici : C’est par son Fils unique, qui étant sa Sagesse et sa Vertu lui est consubstantiel et coéternel, et en unité du Saint-Esprit qui est aussi de même substance que lui et possède la même éternité, que Dieu le Père Tout-Puissant a tiré du néant et formé tous les êtres de la création. La doctrine Catholique nous oblige donc de croire que cette Trinité est un seul Dieu, et qu’il a fait et créé tout ce qui existe comme réalité substantielle ; en sorte que toute créature, soit spirituelle soit corporelle, ou pour parler d’une manière plus simple, et employer les termes des divines Écritures, soit visible soit invisible, n’est pas de la nature de Dieu mais a été faite de rien par Dieu, et que tout son rapport à la Trinité c’est d’avoir Dieu pour créateur, puisqu’elle est sortie de ses mains. Aussi n’est-il point permis de dire ou de croire que les êtres de la création sont consubstantiels à Dieu ou éternels comme lui.
Mais d’ailleurs, suivant la même doctrine, tout ce que Dieu a fait il l’a fait très-bon. Quant aux maux, ils ne sont pas des réalités substantielles, des objets de la nature. Ce qui est appelé mal est toujours le péché ou la peine du péché. Or le péché n’est rien que le consentement déréglé de la volonté libre. Nous portons-nous à ce que défend la justice quand nous sommes maîtres de nous déterminer autrement ? Voilà le péché : c’est-à-dire qu’il ne consiste pas dans les choses elles-mêmes, mais dans leur usage illégitime. Le légitime usage des choses c’est de rester dans la loi de Dieu, de se soumettre à Dieu seul avec une pleine et entière dilection, et de faire tout ce qui est permis, d’ailleurs sans attache, sans affection déréglée, c’est-à-dire selon l’ordre divin. Ainsi en effet trouvera l’âme dans l’exercice de son empire, non la difficulté, non la misère, mais une grande facilité, mais un grand bonheur. Pour la peine du péché, elle consiste dans le tourment qu’éprouve l’âme de ce que la création, soumise à son autorité quand elle-même obéissait à Dieu, refuse de la servir depuis que de son côté elle s’est révoltée contre lui. Ainsi le feu étant une créature de Dieu n’est pas un mal ; cependant notre faiblesse en souffre les atteintes comme une juste peine du péché. On nomme du reste naturels les péchés dont nous ne pouvons, sans la miséricorde de Dieu nous abstenir, depuis que par la faute de notre libre arbitre nous sommes tombés dans la triste condition de cette vie.
C’est par Notre-Seigneur Jésus-Christ que l’homme se renouvelle, depuis que cette ineffable et immuable Sagesse de Dieu a daigné prendre en sa personne tout ce qui appartient à la nature humaine, et naître du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. La foi nous enseigne aussi le crucifiement, la sépulture, la résurrection de l’homme-Dieu et son ascension dans le ciel, ce qui déjà est accompli ; sa descente ici-bas pour juger les vivants et les morts à la fin des siècles, et la résurrection de la chair, ce qui est jusqu’alors prêché comme devant arriver un jour. Elle nous enseigne que l’Esprit-Saint a été communiqué à ceux qui croient en Jésus-Christ ; que par Jésus-Christ a été formée l’Église, la mère des fidèles et appelée Catholique parce qu’elle est achevée de tout point, qu’elle ne présente aucun côté faible et qu’elle est répandue par tout l’univers : elle nous enseigne la rémission, accordée aux hommes pénitents, des péchés dont ils étaient coupables, et la promesse divine de la vie éternelle, du royaume des cieux.
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